‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 39 sur 150 · PARTIE HTPOTfflêTIQCE. <*i · texte numérisé non relu

PARTIE HTPOTfflêTIQCE. <*i

vient du soleil, relativement à celle qui émane de la terre , et plus on étendra la durée de la nature, et l'on reculera le terme de l'antiquité du monde : car, en supposant que cette chaleur du soleil sur la terre fût égale à la chaleur propre du globe , on trouverait que le temps du prolongement seroit de 385o4 ans; ce qui par conséquent donnerait à la terré 39 mille ans d'ancienneté de plus.

Si l'on jette les yeux sur la table que M. de Mairan a dressée avec grande exactitude, et dans laquelle il donne la proportion de la «chaleur qui nous vient du soleil à celle qui émane de la terre dans tous les climats , on y reconnoitra d'abord un fait bien avéré , c'est que dans tous les climats où l'on a faS2 des observations, les étés sont égaux, tandis que les hivers sont prodigieusement inégaux. Ce savant physicien attribue cette égalité constante de l'intensité de la chaleur pendant l'été, dans tous les climats, à la compensation réciproque de la chaleur solaire , et de la chaleur des émanations du feu central : « Ce n'est donc pas ici (dit-il, page a53) une affaire de choix, de système ou de convenance, que cette marche alternativement décroissante et croissante des émanations centrales en inverse des étés solaires; c'est le fait même, etc. » En sorte 3ue, selon lui, les émanations dé la chaleur e la terre croissent ou décroissent précisément dans la même raison que Faction de la chaleur du soleil croit et décroît dans les difterens climats; et comme cette proportion d'accroissement et de décroissemetn entre la chaleur terrestre et la chaleur solaire lui paraît, avec raison, très-étonnante suivant sa théorie , et qu'en même temps il ne peut pas douter du fait, il tâche ae l'expliquer en disant que « le globe terrestre étant d'abord une pâte molle de terre et d'eau • venant à tourner sur son axe, et continue , lement exposée aux rayons du soleil, seloltous les aspects annuels des climats, s'y sern durci vers la surface, et d'autant plus profondément que ses parties y seront plus exactement exposées. Et si un terrain plus dur, plus compacte, plus épais, et en général plus difficile à pénétrer, devient dans ces mêmes rapports un obstacle d'autant plus grand aux émanations du feu intérieur de la terre , comme il est évident que cela doit arriver, ne voilà-t-il pas dès lors ces obstacles en raison directe des différentes chaleurs de l'été solaire, et les émanations cen* traies en inverse de ces mêmes chaleurs? Et qu'est-ce alors autre chose que l'égalila

MINÉRAUX. nmODUCTIOH.

universelle des étés? car supposant ces obstacles ou ces retranchemens de chaleur fails à l'émanation constante et primitive , ex-

Ê rimes par les valeurs mêmes des étés so- Lires, c'est-à-dire dans la plus parfaite et la plus visible de toutes les proportionnalités, l'égalité, il est clair qu'on ne retranche d'un côté à la même grandeur que ce qu'on y ajoute de l'autre, et que par conséquent les sommes ou les étés en seront toujours et partout les mêmes. Voilà donc, ajoute-t-il , cette égalité surprenante des étés , dans tous les climats de la terre, ramenée à un principe intelligible; soit que la terre k d'abord fluide , ait été durcie ensuite par Faction du soleil , du moins vers les dernières couches qui la composent ; soit que Dieu l'ait créée tout d'un coup dans l'état où les cuises physiques et les lois du mouvement l'auroient amenée. » Il me semble que l'auteur auroit mieux fait de s'en tenir bonnement à cette dernière cause, qui dispense de toute recherche et de toutes spéculations , que de donner une explication qui pèche non seulement dans le principe , mais dans presque tous les points des conséquences qu'on en pourroit tirer.

Car y a - 1 - il rien de plus indépendant l'un de l'autre que la chaleur qui appartient en propre à la terre, et celle qui lui vient du dehors ? Est- il naturel, est-il même raisonnable d'imaginer qu'il existe réellement dans la nature une loi de calcul par laquelle les émanations de cette chaleur intérieure du globe suivroient exactement l'inverse des accessions de la chaleur du soleil sur la terre , et cela dans une Sroportion si précise, que l'augmentation es unes compenseroit exactement la diminution des autres ? Il ne faut qu'un peu de réflexion pour se convaincre que ce rapport purement idéal n'est nullement fondé, et que par conséquent le fait très-réel de l'égalité des étés, ou de l'égale intensité de chaleur en été, dans tous les climats, ne dérive pas de cette combinaison précaire dont ce physicien fait un principe, mais d'une cause toute différente que nous allons exposer.

Pourquoi dans tous les climats delà terre où l'on a fait des observations suivies avec des thermomètres comparables, se trouvet-il que les étés ( c'est-à-dire l'intensité delà chaleur en été) sont égaux, tandis que les hivers ( c'est-à-dire l'intensité de la chaleur en hiver ) sont prodigieusement différons et d'autant plus inégaux qu'on s'avance plus vers les zones froides ? Yoilà k question. Le

fait est vrai : mais l'explication qu'en donne l'habile physicien que je viens de citer me

Saroît plus que gratuite ; elle nous renvoie irectement aux causes finales qu'il croyoit éviter : car n'est-ce pas nous dire , pour toute explication, que le soleil et la terre ont d'abord été dans un état tel, que la chaleur de l'un pouvoit cuire les couches extérieures de l'autre, et les durcir précisément à un tel degré , que les émanations de la chaleur terrestre trouveroient toujours des obstacles à leur sortie, qui seroient exactement en proportion des facilités] avec lesquelles la chaleur du soleil arrive à chaque climat; et que de cette admirable contexture des couches de la terre , qui permettent plus ou moins l'issue des émanations du feu central , il résulte sur la surface de la terre une compensation exacte de la chaleur solaire et de la chaleur terrestre, ce qui néanmoins rendoit les hivers égaux partout aussi bien que les étés ; mais que dans la réalité , comme il n'y a que les étés d'égaux dans tous les climats, et que les hivers y sont , au contraire , prodigieusement inégaux , il faut bien que ces obstacles mis à la liberté des émanations centrales soient encore plus grands qu'on ne vient de les sup- {îoser, et qu'ils soient en effet et très-réelement dans la proportion qu'exige l'inégalité des hivers des différens climats ? Or qui ne voit que ces petites combinaisons ne sont point entrées dans le plan du souverain, Etre, mais seulement dans la tête du physicien , qui , ne pouvant expliquer cette égalité des étés et cette inégalité des hivers , a eu recours à deux suppositions qui n'ont aucun fondement, et a des combinaisons qui n'ont pu même, à ses yeux, avoir d'autre mérite que celui de s'accommoder à sa théorie, et de ramener, comme il le dit, cette inégalité surprenante des étés à un principe intelligible? Mais ce principe une fois entendu n'est qu'une combinaison de deux suppositions qui toutes deux sont de l'ordre de celles qui rendroient possible l'im-

fossible , et dès lors présenteroient en effet absurde comme intelligible.

Tous les physiciens qui se sont occupés de cet objet conviennent avec moi que le globe terrestre possède en propre une chaleur indépendante de celle qui lui vient du soleil : dès lors n'est-il pas évident que cette chaleur propre seroit égale sous tous les points de la surface du globe , abstraction faite de celle du soleil , et qu'il n'y auroit d'autre différence à cet égard que celle qui doit rtolter du renflement de la terre àlfe

*ÀRTTK HTFOTHiTIQUl, 65

quateur, et de son aplatissement sous les simple, et qui néanmoins a échappé à tous

pôles ? différence qui, étant en même raison a peu près que les deux diamètres, n'excède pas i/a3o ; en sorte que la chaleur propre du sphéroïde terrestre doit être de i/a3o plus grande sous l'équateur que sous les pores. La déperdition qui s'en est faite et le temps du refroidissement doit donc avoir été plus prompt dans les climats septentrionaux, ou l'épaisseur du globe est moins grande que dans les climats du midi ; mais cette différence de 1/2 3 o ne peut pas produire celle de l'inégalité des émanations centrales , dont le rapport à la chaleur du soleil en hiver, étant II So l 1 dans les climats voisins de Féquateur , se trouve déjà double au 27e degré, triple au 35e , quadruple au 40e, décuple au 49e, et 55 fois plus grand au 60e degré de latitude. Cette cause qui se présente la première , contribue au froid des climats septentrionaux ; mais elle est insuffisante pour l'effet de l'inégalité des hivers , puisque cet effet seroit 35 fois plus grand que sa cause au 60e degré, plus grand encore et même excessif dans les climats plus voisins du pôle , et qu'en même temps il ne seroit nulle part proportionnel à cette même cause.

D'autre côté, ce seroit sans aucun fondement qu'on voudroit soutenir que dans un globe qui a reçu ou qui possède un certain degré de chaleur , il pourrait y avoir des parties beaucoup moins chaudes les unes que les autres. Nous connoissons assez le progrès de la chaleur et les phénomènes de sa communication pour être assurés qu'elle se distribue toujours également , puisqu'en appliquant un corps, même froid,, sur un corps chaud , celui-ci communiquera nécessairement à l'autre assez de chaleur pour que tous deux soient bientôt au même degré de température. L'on ne doit donc pas supposer qu'il y ait , vers le climat des pôles , des couches de matières moins chaudes, moins perméables à la chaleur, que dans les autres climats ; car , de quelque nature qu'on, les voulût supposer, l'expérience nous démo je qu'en un très-petk temps elles seroient devenues aussi chaudes que les au* très.

Les grands froids du nord ne viennent donc pas de ces prétendus obstacles qui s'opposeroient à la sortie de la chaleur, ni de fa petite différence que doit produire celle des diamètres du sphéroïde terrestre , et il m'a paru , après y avoir réfléchi , qu'on de- Toit attribuer l'égalité des étés et la grande inégalité de» hivers à une cause bien plus

les physiciens.

Il est certain que , comme la chaleur propre de la terre est beaucoup plus grande que celle qui lui vient du soleil , les étés doivent paroilre à très-peu près égaux partout, parce que cette même chaleur du soleil ne fait qu'une petite augmentation au fond réel de la chaleur propre, et que par conséquent, si cette chaleur envoyée du soleil n est que x/5o de la chaleur propre du globe, le plus ou moins, de séjour de cet astre sur l'horizon, sa plus grande ou sa moindre obliquité sur le climat, et même son absence totale ne produiroit que i/5o de différence sur la température du climat, et que dès lors les étés doivent paroitre et sont en effet à très-peu près égaux dans tous les climats de la terre. Mais ce nui fait que les hivers sont si fort inégaux, c'eat que les émanations de celte chaleur intérieure du globe se trouvent en très-grande partie supprimées dès que le froid et la gelée resserrent et consolident la surface de la terre et des eaux. Comme cette chaleur qui sort du globe décroit dans les airs à mesure et en même raison que l'espace augmente , elle a déjà beaucoup perdu à une demi-lieue ou une lieue de hauteur ; la seule condensation de l'air par cette cause suffit pour produire des vents froids qui , se rabattant sur la sur* face de la terre, la resserrent et la gèlent *. Tant que dure ce resserrement de la couche extérieure de la terre , les émanations de la chaleur intérieure sont retenues , et le froid paroit et est en effet très-considérablement augmenté par cette suppression d'une partie de cette chaleur : mais dès que l'air devient plus doux , et que la couche superficielle du globe perd sa rigidité , la chaleur retenue pendant tout le tempo de la gelée sort en plus grande abondance que dans les climats où il ne gèle pas , en sorte que la somme des émanations de la chaleur dévient égale et la même partout ; et c'est par cette raison que les plantes végètent plus vite et que les récoltes se font en beaucoup moins de temps dans les pays du nord; c'est par la même raison qu'on y ressent souvent , au commencement de l'été, des chaleurs insoutenables, etc.

Si l'on voulait douter de la suppression

x. On s'aperçoit de cet vemt* rabattus toutes le* fois qu'il doit geler ou tomber de la neige ; le vent, sans même être très-violent , se rabat par les cheminées , et chasse dans la chambre les cendres du foyer : cela ne manque jamais d'arriver, surtout pMdaat la mût, larfcuek feu est éteint ou toavwrU

<tf

MINÉRAUX. INTRODtrCTtOlf.

des émanations de la chaleur intérieure par l'effet de la gelée, il ne faut, pour s'en convaincre, que se rappeler des faits connus de tout le monde. Qu'après une gelée il tombe \te la neige , on la verra se fondre sur tous les puits, les aqueducs , les citernes, les ciels de carrière , les voûtes des fosses souterraines ou des galeries des mines, lors même que ces profondeurs, ces puits ou ces citernes ne contiennent point d'eau. Les émanations de la terre ayant leur libre issue par ces espèces de cheminées, le terrain qui en recouvre le sommet n'est jamais gelé au même degré que la terre pleine ; il permet aux émanations leur cours ordinaire , et leur chaleur suffit pour fondre la neige sur tous ces endroits creux , tandis qu'elle subsiste et demeure sur tout le reste de la surface où la terre n'est point excavée.

Cette suppression des émanations de la chaleur propre de la terre se fait non seulement par la gelée, mais encore par le simple resserrement de la terre, souvent occasioné par un moindre degré de froid que celui qui est nécessaire pour en geler la surface. Il y a très-peu de pays où il gèle dans les plaines au delà du 35e degré de latitude, surtout dans l'hémisphère boréal; il semble donc que, depuis l'équateur jusqu'au 35e degré, les émanations de la chaleur terrestre ayant toujours leur libre issue , il ne devrait y avoir presque aucune différence de l'hiver à l'été, puisque cette différence ne pourroit provenir que de deux causes, toutes deux trop petites pour produire un résultat sensible. La première de ces causes est la différence de l'action solaire : mais comme cette action elle-même est beaucoup

{>lus petite que celle de la chaleur terrestre, eur différence devient dès lors si peu considérable, qu'on peut la regarder comme nulle. La seconde cause est l'épaisseur du globe, qui, vers le 35e degré, est à peu près de i/5oo moindre qu'à l'équateur:

mais cette différence ne peut encore produire qu'un très-petit effet, qui n'est nullement proportionnel à celui que nous indiquent les observations , puisqu'à 35 degrés le rapport des émanations de la chaleur terrestre a la chaleur solaire est en été de 33 à i , et en hiver de i53 à i ; ce qui donnerait 186 à a , ou 93 à 1. Ce ne peut donc être qu'au resserrement de la terre occasioné par le froid , ou même au froid produit par les pluies durables qui tombent dans ces climats, qu'on peut attribuer cette différence de l'hiver à l'été : le resserrement de la terre par k froid supprime une partie des émana-

tions de la chaleur intérieure, et le froid, toujours renouvelé par la chute des pluies , diminue l'intensité de cette même chaleur; ces deux causes produisent donc ensemble la différence de l'hiver à l'été.

D'après cet exposé, il me semble que l'on est maintenant en état d'entendre pourquoi les hivers semblent être si différent. Ce point de physique générale n'avait jamais été discute; personne, avant M. de Mairan, n'avoit même cherché les moyens de l'expliquer, et nous avons démontré précédemment l'insuffisance de l'explication qu'il en donne : la mienne, au contraire, me parait si simple et si bien fondée, que je ne doute pas qu'elle ne soit entendue par tous les bons esprits.

Après avoir prouvé que la chaleur qui nous vient du soleil est fort inférieure à la chaleur propre de notre globe; après avoir exposé qu'en ne la supposant que de i/5o le refroidissement du globe à la température actuelle n'a pu se faire qu'en 7483a ans; après avoir montré que le temps de ce refroidissement serait encore plus long, si la chaleur envoyée par le soleil à la terre êtoit dans un rapport plus grand, c'est-à-dire de i/a5 ou de 1/10 au lieu de i/5o , on ne pourra pas nous blâmer d'avoir adopté la proportion qui nous parait la plus plausible par les raisons physiques , et en même temps la plus concevable, pour ne pas trop étendre et reculer trop loin les temps du commencement de la nature, que nous avons fixé à 37 ou 38 mille ans, à dater en arrière de» ce jour.

J'avoue néanmoins que ce temps , tout considérable qu'il est, ne me parait pas encore assez grand, assez long pour certain» changemens, certaines altérations successives que l'histoire naturelle nous démontre, et qui semblent avoir exigé une suite de siècles encore plus longue : je serais donc trèsporté à croire que , dans le réel, les temps* ci-devant indiqués pour la durée de la nature doivent être augmentés peut-être dkr double, si l'on veut se trouver à l'aise pour l'explication de tous les phénomènes. Ma», je le répète, je m'en suis tenu aux moindres termes , et j'ai restreint les limites du temps autant qu'il étoit possible de le foire sans contredire les faits et les expériences.

On pourra peut-être chicaner ma théorie par une autre objection qu'il est bon de prévenir. On me cura que j'ai supposé , d'après Newton , la chaleur de l'eau bouillante trois fois plus grande que celle du soleil d'été, et U chaleur du fer rouçç huit foi*

Page 1