DES PIERRES VITREUSES ET CALCAIRES
et la substance schisteuse qui lui sert de base , et le mélange calcaire qui en modifie la forme et en spécifie la nature <. Et ces pierres de corne ou schistes spathiques ne diffèrent en effet entre eux que par la plus ou moins grande quantité de matière calcaire qu'ils contiennent. Ceux où la substance argileuse est presque pure ont le grain semblable à celui du schiste pur; mais ceux où la matière calcaire ou apathique abonde offrent à leur cassure un grain brillant, écailleux, avec un tissu fibreux, et même montrent distinctement dans leur texture une figuration spathique en lames rectangulaires striées ; et c'est dans ce dernier état que quelques auteurs ont donné à leur pierre de corne le nom de hornblende, et que Wallerkis Ta indiquée sous la dénomination de eorneus spattiosus.
Les schistes spathiques sont en générât assez tendres, et le plus dur de ces schistes spathiques ou pierre* de corne est celle que les Suédois ont appelée trapp (escalier), parce que cette pierre se casse par étage ou plans superposés comme les marches d'un escalier ». La pierre de corne commune
i. Quoique M. de Saussure reproche aux minétajogistes francois d'avoir méconnu la pierre de corne, et de l'avoir confondue, sous le nom de schiste, avec tontes sortes de pierres qui se divisent par feuillets, soit argileuses, soit marneuses ou calcaire» (fojrage dmns les Alpes, tome I, page 77), il est pourtant vrai que ces mêmes minéralogistes n'ont fait qu'une erreur infiniment plus légère que celle ou il tombe lui-même en rangeant les roches primitifs au nombre des roches feuillettes ; mais , sans insister sur cela , nous observerons seulement que je nom An schiste ne désigna jamais, chez tes bons naturalistes, aucune pierre feuilletée purement calcaire ou marneuse, et que, dans sa véritable acception , il signifia toujours spécialement les pierres argileuses qui se divisent naturellement par feuillets , et qui sont pins ou moins mélangées d'autres substances , mais dont la base est toujours l'argile : or la pierre de corne n'est en effet qu'une espèce de ces pierres mélangées de parties argileuses et calcaires , et nous croyons devoir la ranger sous une même dénomination avec ces pierres ; et ce n'étoit pas la peine d'inventer un nom sans analogie pour ne nous rien apprendre de nouveau , et pour désigner une substance qui n'est qu'un schiste mélangé de parties calcaires. En rappelant donc cette pierre au nom générique de schiste , au* quel elle doit rester subordonnée, il ne s'agit que de lui assigner une épithète spécifique qui la classe et la distingue dans son genre ; et comme le nom de spath , malgré les raisons qu'il y auroit eues de ne l'appliquer qu'à une seule substance , paroit avoir été adopté pour désigner des substances trèstlifférentes, je croirais qu'il seroit à propos d'ap- [ieher les prétendues pierres de corne schistes spathiques» puisqu'en effet leur texture offre toujours une cristallisation plus ou moins apparente en /orme de spath.
t. M. Bergman* f dans sa lettre à M. 4e Troïl
est moins dure que le trapp; quelques autres pierres de corne sont si tendres, qu'elles se laissent entamer avec l'ongle. Leur couleur varie entre le gris et le noir ; il s'en trouve aussi de vertes , de rouges de diverses teintes. Toutes sont fusibles à un , degré de feu assez modéré , et donnent en se fondant un verre noir et compacte. Wallerius observe qu'en humectant ces pierres elles rendent une odeur tfarjjile. Ce fait seul, joint à l'inspection , auroit dû les lui faire placer à la suite des pierres argileuses ou des schistes ; et la nature passe en effet par nuances des schistes simples ou purement argileux à ces schistes composés , dont ceux qui sont le moins mélangés de parties calcaires n'offrent pas la figuration spathique, et ne peuvent, de l'aveu des minéralogistes, se distinguer qu'à peine du schiste pur.
Quoique le tranp et les autres pierres de corne ou schistes spathiques , qui ne contiennent qu'une petite quantité de matière calcaire, ne fassent aussi que peu ou point d'effervescence avec les acides , néanmoins , en les traitant à chaud avec l'acide niireux , on en obtient par l'alcali fixe urt précipité gélatineux , de même nature que celui que donnent la zéolithe et toutes les* autres matières mélangées de parties vitreuses et de parties calcaires
Ce schiste spathique se trouve en grantl volume et en masses très-considérables mêlées parmi les schistes simples. M. de Saussure, qui le décrit sous le nom de pierre de corne, l'a rencontré en plusieurs endroits des. Alpes. « A demi-lieue de Chamouni, dit ce savant professeur, en suivant la rive droite de l'Ane, la base d'une montagne de laquelle sortent plusieurs belles sources est une ror chc de corne mêlée de mica et de quartz ; ses couches sont à peu près verticales , sou-
{Lettres sur l'Islande, page 448), s'exprime ainsi : « Dans toutes les montagnes dis|K>sées par couches qui se trouvent dans la Westrogothie , la conçue supérieure est de trapp, placée sur une ardoise noire ; il n'y a nulle apparence que cette matière de trapp ait jamais été fondue. » Mais quand ensuite cet habile chimiste veut attribuer au basalte la même origine, il se trompe, car il est certain que le basalte a été fondu; et son idée sur l'identité du trapp et du basalte , fondée sur la ressemblance de leurs produits dans l'analyse, ne prouve rien autre chose , sinon que le feu a pu , comme l'eau , envelopper, confondre les mêmes matières.
Le trapp, suivant M. de Morveau, contient beaucoup de fer ; il a tiré quinze par cent de fer d'uo morceau de trapp qui lui avoit été envoyé de Suède
Î>ar M. Bergmann : celui-ci assure que le trapp se ond an feu sans bouillonnement ; que l'alcali minéral le dissout par la voie sèche avec effervescence, et que le borax le dissout wn« effervescence,
MINÉRAUX
vent brisées , et diversement dirigées. » Ce mélange de mica, ce voisinage du quartz, cette violente inclinaison des masses, me
Saroissent s'accorder a\ec ce que je viens de ire sur l'origine et le temps de la formation de' cette pierre mélangée. Il faut en effet que ce soit dans le temps où les micas étoient flottans et disséminés sur les lieux où se trouvoient les débris plus ou moins atténués des quartz, et dans des dispositions où les masses primitives, rompues en différens angles , n'offroient comme parois et comme bases que de fortes inclinaisons et des pentes roides ; ce n'est , dis-je , que dans ces positions que les couches de formation secondaire ont pu prendre les grandes inclinaisons des pentes et des faces contre lesquelles on les voit appliquées. En effet, M. de Saussure nous fournit de ces exemples de roches de corne adossées à des granités ; mais ne se méprend-il pas lorsqu'il dit que des blocs ou tranches de granité , qui se rencontrent encore quelquefois enfermés dans ces roches de coruë, s'y sont produits ou introduits postérieurement à la formation de ces mêmes roches ? Il me semble que c'est lors de leur formation même que ces fragmens de granité primitif v ont été renfermés, suit qu'ils y soient tombes en se détachant des sommets plus élevés *, soit cjue la force même des flots les y ait entraînes dans le temps que les eaux charrioient la pâte molle des argiles mélangées des poudres calcaires dont est formée la substance des schistes spathiques : car nous sommes bien éloignés de croire que ces tranches ,ou prétendus liions de granité se soient produits , comme le dit M. de Saussure , par cristallisation et par l'infiltration des eaux ; ce ne seroit point alors du véritable granité primitif , mais une concrétion secondaire et formée par l'agglutination des sables graniteux a. Ces deux formations doivent être soigneusement distinguées , et l'on ne peut pas, comme le fait ici ce savant auteur, donner la même origine et le même temps de formation aux masses primitives et à leurs productions secoudaires ou stalactites ;
i. L'observation même de M. de Saussure auroit pu le convaincre que la matière de ces tranches de granité a été amenée par le mouvement des eaux , et qu'elle s'est déposée en même temps que la ma* tière de la pierre de corne dans laquelle ce granité est inséré , puisqu'il remarque qu'où elles se présentent les couches de la roche de corne t'interrompent brusquement # et paroissent s'être inégalement affaissées,
>. M. de Saussure remarque lui-même» dans cette pierre, de petites fentes rect lignes.... qui lui parois* sent V effet d'un commencement de retrait*.
ce seroit bouleverser toute la généalogie des substances du règne minéral.
Il y a aussi des schistes spathiques dans lesquels le quartz et le feldspath se trouvent en fragmens et eu grains dispersés , et comme disséminés dans la substance de la pierre; M. de Saussure en a vu de cette espèce dans la même vallée de CUamouni. La formation de ces pierres ne me paraît pas difficile à expliquer en se rappelant qu'entre les détrimens des quartz , des granités , et des autres matières vitreuses primitives entraînées par les eaux , la poudre la plus ténue et la plus décomposée forma les argiles, et que les sables plus vifs et non décomposés formèrent le grès : or il a dû se trouver dans cette destruction des matières primitives, de gros sables qui bientôt furent saisis et agglutinés par la pète d'argile pure ou d'argile déjà mélangée de substances calcaires K Ces gros sables , eu égard à leur pesanteur, n'ont point été charries loin du lieu de leur origine ; et ce sont en effet ces grains de quartz , de feld-spath , et de schorl , qui se trouvent incorporés et empâtés dans la pierre argileuse spatbique ou pierre de corne, voisine des vrais granités 4. Enfin il est évident que la formation des schistes spathiques et le mélange de substances argileuses et calcaires qui les composent , ainsi que la formation de toutes les autres pierres mixtes , supposent nécessairement la décomposition des matières simples et primitives dont elles sont composées ; et vouloir concluVe >> de
3. M. de Saussure , après avoir parlé d'une pierre composée d'un mélange de quartz et de spatb calcaire , et l'avoir improprement appelée granité, ajoute que cette matière se trouve par filons dans les montagnes de roche de corne s or cette stalactite des roches de corue nous fournit une preuve de plus que ces roches sont composées du mélange des débris des masses vitreuses et des détrimens des substances calcaires. ,
4. C'est à la même origine qu'il faut rapporter cette pierre que M. de Saussure appelle granit* veiné ; dénomination qui ne peut être plausible que dans le langage d'un naturaliste qui parle sans cesse de couches perpendiculaires. Ce prétendu granité veiné est composé de lits de gravier» graniteux , restés purs et sans mélange , et stratifiés prêt du lieu de leur origine ; roisinage que cet observateur regarde comme formant un passage très-important pour conduire à la formation des vrai» granités ; mais ce passage en apprend, sur la formation du granité, à peu près autant que le passage du grès au quartz en pourroit apprendre sur l'origine de cette substance primitive.
5. « Je ferai voir combien ce genre mixte non» donne de lumière sur la formation des granités proprement dits , ou granités en masses. » (Saussure , Voyages dans les Alpes , tome I , page 4*7*) On peut voir d'ici quelle espèce de lumière ponxrt résulter d'une analogie si peu fondée.