‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 113 sur 150 · DES MATIÈRES VOLCANIQUES · texte numérisé non relu

DES MATIÈRES VOLCANIQUES

Sous le nom de matières volcaniques , je n'entends pas comprendre toutes les matières rejetées par l'explosion des volcans, mais seulement celles qui ont été produites ou dénaturées par l'action de leurs feux. Un volcan , dans une grande éruption annoncée par les mouvemens convulsifs de la terre, soulève, détache, et lance au loin les rochers , les sables , les terres , toutes les masses , en un mot , qui s'opposent à l'exercice de ses forces : rien ne peut résister à l'élément terrible dont il est animé. L'océan de feu qui lui sert de base agite et fait trembler la terre avant de l'entrouvrir : les résistances qu'on croiroit invincibles sont forcées de livrer passage à ses flots enflammés; ils enlèvent avec eux les bancs entiers ou en débris des pierres les plus dures, les plus •pesantes, comme les couches de terre les plus légères; et, projetant le tout sans ordre et sans distinction , chaque volcan forme au dessus et autour de sa montagne des collines de décombres de ces mêmes matières, qui faisoient auparavant la partie la plus solide et le massif de sa base.

On retrouve dans ces amas immenses de pierres projetées les mêmes sortes de pierres vitreuses ou calcaires, les mêmes sables et terres , dont les unes , n'ayant été que déplacées et lancées , sont demeurées intactes, et n'ont reçu aucune atteinte de l'action du feu ; d'autres qui en ont été sensiblement altérées , et d'autres enfin qui ont subi une si forte impression du feu , et souffert un si grand changement , qu'elles ont pour ainsi dire été transformées , et semblent avoir pris

nne nature nouvelle et différente de celle de toutes les matières qui existoient auparavant.

Aussi avons - nous cru devoir distinguer dans la matière purement brute deux états différons , et en faire deux classes séparées " ; la première composée des' produits immédiats du feu primitif, et la seconde des produits secondaires de ces foyers particuliers de la nature dans lesquels elle travaille en petit comme elle opéroit en grand dans le foyer général de la vitrification du globe ; et même ses travaux s'exercent sur un plus grand nombre de substances et sont plus va* ries dans les volcans qu'ils ne pouvoient l'être dans le feu primitif , parce que toutes les matières de seconde formation n'existoient pas encore , les argiles , la pierre calcaire, la terre végétale , n'ayant été produites que postérieurement par l'intermède de l'eau; au lieu que le feu des volcans agit sur toutes les substances anciennes ou nouvelles , pures ou mélangées , sur celles qui ont élé produites par le feu primitif comme sur celles qui ont été formées par les eaux , sur les substances organisées et sur les masses brutes ; en sorte que les matières volcaniques se présentent sous des formes bien plus diversifiées que celles des matières primitives.

Nous avons recueilli et rassemblé pour le Cabinet du Roi une grande quantité de ces productions de volcans ; nous avons profité des recherches et des observations de plu-

i. Voyez le premier article de cette histoire dm

MINÉRAUX

sieurs physiciens qui , dans ces derniers temps , oui soigneusement examiné les volcans actuellement agissans et les volcans éteints : mais , avec ces lumières acquises et réunies, je ne me flatte pas de donner ici la liste entière de toutes les matières produites par leurs feux , et encore moins de pouvoir présenter le tableau fidèle des opérations qui s'exécutent dans ces fournaises souterraines, tant pour la destruction des substances anciennes que pour la production ou la composition des matières nouvelles.

Je crois avoir bien compris, et j'ai tâché de faire entendre , comment se fait la vitrification des laves dans les monceaux immenses de terres brûlées, de cendres, et d'autres matières ardentes , projetées par l'ex- . plosion dans les éruptions du volcau ; comment la lave jaillit en s' ouvrant des issues au bas de ces monceaux ; comment elle roule en torrens , ou se répand comme un déluge de feu , portant partout la dévastation et la mort; comment cette même lave, gonflée par son feu intérieur , éclate à sa surface, et jaillit de nouveau pour former des éminences élevées au dessus de son niveau ; comment enfin , précipitant son cours du haut des côtes dans la mer, elle forme ces colonnes de basalte qui , par leur renflement et leur effet réciproque, prennent une figure prismatique, à plus ou moins de pans, suivant les différentes résistances, etc. Ces phénomènes généraux me paroissent clairement expliqués ; et quoique la plupart des effets plus particuliers en dépendent, combien n'y a-t-il pas encore de choses importantes à observrr sur la différente qualité de ces mêmes laves et basaltes , sur la nature des matières dont ils sont composés, sur les propriétés de celles qui résultent de leur décomposition ! Ces recherches supposent des éludes pénibles et suivies; à peine sont-elles commencées : c'est pour ainsi dire une carrière nouvelle , trop vaste pour qu'^n seul homme puisse la parcourir tout entière, mais dans laquelle on jugera que nous avons fait quelques pas , si l'on réunit ce que j'en ai dit précédemment à ce que je vais y ajouter".

Il étoit déjà difficile de reconnoître dans les premières matières celles qui ont été produites par le feu primitif, et celles qui n'ont été formées que par l'intermède de l'eau ; à plus forte raison aurons-nous peine à distinguer celles qui, étant également des produits du feu, ne diffèrent les unes des autres

t. Voyez l'article entier de* Volcans, tome I, «t l«s Époques de la JYaturt, tome II

qu'en ce que les premières n'ont été qu'une fois liquéfiées ou sublimées, et que les dernières ont subi une seconde et peut-être une troisième action du feu. En prenant donc en général toutes les matières rejetées par les Volcans , il se trouvera dans leur quantité un certain nombre de substances qui n'ont pas changé de nature : le quartz , les jaspes, et les micas doivent se rencontrer, dans les laves, sous leur forme propre ou peu altérée ; le feld-spath , le schorl , les porphyres et granités , peuvent s'y trouver aussi, mais avec de plus grandes altérations, parce qu'ils sont plus fusibles ; les grès et les argiles s'y présenteront convertis en poudres et en verres; on y verra les matières calcaires calcinées ; le fer et les autres métaux sublimés en safran, en litharge; les acides et alcalis devenus des sels concrets; les pyrites converties en soufres vifs ; les substances organisées , végétales ou animales , réduites en cendres. Et toutes ces matières mélangées à différentes doses ont donné des substances nouvelles, et qui paroissent d'autant plus éloignées de leur première origine, qu'elles ont perdu plus de traits de leur ancienne forme.

Et si nous ajoutons à ces effets de la force du feu, qui par lui-même consume, disperse, et dénature, ceux de la puissance de l'eau, qui conserve , rapproche , et rétablit , nous trouverons encore dans les matières volcanisées des produits de ce second élément : les bancs de basalte ou de laves auront leurs stalactites comme les bancs calcaires ou les masses de granités ; on y trouvera de même des concrétions, des incrustations, des cristaux, des spaths, etc. Un volcan est à cet égard un petit univers ; il nous présentera plus de variétés dans le règne minéral que n'en offre le reste de la terre, dont les par ties solides n'ayant souffert que l'action du premier feu , et ensuite le travail des eaux, ont conservé plus de simplicité. Les caractères imprimés par ces deux élémens , quoique difficiles à démêler , se présentent néanmoins avec des traits mieux prononcés; au lien que , dans les matières volcaniques , la substance, la forme, la consistance, tout, jusqu'aux premiers linéamens de la figure, est enveloppé , ou mêlé , ou détruit ; et de là vient l'obscurité profonde où se trouve jusqu'à ce jour la minéralogie des volcans.

Pour en éclaircir les points principaux, il nous paroît nécessaire de rechercher d'abord quelles sont les matières qui peuvent produire et entretenir ce feu , tantôt violent, tantôt calme , et toujours si grand , si cont-

DES MATIÈRES

tant , si durable , qu'il semble que toutes les substances combustibles de la surface de la terre ne suffiraient pas pour alimenter pendant des siècles une seule de ces fournaises dévorantes : mais si nous nous rappelons ici que tous les végétaux produits pendant plusieurs milliers d'années ont été entraînés par les eaux ou enfouis dans les profondeurs de la terre, où leurs huiles converties en bitume les ont conservés ; que toutes les pyrites formées en même temps à la surface de la terre ont suivi le même cours, et ont été déposées dans les profondeurs où les eaux ont euirainé la terre végétale; qu'enfin la couche entière de cette terre , qui couvroit dans les premiers temps les sommets des montagnes, est descendue avec ces matières combustibles pour remplir les cavernes qui servent de voûtes a^jx ci ni ne nées du globe , on ne sera plus étonné de la quantité et du volume ni de la force et de la durée de ces feux souterrains. Les pyrites humectées par l'eau s'enflamment d'elles-mêmes ; les charbons de terre , dont la quantité est encore plus grande que celle des pyrites , les limons bitumineux qui les avoisinent, toutes les terres végétales anciennement enfouies, sont autant de dépôts inépuisables de substances combustibles, dont les feux une fois allumés peuvent durer des siècles de siècles , puisque nous avons des exemples de veines de charbon de terre dont les vapeurs , s'étant enflammées, ont communique leur feu à la mine entière tde ces charbons qui brûlent depuis plusieurs centaines d'années, sans interruption et sans une diminution sensible de leur masse.

Et l'on ne peut guère douter que les anciens végétaux et toutes les productions résultantes de leur décomposition n'aient été transportés et déposés par les eaux de la mer à des profondeurs aussi grandes que celles où se trouvent les fo) ers des volcans ,

Suisque nous avons des exemples de veines e charbon de terre exploitées à deux mille pieds de profondeur ' , et qu'il est plus que probable qu'on trouveroit des charbons de terre et des pyrites enfouis encore plus pro* fondement.

Or chacune de ces matières qui servent d'aliment au feu des volcans doit laisser après la combustion différens résidus, et quelquefois produire des substances nouvelles : les bitumes en brûlant donneront on résidu charbonneux; et formeront cette épaisse fumée qui ne paroi t enflammée que i. Voy« l'article du Caution d* (cm, tome II ,

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