ALCALIS ET LEURS COMBINAISONS
Dx la même manière qu'on doit réduire tous les acides au seul acide aérien , on peut aussi lui ramener les alcalis , en les réduisant tous à l'alcali minéral ou marin; c'est même le seul sel que la nature nous présente dans un état libre et non neutralisé : on connoît cet alcali sous le nom de natron ; il se forme contre les murs des édifices , ou sur la terre et les eaux dans les climats chauds. On m'en a envoyé de Suez des morceaux assez gros et assez purs ; cependant il est ordinairement mêlé de terre calcaire ».
i. Le natron qui nous vient d'Egypte se tire de deux lacs , l'un voisin du Caire , et l'autre à quelque distance d'Alexandrie ; ces lacs sont secs pendant neuf mois de l'année, et se remplissent en hiver d'une eau qui découle dos éminences voisines: cette eau saline n'est pas limpide, mais trouble et rougràtre ; les premières chaleurs du printemps la font évaporer, et le natron se forme sor le sol du lac , d'où on le tire en morceaux solides et grisâtres qui deviennent plus blancs en les exposant a l'air pour les laisser s'égoutter. On a donné le nom de tel mural au natron qui se forme contre les vieux murs : il est ordinairement mêlé d'une grande quantité de substance cataire, et dans cet état il
Ce sel, auquel on a donné le nom d'alcali minéral, pourroit, comme le nitre, être
Elacé dans le règne végétal, puisqu'il est de i même nature que l'alcali qu'on tire de plusieurs plantes qui croissent dansJes terres voisines de là mer , et que d'ailleurs il paroît se former par le concours de l'acide aérien , et à peu près comme le salpêtre; mais celui-ci ne se présente nulle part en masses ni même en morceaux solides, au lieu que le natron, soit qu'il se forme sur la terre ou sur l'eau, devient compacte et même assez solide.
Les anciens ont parlé du natron sous le nom de nitre : sur quoi le P. Hardouio se trompe lorsqu'il dit que le nitrum de Pline est exactement la même chose que notre salpêtre ; car il est clair que Pline, sous le nom de nitre, parle du natron, qui se forme, dit-il , dans l'eau de certains lacs d'Egypte, vers Memphis et Naucratis, et qui a la propriété qu il lui attribue de conserver les corps; à sa causticité , augmentée par la falsification qu'en faisotent dès lors les Égyptiens en y mêlant de la chaux, on le recon-
MINÉRAUX ■ pour l'alcali minéral ou blanchisseries; avec leshuUes , il forme le»
ooit évidemment
natron, bien différent du vrai nitre ou salpêtre.
• On emploie le natron dans le Levant aux mêmes usages que nous employons la soude, et ces deux alcalis sont en effet de même nature. Nous tirions autrefois du natron d'Alexandrie, où s'en fait le commerce; et si ce sel alcalin étoit moins cber que le sel de soude , auquel il peut suppléer, et que nous tirons aussi de l'étranger, il ne fa u droit pas abandonner ce commerce, qui paroi t languir. La plupart des propriétés de cet alcali minéral sont les mêmes que celles de l'alcali Ûxe végétal, et ils ne diffèrent entre eux que par quelques effets qu'on peut attribuer a l'union plus intime de la base terreuse dans l'alcali minéral que dans l'alcali végétal; mais tous deux sont essentiellement de la même nature.
C'est de la cendre des plantes nui contiennent du sel marin que Ton obtient l'alcali fixe végétal en grande quantité; et quoique tiré des végétaux, il est le même que 1 alcali minéral ou marin ; la différence de leurs effets n'est bien sensible que sur les acides végétaux et sur les huiles , dont ils font des sels de différentes sortes, et des savons plus ou moins fermes.
On obtient donc par la combustion et l'incinération des plantes qui croissent près de la mer, et qui par conséquent sont imprégnées de se) marin, on obtient, dis-je, en grande quantité l'alcaK minéral ou sel marin, oui porte le nom de sittde, et qu'on emploie aans plusieurs arts et métiers.
On distingue dans le commerce deux sortes de soudes : la première , qui provient de la combustion des kalis et autres plantes terrestres qui croissent dans les climats chauds et dans les terres voisines de la mer ; la seconde, qu'on" se procure de même par la combustion et la réduction en cendres des fucus, des algues, et des autres plantes qui croissent dans la mer même; et néanmoins la première soude contient beaucoup plus d'alcali marin que la seconde; et ce sel alcali est, comme nous l'avons dit, le même que le natron. Ainsi la nature sait former ce sel encore mieux que l'art : car nos soudes ne sont jamais pures; elfes sont toujours toélées de plusieurs autres sels , et surtout dé sel marin; souvent «lies contiennent aussi des parties ferrugineuses et d'aiUres matières terreuses qui ne sont point, salines. ' C'est par'son alcali fixe que ta soude produit tous ses effets : Ce sel sert de fondant dans les verreries, et de détergent dans les
savons , etc. Au reste, on peut employer la sùytde telle qu'elle est, sans en tirer le sel, si Ton ne veut faire ^ue du verre commun; mais il la mut épurer pour faire des verres blancs et des glaces. Le sel marin , dont l'alcaK de la soude est presque toujours nièlé, ne nuit point à la vitrification, parce qu'il est très-fusible, et qu'il ne peut que facilite! la fusion dessables vitreux, et eutraîner les impuretés dont ils peuvent être souillés. Le fiel du verre, qui s'élève au dessus du verre fondu, n'est qu un mélange de ces impuretés et des sels.
L'alcali fixe végétal ou minéral doit éga lement sa formation au travail de la nature dans la végétation ; car on le peut tirer également de tous les végétaux, dans lesquels il est seulement en plus ou moins grande quantité. Ce sel végétal, lorsqu'il est pur, se présente sous la forme d'une poudre blanche,-mais non cristallisée; sa saveur est si violente et si causique, qu'il brûleroit et cautériserolt la langue si on le goùtoit sans le délayer auparavant dans une grande quantité d'eau : il attire l'humidité de l'air en si grande abondance, qu'il se résout en eau, Cet alcali qu'on appelle fixe ne Test néanmoins qu'à un feu uès-modéré , car il se volatilise à un feu violent ; et cela prouve assez que fa. chaleur peut le convertir en alcali volatil , et que tous deux sont au fond de la même essence. L'alcali fixe a plus de puissance que les autres sels pour vitrifier les substances terreuses ou métalliques : il les Tait fondre et les convertit presque toutes on verre solide et transparent.
Les cendres de nos foyers contiennent de l'alcali fixe végétal ; et c'est par ce sel qu'elles nettoient et détergent le linge vpar la lessive. Cet alcali que fournissent les cendres des végétaux est fort impur; cependant on , en fait beaucoup dans les pays où le bois est abondant : on le connoît dans les arts sous le nom de potasse; et quoique impur, il est d'un grand usage dans les verreries, dans la teinture , et dans la fabrication du salpêtre.
C'est' sans fondement qu'un de nos chimistes a prétendu que le tartre ne contient point d'alcali : cette opinion a été bien réfutée par M. Bernard. L'alcali fixe se trouve tout formé dans* les végétaux; et le tartre, qui n'est qu'un de leurs résidus, ne peut manquer oyen contenir; et d'ailleurs la lie de vin brûlée et, réduite en cendres fournit une grande quantité d'alcali aussi bon et même plus pur que celui de la soude.
JXCÀU& EX JUEUBS COMBDUISONS.
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Cest par la combinaison de l'acide marin avec l'alcali minéral que s'estjformé le sel marin ou sel commun, dont nous faisons usai grand usage. Il se trouve non seulement dissous dans l'eau de toutes les mers et de, plusieurs fontaines , mais il se présente encore en masses solides et en très-grand amas dans le sein de la terre ; et quoique l'acide de ce sel, c'est-à-dire l'acide marin, provienne originairement de l'acide aérien, comme tous les autres acides, il a des pro- __ priétés particulières qui l'en distinguent ; il est plus foible que les acides vitrolique et nitreux , et on la regardé comme le troisième dans Tordre des acides minéraux.
Cette distinction est fondée sur la différence de leurs effets : l'acide marin est moins puissant, moins actif que les deux premiers, parce qu'il contient moins d'air et de feu, et d'ailleurs il acquiert des propriétés particulières par son union avec l'alcali ; et s'il étoit possible de le dépouiller et de le séparer en entier de cette base alcaline, peutêtre reprendroit-il les qualités de l'acide vitriolique ou de l'acide aérien, qui, comme nous- l'avons dit, est l'acide primitif, dont la forme ne varie que par les différentes combinaisons qu'il subit ou qu'il a subies en «'unissant à d'autres substances.
L'acide marin diffère de l'acide vitriolique en ce qu'il est plus léger, plus volatil , qu'il a de l'odeur, de la couleur, et qu'il produit des vapeurs. Toutes ces qualités semblent indiquer qu'il contient une bonne quantité d'acide aérien provenant du détriment des corps organises. Il diffère de i'a- . cide nitreux par sa couleur qui est d'un jaune mêlé de rouge, par ses vapeurs qui sont blanches , par son odeur qui tire sur celle du safran, et parce qu'il a moins d'affinité avec les terres absorbantes et les sels alcalis. Enfin cet acide marin n'est pas susceptible d'un aussi grand degré de concentration que les acides vitriolique et nitreux, à cause de sa volatilité qui est beaucoup plus grande.
Au reste, comme l'alcali minéral ou marin et l'alcali fixe végétal sont de la même nature, et qu'ils sont presque universelle» ment répandus , on ne peut guère douter que l'alcali ne se soit formé, dès les premiers temps après la naisssance des végétaux, uar ta combinaison de Tacide primi-
tif aérien avec lesdétrimens des substances animales et végétales. Il en est de même de radie marin, qui sa trouve combiné dans de» matières de toute espèce ; car, indépendamment du sel commun dont il fait l'es* sence avec l'alcali minéral , il se combine aussi avec les alcalis végétaux et animaux fixes ou volatils, et iï se trouve dans les substances calcaires , dans les matières ni treuses, et même dans quelques substances métalliques , comme dans la mine d'argent carnée; enfin il forme le sel ammoniac lors-
Su'il s'unit avec l'alcali volatil par sublimaon dans le feu des volcans.
L'alcali minéral et falcali végétal, qui sont au fond les mêmes, sont aussi tous deux fixes : le premier se trouve presque pur dans le natron , et le second se tire plus abondamment des cendres du tartre que de toute autre matière végétale. On leur donne la dénomination à* alcalis caustiques lorsqu'ils prennent en effet une plus grande causticité par l'addition de Tacide aérien contenu dans les chaux terrreuses ou métalliques : par cette union ces alcalis commencent a se rapprocher de TaaJe. L'alcali volatil appartient plus aux animaux qu'aux végétaux; et lorsqu'il est de même imprégné de Tacide aérien, il ne peut plus se cristaliser, ni même prendre une forme solide ; et dans cet état on Ta nommé alcali fluor.
L'acide phosphorique paroît être Tacide le plus actif qu on puisse tirer des animaux. Si Ton combine cet acide des animaux avec Talcali volatil , qui est aussi leur alcali le plus exalté, il en résulte un sel auquel les chimistes récens ont donné le nom de sel micro cosmique, et dont M. Bergman a cru devoir Caire usage dans presque toutes ses analyses chimiques. Ce sel est en même temps ammoniacal et phosphorique i et lorsque Tacide du phosphore se trouve combiné avec une substance calcaire, comme dans les os des animaux , il semble que les propriétés salines disparaissent ; car ce sel phosphorique à base calcaire n'a plus aucune saveur sensible. La substance calcaire des os fait sur Tacide phosphorique le même effet que la craie sur 1,'acide vitriolique. Cet acide animal et Tacide végétal acèteux ou tartareux contiennent sensiblement beaucoup de cet air ûxt ou acide aérien, duquel ils tirent leur origine.
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SEL MARIN ET SEL GEMME
L'eau de la. mer contient une grande quantité d'acide et d'alcali, puisque le sel c u'on en retire en la faisant évaporer est < omposé des deux : elle est aussi imprégnée de bitume ; et c'est ce qui fait qu'elle est en même temps saline et amère. Or le bitume est composé d'acide et d'huile; et d'ailleurs la décomposition de tous les corps, organisés dont la mer est peuplée produit une immense quantité d'huile. L'eau marine contient donc non seulement les acides et les alcalis , mais encore les huiles et toutes les matières qui peuvent provenir de la décomposition des corps, à l'exception de celles que ces substances prennent par la putréfaction à l'air libre ; encore se forme- • t-il à la surface de la mer, par l'action de l'acide aérien, des matières assez semblables, à celles qui sont produites sur la terre par la décomposition des animaux et des végétaux.
La formation du sel marin n'a pu s'opérer qu'après la production de l'acide et de l'alcali , puisqu ils en sont les substances constituantes. L'acide aérien a été formé , dès ' les premiers temps après l'établissement de l'atmosphère , par le simple mélange de l'air et du feu; mais l'alcali n'a été produit que dans un temps subséquent , par la décora- , position des corps organisés. L'eau de la mer n'étoit d'abord que simplement acide ou même acidulé; elle est devenue plus acide et salée par l'union de l'acide primitif avec les alcalis et les autres acides ; ensuite elle a pris de l'amertume par le mélange du bitume; et enfin elle s'est chargée de graisse et d'huile par la décomposition des corps de tous les cétacés, poissons, et amphibies, dont la substance est, comme Ton sait, plus huileuse que celle des animaux terrestres.
Et cette salure , cette amertume , et celte huile de l'eau de la mer, n'ont pu qu'augmenter avec le temps , parce que tous les neuves qui arrivent à ce grand réceptacle des eaux •ont eux-mêmes chargés de parties salines, bitumineuses, et huileuses, que la terre leur fournit, et que toutes ces matières étant plus fixes et moins volatiles que l'eau , l'évaporation ne les enlève pas ; leur quantité ne peut donc qu'augmenter, tandis que celle ie feau reste toujours la même, puisque les «tu* courantes sur la terre ramènent à la
mer tout ce que les vapeurs poussées par les venslui enlèvent.
On doit encore ajouter à ces causes de l'augmentation de la salure des mers la quantité considérable de sel que les eaux qui filtrent dans l'intérieur de la terre dissolvent et détachent des masses purement salines qui se trouvent en plusieurs lieux, et jusqu'à d assez grandes profondeurs. On a donné le nom de sel gemme à ce sel fossile. Il est absolument de la même nature que celui qui se tire de l'eau de la mer par l'évaporation. Il se trouve sous une forme solide , concrète , et cristalisée en amas immenses, dans plusieurs régions du globe, et notamment en Pologne, en Hongrie, en Russie, et en Sibérie. On en trouve aussi en Allemagne , dans les environs de Halle près de Saltzbourg, dans quelques provinces de l'Espagne *, et spécialement en Cata-
i. Près de Villena, à quelques lieues d'Alicante, H y a un. marais d'où l'on tire le sel pour la consommation des villages voisins, et, à quatre lieues de là > une montagne isolée toute de sel gemme , couvert seulement d'une couche de plâtre de différentes couleurs....
Il y a beaucoup de salines daps là juridiction de Mingraniti* ; on travaille a quelques-unes cl non au» autres : le sel gemme qu'on en tire est excellent, ]»rce que cette espèce e*t toujours plus salée que celle qui se fait par évaperation, y ayant moins d'eau dans sa cristallisation....
A une demi-lieue de la , on descend un peu pour entser dans un terrain de plâtre ou sont quelques colline».... Au bas de la couverture de plâtre, il y a un banc de sel gemme dont on ne sait point la profondeur, parce que , quand les excavations passent trois cents pieds , il en coûte beaucoup pour tirer le sel , es quelquefois Te terrain s'enfonce ou se remplit d'eau : alors on creusa de nouveaux puits ; car tout l'endroit est une masse énorme de sel tnélé en certaines places avec un peu de plâtre , et, dans d'autres , pur et rougeàtre , et le plus souvent cristallin.... BÙn* la mine de Cardona , au contraire , il n'y a.f)oiat de plâtre, et cependant le sel en est si dur et si bien cristallisé, que l'on en fait des statues, de petits autels, et des meubles curitux. Cc.ui de Mtngranflla est dur aussi , mais moins <jUe celui de Cardona, parée qu'il se casse comme quelques spaths fragile» ... Cette mine a du être couverte anciennement d'une épaisseur de plus de huit cents
Îieds de matières étrangères, que les eaux ont peu peu entraînées dans les lieux les plus bas.... Bane une'montagne où est le village de Valliera. on trouve u«temuo4e«aet geenrne qui parolt bon de terre ; du côté de l'entrée , et environ vingt pat en dedans , on voit que le sel , qui est blanc et abondant , a pénétré dans les couch«*s de plâtre. Cette mine peut avoir environ quatre cents pas d« longueur ; et différentes galeries latérales en ont plus de quatre-vingt* , soutenues par des piliers de
logne, où Ton voit , près de la ville de Cardonne1, une montagne entière de sel. En d'autres endroits les amas de sel gemme forment des bancs d'une très-grande épaisseur sur une étendue de deux ou trois lieues en longueur, et d'une largeur indéterminée, comme on l'a observé dam le nine de Wieliiska en Pologne, qui est la plus célèbre de toutes celles du Nord.
Les bancs de sel y sont surmontés de plusieurs lits de glaises, mêlées, comme les autres glaises, d'un peu de sable et de débris de coquilles et autres, productions marines. L'argile ou glaise contient l'acide, et les corps marins contiennent l'alcali. On pourrait donc imaginer qu'ils ont fourni l'alcali nécessaire pour former avec l'acide ce sel fossile : mais lorsqu'on jette les yeux sur l'épaisseur énorme de ces bancs de sel , on voit
Mi qui la font ressembler à une église gothique? le sel sait là direction de U colline, en penchant an pen an nord , comme les veines do plâtre ; ce sel n'a qu'environ cinq pieds de haut.... Il paroit avoir rangé différentes conehes de plâtre ri de uuvgue (marne) pour se placer où il est, quoiqu'il leste cependant assez de ces matières.
An bout de la principale galerie.... on Toit g ne la bande de sel descend jusqu'au vatlon , et passe à la colline qui est vis-à-vis.... La voûte de cette mine est de plâtre.... Ensuite H y a deux ponces de tel blanc , séparé du plâtre par quelques filons de terre saline ; après il y a trois doigts de sel pur et deux de sel de pierre , et une bande de terre ; ensuite une autre bande bleue suivie de deux pouces de set ; après quoi il y a des bandes alternatives de terre et de sel cristallin jusqu'au lit delà mine, qui est de plâtre : descendant au vallon et montant aux collines qui sont vis-à-vis, les bandes de terre sont d'un bleu obecar, et les lits de sel sont de couleur blanche. Cette mine est très-élevée en égard à la mer, parce que depuis Bayonne on monte toujours pour y arriver. (Histoire naturelle d'Espagne, par M. Bowles , pages 376 et suivantes.)
1. La ville de Cardonne est située au pied d'une moataçne de sel qui est presque coupée perpendiculairement du côte de la rivière : cette montagne est une masse énorme de «el solide de quatre ou cinq cents pieds de haut , sans raies ni fentes , ni couches , et il n'y a point de plâtre aux environs ; elle a une lieue .de circuit.... On iguose U profondeur du sel, qui pour l'ordinaire est blanc; il y ea a aussi du rouge.... d'autre d'un bleu clair : mais ces couleurs disparoissent lorsque le sel est écrasé, car dans cet état il est blanc. w
La superficie de la montagne est grande , cependant les pluies ne font pas diminuer le sel : la rivière qui coule au pied est néanmoins salée ; et quand il pleut , la salaison augmente et fait mourir le poisson ; mais ce mauvais effet ne s'étend pas à plus de trois lieues , après quoi le poisson se porte •ossi bien qu'ailleurs. (Histoire naturelle d'Espagne, par M. Bowles, pages 4*° et suivantes.) Les anciens ont parlé de ces montagnes de sel de l'Es» Hgae. Est, dit AuleGetle, in Au mgimibus (Hit- PtUm) mm** es tait mer* magnus g quantum dénias f '«/«mai adrescit. (Aulu-Gelle , Kvre H, chap. ?at
Cassa».) '
SEL MARIN ET SEL GEMME. 30
que , quand même la glaise et les corps ma» rins qu'elle renferme se seraient entièrement dépouillés de leur acide et de leur alcali, ils n'auraient pu produire que les dernières couches sui>erficielles de ces bancs, dont Pépaisseur étonne encore plus que leur éten» due. Il me semble donc que , pour concevoir, la formation de ces masses immenses de sel pur , il faut avoir recours à une cause plus puissante et plus ancienne que celle de la sti liât ion des eaux et de la dissolution des sels contenus dans les terres qui surmontent ces salines. Elles ont commencé par être des marais sa la m , où l'eau de la mer en stagnation a produit successivement les couches de sel qui composent ces bancs , et qui se sont déposées les unes sur les autres à mesure qu'elles se formoient par l'évaporation des eaux qui arrivoient pour remplacer les premières, et qui laissoietit de même déposer leur sel après l'évaporation ; en sorte que, dans le temps où la chaleur du globe étoà] beaucoup plus grande qu'elle ne Test aujour* d'hui , le sel a dû se former bien plus proraptement et plus abondamment qu'il ne se forme dans nos marais salans : aussi ce set gemme est -il communément phis solide et plus pur que celui que nons obtenons en faisant évaporer les eanx salées ; il a retenu moins d'eau dans sa cristallisation; il attire moins l'humidité de l'air, et ne se dissout qu'avec beaucoup de temps dans l'eau , à moins qu'on n'aide la dissolution par le secours de la chaleur.
On vient de voir, par les notes précédentes , que ce* grands amas de sel gemme se trouvent tous ou sous des couches de glaise et de marne , ou sous des bancs de plâtre , c'est-à-dire sous des matières déposées et transportées par les eaux , et que par conséqnent la formation de ces amas de set est k pen près contemporaine aux dernières allumons des eaux , dont les dépôts sont en effet les glaises mêlées de craie et les plâtres , matières dont la substance est analogue à celle du sel marin , puisqu'elles contiennent en même temps l'acide et l'alcali qui font fessence de sa composition. Cependant , je le répète, ce ne sont pas les parties salines contenues dans ces bancs argileux, marneux, et plâtreux , qui seules ont pu produire ces énormes dépôts de sel gemme , quand même ces bancs de terre auraient été de huit cents pieds plus épais , comme le dit M. Bowles; et ce ne peot être que par des alternatives d'alHivion et de dessèchement, et par une évaporation prompte, que ces grandes 1 de sel ont pu s'accumuler.
9^4 MINÉRAUX
Pour mieux Caire entendre cette formation successive , supposons que le sol sur lequel porte la dernière couche saline fût alternativement baigné par les marées, et que pendant les six heures de l'alluvion du flux la chaleur fût alors assez grande, comme elle l'étoit ert effet, pour causer , dans cet intervalle de six heures, la prompte évaporation de quelques pouces d'épaisseur d'eau' : il se sera dès lors formé sur ce sol une première couche de sel de quelques lignes d'épaisseur, et , douze heures après , cette première couche aura été surmontée d'une autre, produite par la même cause; en sorte que dans les lieux où la marée s'élevoit à une grande hauteur les amas de sel ont pu prendre presque autant d'épaisseur. Cette cause a certainement produit un tel effet dans plusieurs lieux de la terre, et particulièrement dans ceux où les amas de sel ne sont pas d'une très -grande épaisseur, et quelques-uns de ces amas semblent offrir encore la trace des ondes qui les ont accumulés; mais dans les lieux où ces amas sont épais de cinquante et peut-être de cent pieds , comme à Wientska en Pologne , et à Cardonne en Catalogne, on peut encore supposer très-légitimement une seconde circonstance qui a pu concourir comme cause avec la première.
Cette circonstance s'est trouvée dans les lieux où la mer formoit des anses ou des bassins, dans lesquels son eau stagnante devoit s'évaporer presque aussi vite qu'elle se renouvefoit, ou bien s'évaporait eu entier lorsqu'elle ne pouvoit être renouvelée. On peut se former une idée de ces anciens bassins de la mer et de leur produit en sel par les lacs salés que nous connoissons en plusieurs endroits de la surface de la terre : une chaleur double de celle de la température actuelle eauseroit en peu de temps rentière évaporation de Peau , et laisserait au fond toute la masse de sel qu'elle tient en dissolution, et l'épaisseur de ce dépôt salin serait proportionnelle à la quantité d'eau contenue dans fe bassin et enlevée par l'évaporation ; en sorte, par exemple, qu'en supposant huit cents brasses eu quatre mille pieds de profondeur au bassin , on aurait au moins cent S'eds d'épaisseur de sel après révaporation ; cette can, qui , comme l'on sait , contient communément un quarantième de sel relativement à son poids. Je dis cent pieds au moins, car ici le volume augmente plus que proportionnellement à la masse. Je ne sais si cette augmentation relative a été détersnj- «r des expériences ; mais je suis peri qu'elle est considérable > tant par la
ou
quantité d'eau que le sel retient dans sa cristallisation , que par les matières grasses et terreuses dont Peau de la mer est toujours chargée, et quel'évaporation ne peut enlever.
Quoi qu'il en soit, les vues que je viens de présenter sont suffisantes pour concevoir la formation de ces prodigieux dépôts de sel , sur lesquels nous croyons devoir donner encore quelques détails important Voici Tordre des differens bancs de terre -et de pierre qu'on trouve avant de parvenir au sel dans les mines de Wielitska. « Le premier lit, celui qui s'étend jusqu'à l'intérieur de la mine, est de sable, c'est-à-dire un amas de grains fins arrondis, blancs , jaunà très, et même rougeatres. Ce banc de sable est suivi de plusieurs lits de terre argileuse plus ou moins colorée ; mais le plus ordinairement ces terres ont la couleur de rouille de fer. Ces lits de terre , à une certaine profondeur, sont séparés par des lames de piene que leur peu d'épaisseur, jointe à leur couleur noirâtre, ferait regarder comme des ardoises; ce sont des pierres feuilletées. . . On descend d'abord dans le premier étags par une espèce de puits de tarit pieds en carré, ayant deux cents pieds de France de profondeur , au lieu de six cents, comme oq a voulu le dire... On y trouve une chapelle taillée dans la masse du sel , et qui peut avoir environ trente pieds de longueur sur vingtquatre de largeur el dix-huit de hauteur. Tous les ornemens et les images de cette chapelle sont anssi faits avec du sel... Il n^y a que neuf cents pieds de profondeur depuis le sommet de la mine jusque dans l'endroit le plus profond..... Et il est étonnant qu'on ait voulu persuader le public qu'il y avait dans cette mine une espèce de ville souterraine , puisqu'il n'y a dans les galeries que quelques petite? chambres qui sont destinées à enfermer lès outils des ouvriers lorsqu'ils s'en vont le soir de la mine... Plus ou pénètre profondement dans ces salines, plus on trouve le sel abondant et pur; si l'on ren» contre quelques couches de terre, elles n'ont ordinairement que deux à trois pieds d'épaisseur et fort peu d'étendue. Toutes ces couches sont d'une glaise plus on moins sa • bleuse.
« On n'a trouvé jusqu'à présent dans ces mines aucune production volcanique, telle que soufre , bitume , charbon minerai, etc., comme il s'en trouve dans les salines dé Halle, de la haute Saxe, et de comté de Tyrok On y trouveabeaucoup de coquilles , principalement des brvatot et èm madrépores»..
SEL MARIN ET SEL GEMME
« Je n'assurerai pu que cm minet aient, comme on le dit, trois lieues d'étendue en tous sens.... Mais il y a lieu de croire qu'elle» communiquent à celles de Bochnia (ville à cinq milles au levant de Wietitaka) , où Ton exploite le même sel. Le travail de Wielitska a toujours été dirigé du côté de Bochnia , et celui de Bochnia du côté de Wielitska, jusqu'en 177*, qu'on se trouva arrêté de part et d'autre par un lit de terre marneuse, ne contenant pas un atome de sel.— Mais l'administration ayant dirigé l'exploitation du coté du midi , on trouva du sel beaucottp plus pur....
« On détache ce sel de la masse en blocs qui ont ordinairement sept à huit pieds de longueur sur quatre de largeur et deux d'épaisseur; on emploie pour cela des coins de fer, et on opère à peu près de la manière qu'on le fait dans nos carrières pour en tirer la pierre de tiHle.... Lorsque ces gros Mecs «ont ainsi détachés, on les divise en trais ou quatre parties , dont on lait des cylindres pour en faciliter le transport.
« Les morceaux de set que Ton trouve quelquefois dans cette mine de Wielitskase rencontrent par cubes isolés dans les couches de glaise, sans affecter de marche régulière, et quelquefois formant des bandes de deux à trois pouces d'épaisseur dans la massa do tel ; mais celui qui se trouve en grains dans la glaise est toujours te plus beau , et on conduit presque tout ce sel blanc dans l'en* droit que l'on appelle ta chancellerie, qui est un bureau ou travaillent quatre commis pendant ta journée. Tout ce qui orne cette chancellerie , comme tables, armoires, etc., est en sel... Avec les morceaux de sel blanc les plus transpait:^ , on travaille de jobs ouvrages qui ont dîftérentes formes , comme des crucifix , des tabk>s, des chaises, des tasses à café , des canons montés sur leurs affûts , des montres , des salières , etc. »
Nous ne pouvons douter qu'il n'y ait en France des mines de set gemme, puisque nous y connotssons un grand nombre de fon* taines salées , et dans nos provinces même les plus éloignées de la mer : mais la recherche de ces mines est prohibée, et même l'usage de l'eau qui en découle nous *tf interdit par une loi' fiscale, qui s'oppose au droit si légitime d'user dé ce* que la nature nous offre avec profusion; loi de proscrip* tion contre l'aisance de rhomnie et la santé des animaux , qui , comme nous , doivent participer aux bienfaits de ta mère commune, et qui , faute de sel , ne vivent et ne se multiplient qu'à demi; loi de tnaBieùr, OU tèu»
tôt sentence de mort contre les générations à venir, qui n'est fondée que sur le mécompte et sur l'ignorance, puisque le libre usage de cette denrée, si nécessaire à l'homme et à tous les êtres vivans , feroit plus de bien et deviendrait plus utile à l'État que le produit de la prohibition; car il soutiendrait et augmenterait la vigueur , la santé , la propagation , la multiplication des hommes et de tous les animaux utiles. La gabelle fait plus de mal à l'agriculture que la grêle et la gelée : les boeufs, les chevaux, les moutons, tous nos premiers aides dans cet art de première nécessité et de réelle utilité, ont encore plus besoin que nous de ce sel qui leur étoit offert comme l'assaisonnement de leur insipide herbage , et comme un préservatif contre l'humidité putride dont nous les voyons périr ; tristes réflexions que j'abrège en disant que l'anéantissement d'un bienfait de la nature est un crime dont l'homme ne se fût jamais rendu coupable s'il eût entendu ses véritables intérêts.
Les mines de sel se présentent dans tous les pays ou Ton a la liberté d'en faire usage,* il y en a tout autant en Asie qu'en Europe; et le despotisme oriental, qui nous paraît si pesant pour l'humanité , s'est cependant abstenu de peser sur la nature. Le sel est commun en Perse et ne paie aucun droit ; les salines y «ont en grand nombre, tant à la surface que dans l'intérieur de la terre. On voit aux environs d'Astracan une montagne de sel gemme, où les habitans du pays, et même les étrangers, ont la liberté d en prendre autant qu'il leur plaît. H y a aussi des plaines immenses qui sont pour ainsi dire toutes couvertes de sel : on voit une semblable plaine de sel en Natolie. Pline dit que Ptoléniée , en plaçant son camp près de Peiuse, découvrit sous le sable une couche de sel que l'on trouva s'étendre de l'Egypte à l'Arabie. La mer Caspienne et plusieurs autres lacs sont plus ou moins salés '. Ainsi, dans les terres lès plus éloignées de l'Océan, l'on ne manque pas plus de sel que dans les contrées maritimes, et partout il ne coûte que les frais de l'extraction ou de l'évaporation. En Afrique, il y a peut-être encore
z. Pline, en parlant de rivière* salées, qu'il place près de la mer Caspienne, dit que le sel forme ur.e croûte à ta surface, sons laquelle le fleure couie , comme s'il étoit glacé s ce qu'en M peut néanmoine entendre que de» mers et des anses, on l'eau tranquille et donnante , et baissant dans les chaleurs, donnoit lieu à la route de sel de «s former.... Sed et summa fluminum tturantur in tmhm, amnê rt/iquo vttuti t*b gthtjhênte, ut mpmi Cm/im pe*a»t fjm aaiis iuamina «gaWonfrr.
MINÉRAUX
plus de mines de tel qu'en Europe et en Asie: les. voyageurs citent les salines du cap de Bonne - Espérance ; Kolbe surtout s'étend beaucoup sur la manière dont s'y forme le sel , et sur les moyens de le recueillir. En Abyssinie , il y a de vastes plaines toutes couvertes de sel , et Ton y connoit aussi des mines de sel gemme ; il s'en trouve de même aux îles du cap Tert , au cap Blanc ; et comme la chaleur est excessive au Sénégal, en Guinée, et dans toutes les terres basses de l'Afrique , le sel s*y forme par une évaporation prompte et presque continuelle. Il s'en forme aussi sur la côte dPOr , et il y a dés mines de sel gemme au Congo. En général , l'Afrique , comme la région la plus chaude de la terre , a peu d'eau douce , et presque tous les lacs et autres eaux stagnantes de cette partie du monde sont plus ou moins salés.
L'Amérique, surtout dans les contrée* méridionales, est assez abondante en sel marin i) s'en trouvé aussi dans les îles , et notamment à Saint - Domingue' et sur plusieurs côtes du continent, ainsi que dans les terre» de l'isthme de Panama, dans celtes dn Pérou , de la Californie , et jusque dans les terres Magellaniques.
Il y a donc du sel dans presque tous les
Fays du monde , soit en masses solides à intérieur de la terre , soit en pondre cristallisée à sa surface, soit en dissolution dans les eaux courantes ou stagnantes. Le sel en masse ou en poudre cristallisée ne coûte que la peine de le tirer de sa mine , ou celle de le recuellir sur la terre : celui qui est dissous dans l'eau ne peut s'obtenir que par l'évaporatkra ; et dans les pays où les matières combustibles sont rares , on peut se servir avantageusement de la chaleur du soleil, et même l'augmenter par des miroirs ardens lorsque la masse de l'eau salée n'est pas considérable; et Ton a observé que lot vents secs font autant et peut -être plus d'effet que le soleil sur la surface des marais salans. On voit , par le témoignage de Pline, que les Germains et les Gaulois tiroient le sel des fontaines salées par le moyen du feu;' mais le bois ne leur coùtott rien , ou si peu , qu'ils n'ont pas eu besoin de recourir à d'autres mojens : aujourd'hui, et même depuis plus d'un siècle , on fait le sel en France par la seule évaporation, en attirant l'eau de la mer dans de grands terrains qu'on appelle des marais salans, 1iL Montel a donné une description très* exacte des marais salans de Peccais dans le bas Languedoc* On ne tait à Peccais qu'une
récolte -de sel chaque année, et le temps nécessaire à l'évaporation est de quatre ou cinq mois, depuis le commencement de ma* jusqu'à la fin de septembre.
Il y a de même des marais salans en Pro» vence, dans lesquels on fait quelquefok deux récoltes chaque année, parce que la chaleur et la sécheresse de l'été y sont plus grandes; et comme la mer Méditerranée ni ni fhix ni reflux , il y a plus de sûreté et moins d'inconvéuiens à établir des maraii salans dans son voisinage que dans celui de l'Océan. Les- seuls marais salans de Peccais , dit M. Monte] , rapportent à la ferme générale sept ou huit millions par an. Pour que la récolte du sel soil regardée, comme bonne, il faut que la couche de sel produite
rrr l'évaporation successive, pendant quatre cinq mois, soit épaisse de deux pouces et demi ou trois pouces. Il est dit dans la GatetU d'agriculture « Qu'en 177S il y a voit plus de quinze cents hommes employés à recueillir et entasser le sel dans les marais de Peccais : indépendamment de ces salines et de celles dé Saint-Jean- et de Roquemaure, où le sel s'obtient par industrie, il s'en forme tout naturellement des quantités mille Hoir plus considérables dans les marais qui s'étenden jusqu'auprès de Martigues en Provence. L'imagination peut à peine se figurer la quantité étonnante de sel qui s'y trouve cette année : tous les hommes, tous les bestiaux de l'Europe ne pourvoient la consommer en plusieurs années , et il s'en forme à peu près autant tous les ans.
« Pour garder » ce n'est pas dire conserver, mais bien perdre, tout ce sel , il y aura une brigade de gardes à cheval , nommée dans le pays du nom sinistre de brigade noire , laquelle va campant d'un lieu à un autre, et envoyant journellement des détachemens de tous -les côtés. Ces gardes ont commencé à camper vers la fin de mai; ils resteront sur pied, suivant la coutume, jusqu'à ce que les pluies d'automne aient fonda et dissipé tout ce sel naturel. »
-On voit, par ce récit, qu'on pourroit épargner le travail des hommes , et la dépense des digues et autres constructions nécessaires au maintien des marais salans, ai l'on vouloit profiter de ce sel que nous offre la nature ; il faudrait seulement l'en, tasser oomtne on entasse celui qui s'est déposé dans les marais salans , et le conserver pendant trois ou quatre ans , pour lui faire perdre sou amertume et son eau superflue» Ce n'est pas que ce sel, trop nouveau, aofc nuisible j^Ja, 430 té, mais il est de ratu-
SEL MARIN ET fais gaét ; et tout cdài qu'on défaite au publié dans les greniers à sel doit , par tes rigfemens , avoir été facturé deux ou trois m* auparavant.
Malgré l'inconvénient .des marées , on n'a pas laissé d'établir des marais salans sur l'Océan comme sur la Méditerranée, surtout dans le bas Poitou, le pars d'Aunis, la Saintonge, la Bretagne, et la Normandie : le sel s'y mit de même par l'évaporation de Peso marine. «Or on facilite celte évaporer non, dit M. Guettard, en. faisant circuler l'eau autour de ces marais, et en la recevant ensuite dans de petits carrés qui se foraient au moyen d'espèces de vannes : l'eau , par son séjour, s'y évapore plus ou moins promptement, et toujours proportionnelle^ aient à lar force de la chaleur du soleil ; eHe y dépose ainsi le sel donl elle est chargée. » Cet académicien décrit ensuite avec exactitude les salines de Normandie dans la baie d'Avranehes , sur une plage basse où le mouvement de la mer se iik le mains sentir, et donne le temps nécessaire à l'cvtr poration. Voici l'extrait de cette description : On ramasse le sable chargé de ce sépot salin, et cette récolte se mit pendant ieuf ou dix mois de l'année) on ne la discontinue que depuis la 6n de décembre jusqu'au commencement d'avril. ... On transporte ce sable mêlé de sel dans un lieu sec, où on en mit de gros tas en forme de spirale; ce qui donne la facilité de monter autour pour les exhausser autant qu'on le juge à propos : on couvre ces tas avec des fagots, sur lesquels on met un enduit de (erre grasse pour empocher la pluie de pénétrer. . . . Lorsqu'on veut travailler ce sable saliu, on découvre peu à peu le tas; et à mesure qu'on enlève le sable, on le lave dans une fosse enduite de glaise bien battue et revêtue de planches, entre les joints desjquelles l'eau peut s'écouler. On met dans 'cette fosse cinquante ou soixante boisseaux de ce sable salin , et on y verse trente ou trente-cinq seaux d'eau; elle passe à travers le sable et dissout le sel qu'il contieut ; on la conduit par des gouttières dans des cuves carrées de trois pieds, qui sont placées dans un bâtiment qui sert à l'évaporaiion; on examine avec une éprouvelte si cette eau est assez chargée de sel ; et si elle ne Test pas assez , on enlève le sable de la fosse et on y en remet de nouveau. Lorsque l'eau se trouve suffisamment salée, on la transvase dans des vaisseaux de plomb qui n'ont qu'un ou deux pouces de profondeur sur vingtsix pouces de longueur et vingt-deux de lar*
SBL GEMME. 3jjf
geur; on place ces plombs sur un fourneau qu'on échauffe avec des fagots bien secs : révaporation se fait en deax heures. On remet alors de la nouvelle eau salée dans les vaisseaux de plomb, et on la fait évaporer de mémo. La quantité de sel que Ton retire en vingt-quatre heures, au moyen do ces opérations répétées, est d'environ cens livres dans trois vaisseaux de plomb des dimensions ci -dessus. On donne d'abord ua feu assez fort , et on le continue ainsi jusqu'à ce qu'il se forme une petite fleur de sel sur l'écume de cette eau ; on enlève alors cette écume et on ralentit le feu. L'évaporation étant achevée , on remue le sel avec une pelle pour le dessécher ; on le jette dans des paniers en forme d'entonnoir, où 11 peut s'égoutter. Ce sel , quoique tiré par le moyen du feu , et dans un pays où lé bois est cher , ne se vend guère que 3 livres 10 sous lès cinquante livres pesant. Il y a aussi en Bretagne soixante petites fabriques de sel par évaporation, tjre des vases et sables de la mer , dans lesquels on mêle un tiers de sel gris pour le purifier et porter les liqueurs à quinze sur cent.
On fait aussi du sel en grand dans quelques cantons de cette même province de Bretagne; on tire des marais salans de la baie de Bourgneuf seize ou dix-sept mille muids de sel , et l'on estime que ceux de Guérande et du Croisic produisent , année commune, environ vingt-cinq mille muids.
En Franche-Comté , en Lorraine, et dans plusieurs autres contrées de l'Europe et des autres parties du monde, le sel se tire de l'eau des fontaines salées. M. de Montigny, de l'Académie des Sciences, a donné une bonne description des salines de la Franche- Comté , et du travail qu'elles exigent. Voici l'extrait de ses observations. « Les eaux , dit M. de Montigny, de tous les puits salés, tant de Salins que de Montniorot, contiennent en dissolution , avec le sel marin ou sel gemme , des gypses ou sélénites gypseu* ses; de$ sels composés de l'acide vitrioliqus engagé dans une base terreuse ; du sel de Glauber; des sels déliquescens , composés de l'acide marin engage dans une base tei reuse ; une terre alcaline très-blanche , que l'on sépare du sel gemme lorsqu'on le tient long-temps en fusion dans un creuset; enfin une espèce de glaise très -fine, et quelques
}>arties grasses, bitumineuses, ayant une brte odeur de pétrole. Toutes ces eaux portent un principe alralin surabondant.... Elles ne sont point mêlées de vitriols métalliques... •
«Les sois en petits grains, ainsi que les sels en pain, se sont également trouvés chargés d'un alcali terreux, . . . Ainsi ces sels ne sent pas, comme le sel marin, dans un étal de neutralité parfaite.
« Le sel à gros grains de Montmorot est le seul que nous ayons trouvé parfaitement neutre. ... Ce sel à gros grains est tiré des mêmes eaux que le sel à petits grains; mais H est formé par une évaporation beaucoup plus lente : il fient en cristaux plus gros, très-réguliers , et en même temps beaucoup plus purs. ... Si les esux des fontaines salées ne contenoient que du sel gemme «n dissolution, l'évaporation de ces eaux, plus lente ou plus prompte , n'influeroit en rien sur la pureté du sel. ... On ne peut donc séparer les matières étrangères de ces sels de Franche -Comté que par une 1res -lente évaporation ; et cependant c'est avec fes sels à petits grains, faits par une très-prompte évaporation , que l'on fabrique tons les sels en pain, dont l'usage est général dans toute la Franche-Comté. ... On met les pains de sel qu'on vient de fabriquer sur des lits de braises ardentes, où ils restent pendant vingtcinq, trente , et même quarante heures , jusqu'à ce quTils aient acquis la sécheresse et la dureté nécessaires pour résister au transport » .... Le mélange du sel de Glauber, de gypse , de bitume , et de sel marin à base terreuse , oui vient par la réduction de ces eaux , est aune amertume inexprimable....
« La saveur et la qualité du sel marin "ont fort altérées par le mélange du gypse ftrsqne les eaux ne reçoivent pas assez de Valeur pour en opérer la séparation, et la j uantité du gypse est fort considérable dans es eaux de Salins .... Le gypse de Salins rend le sel d'un blanc opaque , et le gypse de Montmorot rai donne sa couleur grise..,.
i. Hoa» deront observer que cette pratique cfe mettre te tel A l'exposition da feu pour le durexr, est tres-prejudiciable à la pureté et à Ut qualité du sel :
i* Parce que pour mouler Te sel , fl faut qnll •oit humecté de son eau-mère que le feu ne fait que dessécher en agglutinant la masse saline , et cette eau-mère est une partie impure qui reste dans le sel.
a° Une partie «lu gypse se décompose; son acide vHriolique agtt sur la base du sel marin , le dénature, et le rend amer.
3° Le sel marin le plus par reçoit une altération très-sensible par la calcinatton ; il devient plus caustique ; une partie de l'acide s'en dissipe , et laisse une base terreuse qui procède de la décoraposition de l'acide minéral. La décomposition du sel est si sensible , que Ton ne peut rester dans les étuves du grillsge , à cause des vapeurs acides qui afleclsol la poitrine et les jeux.
MINÉRAUX
Lorsqne les eaaa sont (bibles en salure* comme celles de Montmorot , on a trouvé le moyen de les concentrer par une méthode ingénieuse et qui multiplie l'évaporttkra .sans feu. m ■
Ces fontaines salées de la Francbe-Cofnté, qui fournissent du sel à toute cette province et à une partie de la Suisse, ne sont pas pins abondantes que celles qui se troc* vent en Lorraine , et qui s'exploitent asm les petites villes de Dieuie, Moy envie, et Chàt«au~Sakns, toutes situées le long de b vallée qu'arrose la rivière de SeiMe. A Rosières , «Uns la mémo province , étoit une saline des plus belles de l'Europe par rétendue de son bâtiment de graduation ; mais cette saline est détruite depuis environ vingt ans. A Dieuie, non plus' qu'à Moy envie et à Château-Salins, on n'a pas besoin de ces grands batimens ou hangars de graduante pour évaporer l'eau, parce que d'elle-même elle est assex chargée pour qu'on puisse, ea la soumettant immédiatement à l'ébuilitioo, on tirer le sel avec profit.
Il se trouve aussi des- sources et fbntaiusi salées dans le duché de Bourgogne et dam plusieurs autres provinces, où la ferme générale entretient des gardes pour empêcher
le peuple de puiser de l'eau dans ces sources. Si Ton refuse ce set aux nommes, on dovroitau moins permettre aux animaux de s'abreuver de cette eau , en établissant des bassins dans lesquels ces mêmes gardes ne laisseroient entrer que les bœuf» et les moutons, qui ont autant et peut-être plutbesois " que l'homme de ce sel pour prévenir les maladies de pourriture qui les font pé rir ; ce qui , je le répète , cause beaucoup plus de perte à l'État que la vente du sel ne donne de profit.
Dam quelques endroits ces fontaines salées forment de petits lacs ; on en voit on aux environs de Gourtezon , dans la principauté d'Orange. • Des hommes, dit M. Guettnrd, intéressés à ce qu'on ne fasse potni d'usage de cette eau , ordonnent de trépigner et mêler ainsi avec m terre le sel qui peut, dans la belle saison, se cristalliser sur les bords de cet étang. L'eau en est claire et limpide, un peu onctueuse au toucher, d'un goût passablement salé. Ce petit lac est éloigné de ta mer d'environ vingt lieues. S'U n'étoit dé qu'à une masse d'eau de mer restée dans cet endroit, bientôt la seule évaporation auroit suffi pour le tarir. Ce hc ne reçoit point de rivière ; il faut donc nécessairement qu'il sorte de son fond det sources d'eau salée pour l'entretenir. •
S1L MAMTf H
Des» Jmmi pays oè k nature, moins
i libérale amochez nous, est en mèmetempe moins insultée, et oè en laisse au* habe-
i tans la liberté de recueillir et de solliciter ses hsensait», on a su proeueer, ci pour
i ainsi dire créer, de» sources salées là où il n'en existait pas, en conduise**, par de grand» et ingénieux travaux, des cours d'eau
i à travers des couches de terre on de pierre imbues ou imprégnées de sel, que ces eaux dissolvent et dont elles sortent chargées. C'est à M. Jars que nous devons la coonoissanee et la description de cette singulière eiploitation , qui se fait dans le voisinage de la ville de HaHe en TyroL « Le sel, dit-il, est mélangé dans cette mine avec un rocher de la nature de l'ardoise, qui en contient dans tous ses lits ou divisions.... Pour extraire le sel de cette masse, on commence par ouvrir une galerie, en partant d'un endroit où le rocher est ferme , et on l'avance d'une vingtaine de toises; ensuite on en fait une seconde de chaque coté d'environ dix toises , et d'autres encore qui leur sont parallèles, de sorte qu'il ne reste dans cet espace que des piliers distans les uns des autres de cinq pieds, et qui ont à peu près les mêmes dimensions en carré, sur six pieds de hauteur , qui est celle des galeries. Pendant qu'on travaille à ces excavations, d'autres ouvriers sont occupés a faire des mises ou entailles de chaque côté de la galerie principale, qui a été commencée dans le rocher ferme, pour y placer des pièces de bois et y former une digue qui serve a retenir l'eau ; et dans la partie Intérieure de cette digue on laisse une ouverture pour y mettre une bonde ou un robinet. Lorsque le tout est exactement bouché, on y fait arriver de l'eau douce par des tuyaux qui partent du sommet de la montagne ; peu à peu le sel se dissout à mesure que l'eau monte dans la galerie.... Dans quelques-unes des excavations de cette mine l'eau séjourne ciucp, six , et même douze mois avaut que d'être saturée ; ce qui dépend de la richesse de la veine de sel et de retendue de l'excavation.... Ce n'es't que quand l'eau est entièrement saturée que l'on ouvre les robinets des digues pour la faire couler et la conduire par des tuyaux de bois jusqu'à Halle , où sont les chaudières d'évaporation. »
Dans les contrées du nord où l'eau de la mer se glace, on pourroit tirer le sel de cette eau en la recevant dans des bassins peu profonds , et la laissant exposée à la gelée ; le sel abandonne la partie qui se place et se concentre dans la portion inférieure
' 6BL GEMME. *gp
de l'eau* qui, par oa moyen aates simple, ta trouve beaucoup plus salée qu'elle ne l'était auparavant.
Il sembla que la nature ait pris elle-même le soin de combiner l'acide et l'alcali pour former ce sel qui nous est le plus utile, le plus 4séoassaire de tous» et qu'elle l'ait en mémo te» ps accumulé , répandu en immense quan- -tité sur la terre et dans toutes les mers; l'air même est imprégné de ce sel ; il eutre dans la composition de tous les êtres organises; il plaît au goût de l'homme et de tous les animaux ; il est aussi reconnoissable par sa figure que re» commandable par sa qualité; il se cristallise plus facilement qu'aucun autre sel, et ses cristaux sont des cubes presque parfaits ' ; il est moins soluble que plusieurs autres sels , et la 'chaleur de l'eau, même bouilaute, n'augmente que très-peu sa solubillité : néanmoins il aitire si puissamment l'humidité de l'air, qu'il se réduit en hsnteur si on le tient dans des lieux très-humides ; il décrépite sur le feu par l'effort de l'air qui se dégage alors de ses cristaux, dont l'eau s'évapore en même temps.: et cette eau de cristallisation qui, dans certains sels, comme l'alun, parait faire
5 lus de la moitié de la masse saline ,- n'est ans le sel marin qu'en petite quantité; car en le faisant calciner et même fondre à un feu violent, il n'éprouve aucune décomposition, et forme une masse opaque et blanche, également saline , et du même poids à peu près J nepen très-peu d'eau.
Ce sel, qui ne peut être décomposé par le feu, se décompose néanmoins par les acides vitrioliques et nitreux, qui, ayant plus d'affinité avec son acide, s'en saisissent, et lui font abandonner sa base alcaline . autre preuve que les trois acides , vitriolique , nitreux , et marin , sont de la même nature au fond , et qu'ils ne différent que par les modifications qu'ils ont subies. Aucun de ces trois acides ne se trouve pur dans le sein de la terre;1 et lorsqu'on les compare, on voit que l'acide marin ne diffère du vitriolique qu'en ce qu'il est moins pesant et plus volatil , qu'il saisit moins fortement les substances alcalines , et qu'il ne forme presque toujours avec elles que des sels déliquescens : il ressemble à l'acide nitreux par cette dernière propriété, qui prouve que tous deux sont plus foibles que l'acide vi-
x. Les grains figurés eo trémies sont de petits cube» groupés les uns contre les autres.
s. Le sel marin ne perd qu'an huifrceutieaM é> son poids par la calcinaiion.
i » qu'avant la fusion; ce qui prouve qu'il perd au feu que de l'air, et qu'il contient
mrÉÊAtnL
tneti(ftie, dont on peut croire qe'ùVse sont fermés, en ne perdant pas de voe leur première origine, qu'il ne faut pas confondre avec leur formation secondaire et leur conversion réciproque. L'acide aérien a été le •premier formé ; il n'est composé que d'air et de feu. Ces deux élémeus , en se combinant avec la terre vitrifiée, ont d'abord produit l'acide vitriolique ; ensuite l'acide marin s'est produit par leur combinaison avec les matières calcaires ; et enfin l'acide nitreux a été fermé par l'Union de ce même acide aérien avec la terre limoneuse et les autres débris putréfiés des corps organisés.
Comme l'acide marin est plus volatil que le nitreux et le vitriolique, on ne peut le concentrer autant. Il ne s'unit pas de même avec la matière du feu ; mais il se combine pleinement avec 'e& alcalis fixe et volatil : il forme, avec le premier le sel marin, et avec le second un sel très-piquant qui se sublime par la chaleur.
Quoique l'acide marin ne soit qu'un faible dissolvant en comparaison des acides vitriolique et nitreux , il se combine néanmoins avec l'argent et avec le mercure; mais sa propriété la plus remarquable, c'est qu'étant mêle avec l'acide nitreux ils tant ensemble ce que l'acide vitriolique ne peut faire :' ils dissolvent l'or, qu'aucun autre dissolvant ne peut entamer; et quoique l'acide marin •oit moins puissant que les deux autres , il forme néanmoins des sels plus corrosifs avec les substances métalliques; il les dissout pres-
que toutes avec Je temps* surtout toramrï) est aidé de la chaleur, et il agit même plus etficacememt sur leurs cbux que les autres
Comme toute la surface de la terre a été long- temps août les «aux, et que c'est par les. mouvement de la mer qu'ont été formées toutes les couches qui enveloppent le novae du* globe fondu par le feu, il a dû rester, après la retraite des eaux , une grande quantité des sela qui y étoient dissous ; ainsi les -acides de ces sels doivent être universellement répandus. On a donné le nom Macule médiatique à leurs émanations volatiles; cet acide mépkhtiaye n'est que notre acide aérien, qui , sous la forme d'air fixe , se dégage des aels et enlève une petite quantité de leur acide particulier, auquel il étoit uui par l'intermède de l'eau : aussi cet acide se manifeste~t-il dans la plupart des mines sous la forme de moufette suffocante, qui n'est autre chose que de Pair fixe stagnant dans ces profonds souterrains ; et ce phénomène offre une nouvelle et graude preuve de la pro ductiou primitive de l'acide aérien et de sa dispersion universelle dans tous les règnes de la nature. Toutes les matières minérales en effervescence et toutes les substances vé-
S étales qu animales en fermentation peuvent onc produire égalrment de l'acide méphitique ; mais les seules matières animales et végétales en putréfaction produisent asses de cet acide pour douner naissance au sel de nitre.
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