Un fil d'argent d'un dixième de pouce de dia
oids
, - -> {in - - . . .
une lame de trois aunes, c'est-i-dire de i»6 pouces de longueur sur % pouces de largeur , ce qui fait une étendue de afa pouces carrés ;<t dès lors avec une once d'argent, c'est-à-dire 576 grains, on pourroil
quoiqu'il ne soit pas susceptible d'une téiitable rouille par les impressions de l'air et de l'eau , il oppose moins de résistance à l'action des acides, et n'exige pas, comme l'or , la réunion de deux puissances actives
{>our entrer en dissolution ; le foie de soufre e noircit et le rend aigre et cassant : l'argent peut donc être attaqué dans le sein de la terre plus fortement et bien plus fréquemment que l'or, et c'est par cette raison que l'on trouve assez communément de l'argent minéralisé, tandis qu'il est extrêmement rare de trouver l'or dans cet état d'altération ou de minéralisation.
L'argent , quoiqu'un peu plus fusible que l'or , est cependant un peu plus dur et plus sonore : le blanc éclatant de sa surface se ternit , et même se noircit , dès qu'elle est exposée aux vapeurs des matières inflammables , telles que celles du soufre , du
cbarBon , et à la fumée des substances ani maies ; si même il subit long-temps l'impression de ces vapeurs sulfureuses , il se minéralisé , et devient semblable à la mine que l'on connoît sous le nom à? argent vitré.
Les trois propriétés communes à l'or et à l'argent , qu'on a toujours regardés comme les seuls métaux parfaits, sont la ductilité, la fixité au feu , ei l'inaltérabilité à l'air et dans l'eau. Par toutes les autres qualités l'argent diffère de l'or, et peut souffrir des changement et des altérations auxquels ce premier métal n'est pas sujet. On trouve à la vérité de l'argent qui , comme l'or , n'est point minéralisé , mais c'est proportionnellement en bien moindre quantité; car , dans ses mines primordiales, l'argent, toujours allié d'un peu d'or, est très-souvent mélangé d'autres matières métalliques , et par-
eouvrir un espace de 5o4 pieds carrés. » (Expériences de Muschenbroek. )
Il y a certainement ici une faute d'impression qui tombe sur les mots deux pouces de largeur : ce fil d'argent n'avoit en effet que a lignes , et non pas a pouces, et par conséquent a6 pouces carrés d étendue, au lieu de 126 ; d'après quoi l'on ▼oit que Syê grains ou 1 once d'argent ne peuvent en effet s'étendre que sur 104 et non pas sur 5o4 pieds carrés , et c'est encore beaucoup plus que la densité de ce métal ne paroît l'indiquer, puisqu'une once d'or ne s'étend que sur 106 pieds carrés » dès tors, en prenant ces deux faits pour ▼rais , la ductilité de l'argent est presque aussi grande que celle de l'or, quoique sa densité et sa ténacité soient beaucoup moindres. Il ▼ a aussi toute apparence qu'Alphonse Barba se trompe beaucoup eu disant que l'or est cinq fois plus ductile que l'argent : il assure qu'une once d'argent s'étend en un fil de *4°« aunes de longueur ; que cette longueur peut être couverte par 6 grains et demi d'or; et qu'on peut dilater l'or au point qu'une once de ce métal couvrira plus de dix arpens de terre.
DE L'ÀKGENT. 471
ticulièrement de plomb et de cuivre x on regarde même comme des mines d'argent toutes celles de plomb ou de cuivre qui contiennent une certaine quantité de ce métal; et dans les mines secondaires produites par la stillation et le dépôt des eaux , l'argent se trouve souvent attaqué par les sels de la terre , et se présente dans Pétat de minéralisation sous différentes formes ; on peut voir par les listes des nomenclateurs en minéralogie , et particulièrement par celle que donne Wallérius , combien ces formes sont variées , puisqu'il en compte dix sortes principales , et quarante-neuf variétés dans ces dix sortes : je dois cependant observer qu'ici , comme dans tout autre travail des nomenclateurs, il y a toujours beaucoup plus de noms que de choses.
Dans la plupart des mines secondaires l'argent se présente en forme de minerai
pyriteux , c'est-à-dire mêlé et pénétré des principes de soufre, ou bien altéré par le foie de soufre , et quelquefois par l'arsenic. 1
L'acide nitreux dissout l'argent plus puissamment qu'aucun autre ; l'acide vilriolique le précipite de cette dissolution, et forme avec lui de très-petits cristaux qu'on pourroit appeler du vitriol d'argent ; l'acide marin , qui le dissout aussi , en fait des cristaux plus gros, dont la masse réunie par la fusion se nomme argent corné, parce qu'il est à demi transparent comme de la corne.
La nature a produit, en quelques endroits , de l'argent sous cette forme ; on en trouve en Hongrie , en Bohème, et en Saxe, où il y a des mines qui offrent à la fois l'argent natif, l'argent rouge, l'argent vitré, et l'argent corné. Lorsque cette dernière mine n'est point altérée , elle est demi-transparente et d'un gris jaunâtre ; mais si elle a été attaquée par deg vapeurs sulfureuses » ou par le foie de soufre , elle devient opaque et d'une couleur brune. L'argent minéralisé par l'acide marin se coupe presque aussi
1. u La mine d'argent rouge est minéralisée par l'arsenic et le soufre ; elle est d'un rouge plus ou moins vif , tantôt transparente comme un rubis , tantôt opaque et plus ou moins obscure 1 elle est cristallisée de plusieurs manières ; la plus ordinaire est en prismes béxaèdres , terminés par des pyramides obtuses. 1» (Lettre de M. Demesle, tome II, page 4^7.)
J'observerai que c'est à cette mine qu'il fant rapporter la seconde variété que M. Demeste a rapportée à la mine d'argent vitreux , puisqu'il dit lui-même que ce n'est qu'une modification de la mine d'argent rouge, et que cette mine vitreuse contient encore un peu d'arsenic; qu'elle s'égrèn» sous le couteau , loin de s'y couper. Vo^et idem , page 436.
facilement que la cire
très-fusible , une partie se volatilise à un
certain degré de feu, ainsi que l'argent corné
lait artificiellement , et l'autre partie qui ne
s'est point volatilisée se revivifie très-promp-
tement.
Le soufre dissout l'argent par la fusion , et le réduit en une niasse de couleur grise ; et cette masse ressemble beaucoup à la mine d'argent vitré , qui , comme celle de l'argeut corné , est moins dure que ce métal , et peut se couper au couteau. L'or ne subit aucun de ces changemens : on ne doit donc pas être étonné qu'on le trouve si rarement sous une formé minéralisée , et qu'au contraire dans toutes les mines de seconde formation, où les eaux et les sels de la terre ont exercé leur action , l'argent se' présente dans différens états de minéralisation ou sous des formes plus ou moins altérées ; il doit même être souvent mêlé de plusieurs matières étrangères métalliques ou terreuses , tandis que dans son état primordial il n'est allié qu'avec l'or , ou mêlé de cuivre et de plomb. Ces trois métaux sont ceux avec lesquels l'argent paroit avoir le plus d'affinité ; ce sont du moins ceux avec lesquels il se trouve plus souvent uni dans son état de minerai. Il est bien plus rare de trouver l'argent uni avec le mercure, quoiqu'il ait aussi avec ce fluide métallique une affinité très-marqnée.
Suivant M. Gellert , qui a fait un grand travail sur l'alliage des minéraux et des demimétaux , celui de l'or avec l'argent n'augmente que très-peu en pesanteur spécifique : il n'y a donc que peu ou point de pénétration entre ces deux métaux fondus ensemble : mais dans l'alliage de l'argent avec le cuivre, qu'on peut faire de même en toute proportion , le composé de ces deux métaux devient spécifiquement plus pesant, tandis que l'alliage du cuivre avec l'or l'est sensiblement moins. Ainsi , dans l'alliage de l'argent et du 'cuivre, le volume diminue et la masse se resserre , au lieu que le volume augmente par l'extension de la masse dans celui de l'or et du cuivre. Au reste , le mélange du cuivre rend également l'argent et l'or plus sonores et plus durs , sans diminuer de beaucoup leur ductilité ; on prétend même qu'il peut la leur conserver, lorsqu'on ne le mêle qu'en petite quantité , et qu'il défend ces métaux contre les vapeurs du charbon , qui, selon nos chimistes , en attaquent et diminuent la qualité ductile : cependant , comme nous l'avons déjà remarqué à l'article de l'or , on fie s'aperçoit guère de cette diminutionde ductilité causée par la vapeur du
MINÉRAUX
dans cet état il est charbon ; car il est d'usage , dans les
noies, lorsque les creusets de fer, qui contiennent jusqu'à deux mille cinq cents marcs d'argent , sont presque pleins de la matière en fusion ; il est , dis-je , d'usage d'enlever les couvercles de ces creusets pour achever de les remplir de charbon , et d'entretenir la chaleur par de nouveau charbon dont le métal est toujours recouvert , sans que l'on remarque aucune diminution de ductilité
dans les lames qui résultent de cette fonte.
L'argent allié avec le plomb ainsi qu'avec l'étain devient spécifiquement plus pesant ; mais, l'étain enlevé à l'argent comme à l'or sa ductilité : le plomb entraîne l'argent dans la fusion , et le sépare du cuivre ; il a donc plus d'affinité avec l'argent qu'avec le cuivre. M. Gellert , et la plupart des chimistes après lui , ont dit que le fer s'allioit aussi très-bien à l'argent. Ce fait m'ayant paru douteux , j'ai prié M. de Morveau de le vérifier : il s'est assuré, par l'expérience , qu'il ne se fait aucune union intime , aucun alliage entre le fer et l'argent ; et j'ai vu moimême , en voulant faire de l'acier damassé, que ces deux métaux ne peuvent contracter aucune union.
On sait que tous ces métaux imparfaits peuvent se calciner et se convertir en une sorte de chaux, en les tenant long-temps en fusion, et les agitant de manière que toutes leurs parties fondues se présentent successivement à l'air; on sait de plus que tous augmentent de volume et de poids en prenant cet état de chaux. Nous avons dit et répété ' que cette augmentation de quantité provenoit uniquement des particules d'air fixées par le feu , et réunies à la substance du métal qu'elles ne font que masquer, puisqu'on peut toujours lui rendre son premier état en présentant à cet air fixé quel- 3 ues matières inflammables avec lesquelles ait plus d'affinité qu'avec le métal : dans la combustion, cette matière inflammable dégage l'air fixé , l'enlève , et laisse par conséquent le métal sous sa première forme. Tous les métaux imparfaits et les demi-métaux peuveut ainsi se convertir en chaux : mais l'or et l'argent se sont toujours refusés à cette espèce de conversion , parce que apparemment ils ont moins d'affinité que les autres avec l'air, et que, malgré la fusion qui tient leurs parties divisées , ces mêmes parties ont néanmoins entre elles encore trop d'adhérence pour que l'air puisse les séparer et s*j
i. Voyez le discours qui ftrt d'introduction • Y Histoire d»t mùwraiur.
DE L'ÀEGENT.
incorporer ; et cette résistance de l'or et de l'argent à toute action de l'air donne le moyen de purifier ces deux métaux par la seule force du feu ; car il ne faut , pour les dépouiller de toute autre matière, qu'en agiter la fonte, afin de présenter à sa surface toutes les parties des autres matières qui y sont contenues, cination ou leur
Fart de l'affineur, dont nous abrégeons ici les procédés , comme ne tenant pas directe* ment à notre objet
On a regarde comme argent natif tout celui qu'on trouve dans le sein de la terre sous sa forme de métal; mais dans ce sens il faut en distinguer de deux sortes, comme
et qui bientôt , par leur cal- nous l'avons fait pour For : la première • combustion , laisseront l'or sorte d'argent natif est celle qui provient de
ou l'argent seuls en fusion et sous leur forme métallique. Cette manière de purifier l'or et l'argent étoit anciennement en usage : mais on a trouvé une façon plus expéditive en employant le plomb , qui , dans la fonte de ces deux métaux, détruit , ou plutôt sépare, et réduit en scories toutes les autres matières métalliques ' dont ils peuvent être mêlés ; et le plomb lui-même , se scorifiant avec les autres métaux dont il s'est saisi , il les sépare de l'or et de l'argent , les entraine , ou plutôt les emporte, et s'élève avec eux à la surface de la fonte , où ils se calcinent et se scorifient tous ensemble par le contact de l'air, à mesure qu'on remue la matière en fusion , et qu'on en découvre successivement la surface qui ne se scorifieroit ni ne se caleineroit si elle n'étoit incessamment exposée à l'action de l'air libre : il faut donc enlever ou faire écouler ces scories à mesure qu'elles se forment ; ce qui se fait aisément , parce qu'elles surnagent et surmontent toujours l'or et l'argent en fusion. Cependant on a encore trouve une manière plus facile de se débarrasser de ces scories , en se servant de vaisseaux plats et évasés qu'on appelle coupelles y et qui, étant laits d'une matière sèche , poreuse et résistante au feu , absorbent dans leurs pores les scories , tant du plomb que des autres minéraux métalliques , à mesure qu'elles se forment ; en sorte que les coupelles ne retiennent et ne conservent dans leur capacité extérieure que le métal d'or ou d'argent , qui , par la forte attraction de leurs parties constituantes , se forme et se présente toujours en une masse globuleuse appelée bouton de fin. Il faut une plus forte chaleur pour tenir ce métal fin en fusion que lorsqu'il était encore mêlé de plomb ; car le bouton de .fin se consolide presque subitement au moment que l'or et l'argent qu'il contient sont entièrement 'purifiés : on le voit doue tout à coup briller de l'éclat métallique ; et ce coup de lumière s'appelle eoruscation dans
i . Il n'y a que le fer qui , comme nous l'avons dit à l'article de l'or, ne se sépare pas en entier par Je moyen du plomb ; il faut , suivant M. Pœrner, y ajouter do bismuth pour achever de «confier
la fusion par le feu primitif, et qui se trouve quelquefois en grands morceaux, mais bien plus souvent en filets ou en petites masses feuilletées et ramifiées dans le quartz et autres matières vitreuses; la seconde sorte d'argent natif est en grains, en paillettes ou en poudre, c'est-à-dire en débris qui proviennent de ces mines primordiales, et qui ont été détachés par les agens extérieurs, et entraînés au loin par le mouvement des eaux. Ce sont ces mêmes débris rassemblés qui, dans certains lieux, ont formé des mine» secondaires d'argent , où souvent il a changé de forme en se minéralisant.
L'argent de première formation est ordinairement incrusté dans le quartz ; souvent il est accompagné d'autres métaux et de matières étrangères en quantité si considérable, que les premières fontes, même avec le secours du plomb, ne suffisent pas pour . le purifier.
Aorès les mines d'argent natif, les plus riches sont celles d'argent corné et d'argent vitré : ces mines sont brunes , noirâtres on grises ; elles sont flexibles , et même celle ' d'argent corné est extensible sous le marteau , à peu près comme le plomb : les mines d'argent rouge, au contraire, ne sont pas extensibles, mais cassantes ; ces dernières mines sont , comme les premières , fort riches en métal.
Nous allons suivre le même ordre que dans l'article de l'or, pour l'indication des lieux où se trouvent les principales mines d'où l'on tire l'argent. En France, on connoissoit assez anciennement celles des montagnes des Vosges , ouvertes dès le dixième siècle», et d'autres dans plusieurs provinees, comme en Languedoc, en Gévaudan et en Rouergue , dans le Maine et dans l'Ansoumois ; et nouvellement on en a trouve en Dauphiné qui ont présenté d abord d'assez grandes richesses; M. de Gensanne en a reconnu quelques autres dans le Languedoc; mais le produit de la plupart de ces mines ne paierait pas la dépense de leur travail ; et dans un pays comme la France , où l'on peut employer les hommes à des travaux
MINÉRAUX
vraiment utiles, on feroit un bien réel en défendant ceux de la fouille des mines d'or et d'argent, qui ne peuvent produire qu'une richesse fictive et toujours décroissante.
En Espagne, la mine de Guadalcanal dans la Sierra-Morena , ou montagne noire, est Tune des plus fameuses ; elle a été travaillée dès le temps des Romains , ensuite
en a aussi dans les Alpes et en plusieurs endroits de la Suisse. MM. Scheuchzer, Cappeler, et Gueltard, en ont fait mention; et ce sont sans doute ces hautes montagnes des Pyrénées et des Alpes qui renferment les mines primordiales d'or et d'argent, dont on trouve les débris en paillettes dans les eaux qui en découlent. Toutes les mines de
abandonnée, puis reprise et abandonnée seconde formation sont dans les lieux infé-
de nouveau, et enfin encore attaquée dans ces derniers temps. On assure qu'autrefois elle a fourni de très-grandes richesses, et qu'elle n'est pas à beaucoup près épuisée : cependant les dernières tentatives n'ont point eu de succès , et peut-être sera-t-on forcé de renoncer aux espérances que donnoit son ancienne et grande célébrité. « Les sommets des montagnes autour de Guadalcanal, dit M. Bowles, sont tous arrondis, et partout à peu près de la même hauteur; les pierres en sont fort dures et ressemblent au grès de Turquie (cos turcicà).... Il y a deux filons du levant au couchant , qui se rendent à la grande veine dont la direction est du nord au sud ; ou peut la suivre de l'œil. dans un espace de plus de deux cents pas à la superficie. A une lieue et demie au couchant de Guadalcanal , il y a une autre mine dans un roc élevé : la veine est renversée, c'est-à-dire qu'elle est plus riche à la superficie qu'au fond ; -elle peut avoir seize pieds d'épaisseur, et elle est , comme les précédentes, composée de quartz et de spath. A deux lieues au levant de la même ville , il y a une autre mine dont la veine est élevée de deux pieds hors de terre, et qui n'a que deux pieds d!épaisseur. Au reste, ces mines, qui se présentent avec de si belles apparences, sont ordinairement trompeuses : elles donnent d'abord de l'argent; mais en descendant plus bas, on ne trouve plus que du plomb. » Ce naturaliste parle aussi d'une mine d'argent sans plomb, située au midi et à quelques lieues de distance de Zalamea. Il y a une mine d'argent dans la montagne qui est au nord de Logrono , et plusieurs autres dans les Pyrénées , qui ont été travaillées par les anciens et qui maintenant sont abandonnées r. Il y
i. L'avarice a été souvent trompée par le snccee des exploitations faite» par les Phénicieus , les Carthaginois , et les Romains. Les premiers , au raprtrt de Diodore de Sicile , trouvèrent tant d'or et argent dans les Pyrénées» qu'ils en mirent aux ancres de leurs vaisseaux ; on tiroit en trois jours an talent euboique en argent , ce qui moatoit à hait •MU ducat*. Enflammés parce récit, dea particuliers ont tenté des recherches dans la partie septentrionale dea Pyrénées ; ils semblent avoir ignoré
rieurs au pied de ces montagnes, et dans les collines formées originairement par le mouvement et le dépôt des eaux du vieil Océan.
Les mines d'argent qui nous sont les mieux connues en Europe sont celles de l'Allemagne ; il y en a plusieurs que l'on ex-
Sloite depuis très-long-temps, et l'on en écouvre assez fréquemment de nouvelles.
M. de Justi , savant minéralogiste , dit en avoir trouvé six en 17 5 1 , dont deux sont fort riches , et sont situées sur les frontières de la Styrie. Selon lui , ces mines sont mêlées de substances calcaires en grande quantité, et cependant il assure qu'elles ne perdent rien de leur poids lorsqu'elles sont grillées par le feu , et qu'il ne s'en élève pas la moindre fumée ou vapeur pendant ta calcinât ion. Ces assertions sont difficiles à concilier; car il est certain que toute substance calcaire perd beaucoup de son poids lorsqu elle est calcinée, et que par conséquent cette mine d'Annaberg, dont parle M. de Justi , doit perdre en poids à proportion de ce qu'elle contient de substance calcaire. Ce savant minéralogiste assure qu'il existe un très-grand nombre de mines d'argeut minéralisé par l'alcali : mais cette opinion doit être interprétée; car l'alcali seul ne pourroil opérer cet effet, tandis que le foie de soufre, c'est-à-dire les principes du soufre réuuis à l'alcali , peuvent le produire ; et comme M. de Justi ne parle pas du foie de soufre , mais de l'alcali simple, ses expériences ne me paroissent pas concluantes : Car l'alcali minéral seul n'a aucune aetion sur l'argent en masse ; et nous pouvons trèsbien entendre la formation de la mine blanche de Schemnitz par l'intermède du foie de soufre. La nature ne paroit donc pas avoir fait celte opération de la manière dont le prétend M. de Justi ; car quoiqu'il
que le côté méridional a toujours été regards' comme le plus riche en métaux. Tite-Live parle de l'or et de l'argent que 1rs mines de Hu»scm fournis* soient aux Romains. Les monts qui s'allongent vers le nord jusqu'à Pampelune sont fameux , suivant Alphonse Barba , par la quantité d'argent qu'on en a tirée ; ils s'étendent aussi vers KÈbre, dont la richesse est vantée par Anatole et par Claudia».
n'ait point reconnu de soufre dans cette mine, le foie de soufre qui est , pour ainsi dire, répandu partout, doit y exister, comme il existe non seulement dans les ma tières terreuses, mais dans les substances calcaires, et autres matières qui accompagnent les mines de seconde formation.
En Bohème, les principales mines d'argent sont celles de Saiut-Joachim ; les filons en sont assez minces, et la matière en est très-dure, mais elle est abondante en métal : les mines de Kuttemberg sont mêlées d'argent et de cuivre ; elles ne sont pas si riches que celles de Saint-Joachim. On peut voir dans les ouvrages des minéralogistes allemands la description des mines de plusieurs autres provinces , et notamment de celles de Transylvanie, de la Hesse, et de Hongrie. Celles de Schemnitz contiennent depuis deux jusqu'à cinq gros d'argent et depuis cinq jusqu'à sept aeniret d'or par marc, non compris une once et un gros de cuivre qu'on peut en tirer aussi.
Mais il n'y a peut-être pas une mine en Europe où l'on ait fait d'aussi grands travaux
3ue dans celle de Salberg en Suède , si la escription qu'en donne Regnard n'est point exagérée ; il la décrit comme une ville souterraine , dans laquelle il y a des maisons , des écuries, et de vastes emplacemens.
vEn Pologne, dit M. Guettard, les forêts de Leibilz sont riches en veines de métaux , indiquées par les travaux qu'on y a faits anciennement. Il y a au pied de ces montagnes une mine d'argent découverte du temps de Charles XII. »
Le Danemarck, la Norwège, et presque toutes les contrées du nord , ont aussi des mines d'argent dont quelques unes sont fort riches; et nous avons au Cabinet de Sa Majesté de très-beaux morceaux de mine d'argent, que le roi de Danemarck actuellement régnant a eu la bonté de nous envoyer. Il s'en trouve aussi aux îles de Féroé et en Islande.
Dans les parties septentrionales de l'Asie les mines d'argent ne sont peut-être pas plus rares ni moins riches que dans celles du nord de l'Europe. On a nouvellement publié à Pétersbourg un tableau des mines de Sibérie, par lequel il paroît qu'en cinquante-huit années on a tiré d'une seule mine d'argent douze cent seize mille livres de ce métal, qui tenoit environ une quatre-vingtième partie d'or. Il v a aussi une autre mine dont l'exploitation ira commencé qu'en 1748, et qui, depuis
cette époque jusqu'en 1771,8 donné quatre cent mille livres d'argent, dont on a tiré
DE L'ARGECT. 47 5
douze mille sept cent livres d'or. MM. Gmejin et Muller font mention , dans leurs Voyages, des mines d'argent qu'ils ont vues à Argunsk, à quelque distance de la rivière Argum. Ils disent qu'elles sont dans une terre molle et à une petite profondeur; que la plupart se trouvent situées dans des plaines environnées de montagnes , et qu'on rencontre ordinairement au dessus du minerai d'argent une espèce de chaux de plomb composée de plus de plomb que d'argent.
Il y a aussi plusieurs mines d'argent à la Chine, surtout dans les provinces de Junnan et de Sechuen : on en trouve de même à la Cochinchine , et celles du Japon paraissent être les plus abondantes de toutes. On connoit aussi quelques mines d'argent dans l'in* térieur du continent de l'Asie. Chardin dit qu'il n'y a pas beaucoup de vraies mines d'argent en Perse , mais beaucoup de mines de plomb qui contiennent de 1 argent : il ajoute que ceHe de Renan, à quatre lieues d'Ispahan , et celles de Kirman et de Mazanderan , n'ont été négligées qu'à cause de la disette de bois, qui, dans toute la Perse, rend trop dispendieux le travail des mines.
Nous ne connoissons guère les mines d'argent de l'Afrique : les voyageurs, qui se sont fort étendus sur les mines d'or de cette partie du monde, paroissent avoir négligé de faire mention de celles d'argent ; ils nous disent seulement qu'on en trouve au cap Vert , au Cong; , au Bambouc, et jusque dans le pays des Hottentots.
Mais c'est en Amérique où nous trouverons un très-^rand nombre de mines d'argent plus étendues, plus abondantes, et travaillées plus en grand qu'en aucune autre partie du monde. La plus fameuse de toutes est celle de Potosi au Pérou. « Le minerai, dit M. Bowles, en est noir, et formé dans la même sorte de pierre que celle de Freyberg en Saxe. » Ce naturaliste ajoute que « la mine appelée Rosicle, dans le Pérou , est de la même nature que celles de Rothgulden-erz et d'Andréas* berg dans le Hartz, et de Sainte-Marie-aux- Mines dans les Vosges. »
Les mines de Potosi furent découvertes en i545, et l'on n'a pas cessé d'y travailler depuis ce temps , quoiqu'il y ait quantité d'autres mines dans cette même contrée du Pérou. Frézier assure que de son |emps les mines d'argent les plus riches étoient celles d'Oriero, à quatre-vingts lieues d'Arica; et il dit qu'en 171a on en découvrit une auprès de Cusco , qui d'abord a donné près de vingt pour cent de métal, mais qui a depuis beaucoup diminué, ainsi que celle de Potosi. Du
MINÉRAUX
temps d'Acosta, c'est-à-dire au commencement de l'autre siècle, cette mine de Polosi étoit , sans comparaison, la plus riche de toutes celles du Pérou : elle est située presque au sommet des montagnes dans la province de Charcas, et il y fait très-froid en toute saison. Le sol de la montagne est sec et stérile ; elle est en forme de cône , et surpasse en hauteur toutes les montagnes voisines; elle peut avoir une lieue de circonférence à la base , et son sommet est arrondi et convexe. Sa hauteur au dessus des autres montagnes qui lui servent de base est d'environ un quart de lieue. Au dessous de cette plus haute montagne , il y en a une plus petite où Ton trouvoit de l'argent en morceaux épars ; mais, dans la première, la mine est dans une pierre extrêmement dure : on a creusé de deux cents stades, ou hauteur d'homme, dans cette montagne , sans qu'on ait été incommodé des eaux ; mais ces mines étoient bien plus riches dans les parties supérieures, et elles se sont appauvries , au lieu de s'ennoblir, en descendant. Parmi les autres mines d'argent du Pérou, celle de Turco, dans le corrégiment de Cavanga , est très-remarquable, parce que le métal forme un tissu avec la pierre très-apparent à l'œil. D'autres mines d'argent dans cette même contrée ne sont ni lans la pierre ni dans les montagnes, mais dans le sable , où il suffit de faire une fouille nour trouver des morceaux de ce métal sans autre mélange qu'un peu de sable qui s'y est attaché.
Frézier, voyageur très-intelligent, ? donné une assez bonne description de la manière dont on procède au Pérou pour exploiter ces mines et en extraire le métal. On commence par concasser le minerai , c'est-à-dire les pierres qui contiennent le métal ; on les broie ensuite dans un moulin fait exprès ; on crible cette poudre, et l'on remet sous la meule les gros grains de minerai qui restent sur le crible ; et lorsque le minerai se trouve mêlé de certains minéraux trop durs qui l'empêchent de se pulvériser, on le fait calciner pour le piler de nouveau ; on le moud avec de l'eau , et on recueille dans un réservoir cette boue liquide qu'où laisse sécher ; et pendant qu'elle est encore molle, on en fait des caxons, c'est-à-dire de grandes tables d'un pied d'épaisseur et de vingt-cina quintaux de pesanteur; on jette sur chacune deux cens livres de sel marin, qu'on laisse s'incorporer pendant deux ou trois jours avec la terre; ensuite on l'arrose de mercure,
Î[u'on fait tomber par petites gouttes ; il en àut une quantité d'autant plus grande que le
minerai est plus riche ; dix, quinze , et quelquefois vingt livres pour chaque table. Ce mercure ramasse toutes les particules de l'argent. On pétrit chaque table huit fois par jour pour que le mercure les pénètre en entier, et afin d'échauffer le mélange ; car un peu de chaleur est nécessaire pour que le mercure se saisisse de l'argent , et c'est ce) qui fait qu'on est quelquefois obligé d'ajouter de la chaux pour», augmenter la chaleur! de cette mixtion : mais il ne faut user de ce | secours qu'avec grande précaution; car si la chaux produit trop de chaleur, le mercure se volatilise , et emporte avec lui une partie de l'argent. Dans les montagnes froides, comme à Lipez et à Potosi , on est quelquefois obligé de pétrir le minerai pendant deux mois de suite , au lieu qu'il ne faut que huit ou dix jours dans les contrées plus tempérées : on est même forcé de se servir de fourneaux pour échauffer le mélange et presser l'amalgame du mercure, dans ces contrées* où le froid est trop grand ou trop constant.
Pour reconnoitre si le mercure a fait tout son effet , on prend une petite portion de la grande table ou caxon , on la délaie et lave dans un bassin de bois; la couleur du mercure qui reste au fond indique son effet : s'il est noirâtre, on juge que le mélange est trop chaud, et on ajoute du sel au caxon pour le refroidir; mais si le mercure est blanchâtre ou blanc, on peut présumer que l'amalgame est fait en entier : alors on trans* porte la matière du caxon dans des lavoirs où tombe une eau courante : on la lave jusqu'à ce qu'il ne reste que le métal sur le fond des lavoirs, qui sont garnis de cuir. Cet amalgame d'argent et de mercure, que l'on nomme pella, doit être mis dans des chausses de laine pour laisser égoutter le mercure; on serre ces chausses, et on les presse même avec des pièces de bois, pour l'en faire sortir autant qu'il est possible; après quoi, comme il reste encore beaucoup de mercure mêlé à l'argent, on verse cet amalgame dans un moule de bois en forme de pyramide tron • quée à huit pans, et dont le fond est une plaque de cuivre percée de plusieurs petits trous. On foule et presse cette matière pella dans ces moules pour en foire des masses qu'on appelle pignes. On lève ensuite le moule , et Ton met la pigne avec sa base de cuivre sur un grand vase de terre rempli d'eau , et sous un chapiteau de même terre sur lequel on fait un feu de charbon qui fait sortir en vapeur le mercure contenu dans la pigne; cette vapeur tombe dans l'eau, et y reprend la forme de mercure coulant ;
après cela, la pigne n'est plus qu'une masse poreuse, friable, et composée de grains d'argent conligus qu'on porte à la Monnoie pour la fondre.
Frézier ajoute à cette description dont je viens de donner l'extrait quelques autres faits intéressans sur la différence des mines ou minerais d'argent : celui qui est blanc et gris, mêlé de taches rousses ou bleuâtres, est le plus commuu dans les minières de Lipez ; on y distingue à l'œil simple des grains d'argent , quelquefois disposés dans la pierre en forme de petites palmes. Mais il y a d'autres minerais où l'argent ne paroît point , entre autres un minerai noir, dans lequel on n'aperçoit l'argent qu'en raclant ou entamant sa surface : ce minerai , qui a si peu d'apparence , et qui souvent est mêlé de plomb , ne laisse pas d'être souvent plus riche , et coûte moins à travailler que le minerai blanc ; car, comme il contient du plomb qui enlève à la fonte toutes les impuretés, l'on n'est pas obligé d'en faire l'amalgame avec le mercure. C'éloit de ces minières d'argent noir que les anciens Péruviens tiroient leur argent. Il y a d'autres minerais d'argent de couleurs différentes : un qui est noir, mais devient rouge en le mouillant ou le grattant avec du fer ; il est riche, et l'argent qu'on en lire est d'un haut aloi: un autre brille comme du talc, mais il donne peu de métal : un autre qui nen contient guère plus est d'un rouge jaunâtre ; on le tire aisément de sa mine en petits morceaux friables et mous : il y a aussi du minerai vert qui n'est guère plus dur, et qui paroît être mêlé de cuivre. Enfin on trouve de l'argent pur en plusieurs endroits ; mais ce n'est que dans la seule mine de Cotamito, assez voisine de celle de Potosi, où l'on voit des fils d'argent pur, entortillés comme ceux du galon brûlé.
H en est donc de l'argent comme de l'or et du fer : leurs mines primordiales sont toutes dans le roc vitreux, et ces mélaux y sont incorporés en plus ou moins grande quantité, dès le temps de leur première fusion ou sublimation par le feu primitif; et les mines secondaires , qui se trouvent dans les matières calcaires ou schisteuses , tirent évidemment leur origine des premières. Ces mines de seconde et de troisième formation, qu'on a quelquefois vues s'augmenter sensiblement par l'addition du minerai charrié par les eaux, ont fait croire que les métaux se produisoient de nouveau dans le sein de la terre, tandis que ce n'est au contraire
3ue de leur décomposition et de la réunion e leurs détriment que toutes ces mines nou-