‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 120 sur 150 · SELS · texte numérisé non relu

SELS

On adoucit tous les acides , et même l'a* cide vitriolique , en les mêlant aux substances huileuses , et particulièrement à l'espritde-vin; et c'est dans cet état huileux, mueilagineux, et doux, que l'acide aérien se trouve dans plusieurs substances végétales , et dans les fruits dont l'acidité ou la saveur plus douce ne dépend que de la quantité d'eau , d'huile et de terre atténuée et mucilagineuse dans lesquelles cet acide se trouve combiné. L'acide animal appartient aux végétaux comme aux animaux ; car on le tire de la moutarde et de plusieurs autres plantes, aussi bien que des insectes et autres animaux : on doit donc en inférer que les acides animaux et les acides végétaux sont les mêmes , et qu'ils ne diffèrent que par la quantité et la qualité des matières avec lesquelles ils sont mêlés ; et en les examinant en particulier, on verra bien que le vinaigre , par exemple , et le tartre étant tous deux des produits du vin, leurs acides ne peuvent différer essentiellement ; la fermen tation a seulement plus développé celui du vinaigre , et l'a même rendu volatil et presque spiritueux. Ainsi tous les acides des animaux ou des végétaux , et même les acerbes, qui ne sont que des acides mêlés d'une huile amère , tirent leur première origine de l'acide aérien.

Les acides minéraux sont beaucoup plus forts que les acides animaux et végétaux. « Ces derniers acides, dit M. Macquer, retiennent toujours de l'huile , au lieu que les acides minéraux n'en contiennent point du tout, m II me semble que cette dernière assertion doit être interprétée ; car il faut reconnoitre que si les acides minéraux , daus leur état de pureté, ne contiennent aucune huile, ils peuvent, en passant à l'état de sel, par leur union avec diverses terres , se charger en même temps de parties huileu ses; et en effet la matière grasse des sels dans les eaux-mères paroît être une substance huileuse , puisqu'elle se réduit à l'état charbonneux par la combustion. Les sels minéraux contiennent donc une huile qui paroît leur être essentielle ; et celle qui se trouve de plus dans les acides tirés des animaux et des végétaux ne leur est qu'accessoire. C'est probablement par l'affinité de cette matière grasse avec les huiles végétales et les graisses animales , que l'acide minéral peut se combiner dans les végétaux et dans les ani maux.

Les acides et les alcalis sont des principes salins, mais ne sont pas des sels : on ne les trouve nulle part dans leur état pur

tt simple, et ce p'est que quand ils sont unis à quelque matière qui puisse leur servir de base , qu'ils prennent la forme de sel , et qu'ils doivent en porter le nom ; cependant les chimistes les ont appelés sels simples, et ils ont nommé sels neutres les vrais sels. Je n'ai pas cru devoir employer cette dénomination , parce qu'elle n'est ni nécessaire ni précise j car si l'on appelle sel neu~ tre tout sel dont la base est une et simple , {) faudra donner le nom d'hépar aux sels dont la base n'est pas simple, mais composée de deux matières différentes , et donner un troisième, quatrième, cinquième nom, etc., à ceux dont la base est composée de deux, trois, quatre, etc., matières différentes. C'est là le défaut de toutes les nomenclatures méthodiques ; elles sont forcées de disparoitre dès que l'on veut les appliquer aux Objets réels de la nature.

Nous donnerons donc le nom de sel à toutes les matières dans lesquelles le principe salin est entré , et qui ont une saveur sensible; et nous ne présenterons d'abord que les sels qui sont formés par la nature , soit en masses solides dans le sein de la terre, soit en dissolution dans l'air et dans Veau. On peut appeler sels fossiles ceux qu'on tire de la terre : les vitrfols , l'alun , la sélénite, le natron , l'aleali fixe végétal, le sel marin, le nitre , le sel ammoniac, le borax , et même le soufre et l'arsenic, sont tous des sels formés par la nature, Nous tâcherons de reconnôître leurjerigine et d'expliquer leur formation , en nous aidant des lumières que la chimie a répandues sur cet objet plus que sur aucun autre , et les réunissant aux faits de l'histoire naturelle qu'on ne doit jamais en séparer.

La nature nous offre en stalactites les vitriols du fer, du cuivre et du zinc; l'alun en filets cristallises; la sélénite en gypse aussi cristallisé ; le natron en masse solide et pure , ou ^simplement mêlé de terre ; le sel marin en cristaux cubiques et en masses immenses ; le nitre en efflorescences cristallisées ; le sel ammoniac en poudre sublimée par les feux souterrains ; le borax en eau gélatineuse , et l'arsenic en terre métallique. Elle a d'abord formé l'aeide aérien par la seule et simple combinaison de l'air et du feu : cet acide primitif s'étant ensuite combiné avec toutes

MINÉRAUX

les alcalis par la végétation , l'acide du tartre et du vinaigre par la fermentation ; enfin il est entré sous sa propre forme dans tous les corps organisés. L'air fixe que l'on tire des matières calcaires , celui qui s'élève par la. première fermentation de tous les végétaux, ou qui se forme par la respiration des animaux , n'est que ce même acide aérien qui se manifeste aussi par sa saveur dans les eaux acidulés, dans les fruits, les légumes, et les herbes : il a donc produit toutes les substances salines ; il s'est étendu sur tous les règnes de la nature; il est le premier principe de toute saveur , et, relativement à nous, il est pour l'organe du goût ce que la lumière et les couleurs sont pour le sens de la vue. Et les odeurs, qui ne sont que des saveurs plus fines , et qui agissent sur l'odorat, qui n'est qu'un sens de goét plus délicat, proviennent aussi de ce premier principe salin, qui s'exhale en parfums agréables dans la plupart des végétaux, et en mauvaise odeur dans certaines plantes et dans presque tous les animaux ; il s'y combine avec leurs huiles grossières ou volatiles ; il s'unit à leur graisse , à leurs mueilages ; il s'élabore avec leur sève et leur sang; il se transforme en acides aigres, acerbes ou 'doux, en alcalis fixes ou volatils, par le travail de l'organisation auquel il a grande part ; car c'est , après le feu , le seul agent de la nature, puisque c'est par ce principe salin que tous les corps acquièrent leurs propriétés actives , non seulement sur nos sens vivans du goût et de l'odorat, mais encore sur les matières brutes et mortes, qui ne

nvent être attaquées et dissoutes que par eu ou par ce principe salin. C'est le ministre secondaire de ce grand et premier agent qui, par sa puissance sans bornes, brûle , fond et vitrifie toutes les substances passives , que le principe salin , plus foible et moins puissant , ne peut qu'attaquer, entamer, et dissoudre, et cela parce que le feu y est tempéré par l'air auquel il est uni , et que quand il produit de la chaleur ou d'autres effets semblables à ceux du feu , c'est qu'on sépare cet élément de la base passive dans laquelle il étoit renfermé.

Tous les sels dissous dans l'eau se cris-

tallisent en forme assez régulière , par une

7— . „ évaporation lente et tranquille; mais lors-

les matières terreuses et métalliques a pro- que l'évaporation de l'eau se fait trop

duit l'acide vitriolique avec la terre vitri- promptement, ou qu'elle est troublée pai

fiable, l'arsenic avec les matières métalliques, quelque mouvement extérieur, les cristaui

l'acide marin avec les substances calcaires, salins ne se forment qu'imparfaitement et

l'acide nitreux avec les détrimens putréfiés se groupent confusément. Les différens sels

des corps organisés; il a de même produit donnent des cristaux de figurée différentes;

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