‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 135 sur 150 · DU NITRE · texte numérisé non relu

DU NITRE

L'acide nitreux est moins fixe que l'acide vitriolique, et moins volatil que l'acide marin ; tous trois sont toujours fluides ; et on ne tes trouve nulle part dans un état concret, quoiqu'on puisse amener à cet état l'acide vitriolique en le conèentrant par une chaleur violente : mais il se résout bientôt en liqueur dès qu'il est refroidi. Cet acide ne prend point de couleur au feu , et il y reste Liane; l'acide marin y devient jaune, et l'acide nitreux paroit d'abord vert : mais sa vapeur, en se mêlant avec l'air, devient rouge, et il prend lui-même cette couleur rouge par une forte concentration. Cette vapeur que l'alcali nitreux exhale a de l'odeùr et colore la partie vide des vaisseaux

de verre dans lesquels on le tient renfermé; comme plus volatil , il est aussi moins pesant que l'acide vitriolique, qui pèse plus du double de l'eau , tandis que la pesanteur spécifique de l'acide nitreux n'est que de moitié plus grande que celle dé l'eau pure. Quoique plus foible à certains égards que l'acide vitriolique, l'acide nitreux ne laisse pas de le vaincre à la distillation en le séparant de l'alcali. Or l'acide vitriolique ayant plus d'affinité que l'acide nitreux avec l'alcali, comment se peut-il que cet alcali lui soit enlevé par ce second acide ? Cela ne prouve t-il pas que l'acide aérien réside en grande quantité dans l'acide nitreux et qu'il est la cause médiate de cette décomposition

DU NITRB.

opposée à la loi commune des affinités ? que que par le nitreux ; celui-ci est néan- /\« «A„t ^niAVA* k *<*!.. in- .*i. l'oa» «.,; moins tres-corrosif , et ce qu'on appelle

eau-forte n'est que ce même acide nitreux affaibli par une certaine quantité d'eau.

Cet acide, ainsi que tous les autres, provient originairement de l'acide aérien, et il semble en être plus voisin que les deux au très acides minéraux; car il est évidemmen uni à une grande quantité d'air et de feu;

On peut enlever à tous les sels l'eau qui est entrée dans leur cristallisation, et sans laquelle leurs cristaux ne se seraient pas formés. Cette eau , ni la forme en cristaux, ne sont donc point essentielles aux sels, puisque, après en avoir été dépouillés, ils ne sont point décomposés , et qu'ils conservent toutes leurs propriétés salines. Le nitre seul se décompose lorsqu'on le prive de cette eau de cristallisation ; et cela démontré que l'eau , ainsi que l'acide aérien , entrent dans la composition de ce sel, non seulement comme parties intégrantes de sa masse, mais même comme parties constituantes de sa substance et comme élémens nécessaires à sa formation. ^

Le nitre est donc de tous les sels le moins simple; et quoique les chimistes aient abrégé sa définition en disant que c'est un sel composé d'acide nitreux et d'alcali fixe végétal , il me paroit que c'est non seulement un composé, mais même un surcomposé de l'acide aérien par l'eau , la terre , et le feu fixe des substances animales et végétales exaltées par la fermentation putride : il réunit les propriétés des acides minéraux, végétaux, et animaux ; quoique moins fort que l'acide vitriolique par sa qualité dissolvante, il produit d'autres plus grands effets ; il semble même augmenter la force du plus puissant des élémens en donnant au feu plus de violence et plia d'activité.

L'acide nitreux attaque presque toutes les matières métalliques ; il dissout avec autant de promptitude que d'énergie toutes les substances calcaires et toutes les terres mêlées des dé tri mens des végétaux et des animaux ; il forme avec presque toutes des sels déliquescens ; il agit aussi très-fortement sur les huiles , et même il les enflamme lorsqu'il est bien concentré : mais en l'affaiblissant avec de l'eau, et l'unissant à l'huile, il forme des sels savonneux ; et en le mêlant , dans cet état aqueux, avec l'esprit-de-vin, il s'adoucit au point de perdre presque toute son acidité, et Von en peut faire une liqueur éthérée semblable à l'ether qui se fait avec l'esprit-de-vin et l'acide vitriolique. Ce dernier acide peut prendre une forme concrète, à force de concentration : l'acide nitreux, plus volatil , reste toujours liquide et s'exhale continuellement en vapeurs; il attire l'humidité de l'air, mais moins fortement que l'acide vitriolique. Il en est de même de l'effet que ces deux acides produisent en les mêlant avec l'eau : la chaleur est plus forte et le bouillonnement plus grand par le vilrioli- Burron, il.

la preuve en est que l'acide nitreux ne se trouve que dans les matières imprégnées des déjections ou des débris putréfiés des végétaux et des animaux, qui contiennent certainement plus d'air et de feu qu'aucun des minéraux. Ce n'est qu'en unissant ces acides minéraux avec l'acide aérien , ou avec les substances qui en contiennent, qu'on peut les amener a la forme d'acide nitreux ; par exemple, on peut faire du nitre avec de l'acide vitriolique et de l'urine; et de même l'acide sulfureux volatil , qui n'est que l'acide vitriolique uni avec l'air et le feu, approche autant de la nature de l'acide nitreux qu'il s'éloigne de celle de l'acide vitriolique, duquel néanmoins il ne diffère que par ce mélange qui le rend volatil et lui donne l'odeur du soufre qui brûle. De plus , l'acide nitreux et l'acide sulfureux se ressemblent encore , et diffèrent de l'acide vitriolique en ce qu'ils allèrent beaucoup plus les couleurs des végétaux que l'acide vitriolique, et que les cristallisations des sels qu'ils forment avec l'alcali se ressemblent entre elles autant qu'elles différent de celle du tartre vitriolé.

Tout nous porte donc à croire que l'acide nitreux est moins simple et plus surchargé d'air et de feu que tous les autres acides; que même, comme nous l'avons dit, ce sel est un surcomposé de feu et d'air accumulés et concentrés avec une petite portion d'eau et de terre par le travail profond et la chaleur intime de l'organisation animale et végétale; qu'enfin ces mêmes élémens y sont exaltés et développés par la fermentation putride.

De tous les sels, le nitre est celui qui se dissout, se détruit, et s'évanouit le plus complètement et le plus rapidement, et toujours avec une explosion qui démontre le combat intestin et la puissante expansion des fluides élémentaires, qui s'écartent et se fuient à l'instant que leurs liens sont rompus.

En présentant

le phlogistique , c'est-àdire le feu animé par l'air, à 1 acide vitriolique, le feu, comme nous l'avons dit, *e fixe par cet acide, et il en résulte une nou*

MINÉRAUX

yrèûe substance qui est le soufre. En présentant de même le phlogislique à l'acide du nitre, il devroit, suivant l'ingénieuse idée de Stahl , se former un soufre nitreux; mais tel est l'excès du feu renfermé dans cet acide, que le soufre s'y détruit à l'instant même qu'il se forme, la moindre accession d'un nouveau feu suffisant pour le dégager de ses liens et le mettre en explosion.

Cette détonation du nitre est le plus terrible phénomène que la nature , sollicitée par notre art, ait jusqu'ici manifesté. Si le feu de Prométhéc fut ûcrobé aux cieux, celui-ci semble pris au Tartare, portant partout la ruine et la mort; combiné par un génie funeste, ou plutôt soufflé par le démon de la guerre, il est devenu le grand instrument de la destruction des hommes et de la dévastation de la terre.

Ce redoutable effet du nitre enflammé est causé par la propriété qu'il a de s'allumer en un instant dans toutes les parties de sa masse ,' dès qu'elles peuvent être atteintes par la flamme. La surabondance de son propre feu n'attend que le plus léger contact de cet élément pour s'y réunir en rompant ses liens avec une force et une violence à laquelle rien ne peut résister. L'inflammation de la première particule communiquant son feu à celles qui l'avoisinent, et ainsi de proche en proche dans toute la masse, avec une inconcevable rapidité, et dans un instant pour ainsi dire indivisible, la somme de toutes ces explosions simultanées forme la détonation totale, d'autant plus redoutable qu'elle est plus renfermée et que les résistances qu'on lui oppose sont plus grandes ; car c'est encore une des propriétés particulières du nitre, et qui décèle de plus en plus sa nature ignée et aérienne, que de brûler et détoner en vaisseaux clos, et sans avoir besoin , comme toute autre matière combustible, du contact et du ressort de l'air libre.

La plus grande force de la poudre à canon tient donc à ce que tout son nitre s'en- flamme, et s'enflamme à la fois, ou dans le plus petit temps possible. Or cet effet dépend d'abord de la pureté du nitre, et ensuite de la proportion et de l'intimité de son mélange avec le soufre et le charbon destinés à porter l'inflammation sur toutes les parties du nitre. L'expérience a fait connoître que la meilleure proportion de ce mélange pour faire la poudre à canon est de soixante-quinze parties de nitre sur quinze parties et demie de soufre et neuf

parties et demie de charbon. Néanmoins le charbon et le soufre ne contribuent pas par eux-mêmes à l'explosion du nitre ; ils ne servent, dans la composition delà poudre, qu'à porter et communiquer subitement le feu à toutes les parties de sa masse; et même l'on pourroit dans le mélange supprimer le charbon; et ne se servir que du sou- Ire pour porter la flamme sur le nitre; car M. Baume dit avoir fait de très-bonne poudre à canon par cette seule mixtion du soufre et du nitre.

Comme cet usage du nitre ou salpêtre n'est malheureusement que trop universel, et que la nature semble s'être refusée à nous offrir ce sel en grande quantité , on a cherché des moyens de s'en procurer par l'art , et ce n'est que de nos jours qu'on a tâché de perfectionner la pratique de ces procédés : c'est l'objet du prix annoncé pour Tannée prochaine * par l'Académie des Sciences, sur les nitrières artificielles. Ces recherches auront sans doute pour point de vue d'exposer au lihre contact de l'air, sous le plus de surface possible , et dans un degré de température et d'humidité convenables à la fermentation, un mélange pro- {)ortionné de matières végétales et animaes en putréfaction. Les substances animales produisent, à la vérité, o*u nitre en plus grande abondance que les matières végétales; mais ce nitre formé par la putréfaction des animaux est à nase terreuse et sans alcali fixe , et les végétaux putréfiés, ou les résidus de leur combustion, peuvent seuls fournir au nitre cette base d'alcali fixe.

On obtiendra donc du bon nitre toutes les fois qu'on exposera au contact et à l'impression de l'air des matières végétales et animales en putréfaction, soit en les mêlant avec des pierres et terres poreuses, suivant le procédé que nous indique la nature en nous offrant le nitre produit dans les plâtra s et les craies : soit en projetant ces matières sur des fagots ou fascines, ainsi que le propose M. Macquer; supposé néanmoins que ce mélange soit entretenu dans le degré de température et d'humidité nécessaires pour soutenir la fermentation putride; car cette dernière circonstance nest fas moins essentielle que le concours de air pour la production du nitre, même de celui qui se forme naturellement.

La nature n'a point produit de nitre ea niasse : il semble qu'elle ait, comme nous,

i. Ceci a été écrit dans l'année xj8 1.

DÛ ïflTRE.

besoin de tout son art ponr former ce sel* c'est par la végétation qtt'eBe le travaille et le développe dans quelques plantes , telles que les aorraginés , les sotcits, etc. : et il est à présumer que ces plantes, dans lesquelles le nitre est tout formé, le tirent de la terre et de fan* avec la sève ; car l'acide aérien réside dans Fatmosphère et s'étend à la surface de la terre ; il devient aeide nitreux en s'unissant aux élémens des matières animales et végétales putréfiées , et il se formeroit du nitre presque partout si les pluies ne le dissOlvoient pas à mesure qu'il se produit : aussi l'on ne trouve du nitre en nature et en quantité sensible que dans quelques endroits des climats secs et chauds, comme en Espagne et en Orient , et dans le nouveau continent, au Pérou, sur des ter« rains de tout temps incultes , où la putréfaction des corps organisés s'est opérée sans trouble, et a été aidée de la chaleur et maintenue par la sécheresse. Ces terres sont quelquefois couvertes d'une couche de salpêtre de deux ou trois lignes d'épaisseur; il est semblable à celui que Ton recueille sur les parois des vieux murs , en les balayant légèrement avec un hoiïssoir, d'où lui vient le nom de salpêtre de houssage. C'est par la même raison Jque l'on trouve des couches de salpêtre naturel sur la craie et sur le tuf calcaire , dans les endroits caverneux où ces terres sont à l'abri des pluies, et j'en ai moi-même recueilli sous des voûtes et dans des cavités de carrières de pierre calcaire où l'eau avoit pénétré et entraîné ce sel, qui s'éloit formé à la surface du terrain. Mais rien ne prouve mieux la nécessité du concours de l'aride aérien , pour la formation du nitre , que les observations de M. le duc de la Rochefoucauld, l'un de nos plus illustres et plus savans académiciens. Il les a faites sur le terrain de la montagne de la Roche-Guyoriy située entre Mantes et Vernon : cette montagne n'est qu'une masse de craie dans laquelle on a pratiqué quelques habitations , où l'on a recueilli et trouve du nitre en efflorescence et quelquefois cristallisé. Cela n'a rien d'extraorainaire, puisque ces lieux étoient habités par les hommes et les animaux : aussi M. le duc de La Rochefoucauld s'est-il attaché à reconnoître si la craie de l'intérieur de la montagne contenoit du nitre comme en contiennent ses cavités et sa surface; et il s'est convaincu , par des observations exactes et appuyées d'expériences décisives, que ni le nitre ni l'acide nitreux n'existent dans la craie qui n'a pas été exposée aux impressions

de Fafar; et II prouve, par oHaHiu exne* riences que cette série impression de raâr suffit pour produire l'acide nitreux des» le craie. Voilà donc évidemment Placide nitreux ramené à l'acide aérien; car l'alcali végétal , qui sert de base au nitre , est tout aussi évidemment produit par la décomposition putride des végétaux, et c'est par cette raison qu'on trouve du nitre tout formé dans la terre végétale et sur la surrace spongieuse de la craie, des tufs, et des autres substances calcaires ". Mats en générai le salpêtre naturel n'est nuHe part assez abondant pour qu'on puisse en ramasser une grande quantité; et, pour y suppléer, on est oblige d'avoir recours à l'art. Une sim» pie lessive suffit pour le tirer de ces terres où il se forme naturellement Les matières qui en contiennent, le plus sont les terrai crétacées , et surtout les débris des mortiers et des plâtres qui ont été employés dans les bâtimens, et cependant on n'en extrait guère qu'une livre par quintal ; et comme il s'en fait une prodigieuse consommation, on a cherché a combiner les matières et les circonstances nécessaires pour augmenter et accélérer la formation de ce se).

En Prusse et en Suède on mit du salpêtre en amoncelant , par couches alternatives , dn gazon, des cendres, de la chaux et dn chaume : on délaie ces trois premières matières avec de l'urine et de Fean-mère de salpêtre; on arrose de temps en temps d'urine les couches qui forment ce monceau , qu'on établit sous un hangar, à l'abri de la pluie : le salpêtre se forme et se cristallise à la surface du tas en moins d'un an , et on assure 3u'il s'en produit ordinairement pendant ix ans. Nous avons 6uivi cette métnode en France, et on pourra peut-être la perfectionner > ; mais jusqu'à ce jour on a cherché le salpêtre dans toutes les habitations des hommes et des animaux , dans les caves, les écuries , les étables , et dans les antres lieux humides et couverts . c'est une grande incommodité pour les habrtans de la campagne, et même pour ceux- des villes; et il est fort à désirer que les nitrières artificielles puissent suppléer à cette recherche , plus vexatoire qu'un impôt.

i. En Normandie, dn edté d'Émue, près du château de M. le duc de Bouillon» il Y a une fabrique de salpêtre entretenue par la tixiriation des raclures delà craie de* rochers, que l'on ratisse sept à huit fois par an.

a. Il y a quatorze on qminae nitrières artificielles nourellement établies en Franche-Comté , plusieurs en Bourgogne, et quelques-unes dans d'autres proTinces.

MINÉRAUX

Après ttoir recueilli les débris et les terres où le stlpétrese manifeste, on mêle ces malien i avec des cendres, et on lessive ce mélange par une grande quantité d'eau ; on frit passer cette eau, déjà chargée de sel, sur de nouvelles terres toujours mêlées de cendres, jusqu'à ce qu'elle contienne douze Hvres de matière satine sur cent livres d'eau; ensuite on fait bouillir ces eaux pour les ré» duire par l'évaporation, et on obtient le nitre , qui se cristallise par le refroidissement. Au lieu de cendres on pourroit mêler de la notasse avec les terres nitreuses : car la cendre des végétaux n'agit ici que par son sel , et la potasse n'est que le sel de cette cendre.

. Au reste , la matière saline dont les eaux sent chargées jusqu'à douze pour cent est un mélange de plusieurs sels, et particulièrement de sel marin combiné avec différent tes bases : mais comme ce sel se précipite et se cristallise le premier, on l'enlève aisément ; et on laisse le nitre, qui est encore en dissolution, se cristalliser lentement; il prend alors une forme concrète, et on le sépare du reste de la liqueur : mais comme, après celte première cristallisation, elle contient encore du nitre , on la fait évaporer et refroidir une seconde fois pour obtenir le surplus de ce sel, qui se manifeste de même en cristaux; après quoi il ne reste que X eau-mère, dont les sels ne peuvent plus se cristalliser. Mais ce nitre n'est pas encore assez pur pour en faire de la poudre à canon; il faut te dissoudre et le faire cristalliser une seconde et même une troisième fois , pour lui donner toute la pureté et la blancheur -qu'il doit avoir avant d'être employé à cet usage. ,

Le nitre s'enflamme sur les charbons ardais avec un bruit de[sifuement ; et lorsqu'on le fait fondre dans un creuset , il fait exnlo- *icn et détone dès qu'on lui offre quelque matière inflammable, et particulièrement du charbon réduit en poudre. Ce sel purifié est transparent ; il n'attire que faiblement l'humidité de l'air; il n'a aue peu ou point d'odeur : sa saveur est desagréable'; néanmoins on l'emploie dans les salaisons pour donner aux viandes une Couleur rouge. La forme de ses cristaux varie beaucoup ; ils se présentent tantôt en prismes rayés dans leur longueur, tantôt en rhombes, tantôt en parallélipipèdes rectangles ou obliques. M. le docteur Desmeste a scrupuleusement examiné toutes ces variétés de figure,

et il pense qu'on pourroit les réduire auneralléupipède, oui est, dit-il, la forme primitive de ce sel.

La plupart des sels peuvent perdre leur forme cristallisée , et être privés de leur eau de cristallisation, sans être décomposés et sans que leur essence saline en soit altérée. Le nitre seul se décompose par le concours de l'air , lorsqu'il est en fusion ; son eau de cristallisation se réduit en vapeurs et enlève avec elle l'acide, en sorte qu'il ne reste au fond du creuset que de l'alcali fixe ; preuve évidente que l'acide du nitre est le même que l'acide aérien. Au reste comme lé nitre se dissout bien plus parfaitement et en bien plus grande quantité dans l'eau bouillante que dans l'eau froide, il se cristallise plus par le refroidissement aue par l'évaporation, et les cristaux seront d autant plus gros que le refroidissement aura été plus lent.

La saveur du nitre n'est pas agréable comme celle du sel marin; elle est cependant plus fraîche , mais elle laisse ensuite une impression répugnante au goût. Ce sel se conserve à l'air ; comme il est chargé d'acide aérien, il n'attire pas celui de l'atmosphère ; il ne perd pas même sa transparence dans un air sec, et ue devient déliquescent que par une surcharge d'humidité. Il se li-

3uéûe très-aisément au feu, et à un degré e chaleur bien inférieur à celui qui est nécessaire pour le faire rougir; il se fond sans un grand mouvement intérieur et sans boursouflement à l'extérieur, lors menu qu'on pousse la fonte ^ jusqu'au rouge. Et laissant refroidir ce nitre tondu, il forme une masse solide, et demi-transparente, à laquelle on a donné le nom impropre de cristal minéral; car ce n'est que du nitre qui n'est plus cristallisé, et qui du reste a conservé toutes ses propriétés.

L'acide vitriolique et l'arsenic, qui ont encore plus d'affinité que l'acide nitreux avec l'alcali, décomposent le nitre en lui enlevant l'alcali, sans toucher à son acide; ce qui fournit le moyen de retirer cet acide du nitre par la distillation. L'alcali qui reste retient une certaine quantité d'arsenic, et c'est ce qu'on appelle nitre fixé par l'arsenic. C'est un très-bon fondant , et duquel on peut se servir avantageusement pour la vitrification. Nous ne parlerons pas des autres combinaisons de l'acide nitreux, et nous nous réservons de les indiquer dans les ar. ticles où nous traiterons d« la dissolution des métaux*

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