‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 143 sur 150 · Vovez ci-après l'article de la Ptmtint · texte numérisé non relu

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DE L'OR

Autajit nous avons vu le fer sabir de transformations et prendre d'états différens, soit par les causes naturelles, soit par les effets de notre art, autant l'or nous paraîtra fixe , immuable et constamment le même sous notre main comme sous celle de la nature. C'est de toutes les matières du globe la plus pesante, la plus inaltérable, la plus tenace , la plus extensible ; et c'est par la réunion de ces caractères prééminens que, dans tous les temps , l'or a été regardé comme le métal le plus parfait et le plus précieux : il est devenu le signe universel et constant de la valeur de toute autre matière, par un consentement unanime et tacite de tous les peuples policés. Comme il peut se diviser à Pinuni sans rien perdre de son essence, et même sans subir la moiodre altération, il se trouve disséminé sur la surface entière du globe, mais en molécules si ténues, que sa présence n'est pas sensible. Toute la coucbe de la terre qui recouvre le globe en contient, ' mais c'est en si petite quantité qu'on ne 'aperçoit pas et qu'on ne peut le recueillir : il est plus apparent, quoique encore en trèspetite quantité, dans les sables entraînés par les eaux et détachés de la masse des rochers

3ui le recèlent ; on le voit quelquefois briller ans ces sables, dont il est aisé de le séparer par des lotions réitérées. Ces paillettes charriées par les eaux, ainsi que toutes les autres particules de l'or qui sont disséminées sur la terre , proviennent également des mines primordiales de ce métal. Ces mines gisent dans les fentes du quartz, où elles se sont établies peu de temps après la consolidation du globe : souvent l'or y est mêlé avec d'autres métaux , sans en être altéré ; presque toujours il est allié d'argent, et néanmoins il conserve sa nature dans le mélange, tandis que les auti es métaux , corrompus et minéralisés , ont perdu leur première forme avant de voir le jour, et ne peuvent ensuite la reprendre que par le travail de nos mains : l'or, au contraire , vrai métal de nature , a été formé tel qu'il est; il a été fondu ou sublimé par l'action du feu primitif, et s'est établi sous la forme qu'il conserve encore aujourd'hui ; il n'a subi d'autre altération que celle d'une division presque infinie, car il ne se présente nulle part sous une forme minéralisée : on peut même dire que , pour minera User l'or , il faudrait un concours de circonstances qui ne se trouvent peut-être pas dans la

nature, et qui lui feraient perdre ses qualités les plus essentielles; car il ne pourroit prendre cette forme minéralisée qu'en passant auparavant par l'état de précipité; ce qui suppose précédemment sa dissolution par la réunion des acides nitreux et marin : et ces précipités de l'or ne conservent pas les grandes propriétés de ce métal ; ils ne sont plus inaltérables, et ils peuvent être dissous par les acides simples. Ce n'est donc que sous cette forme de précipité que l'or pourroit être minéralisé ; et comme il faut la réunion de l'acide nitreux et de l'acide marin pour en faire la dissolution , et ensuite un alcali ou une matière métallique pour opérer le précipité, ce serait par le plus grand des hasards que ces combinaisons se trouveroient réunies dans le sein de la terre , et que ce métal pourroit être dans un état de minéralisation naturelle.

L'or ne s'est établi sur le globe que quel que temps après sa consolidation , et même après l'établissement du fer , parce qu'il ne peut pas supporter un aussi grand degré de feu sans se sublimer ou se fondre : aussi ne s'est-il point incorporé dans la matière vitreuse; il a seulement rempli les fentes du quartz, qui toujours lui sert de gangue: l'or s'y trouve dans son état de nature, et sans autre caractère que celui d'un métal fondu ; ensuite il est sublimé par la continuation de cette première chaleur dn globe, et il s'est répandu sur la superficie de la terre en atomes impalpables et presque imperceptibles.

J^s premiers dépôts ou mines primitives de cette matière précieuse ont donc dû perdre de leur masse et diminuer de quantité, tant que le globe a conservé assez de chaleur pour en opérer la sublimation ; et cette perte continuelle, pendant les premiers siècles de la erande chaleur du globe , a peut-être contribué, plus {qu'aucune autre cause, à la rareté de ce métal , et à sa dissémination universelle en atomes infiniment petits : je dis universelle, parce qu'il y a peu de matières à la surface de la terre qui n'en contiennent une petite quantité; les chimistes en ont trouvé dans la terre végétale, et dans touies les autres terres qu'ils ont mises à l'épreuve1.

i. L'or trouvé par nos chimiste» récens dans U terre végétale est une preuve de la dissémination universelle de ce métal, et ce fait paraît avoir été connu nrécéde mment » car Boernaare parle «rW

DE

Au reste . ce métal , le plus dense de tous, est en même temps celui que la nature a produit en plus petite quantité. Tout ce qui est extrême est rare, par la raison même

3u'il est extrême : l'or pour la densité, le iatnant pour la dureté, le mercure pour la -volatilité, étant extrêmes en qualité, sont rares en quantité. Mais pour ne parler ici que de l'or, nous observerons d'abord que quoitie la nature paroisse nous le présenter sous ifférentes formes , toutes néanmoins ne différent les unes, des autres que par la quantité, et jamais par la qualité, parce que ni le feu, ni l'eau, ni l'air, ni même tous ces clémens combinés, n'altèrent pas son essence, et que les arides simples, qui détruisent les autres métaux, ne peuvent l'entamer ».

En général, on trouve l'or dans quatre états différens , tous relatifs k sa seule divisibilité; savoir, en poudre, en paillettes , en grains, et en filets séparés ou conglomérés. Les mines primordiales de ce métal sont dans les hautes montagnes, et forment des filons dans le quartz jusqu'à d'assez grandes profondeurs ; elles se sont établies dans les fentes perpendiculaires de cette roche quartzeuse , et Tory est toujours allié d'une plus ou moins grande quantité d'argent : ces deux métaux y sont simplement mélangés et font masse commune; ils sont ordinairement incrustés en filets ou en lames dans la pierre vitreuse, et

Î quelquefois ils s'y trouvent en masse et en aisceaux conglomérés. C'est à quelque disprogramme prétenté aux états-généraux sont ce titre ? De art* extrakendi aurum è qualibet terra *rr*iL..t

i. M. Tillet, savant physicien de l'Académie des Science», s'est assuré que l'acide nitreux, rectifié autanc qu'il est possible, ne dissout pas un seul •tome de l'or qu'on lui présente. A la vérité, l'eaufor*.* ordinaire semble attaquer un peu les feuilles d'ur par une opération forcée, en faisant bouillir, par exemple, quatre ou cinq onces de cet acide sur un drini-gros d'or pur réduit en une lame très-mince , jusqu'à ce que toute la liqueur soit ré* duite au poids de quelques gros : alors la petite quantité d'acide qui reste se trouve chargée de eraelques particules d'or ) mais le métal y est dans I état de suspension , et non pas véritablement dissous, puisqu'au bout de quelque temps il se précipite au fond du flacon , quoique bien bouché , ou bien il surnage à la surface de la liqueur avec son brillant métallique, au lieu que, dans une véritable dissolution , telle qu'on l'opère par l'eau régale, la combinaison du métal est si parfaite avec les deux acides réunis, qu'il ne les quitte jamais de lui-même. D'après ce rapport de M. Tillet , il est aisé de concevoir que l'acide nitreux , forcé d'agir par la chaleur, n'agit ici que comme un corps qui eu frollcrnit un autre , et en détacheroit par conséquent quelques particules , et dès lors on peut assurer que cet acide ne peut ni dissoudre ni même attaquer l'or par ses propres forces.

ilUFFOZf. II.

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