‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 36 sur 150 · SECOND MÉMOIRE · texte numérisé non relu

SECOND MÉMOIRE

Fondement des recherches précédentes sur la température des planètes.

L'homme nouveau n'a pu voir, et l'homme ignorant ne voit encore aujourd'hui la nature et l'étendue de l'univers que par le simple rapport de ses yeux ; la terre est pour lui un solide d'un volume sans bornes , (Tune étendue sans limites , dont il ne peut qu'avec peine parcourir de petits espaces superficiels , tandis que le soleil , les planètes , et l'immensité des eieux ne lui présentent que des points lumineux, dont le soleil et la lune lui paroissent être les seuls objets dignes de fixer ses regards. A cette fausse idée sur l'étendue de la nature et sur les proportions de l'univers s'est bientôt joint le sentiment encore plus disproportionné de la prétention. L'homme, en se comparant aux autres êtres terrestres, s'est trouvé le premier : dès lors il a cru que tous étoient faits pour lui; que la terre même n'avoit été créée que pour lui servir de domicile, et le ciel de spectacle; qu'enfin Tunivers entier devoit se rapporter à ses besoins , et même à ses plaisirs. Mais , à mesure qu'il a fait usage de cette lumière divine qui seule ennoblit son être, à mesure que l'homme s'est instruit , il a été forcé dé rabattre de phis en plus de ses prétentions ; il s'est vu rapetisser en même raison que l'univers s'agrandissoit, et il lui est aujourd'hui bien évidemment démontré que cette terre qui

lût tout son domaine, et sur laquelle il ne peut malheureusement subsister sans querelle et sans trouble, est à proportion tout aussi petite pour l'univers que lui-même l'est pour le Créateur. En effet il n'est plus possible de douter que cette même terre , si grande et si vaste pour nous, ne soit une assez médiocre planète, une petite masse de matière qui circule avec les autres autour du. soleil; que cet astre de lumière et de feu ne soit plus de douze cent mille fois plus gros que le globe de la terre, et que sa puissance ne s'étende à tous les corps qu'il fléchit autour de lui; en sorte que notre globe en étant éloigné de trente-trois millions de lieues au moins , la planète de Saturne se trouve à plus de trois cent treize millions des mêmes lieues : d'où l'on ne peut s'empêcher de conclure que l'étendue de l'empire du soleil, ce roi de la nature, ne soit une sphère dont le diamètre est de six cent vingt-sept millions de lieues, tandis que celui de la terre n'est que dé deux mille huit cent soixante-cinq; et si l'on prend le eube de ces deux nombres, on se démontrera que la terre est plus petite, relativement à cet espace , qu'un grain de saUe ne l'est relativement au volume entier du globe.

MéâamoiÉs k planète de Saturne, quai

06 MINÉRAUX. HTTRODUCnON.

que la nlus éloignée du soleil, n'est pas en- les comètes dont la période est |a plus Ion-

core à beaucoup près sur les confins de son gue. Supposant donc qu'il ait été départi i

empire. Les limites en sont beaucoup plus Sirius un espace égal à celui qui appartient

reculées, puisque les comètes parcourent, à notre soleil, on voit qu'il faut encore re-

au delà de cette distance , des espaces en- culer les limites de notre système solaire de

core plus grands, que l'on peut estimer par 74a fois plus qu'il ne l'est déjà jusqu'à l'a-

la période du temps de leurs révolutions, phéiie de la comète, dont l'énorme distance

Une comète qui , comme celle de l'année au soleil n'est néanmoins qu'une unité sur

1680, circule autour du soleil en 575 ans, 74a du demi - diamètre total de la sphère

s'éloigne de cet astre i5 fois plus que Sa- entière du système solaire K.

turne n'en est distant; car le grand axe de ndaU)M de Ueae8

son orbite est i38 fois plus grand que la ,. Dût. de la terre an soleil. 33

distance de la terre au soleil. Dès lors on Distance de Saturne an soleil.. 3i3

doit augmenter encore l'étendue de la puis- W^fadeJriPhéUe de la co" . 55i

sance solaire de i5 fois la distance du so- Di^cedeSiHns au'sôidi.ï.: e^i'.^o

leil à Saturne , en sorte que tout I espace Distance de Sinus au point de dans lequel sont comprises les planètes n'est l'aphélie de la comète , en qu'une petite province du domaine de cet «apposant qu'en remontant S», d£t l/bonrcs doivent ê^ posées ^^%£^£ au moins à i38 fois la distance du soleil a position qui diminue la disla terre, c'est-à-dire à i38 fois 33 ou 34 tance autant qu'il est posmilUons de lieues. „s^e)- •;•••••• ~y •••.•• 6>161>*16

Quelle immensité d'espace! et quelle ^^.tTS**»

quantité de madère! car, indépendamment système solaire et du système

des planètes , il existe probablement quatre sirien 3,385,885

ou cinq cents comètes, peut-être plus grosses tto^WJ*^*

que la terre, qm parcourent en tous sens ce qii étant diT^pSûdi.:

les différentes régions de cette vaste sphère, tance de l'aphélie de la co-

dont le globe terrestre ne fait qu'un point , mate donne. 74a i/a envir.

une unité-sur 191,20 r,6i2,985,5l4»27a,000, On peut encore d'une autre manière se former

quantité que ces nombres représentent , une *«*• *» «*te distance immense de Sirius a

mais que l'imagination ne peut atteindre ?0U8 ' en M wPP«,ant V» le ***** dtt ^\Sorme

, . 7 * ^tTT r a nos yeux un angle de 3a minutes , tandis que

m saisir. N'en VOlla-t-ll pas assez pour nOUS «.„« de sirfua n'en fait pas un d'une seconde ; et

rendre, nous, les nôtres, et notre grand do- Sirius étant un soleil comme le notre, que nous

micile, plus petits que des atomes ? supposerons d'une égale grandeur, puisqu'il n'y a

rWmlant i^itt* PnnrmP étonriiu» <*»tft» P38 P,us de raison de le ««PPO*** plus grand que

Cependant celte énorme étendue, cette ^^^ a noas ^oi^n aus$i ^d ^e Ie «,.

sphère SI vaste, n'est encore qu Un treS-petlt fejl s'jl n'étoit qu'à la même distance. Prenant donc

espace dans l'immensité des cieux; chaque deux nombres proportionnels au carré de 3a mi

étoile fixe est un soleil, un centre d'une tintes et au carré d'une seconde, ou aura 3,686,4ov

-~u;.-~ #«..* «.,»-: „.SiA. «* ^vmmA rt« An pour la distance de la terre à Sirius , et x pour sa

sphère tout aussi vaste ; et comme on en 5.stance au 8oIeil: el ^^ etUB ^ £nt 33

compte plus de deux mille qu on aperçoit mmions de lieues, on voit à combien de milliard,

à la vue simple , et qu'avec des lunettes on de lieues Sirius est loin de nous , puisqu'il faut mul-

en découvre un nombre d'autant plus grand t»pi*« ces 33 minions par 3,686,400; et si nous

~..~ ~~~ i i-...~~~„ -«„» «.!.,„ n„:Ln. VA divisons l'espace entre ces deux soleils voisins ,

que ces inslrumens sont plus puissans , 1 e- . $. f£t éloignés > nous vcrrons que Ie8 co;

tendue de 1 univers entier paroit être sans mètes pourroient s'éloigner à une distance dix-huit

bornes , et le système solaire ne fait plus cent mille fois plus grande que celle de la terre au

qu'une province de l'empire universel du »oleil » «"«.sortir des limites de l'univers solaire,

rnA«»A„« ^nn'.^a ;«fï«l Jmma lui et s*11* 8uuir P** conséquent d'autres lois que celle

Créateur , empire infini comme lui. de notre gol^ cl de\ on ^^ Ie

SiriUS , étoile fixe la plus brillante, et que aystèrae solaire a pour diamètre une étendue qui,

par cette raison nous pouvons regarder quoique prodigieuse, ne fait néanmoins qu'une très-

COmme le soleil le plus voisin du nôtre, ne V**<* P*'1""» des cieux ; et l'on en doit inférer une

j „„* x ^^. „^..5 „..'..»*. .«*A„ja j~ *»« vérité peu connue, c est que de tous les points de

donnant a nos yeux qu une seconde de pa- rnnivc^planëtaîr^ c'est-à-dire que du soleil, de

rallaxe annuelle sur le diamètre entier de ia terre, «t de toutes les autres planètes, le ciel

l'orbe de la terre, est à 677 170 millions de doit paraître le même.

lieues de distance de nous , c'est-à-dire à Lorsque dans une belle nuit l'on considère tons

*-£-,», a m:n:A«<, ,W i;m;*A> An c^ciAm* ces feux dont brille la voûte céleste, on imagineroit

6767ai6 millions des limites du Système ^ tran ortant da„, une autre planète plus

•olaire, telles que nOUS les avons assignées éloignée du soleil que ne l'est la terre , on verroit

d'après la profondeur à laquelle s'enfoncent «es astres élincelans grandir et répandre une la-

, Ainsi, quand

tnetes dont la période de révolution seroit double , triple , et même décuple de la période de 575 ans, la plus longue qui nous soit connue; quand les comètes en conséquence pourraient s'enfoncer à une profondeur dix fois plus grande, il y aurait encore un espace 74 ou 75 fois plus profond pour arriver aux derniers confins tant du système solaire que du système sirien; en sorte qu'en donnant à Sirius autant de grandeur et de puissance qu'en a notre soleil , et supposant dans son système autant ou plus de corps cométaires qu'il n'existe de comètes dans le système solaire, Sirius les régira comme le soleil régit les siens, et il restera de même un intervalle immense entre les confins des deux empires, intervalle qui ne paraît être qu'un désert dans l'espace, et qui doit faire soupçonner qu'il existe des corps cométaires dont les périodes sont plus longues et qui parviennent à une beaucoup plus grande distance que nous ne pouvons le déterminer par nos connoissances actuelles. .Il se pourrait aussi que Sirius fut un soleil beaucoup plus grand et plus puissant que le nôtre ; et si cela étoit , il faudrait reculer d'autant les bornes de son domaine en les rapprochant de nous, et rétrécir en même raison la circonférence de celui du soleil.

On ne peut s'empêcher de présumer en effet que, dans ce très-grand nombre d'étoiles fixes qui toutes sont autant de soleils, il n'y en ait de plus grands et de plus petits que le nôtre , d'autres plus ou moins lumineux, quelques-uns plus voisins qui nous sont représentés par ces astres que les astronomes appellent étoiles de la première grandeur , et beaucoup d'autres plus éloignés qui, par cette raison, nous paraissent plus petits : les étoiles qu'ils appellent nébuleuses semblent manquer de lumière et de feu , et n'être, pour ainsi dire, allumées qu'à demi; celles qui paraissent alternativement sont peut-être d'une forme aplatie par la violence de la force centrifuge dans leur mouvement de rotation : on voit ces soleils lorsqu'ils montrent leur grande face, et ils dis-

mière plus vire, puisqu'on les verroit de plus près. Néanmoins l'espèce de calcul que nous Tenons de faire démontre que quand nous serions placés dans Saturne, c'est-à-dire neuf ou dix fois plus loin de notre soleil , et 3oo millions de lieues plus près de Sirius , il ne nous paroîtroit plus gros que d'une 194021e partie , augmentation qui seroit absolument insensible t d'où Ton doit conclure que le ciel a , pour toutes le* planètes > le même aspect que pour U terre. ^

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