DE LA PARITE MARTIALE
se mêlant avec les huiles grossières des végétaux, les convertit en bitume; et saisissant de même les parties subtiles du fenp fixe que ces litiiles rent'ermoient , il en compose les pyrites en s unissant à la1 matière ferrugineuse, qui lui est plus analogue qu'aneune autre par l'affinité qu'a le fer avec ces> deux principes du soufre; aussi les pyrites Retrouvent-elles sur toute la surface de la terre jusqu'à la profondeur où sont parvenus le* détrimens des corps organisés , ei la matière pyrileuse n'est nulle part plus abondante que dans les endroits qui en contiennent les détrimens , comme dans les mines de charbon de terre, dans les couches de bois fossiles, et l'argile , parce qu elle renferme les débris des coquillages et tous les premiers détrimens de la nature vivante au fond des mers. On trouve de même des pyrites sous la terre végétale, dans les matières calcaires , et dans toutes celles où l'eau pluviale peut déposer la terre limoneuse et les autres détrimens des corps organisés.
La force d'affinité qui s'exerce entre les parties constituantes des pyrites est si grajide, que chaque pyrite a sa sphère partit uliere d'attraction ; elles se forment ordinairement en petits morceaux séparés, et on ne lestrouve que rarement en grands bancs ni en veiues continues » , mais seulement en petits lits , sans être réunies ensemble , quoique à peu près contiguës et à peu de distance les unes des autres : et lorsque cette matière pyriteuse se trouve trop mélangée, trop impure , pour pouvoir se réunir en masse régulière , elle reste disséminée dans les matières brutes , telles que le schiste ou la pierre calcaire , dans lesquelles elle semble exercer encore sa grande force d'attraction; car elle leur donne un degré de dureté qu'aucun autre mélange ne pourroit leur communiquer : les grès mêmes qui se trouvent pénétrés de la matière pyriteuse sont communément plus durs que les autres ; le charbon pvritetix est aussi le plus dur de tous les charbons de terre. Mais cette dureté communiquée par la pyrite ne subsiste qu'autant que ces matières durcies par son mélange sont à l'abri de l'action des élémens humides ; car ces pierres calcaires, ces grès, et ces schistes si durs , parce qu'ils sont py rileux, perdent à l'air eu assez peu de temps
a. Il y a dans le comté d'Alais en I«ingnedoc une masse de pyrites de quelques lieues d'étendue ; sur laquelle on a établi deux manufactures de vitriol : il y a aussi près de Saint-Dizier en Champagne un banc de pyrites martiales dont on ne connoh pas l'étendue ; et ces pyrites en masses continues sont posées sur un banc de grès.
MINÉRAUX
non seulement leur dureté , mais même leur consistance.
Le feu fixe , d'abord contenu dans les corps organisés, a été, pendant leur décomposition , saisi par l'acide , et tous deux, réunis à la matière ferrugineuse , ont formé des pyrites martiales en très-grande quantité, dès le temps de la naissance et de la première mort des animaux et des végétaux : c'est à cette époque , presque aussi ancienne que celle de la naissance des coquillages, qu'il faut rapporter le temps de fa formation des couches de la terre végétale et du charbon de terre, et aussi les amas de pyrites qui ont fait , en s'échauffant d'ellesmêmes , le premier foyer des volcans. Toutes ces matières combustibles sont encore aujourd'hui l'aliment de leurs feux , et la matière première du soufre qu'ils exhalent ; et comme avant l'usage que l'homme a fait du feu rien ne détruisoit tes végétaux que leur vétusté , la quantité de matière végétale accumulée pendant ces premiers âges est immense : aussi s'est-il formé des pyrites dans tous les lieux de la terre , sans compter les charbons , qui doivent être regardes comme les restes précieux de cette ancienne matière végétale, qui s'est conservée dans son baume et son huile, devenue bitume par le mélange de l'acide.
Le bitume et la matière pyriteuse proviennent donc également des corps organisés ; le premier en est l'huile , et la seconde la substance du feu fixe, l'un et l'autre saisis par l'acide : la différence essentielle entre le bitume et la pyrite martiale consiste en ce que la pyrite ne contient point d'huile, mais du feu fixe , de l'acide , et du fer ; or nous verrons que le fer a la plus grande affinité avec le feu 'fixe et l'acide, et nous avons déjà démontré que ce métal, contenu en assez grande quantité dans tous les corps organisés , se réunit en grains et se régénère dans la terre végétale, dont il fait partie constituante. Ce sont donc ces mêmes parties ferrugineuses disséminées dans la terre végétale, que la pyrite s'approprie dans sa formation, en les dénaturant au point que, quoique contenant une grande quantité de fer , la pyrite ne peut pas être mise au nombre des mines de fer , dont les plus pauvres donnent plus de métal que tes pyrites les plus riches ne peuvent en rendre , surfont dans les travaux en grand, parce qu'elles brûlent plus qu'elles ne fondent, et que, pour en tirer le fer, il faudroit les griller plusieurs fois; ce qui s croit aussi long que dispendieux, et ne donnerait pas encore
une aussi bonne fonte que les vraies minas de fer.
La matière pyriteuse contenue dans la couche universelle de la terre végétale est quelquefois divisée en parties si ténues, au'elle pénètre avec Peau non seulement dans les joints des pierres calcaires , mais même à travers leur masse » et que , se rassemblant ensuite dans quelque cavité, elle y forme des pyrites massives. M. de Lassoae en cite un exemple dans les carrières de Compiègue , et je puis confirmer ce fait par
Elusieurs autres semblables. J'ai vu, dans g derniers nancs de plusieurs carrières de pierre et de marbre , des pyrites en petites masses et en grand nombre, la plupart plantes et arrondies, d'autres anguleuses, d'au* très à peu près sphériques , etc. ; j'ai vu qu'au dessous de ce dernier banc de pierre calcaire qui étoit situé sous les autres, à plus de cinquante pieds de profondeur , et qui portoit immédiatement sur la glaise, il s'étoit formé un petit lit de pyrites aplaties entre la pierre et la glaise ; j'en ai vu de même dans l'argile à d'assez grandes profondeurs , et j'ai suivi dans cette argile la trace de la terre végétale avec laquelle la matière pyriteuse étoit descendue par la filtration des eaux. L'origine des. pyrites martiales, en quelque lieu qu'elles se trouvent , me paroit doue bien constatée; elles proviennent, dans la terre végétale, des detrimens des corps organisés lorsqu'ils se renconlreut avec l'acide , et elles se trouvent partout où ces detrimens ont été transportés anciennement par les eaux de la mer , ou infiltrés dans des temps plus modernes par les eaux pluviales.
Comme les pyrites ont un poids presque égal a celui d'un métal , qu'elles ont aussi le luisant métallique, qu'enfin elles se trouvent quelquefois dans les terrains. voisins des mines de ft-r , on les a souvent prises pour de vraies mines. Cependant il est très-aisé de ne s'y pas méprendre , même à la première inspection ; car elles sont toutes d'une • figure décidée, quoique irrégulière et sou* vent différente : d'ailleurs on no les trouve guère mêlées en quantité avec la mine de fer en grains; s'il s'en rencontre dans les mines de fer en grandes masses , elles s'y sont formées, comme dans les bancs de pierre , par la fittration des eaux : elles sont aussi plus dures que les mines de fer ; et lorsqu'on les mêle au fourneau , elles les dé* naturent ou les brûlent au heu de les faire fondre. Elles ne. sont pas disposées, comme les mines de fer , en amas et en couches t