‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 110 sur 150 · DE LA PYRITE MARTIALE · texte numérisé non relu

DE LA PYRITE MARTIALE

Je ne parlerai point ici des pyrites cuivreuses m des pyrites arsenicales ; les premières ne sont qu'un minerai de cuivre; et les secondes, quoique mêlées de fer , diffèrent de la pyrite martiale en ce qu'elles résistent aux impressions de l'air et de l'humidité, et qu'elles sont même susceptibles de recevoir le plus vif poli. Le nom de marcassites% sous lequel ces pyrites arsenicales sont connues, les distingue assez pour qu'on ne puisse les confondre avec la pyrite qu'on

appelle martiale, parce qu'elle contient une plus grande quantité de fer que tout autre métal ou demi-métal. Cette pyrite, quoique très-dure, ne peut se polir et ne résiste pas à l'impression, même légère, des élémens humides ; elle s'effleurit à l'air, et bientôt se décompose en entier. La décomposition s'en fait par une effervescence accompagne! de tant de chaleur, que ces pyrites amoncelées, soit par la main de l'homme, soit par celle de la nature , prennent feu d'elles-

mêmes des quelles sont humecté** : ce qui démontre qu'il y a dans la pyrite une grande quantité de feu fixe; et comme cette matière du feu ne se manifeste sous une forme solide que quand elle est saisie par l'acide , il faut en conclure que la pyrite renferme également la substance du feu fixe et celle de l'acide; mais comme la pyrite elle-même n'a pas été produite par faction du feu , elle ne contient point de soufre formé, et ce n'est que par la combustion qu'elle peut en fournir ». Ainsi l'on se borne à dire que les pyrites contiennent les principes dont le soufre se forme par le moyen du feu, et non pas à affirmer qu'elles contiennent du soufre tout formé. Ces deux substances, l'une de feu, l'autre d'acide , sont , .-dans la pyrite , intimement réunies et liées à une terre souvent calcaire qui leur sert de base , et qui toujours contient une plus ou moins grande quantité de fer; ce sont là les seules substances dont la pyrite martiale est composée ; elles concourent par leur mélange et leur union intime à lui donner un assez grand degré de dureté pour étinceler comme l'acier; et comme la matière du feu fixe provient des corps organisés, les molécules organiques que cette matière a conservées tracent dans ce minéral les premiers linéamens de l'organisation en lui donnant une forme régulière, laquelle , sans être déterminée, a telle ou telle figure , et néanmoins toujours achevée régulièrement, en sphères, en ellipses, en prismes, en pyramides, en aiguilles , etc. ; rar il y a des pyrites de toutes ces formes différentes , selon que les molécules organiques contenues dans la matière du feu ont, par leur mouvement , tracé la figure et le plan sur lequel les particules ont été forcées de s'arranger.

La pyrite est donc un minéral de figure régulière et de seconde formation , et qui n'a pas pu exister avant la naissance des animaux et des végétaux ; c'est un produit de leurs détrimens plus immédiat que le soufre , qui , quoiqu'il tire sa première origine de ces mêmes détrimens des corps organisés , a néanmoins passé par l'état de pyrite, et n'est devenu soufre que par l'effervescence ou la combustion : or, l'acide, en

i. On pourra dire que la combustion n'est pas toujours nécessaire pour produire du soufre , puisque les acides séparent te même soufre , tant des pyrites que des compositions artificielles dans lesquelles on a fait entrer le soufre tout formé ; mais cette action des acides n'est-eîte pas une sorte de combustion , puisqu'ils n'agissent que par le feu qu'il» contiennent ?

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