‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 144 sur 150 · L'OR · texte numérisé non relu

L'OR

tance de ces mines primordiales que se trouve l'or en petites masses , en grains , en pépites» etr ; et c'est dans les ravines des montagnes qui en recèlent les mines qu'on le recueille en plus grande quantité : on le trouve aussi en paillettes et en poudre dans les sables que roulent les, torrens et les rivières qui des* cendent de ces mêmes montagnes , et souvent cette poudre d'or est dispersée et disséminée sur les bords de ces ruisseaux et dans les terres adjacentes ». Mais soit en poudre, en paillettes, en grains, en filets ou en niasses, l'or de ebaque lieu est toujours de la même es* sence, et ne diffère que par le degré de pureté : plus il est divisé, plus il est pur; en sorte que s'il est à vingt karats dans sa mine en montagne, les poudres et les paillettes qui en proviennent sont souvent à vingt-deux et vingt-trois karats , parce que , en se divisant, ce métal s'est épure et purgé d'une partie de son alliage naturel. Au reste , ces paillettes et ces grains , qui ne sont que des débris des mines primordiales, et qui ont subi tant de mouvemeus , de chocs et de rencontres d'autrès matières, n'en ont rien souffert qu'une plus grande division ; elles ne sont jamais intérieurement altérées, quoique souvent recouvertes à l'extérieur de matières étrange* res.

L'or le plus fin, c'est-à-dire le plus épuré par notre art , est , comme l'on sait , à vingt-

3uatre karats : mais Ton n'a jamais trouvé 'or à ce titre dans le sein de la terre, et dans plusieurs mines il n'est qu'à vingt et même à KÎze et quatorze karats, en sorte qu'il contient souvent un quart et même un tiers de mélange; et cette matière étrangère qui se trouve originairement alliée avec l'or est une portion d'argent, lequel, quoique beaucoup moins dense et par conséquent moins divisible que l'or, se réduit néanmoins en molécules très-ténues. L'argent est , comme l'or, inaltérable , inaccessible aux efforts des élémens humides, dont l'action détruit tous les autres métaux; et c'est par cette prérogative de l'or et de l'argent qu'on les a toujours regardés comme des métaux parfaits, et que le cuivre , le plomb , l'étain, et le fer, qui sont tous sujets à plus ou moins d'altération par l'impression des agens exlérieurs, sont des métaux imparfaits en comparaison des deux premiers. L'or se trouve donc allié d'argent , même dans sa mine la plus riche

a. Wallerius compte douze sortes d'or clans les sables ; mais ces douxe sortes doivent se rédoir* à ont seule, parce qu'elles ne diffèrent ks unes des autres que par la couleur, la grosseur, en la figura» f t so'nu foud c'est toujours le uiéans or.

MÏBfrAtIX.

** sur sa gangue quartieuse} ces deux métaux, presque aussi parfaits, aussi çurs l'un que l'autre , n'en sont que plus intimement mis : la haut ou bas aloi de l'or natif dépend donc principalement de la petite ou

Jiques * : mais ces mélanges ne sont, pour ainsi dire, qu'extérieurs j et, à l'exception de l'argent, l'or n'est point allié, mais seulement contenu et disséminé dans toutes les autres matières métalliques ou terreuses.

On seroit porté à croire*, vu l'affinité apparente de l'or avec le mercure et leur forte attraction mutuelle , qu'ils devraient se trouver asseï souvent amalgamés ensemble; cependant rien n'est plus rare, et à peine j a-t-il un exemple aune mine où l'on ait trouvé l'or pénétré de ce minéral fluide. Il me semble qu'on peut en donner la raison d'après ma théorie; car, quelque affinité qu'il y ait entre l'or et le mercure, il est certain que la fixité de l'un et la grande volatilité de l'autre ne leur ont guère permis de s'établir en même temps ni daus les mêmes lieux , et que ce n'est que par des hasards postérieurs à leur établissement primitif, et par des circonstances très-particulières, qu'ils ont pu se trouver mélangés.

L'or répandu dans les sables, soit en poudre, en paillettes ou en grains plus ou moins gros, et qui provient du débris des mines primitives, ioin d'avoir rien perdu de son essence, a donc encore acquis de la pureté. Les sels acides, alcalins et arsenicaux, qui rongent toutes les substances métalliques, ne

rivent entamer celle de l'or. Ainsi , dès que eaux ont commencé de détacher et d'entraîner les minerais des differens métaux, tous auront été altérés, dissous, détruits par l'action de ces sels ; l'or seul a conservé son essence intacte , et il a même défendu celle de l'argent, lorsqu'il s'y est trouvé mêlé en suffisante quantité.

L'argent, quoique aussi parfait que l'or, à plusieurs égards, ne se trouve pas aussi communément en poudre ou en paillettes dans les sables et les terres. D'où peut provenir cette différence , à laquelle il me semble qu'on n'a pas tait assez d'attention? Pourquoi les tetrains au. pied des montagnes à mines sontils semés de poudre d'or ? pourquoi les tor-

s. Par exemple, l'or de Gainée , de Sofala , de MaUea, centieut du came et très-peu d'argent , et te enivre des mines de Gnammbo •« Pérou contient, à t* qn'on dit. de rot sans encan mélange d'argent.

rens qui s'en écoulent roulent-ils des paffleV tes et de grains de ce métal , et que l'on trouve si peu de poudre , de paillettes ou de grains d'argent dans ces mêmes sables, quoique les mines d'où découlent ces eaux con-

pouvoir

en paillettes, et que les sels de l'air, de la terre, et des eaux, l'ont saisi, dissous, dès qu'il s'est trouvé réduit en petites parcelles, au lieu que ces mêmes sels ne pouvant attaquer For, sa substance est demeurée intacte lors même qu'il s'est réduit en poudre ou en atomes impalpables ?

En considérant les propriétés générales et particulières de l'or, on a d'abord vn qu'il etoit le plus pesant et par conséquent le plus dense des métaux ', qui sont eux-mêmes les

i. La densité de l'or a été bien déterminée par il. Brisson, de l' Académie des Sciences. L'eau distillée étant supposée peser xooo livres, il a y» que l'or & *4 karats , fonda et non batta , pèse 191581 livres is onces 3 gros 6a grains, et que par conséquent nn pied cube de cet or par péseroit x348 livres x once o sros 61 grains ; et que ce même or à *4 karats , fondu et battu , pèse relativement à l'eau 1936 17 livres ta onces 4 gros st grains , en sorte que le pied cube de cet or péseroit |3S5 livres 5 onces o gros 60 grains. L'or des du cats de Hollande approche de très-prés ce degré de pureté ; car la pesanteur spécifique de ces dueats est de 193519 livres ia onces 4 gros a5 grains , os qui donne i364 livres 10 onces 1 gros a grains pour le poids d'un pied cube de cet or. J'observerai que pour avoir au juste les pesanteurs spécifiques de toutes les matières , il faut non seulement se servir d'eau distillée , mais que pour connaître exactement le poids de cette eau, il faudrait en faire distiller une asses grande quantité, par exemple , asses pour remplir un vaisseau cubique d*oa pied de capacité, peser ensuite le tout, et déduire la tare du vaisseau; cela seroit plus juste que m l'on n'employoit qu'un vaisseau dé quelques pouces cubiques de capacité : il faudroit aussi que le métal fût absolument pur, ce qui n'est peut-être pas possible , mais au moins le plus pur qu'il se pourra. Je me suis beaucoup servi d'un globe d'or raffiné avec soin , d'un pouce de diamètre , pour mes expériences sur le progrés de la chaleur dans les corps ; et en le pesant dans l'eau commune , j'ai to qu'il ne perdoit pas 1/19 de son poids : mais probablement cette ean étoit bien plus pesante que l'eau distillée. Je suis donc très-satisfait qu'eu da nos habiles physiciens ait déterminé plus précisément cette densité de l'or à »4 karats , qui , comuM l'on voit, augmente de poids parla percussion t mais étoit-il bien assuré que cet or fut absolument pur? il est presque impossible d'en séparer es entier l'argent que la nature y a mêlé ; et d'ailleurs la pesanteur de l'eau même distillée varie avec h température de l'atmosphère, et cela laisse encore quelque incertitude sur la mesure exacte de b densité de ce métal précieux. Ayant sur cela communiqué mes doutes à H. de Morveeu , il a pris 1* peine de s'assurer qu'un pied cube d'eau distillée pèse 71 litres 7 onots $ gros 8 grains et i/»4 et

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substances les plus pestâtes de toutes les matières terrestres. Rien ne peut altérer ou 'changer dans l'or cette cruauté prééminente. On peut dire qu'en général la densité constitue l'essence réelle de toute matière brute, et que cette première propriété fine en même temps nos idées sur la proportion de la quantité de l'espace à celle de la matière sous un volume donné. L'or est le terme extrême de cette proportion, tonte autre substance occupant plus d'espace; il est donc la matière par excellence, c'est-à-dire la substance qui de toutes est la plus matière ; et néanmoins ce corps si dense et si compacte, cette matière dont les parties sont si rapprochées, si serrées, contient peut-être [encore plus de vide que de plein, et par conséquent nous démontre qu'il n'y a point de matière sans pores, que le contact des atomes matériels n'est jamais absolu ni complet , qu'enfin il n'existe aucune substance qui soit pleinement matérielle, et dans laquelle le vide ou l'espace ne soit interposé , et n'occupe autant et plus de place que la matière même.

Mais , dans toute matière solide, ces atomes matériels sont assez voisins pour se trouver dans la sphère de leur attraction mutuelle, et c'est en quoi consiste la ténacité de toute matière solide; les atomes de même nature sont ceux qui se réunissent de plus près : ainsi la ténacité dépend en partie de l'homogénéité. Cette vérité peut se démontrer par

grain , l'air étant a la température de i» degrés. I/eau, comme l'on «ait, pèse pins ou moins , soi* vaot qu'il fait pins froid on pins ckand , et les différences qu'on a trouvées dans la densité des différentes matières soumises à l'épreuve de la balance hydrostatique Tiennent non seulement du poids absolu de 1 eau a laquelle on les compare , mais encore du degré de la chaleur actuelle de ce li-

Eide : et c'est par cette raison qu'il faut un degré e, tel que la température de i* degrés, pour que le résultat de la comparaison Soit juste. Un pied cube d'eau distillée pesant donc toujours à la température de la degrés 71 livres 7 onces S grée S i/s4 S**»ns , il est certain que si l'or perd dans

l'eau 1/19 de son poids» le pied cube de ce métal pèse i358 lirres t once 1 gros 8 19/29 grains, et je crois cette estimation trop forte ; car, comme je viens de le dire, le globe d'or très- fin , d'un pouce de diamètre , dont je me suis servi , ne perdoit pas 1/19 Me son poids dans de l'eau qui n'étoit pas distillée , et par conséquent il te pourroit que dans l'eau distillée il n'eût perdu que 1/18 3/4 > et dans (i/t8 3/4) le pied cube d'or ne pèseroit réelt que i34o livres 9 onces » gros a5 grains x. il

iue paraît donc qu'on a exagéré La densité de l'or en assurant qu'il perd dans l'eau plus de 1/19 de son poids, et que c'est tout au plus s'il perd 1/19 , auquel cas le pied cube pèseroit i358 livres. Ceux qui aeaunmt qu'il n'en pèse que i348, et qui disent « 9 même tempe qu'il perd dans l'eau entre 1/19 et v/ao de son 'poids» ne se sont pas aperçus que ces éeui résultats tout démentis l*un par l'autre.

l'expérience; car tout alliage diminue ou détruit la ténacité des métaux : celle de l'or est si forte, qu'un fil de ce métal, d'un dixième de pouce de diamètre, peut porter, avant de se rompre, cinq cents livres de poids; aucune autre matière métallique ou terreuse ne peut en supporter autant.

La divisibilité et la ductilité ne sont que des qualités secondaires qui dépendent en partie de la densité et en Dartie de la ténacité ou de la liaison des parties constituantes. L'or, qui, sous un même volume, contient plus du double de matière que le cuivre, sera par cela seul une fois plus divisible ; et comme les parties intégrantes de l'or sont plus voisines les unes des autres que dans toute autra substance , sa ductilité est aussi la plus grande , et surpasse celle des autres métaux dans une proportion bien plus grande que celle de la densité ou de la ténacité, parce que la ductilité, qui est le produit de ces deux causes, n'est pas en rapport simple à l'une ou à l'autre de ces qualités , mais en raison composée des deux. La ductilité sera donc relative à la densité multipliée par la ténacité; et ojest ce qui, dans l'or, rend cette ductilité encore plus grande à proportion que dans tout autre métal

Cependant la forte ténacité de l'or, et ta ductilité encore plus grande , ne sont pat des propriétés aussi essentielles que sa den* site; elles en dérivent et ont leur plein effet tant que rien n'intercepte la liaison des parties constituantes, tant que l'homogénéité subsiste, et qu'aucune force ou matière étrangère ne change la position de ces mêmes parties : mais ces deux qualités , qu'on croiroit essentielles à l'or, se perdent dès que sa substance subit quelque dérangement dans son intérieur; un grain d'arsenic ou d'étain jeté sur un marc d'or en fonte, ou même leur vapeur, suffit pour altérer toute cette quantité d'or , et le rend aussi fragile qu'il etoit auparavant tenace et ductile. Quelques chimistes ont prétendu qu'il perd de même sa ductilité par les matières inflammables, par exemple lorsque , étant en fusion , il est immédiatement exposé à la vapeur du charbon ; mais je ne crois pas que cette opinion soit fondée.

L'or perd aussi sa ductilité par la perçus* sion; il s'écrouit, devient cassant, sans ad' ditton ni mélange d'aucune matière ni vapeur, mais par le seul dérangement de ses parties intégrantes : ainsi ce métal, qui de tous est le pAis ductile, n'en perd pas moins aisé-* ment sa ductilité; ce qui prouve que ce n'est point une propriété essentielle et constante

à la matière métallique, mais seulement une qualité relative aux différent états où elle se trouve , puisqu'on peut lui ôter par l'écrouissèment et lui rendre par le recuit au feu cette qualité ductile alternativement , et autant de fois qu'on le juge à propos. Au reste, M. Brisson, de l'Académie des Sciences, a reconnu , par des expériences très-bien faites, qu'en même temps que récrouissement diminue la ductilité des métaux, il augmente leur densité, qu'ils deviennent par conséquent d'une plus grande pesanteur spécifique, et que cet excédant de densité s'évanouit par le recuit,

La fixité au feu, qu'on regarde encore comme une des propriétés essentielles de l'or, n'est pas aussi absolue ni même aussi grande qu'on le croit vulgairement , d'après les expériences de Boy le et de Kunckel; ils ont, disent-ils, tenu pendant quelques semaines de l'or en fusion sans aucune perte sur son poids : cependant je suis assuré, par des expériences faites dès Tannée 1747 », à mon miroir de réflexion , que l'or fume et se sublime en vapeurs, même avant de se fondre; on sait d'ailleurs qu'au moment que ce métal devient rouge, et qu'il est sur le point d'entrer en fusion , il s'élève à sa surface une petite flamme d'un vert léger : et M. Macquer, notre savant professeur de chimie, a suivi les progrès de l'or en fonte au foyer d'un miroir réfringent, et a reconnu de même qu'il continuoit de fumer et de s'exhaler en vapeur; il a démontré que cette vapeur étoit métallique , qu'elle saisissoit et doroit l'argent ou les autres matières qu'on tenoit au dessus de cet or fumant. Il n'est donc pas douteux que l'or ne se sublime en vapeurs métalliques, non seulement après, mais même avant sa fonte au foyer des miroirs ardens : ainsi ce n'est pas la très-grande violence de ce feu du soleil qui produit cet effet, puisque la sublimation s'opère à un degré de chaleur assez médiocre, et avant que ce métal entre en fusion : dès lors , si les expériences de Boy le et de Kunckel sont exactes, l'on sera forcé de convenir que l'effet de notre feu sur l'or n'est pas le même que celui du feu solaire, et que s'il ne perd rien au premier, il peut perdre beaucoup et peut-être tout au second. Mais ie ne puis m'empécher de douter de la réalite de cette différence d'effet du feu solaire et de nos feux, et je présume que ces expériences de Boyle et de Kunckel n'ont pas été suivies avec assea de précision pour en conclure

•. y^mlmUétmmrmmT Ut Mirmnmflmt, ^

MINÉRAUX

que l'or est absolument fat au feu de nos

fourneaux.

L'opacité est encore une de ces qualités ou'on donne à l'or par excellence au dessus de toute autre matière; elle dépend, dit-on, de la grande densité de ce métal : la feuille d'or la plus mince ne laisse passer de la lumière que par les gerçures accidentelles qui

s'y trouvent. Si cela étoit, les matières les plus denses seraient toujours les plus opaques ; mais souvent on observe le contraire, et Ton connolt des matières très-légères qui sont entièrement opaques, et des matières pesantes qui sont transparentes. D'ailleurs les feuilles de l'or battu laissent non seulement passer de la lumière par leurs gerçures accidentelles, mais à travers leurs pores; et Boyle a, ce me semble, observé le premier que cette lumière qui traverse l'or est bleue r or les rayons bleus sont les plus petits atomes de la lumière solaire; ceux clés rayons rouges et jaunes sont les plus gros; et c'est peut-être par cette raison que les bleus peuvent passer à travers l'or réduit en feuilles, tandis que les autres, qui sont plus gros, ne sont point admis ou sont tous réfléchis; et cette lumière bleue étant uniformément apparente sur toute l'étendue de la feuille, on ne peut douter qu'elle n'ait passé par ses pores et non par les gerçures. Ceci n'a rapport qu'à l'effet ; mais pour la cause, si l'opacité, qui est le contraire de la transparence , ne dépendoil que de la densité , l'or serait certainement le corps le plus opaque, comme l'air est le plus transparent : mais combien n'y a-t-il pas d'exemples du contraire? Le cristal de roche, si transparent, n'est-il pas plus dense que la plupart des terres ou pierres opaques? et si 1 on attribue la transparence à l'homogénéité, l'or, dont les parties paraissent être homogènes, ne devroit-il pas être très-transparent? Il me semble doue que l'opacité ne dépend ni de la densité de la matière ni de l'homogénéité de ses parties , et que la première cause de la transparence est la disposition régulière des parties constituantes et des pores; que quand ces mêmes parties se trouvent disposées en formes régulières , et posées de manière à laisser entre elles des vides situés dans la même direction , alors la matière doit être transparente, et qu'elle est au contraire nécessairement opaque dès que les pores ne sont pas situés dans des directions correspondantes.

Et cette disposition qui fait la transparence s'oppose a la ténacité : aussi les corps transparais sont en général plus friables que

DE

Ses corps opaques; et For, dont les parties sont fort homogènes et la ténacité très-grande, n'a pas ses parties ainsi disposées : on voit en le rompant qu'elles sont pour ainsi dire engrenées les unes dans les autres; elles présentent au microscope de petits angles prismatiques, saillans et rentrans. C'est donc de cette disposition de ses parties constituantes que l'or tient sa grande opacité; qui du reste ne paroit en effet si grande que parce que sa densité permet d'étendre en une surface immense une très-petite masse, et que la feuille d'or, quelque mince qu'elle soit, est toujours plus dense que toute autre matière. Cependant cette disposition des vides on pores dans les corps n'est pas la seule cause qui puisse produire la transparence; le corps transparent n'est, dans ce premier cas, qu'un crible par lequel peut passer la lumière : mais lorsque les vides sont trèspetits , la lumière est quelquefois repoussée au lieu d'être admise; il faut qu'il y ait attraction entre les parties de la matière et les atomes de la lumière pour qu'ils la pénètrent, car Ton ne doit pas considérer ici les pores comme des gerçures ou des trous , mais comme des interstices d'autant plus petits et plus serrés que la matière est plus dense; or si les rayons de lumière n'ont point d'affinité avec le corps sur lequel ils tombent , ils seront réfléchis et ne le pénétreront pas. L'huile dont on humecte le papier pour le rendre transparent en remplit et bouche en même temps les pores : elle ne produit donc la transparence que parce quelle donne au papier plus d'affinité qu'il n'en avoit avec la lumière, et l'on pourroit démontrer par plusieurs autres exemples l'effet de cette attraction de transmission de la lumière , ou des autres fluides , dans les corps solides ; et peut-être l'or, dont la feuille mince laisse passer les rayons bleus de la lumière à l'exclusion de tous les autres rayons , a-t-il plus d'affinité avec ces rayons bleus , qui dès lors sont admis , tandis que les autres sont tous repoussés.

Toutes les restrictions que nous venons de faire sur la fixité, la ductilité, et l'opacité de l'or, qu'on a regardées comme des propriétés trop absolues, n'empêchent pas qu'il n'ait au plus haut degré toutes les qualités qui caractérisent la noble substance du plus parfait métal ; car il faut encore ajouter à sa prééminence en densité et en ténacité celle d'une essence indestructible et d'une durée presque éternelle. Il est inaltérable, ou du moins plus durable , plus impassible qu'aucune autre substance ; il oppose une

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résistance invincible a l'action des élément humides, à celle du soufre et des acides les plus puissans, et des sels les plus corrosifs : néanmoins nous avons trouve par notre art non seulement les moyens de le dissoudre , mais encore ceux de fe dépouiller de la plupart de ses qualités; et si la nature n'en a pas fait autant, c'est que la main de l'homme, conduite par l'esprit, a souvent plus fait qu'elle : et sans sortir de notre sujet, nous verrons que l'or dissous, l'or précipité, l'or fulminant , etc., ne se trouvant pas dans la nature, ce sont autant de combinaisons non velles, toutes résultant de notre intelligence» Ce n'est pas qu'il soit physiquement impossible qu'il y ait dans le sein de la terre de l'or dissous , précipité, et minéralisé, puisque nous pouvons le dissoudre et le précipiter de sa dissolution, et puisque dans cet état de précipité il peut être saisi par les acides simples comme les autres métaux , et se montrer par conséquent sous une forme minéralisée; mais comme cette dissolution suppose la réunion de deux acides, et que ce précipité ne peut s'opérer que par une troisième combinaison, il n'est pas étonnant qu'on ne trouve que peu ou point d'or minéralisé dans le sein de la terre «, tandis que tons les autres métaux se présentent presque toujours sous cette forme, qu'ils reçoivent d'autant plus aisément qu'ils sont S lus susceptibles d'être attaqués par les sels e la terre et par les impressions des élémens humides.

On n'a jamais trouvé de précipités d'or, ni d'or fulminant , dans le sein de la terre : la raison en deviendra sensible si l'on considère en particulier chacune des combinaisons nécessaires pour produire ces précipités : d'abord on ne peut dissoudre l'or que par deux puissances réunies et combinées , l'acide nitreux avec l'acide marin, ou le sou* fre avec l'alcali ; et la réunion de ces deux substances actives doit être très-rare dans la nature, puisque les acides et les alcalis , tels que nous les employons , sont eux* mêmes des produits de notre art , et que le soufre natif n'est aussi qu'un produit des volcans. Ces raisons sont les mêmes et encore plus fortes pour les précipités d'or; car il faut une troisième combinaison pour le tirer de sa dissolution , au moyen du mé-

i. L'or est minéralisé , dit-on , dans la mine de Najae ; on prétend aussi que le tinopel on tinopU provient de la décomposition de l'or faite par ta nature , tous la forme d'une terre ou chaux, cou* leur de pourpre t mais je doute que ces faits soient bien coastatéa»

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lance de ^ueique autre matière avec laquelle le dissolvant ait plus d'affinité au'ar vec l'or ; et ensuite , pour que ce précipité puisse acquérir la propriété fulminante , il faut encore choisir une matière entre toutes les autres qui peuvent également précipiter 1'* de sa dissolution : cette matière est l'alcali volatil, sans leouel il ne peut devenir fulminant; cet alcali volatil est le seul intermède qui dégage subitement l'air et cause la fulmination; car s'il n'est point entré d'alcali volatil dans la dissselution de l'or , et qu'on le précipite avec l'alcali fixe ou toute autre matière, il ne sera pas fulminant : enfin il fout encore communiquer une assez forte chaleur pour qu'il exerce cette action fulminante : or toutes ces conditions réunies ne peuvent se rencontrer dans le sein de la terre, et dès lors il est sûr qu'on n'y trouvera jamais de l'or fulminant. On sait que l'explosion de cet or fulminant est beaucoup plus violente que celle de la poudre à canon , et qu'elle pourroit produire des effets encore plus terribles , et même s'exercer d'une manière plus insidieuse , parce qu'il ne fout ni feu» ni même une étincelle, et que la chaleur seule produite par un frottement assez léger suffit pour causer une explosion subite et foudroyante*

On a, ce me semble, vainement tenté l'explication de ee phénomène prodigieux ; cependant , en faisant attention à toutes les circonstances, et en comparant leurs rapports , il me semble qu'on peut au moins en tirer des raisons satisfaisantes et trèsp-lausi- Wes sur la cause de cet effet : si dans l'eau régale, dont on se sert pour la dissolution de l'or, il n'est point entré d'alcali volatil , soit sous sa forme propre, soit sous cette du sel ammoniac, de quelque manière et avec quelque intermède qu'on précipite ce métal , il ne sera ni ne deviendra fulminant, à moins qu'on ne se serve de l'alcali volatil pour cette précipitation ; lorsqu'au contraire la dissolution sera faite avec le sel ammoniac, qui toujours contient de l'alcali Volatil , de quelque manière et avec quelque intermède que l'on fosse la précipitation , l'or deviendra toujours fulminant. Il est donc assez clair que cette qualité fulminante ne lui vient que de l'action ou du mélange de l'alcali volatil, et l'on ne doit pas être incertain sur ce point, puisque ce précipité fulminant pèse un quart de plus que l'or dont il est le produit ; dès lors ce quart en sus de matière étrangère qui s'est alliée avec l'or dans ce précipité n'est autre chose , du moins en grande par-

tie, que de l'alcali volatil : mais cet alcali contient, indépendamment de son sel , une grande quantité d'air inflammable, c'est-àdire d'air élastique, mêlé de feu; dès lors il n'est pas surprenant que ce feù ou cet air inflammable contenu dans l'alcali volatil, qui se trouve pour un quart incorporé avec Toi , ne s'enflamme en effet par la chaleur, et ne produise une explosion d'autant plus violente que les. molécules de l'or dans lesquelles il est engagé sont plus massives et plus résistantes à l'action de cet élément incoercible , et dont les effets sont d'autant plus violens que les résistances sont plut grandes. C'est par cette même raison de l'air inflammable contenu dans l'or fulminant, que cette qualité fulminante est détruite par le soufre mêlé avec ce précipité ; car le soufre , qui n'est que la matière du feu fixée par l'acide, a la plus grande affinité avec cette même matière du feu contenu dans l'alcali volatil : il doit donc lui enlever ce feu, et dès lors la cause de l'explosion est ou diminuée ou même anéantie par ce mélange du soufre avec l'or fulminant.

Au reste, l'or fulmine, avant d'être chauffé jusqu'au rouge , dans les vaisseaux clos comme en plein air : mais , quoique cette chaleur nécessaire pour produire la fulmination ne soit pas très-grande, il est certain qu'il n'y a nulle part, dans le sein de la terre, un tel degré de chaleur , à l'exception des lieux voisins des feux souterrains, et que par conséquent il ne peut se trouver d'or fulminant que dans les volcans , dont il est possible qu'il ait quelquefois augmenté les terribles effets ; mais par son explosion même , cet or fulminant se trouve tout à coup anéanti, ou du moins perdu et dispersé en atomes infiniment petits z. Il n'est donc pas étonnant qu'on n'ait jamais trouvé d'or fulminant dans la nature , puisque , d'une part , le feu ou la chaleur le dé-

i. M. Macquer, après avoir cité quelques exemples funestes des accidens arrivés par la fulmination de l'or à des chimistes peu attentifs ou trop courageux, dit qu'ayant fait fulminer dans une ^grande cloche de verre une quantité de ce précipité assez petite pour n'en avoir rien À craindre > ou a trouvé , après la détonation , sur les parois de la cloche , l'or en nature que cette détonation n'avoit point altéré. Comme cela pourroit induire en erreur, je crois devoir observer que cette matière qui avoit frappé contre les parois du vaisseau et s'y étoit attachée n'étoit pas, comme il le dit, de l'or m naturt, mail de for précipité; ee qui est fort différent, puisque celui-ci a perdu la principale propriété de sa nature, qui est d'être inaltérable , indissoluble par les acides simples , et que tous les teides peuvent au contraire altérer et même dissoudre ce précipité.

te

trait en te faisant fulminer, et que , d'autre part, il ne pourrait exercer cette action fulminante dans l'intérieur de la terre , au degré de sa température actuelle. Au reste , on ne doit pas oublier qu'en général les précipités d'or , lorsqu'ils sont réduits , sont , à la vérité , toujours de l'or ; mais que dans leur état de précipité , et avant la réduction , ils ne sont pas, comme l'or même, inaltérables , indestructibles , etc. Leur essence n'est donc plus la même que celle de l'or de nature : tous les acides minéraux ou végétaux , et même les simples acerbes, tels que la noix de galle , agissent sur ces précipités et peuvent les dissoudre , tandis que l'or en métal n'en éprouve aucune aheratioo ; les précipités de l'or ressemblent donc, à cet égard, aux métaux imparfaits , et peuvent par conséquent être altérés de même et minéralisés. Mais nous venons de prouver que les combinaisons nécessaires pour faire des

Srécipités d'or n'ont guère pu se trouver ans la nature , et c'est sans doute par cette raison qu'il n'existe réellement que peu ou point d'or minéralisé dans le sein de la terre; et s'il en existoit, cet or minéralisé seroit en effet très-différent de l'autre : on pourrait le dissoudre avec tous les acides, puisqu'ils dissolvent les précipités dont se serait formé cet or minéralisé.

11 ne faut qu'une' petite quantité d'acide marin mêlée a l'acide nitreux pour dissoudre l'or ; mais la meilleure proportion est de quatre parties d'acide nitreux et une partie de sel ammoniac. Celte dissolution est d'une belle couleur jaune; et lorsque ces dissolvans sont pleinement saturés, elle devient claire et transparente ; dans tout état elle teint en violet plus ou moins foncé toutes les substances animales : si on la fait évaporer , elle donne, en se refroidissant, des, cristaux d'un beau jaune transparent; et si l'on pousse plus loin l'évaporation au moyen de la chaleur, les cristaux disparaissent, et il ne reste qu'une poudre jaune et très-fine qui n'a pas le brillant métallique.

Qu'on puisse précipiter l'or dissous dans l'eau régale avec tous les autres métaux, avec les alcalis, les terres calcaires, etc., e'est l'alcali volatil qui, de toutes les matières connues , est la plus propre à cet effet; il réduit l'or plus promptement que les alcalis fixes ou les métaux : ceux-ci changent la couleur du précipité; par exemple, l'étain lui donne la belle couleur pourpre qu'on emploie sur nos porcelaines*

LW pur a peu d'éclat et sa couleur jaune est assex mate; le méUnge de l'argent le Wan-

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chit, celui du cuivre le rougit; le fer lui communique sa couleur; une partie d'acier fondue avec cinq parties d'or pur lui donne la couleur du fer poli. Les biioutieis se servent avec avantage de ces mélanges pour les ouvrages où ils ont besoin d'or de différentes couleurs. L'on connolt en chimie des procédés par lesquels on peut donner aux précipités de l'or les plus nelles couleurs , pourpre, rouge, verte , etc. : ces couleurs sont fixes et peuvent s'employer dans les émaux ; le borax blanchit l'or plus que tout autre mélange , et le nitre lui rend la couleur jaune que le borax avoit fait disparaître.

Quoique l'or soit le plus compacte et le plus tenace des métaux , il n'est néanmoins ïjue peu élastique et peu sonore : il est trèsflexible, et plus mou que l'argent, le cuivre, et le fer, qui de tous est le plus dur; il n'y a que le plomb et l'étain qui aient plus de mollesse que l'or , et qui soient moins élastiques; mais quelque îlexible qu'il soit, on a beaucoup de peine à le rompre. Les voyageurs disent que l'or de Malaca , qu'on croit venir de Madagascar , et qui est presque tout blanc , se fond aussi promptement que du plomb. On assure aussi qu'on trouve dans les sables de quelques rivières de ces contrées des grains d'or que l'on peut couper au couteau , et que même cet or est si mou qu'il peut recevoir aisément l'empreinte d'un cachet; il se fond à peu près comme du plomb , et l'on prétend que cet or est le plus pur de tous : ce qu'il y a de certain , c'est que plus ce métal est pur et moins il est dur ; il n'a dans cet état de pureté ni odeur ni saveur sensible , même après avoir été fortement frotté ou chauffé. Malgré sa mollesse , il est cependant susceptible d'un assez grand degré de dureté par l'écrouissement, c'esl-à-dire par la percussion souvent réitérée du marteau, ou par la compression successive et forcée de la filière ; il perd même alors une grande partie de sa ductilité, et devient assez cassant. Tous les métaux acquièrent de même un excès de dureté par l'écrouissemenl: mais on jx;ut toujours détruire cet effet eu les faisant recuire au feu , et l'or , qui est le plus doux , le plus ductile de tous, ne laisse pas de per dre sa ductilité par une forte et longue per* cussion ; il devient non seulement plus dur, plus élastique, plus sonore, mais même il se gerce sur ses bords lorsqu'on lui fait subir une extension forcée sous .les rouleaux du laminoir : néanmoins il perd par le recuit ce fort écrouissement plus aisément

MINÉRAUX

qu'autan autre métal; il ne fout pour cela que le chauffer, pas même jusqu'au rouge, au iieu que le cuivre et le fer doivent être pénétrés de feu pour perdre leur écrouissement

Après avoir exposé les principales propriétés de l'or , nous devons indiquer aussi les moyens dont on se sert pour le séparer des autres métaux ou des matières hétérogènes avec lesquelles il se trouve souvent mêlé. Dans les travaux en grand on ne se sert que du plomb, qui, par la fusion, sépare de l'or toutes ces matières étrangères en les «confiant ; on emploie aussi le mercure, qui, par amalgame, en fait pour ainsi dire l'extrait, en s'y attachant de préférence. Dans les travaux chimiques, on fait plus, souvent usage des acides. « Pour séparer l'or de toute autre matière métallique, on le traite, dit mon savant ami M. de Morveau, soit avec des sels qui attaquent les métaux imparfaits à l'aide d'une chaleur violente, et qui s'approprient même l'argent qui pourrait lui être allié, tels que le vitriol, le nitre , et le sel marin ; soit par le soufre ou par l'antimoine qui en contient abondamment ; soit enfin par la coupellation , qui consiste à mêler For avec le double de son poids environ de plomb , qui , en se vitrifiant, entraine avec lui et scorifie tous les autres métaux, imparfaits; de sorte que le bouton de lin reste seul sur la cou-

Selle , qui absorbe daus ses pores la litharge e plomb et les autres matières qu'elle a sconfiées. » La coupellation laisse donc l'or encore allié d'argent : mais on peut les séparer par le moyen des acides qui n'attaquent que l'un ou l'autre de ces métaux ; et comme l'or ne se laisse dissoudre par aucun acide simple ni par le soufre , et que tous

Peuvent dissoudre l'argent, on a, comme on voit, plusieurs moyens pour faire la séparation ou le départ de ces deux métaux. On emploie ordinairement l'acide nitreux ; il faut qu'il soit pur, mais non pas trop fort ou concentré : c'est de tous les acides celui qui dissout l'argent avec plus d'énergie 'et tans aide de la chaleur, ou tout au plus avec une petite chaleur pour commencer la dissolution.

En général , pour que toute dissolution s'opère, il font non seulement qu'il y ait une grande affinité entre le dissolvant et la matière à dissoudre, mais encore que l'une de ces deux matières soit fluide pour pouvoir pénétrer l'autre , en remplir tous les pores, et détruire par la force d'affinité celle de la cohérence des parties de la ma*

tière solide. Le mercure , par sa fluidité et par sa très-grande affinité avec l'or, doit être regardé comme l'un de ces dissolvans ; car il le pénètre et semble le diviser dans toutes t ses parties: cependant ce n'est qu'une union, ; une espèce d'alliage, et non pas une dissolution; et l'on a eu raison de donner à cet alliage le nom â? amalgame, parce que l'amalgame se détruit par la seule évaporation du mercure, et que d'ailleurs tous les vrais alliages ne peuvent se faire que par le feu, tandis que l'amalgame peut se faire à froid , et qu'il ne produit qu'une union particulière , qui est moins intime que celle des alliages naturels ou faits par la fusion : et en effet, cet amalgame ne prend jamais d'autre solidité que celle d'une pâte assez molle , toujours participant de la fluidité du mercure, avec quelque métal qu'on puisse l'unir ou le mêler. Cependant l'amalgame se fait encore mieux à chaud qu'à froid : le mercure , quoique du nombre des liquides, n'a pas la propriété de mouiller les matières terreuses , ni même les chaux métalliques ; il ne contracte d'union qu'avec les métaux qui sont sous leur forme de métal; une assez petite quantité de mercure suffit pour les rendre friables, en sorte qu'on peut dans cet état les réduire en poudre par une simple trituration, et avec nne plus grande quantité de mercure on en fait uns pâte, mais qui n'a ni cohérence ni ductilité; c'est de cette manière très - simple qu'on peut amalgamer l'or, qui , de tous les métaux , a la plus grande affinité avec le mercure; elle est si puissante, qu'on la prendroit pour une espèce de magnétisme. L'or blanchit dès qu'il est touché par le mercure, pour peu même qu'il en reçoive les émanations ; mais dans les métaux qui ne s'unissent avec lui que difficilement , il faut, pour le succès de l'amalgame, employer le secours du feu , en réduisant d'abord le métal en poudre très-fine , et faisant ensuite chauffer le mercure à peu près au point où il commence à se volatiliser : on fait en même temps et séparément rougir la poudre du métal , et tout de suite on la triture avec le mercure chaud. C'est de cette manière qu'on l'amalgame avec le cuivre ; mais l'on ne connoît aucun moyen de lui faire contracter union avec le fer.

Le vrai dissolvant de l'or est, comme nous l'avons dit , l'eau régale composée de deux acides, le nitreux et le marin;' et comme s'il falloit toujours deux puissances réunies pour dompter ce métal , on peut encore le dissoudre par le foie de soufra,

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