‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 149 sur 150 · DE L'ARGENT. J · texte numérisé non relu

DE L'ARGENT. J

velles ont pu et peuvent encore être formées ; et sans nous éloigner de nos mines d'argent

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du Pérou , il s'en trouve de cette espèce au pied des montagnes et dans les excavations îles mines même abandonnées depuis long*' temps.

Les mines d'argent du Mexique ne sont guère moins fameuses que celles du Pérou. M. Bowles dit que dans celle appelée Valladora, le minerai le plus riche donnoit cinquante livres d'argent par quintal, le moyen vingt-cinq livres, et le plus pauvre huit livres, et que souvent on trouvoit dans cette mine des morceaux d'argent vierge. On estime même que tout l'argent qui se tire du canton de Sainte-Pécaque est plus fin que celui du Pérou. Suivant Gemelli Carreri , la mine de Sanla-Cruz avoit, en 1697, plus de sept cents pieds de profondeur, celle de Navaro plus de six cents; et l'on peut compter, dit-il -, plus de mille ouvertures de mines dans un espace de six lieues autour de Santa-Ouz. Celles de la Trinité ont été fouillées jusqu'à huit cents pieds de profondeur : les gens du pays assurèrent à ce voyageur qu'en dix ou onze années, depuis 168^7 jusqu'en 1697, on en avoit tiré quarante millions de marcs d'argent. Il cite aussi la mine de Saint-Matthieu , qui n'est qu'à peu de distance de la Trinité, et qui, n'ayant été ouverte qu'en 1689, étoit fouillée à quatre cents pieds en 1697 : il dit que les pierres métalliques en sont de la plus grande dureté ; qu'il faut d'abord les pétarder et les briser à coups de marteau; que l'on distingue et sépare les morceaux qu'on peut faire fondre tout de suite, de ceux qu'on doit auparavant amalgamer avec le mercure. On broie ces pierres métalliques, propres à la fonte, dans un mortier de fer ; et après avoir séparé par des lavages la poudre de pierre autant qu'il est possible , on mêle le minerai avec une certaine quantité de plomb, et on les fait fondre ensemble ; on enlève les scories avec un croc de fer, tandis que par le bas on laisse couler forgent en lingots, que l'on porte dans un autre fourneau pour les refondre et achever d'en séparer le plomb. Chaque lingot d'argent est d'environ quatre-vingts ou cent marcs; et s'ils ne se trouvent pas au titre prescrit, on les fait refondre une seconde fois avec le plomb pour les affiner. On fait aussi l'essai de la quantité d'or que chaque lingot d'argent peut contenir, et on l'indique par une marque parliculière; s'il s'y trouve plus de quarante grains d'or par marc d'argent, on en fait le départ; et pour les autres parties du minerai que l'on veut traiter par

l'amalgame, après les avoir réduites en poudre très-fine, on y mêle le mercure, et Ton procède comme nous Pavons dit en parlant du traitement des mines de Potosi. Le mercure qu'on y emploie vient d'Espagne ou du Pérou : il en faut un quintal pour séparer mille marcs d'argent. Tout le produit des mines du Mexique et de la Nouvelle-Espagne doit être porté à Mexico; et Ton assure 3u'à la fin du dernier siècle ce produit étoit e deux millions de marcs par an, saus compter ce qui passoit par des voies indirectes.

Il y a aussi plusieurs mines d'argent au Chili, surtout dans le voisinage de Coquimbo, et au Brésil, à Quelque distance dans les terres voisines de la baie de Tous-les-Saints; Ton en trouve encore dans plusieurs autres endroits du continent de l'Amérique, et même dans les iles. Les anciens voyageurs citent en particulier celle de Saint-Domingue ; mais la culture et le produit du sucre et des autres denrées de consommation que l'on tire de cette île sont des trésors bien plus réels que ceux de ses mines.

Après avoir ci-devant exposé les principales propriétés de l'argent, et avoir ensuite parcouru les différentes contrées où ce métal se trouve en plus grande quantité, il ne nous reste plus qVà faire mention des principaux faits et clés observations particulières que les physiciens et les chimistes ont recueillis en travaillant l'argent et en le soumettant à un nombre infini d'épreuves. Je commencerai par un fait que j'ai reconnu le premier. On étoit dans l'opinion que ni l'or ni l'argent mis au feu , et même tenus en fusion, ne perdoient rien de leur substance ; cependant il est certain que tous deux se réduisent en vapeurs et se subliment au feu du soleil à un degré de chaleur même assez foible. Je l'ai observé lorsqu'en 1747 j'ai fait usage du miroir que j'avois inventé pour brûler à de grandes distances; j'exposai à quarante, cinquante, et jusqu'à soixante pieds de distance , des plaques et des assiettes d'argent : je les ai vues fumer long-temps avant de se fondre, et cette fumée étoit assez épaisse pour faire une ombre très-sensible qui se marquoit sur le terrain. On s'est depuis pleinement convaincu que cette fumée étoit vraiment une vapeur métallique ; elle s'attachoit aux corps ou on lui présentait , et en argentoit la surface; et puisque cette sublimation se fait à une chaleur médiocre par le feu du soleil , il y a toute raison de croire qu'elle se fait aussi et en bien plus grande quantité par Ut forte chaleur du feu de nos fourneaux ,

MINteAUX.

lorsque non seulement on y fond ce métal, mais qu'on le tient en fusion pendant un mois, comme l'a fait Kunckel. J'ai déjà dit que je doutois beaucoup de l'exactitude de son expérience, et Je suis persuadé que l'argent perd par le feu une quantité sensible de sa substance, et qu'il en perd d'autant plus que le feu est plus' violent et appliqué plus long-temps.

L'argent offre dans ses dissolutions dîfîérens phénomènes dont il est bon de faire ici mention. Lorsqu'il est dissous par l'acide nitreux, on observe que si l'argent est à peu près pur , la couleur de cette dissolution , qui d'abord est un peu verdâtre, devient ensuite très-blanche , et quand il est mêlé d'une petite quantité de cuivre , eUe est constamment verte.

Les dissolutions des métaux sont en général plus corrosives que l'acide même dans lequel ils ont été dissous : mais celle de l'arnt par l'acide nitreux l'est au plus haut car elle produit des cristaux si caustiques , qu'on a donné à leur masse réunie par la fusion le nom de pierre infernale. Pour obtenir ces cristaux il faut que l'argent et l'acide nitreux aient été employés {mrs. Ces cristaux se forment dans la dissoution par le seul refroidissement ; ils n'ont que peu de consistance, et sont blancs et aplatis en forme de paillettes : ils se fondent très-aisément au feu, et long-temps avant d'y rougir ; et c'est cette masse fondue et de couleur noirâtre qui est la pierre infernale.

U y a plusieurs moyens de retirer l'argent de sa dissolution dans l'acide nitreux; la seule action du feu, long-temps continuée, suffit pour enlever cet acide : on peut aussi précipiter le métal par les autres acides, vi» triolinue ou marin , par les alcalis , et par les métaux qui, comme le cuivre, ont plus d'affinité que l'argent avec l'acide nitreux.

L'argent, tant qu'il est dans l'état de 1 tal, n'a point d'affinité avec l'acide marin : mais dès qu'il est dissous , il se combine aisément et même fortement avec cet acide, car la mine d'argent corné paroit être formée par l'action de l'acide marin. Cette mine se fond très-aisément, et même se volatilise à un feu violent

L'acide vitriolique attaque l'argent en masse au moyen de la chaleur; il le dissout même complètement; et en faisant distiller celte dissolution, l'acide passe dans le récipient, et forme un sel qu'on peut appelai vitriol d'argent.

Les acides animaux et végétaux, comme

DE L'ÀKGENT.

l'acide des fourmis ou celui du vinaigre, n'attaquent point l'argent dans son état de métal; mais ils dissolvent très-bien ses précipites.

Les alcalis n'ont aucune action rsur l'argent ni même sur ses précipités; mais lorsqu'ils sont uuis aux précipites du soufre,

feuilles d'argent qu'on y applique s'y attachent et y adhèrent fortement. Mais comme les métaux ne s'unissent qu'aux métaux, et qu'ils n'adhèrent à aucune autre substance, il faut, [lorsqu'on veut argenter le bois ou toute autre matière qui n'est pas métallique, se servir d'une colle faite de gomme ou

[comme dans le foie de soufre, ils agissent d'huile, dont on enduit le bois par plusieurs

puissamment sur la substance de ce métal , qu'ils noircissent et rendent aigre et cassant.

Le soufre, qui facilite la fusion de l'argent, doit pai conséquent en altérer la substance ; cependant il ne l'attaque pas comme celle du fèr et du cuivre , qu'il transforme en pyrite. L'argent fondu avec le soufre peut en être séparé dans un instant par l'addition du nitre, qui, après la détonation, laisse l'argent sans perte sensible ni diminution de poids ; le nitre réduit au contraire le fer et le cuivre en chaux , parce qu'il a une action directe sur ces métaux, et qu'il n'en a point sur l'argent.

La surface de l'argent ne se convertit point en rouille par l'impression des élémens humides; mais elle est sujette à se ternir, se noircir, et se colorer : on peut même lui donner. l'apparence et la couleur de l'or en l'exposant à certaines fumigations, dont on a eu raison de proscrire l'usage pour évitur la fraude.

On emploie utilement l'argent battu en feuilles minces pour en couvrir les autres métaux, tels que le cuivre et le fer; il suffît pour cela de bien nettoyer la surface de ces métaux et de les faire chauffer ; les

couches qu'on laisse sécher avant d'appliquer la feuille d'argent sur ta dernière : l'argent n'est en effet que collé sur l'enduit du bois , et ne lui est uni que par cet intermède, dont on peut toujours le séparer sans le secours de la fusion, et en faisant seulement brûler la colle à laquelle il étoit attaché.

Quoique le mercure s'attache promptement et assez fortement à la surface de 1 argent , il n'en pénètre pas la masse à Tintérieur ; il faut le triturer avec ce métal pour en faire l'amalgame.

Il nous reste encore à dire un mot du fameux arbre de Diane , dont les charlatans ont si fort abusé en faisant croire qu'ils avoient Je secret de donner à l'or et à l'argent la faculté de croître et de végéter comme les plantes : néanmoins cet arbre métaUi-

3ue n'est qu'un assemblage ou accumulation es cristaux produits par le travail de l'acide nitreux sur l'amalgame du mercure et de l'argent. Ces cristaux se groupent successivement les uns sur les autres ; et s'accumulant par superposition, ils représentenl grossièrement la figure extérieure d'une végétation.

Fï>' DU IOMK II.

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