‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 68 sur 150 · DES VERRES PRIMITIFS · texte numérisé non relu

DES VERRES PRIMITIFS

Si Ton pouvoit supposer que le globe terrestre avant sa liquéfaction eût été composé des mêmes matières qu'il Test aujourd'hui , qu'ayant tout à coup été saisi par le feu toutes ces matières se fussent réduites en verre , nous aurions une juste idée des produits de la vitrification générale, en les comparant avec ceux des vitrifications particulières qui s'opèrent sous nos yeux par le feu des volcans; ce sont des verres de toutes sortes , très-différens les uns des autres par la densité, la dureté, les couleurs, depuis les basaltes et les laves les plus solides et les plus noires jusqu'aux pierres ponces les plus blanches , qui semblent être les plus légères de ces productions de volcan : entre ces deux termes extrêmes on trouve tous les autres degrés de pesanteur et de légèreté dans les laves plus ou moins compactes et plus ou moins poreuses ou mélangées; de sorte qu'en jetant un coup d'œil sur une collection bien rangée de matières volcaniques on peut aisément reconnoitre les différences , les degrés , les nuances , et même la suite des effets et du produit de cette vitrification par le feu des volcans. Dans cette supposition il y auroit eu autant de sortes de matières vitrifiées par le feu primitif que par celui des volcans, et ces matières seraient aussi de même nature que les pierres ponces, les laves, et les basaltes; mais le quartz. et les matières vitreuses de* la masse du globe étant très-différens de ces verres de volcans , il est évident qu'on n'auroit qu'une fausse idée des effets et des produits de la vitrification générale, si l'on vouloit comparer ces matières premières aux productions volcaniques.

Ainsi la terre , lorsqu'elle a été vitrifiée, n'étoit point telle qu'elle est aujourd'hui , mais plutôt telle que nous l'avons dépeinte à l'époque de sa formation I ; et pour avoir une idée plus juste des effets et du produit de la vitrification générale, il faut se représenter le globe entier pénétré de feu et fondu jusqu'au centre, et se souvenir que celte masse en fusion, tournant sur elle-même, s'est élevée sous Péquateur par la force cen-

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trifuge, et en même temps abaissée sous les

Soles ; ce qui n'a pu se faire sans forme» es cavernes et des boursouflures dans les couches extérieures à mesure qu'elles prenoient de la consistance. Tâchons donc de concevoir de quelle manière les matières vinifiées ont pu se disposer et devenir telles que nous les trouvons dans le sein de la terre.

Toute la masse du globe, liquéfiée par le feu , ne pouvoit d'abord être que d'une substance homogène et plus pure que celle de nos verres et des laves de volcan , puisque toutes les matières qui pouvoient se sublimer étoient alors reléguées dans Fatmo»

sphère avec l'eau et les autres substances volatiles. Ce verre homogène et pur nous est représenté par le quartz , qui est la base de toutes les autres matières vitreuses; nous devons donc le regarder comme le verre primitif. Sa substance est simple , dure , et résistante à toute action des acides ou du feu; sa cassure vitreuse démontre son essence , et tout nous porte à penser que c'est le premier verre qu'ait produit la nature.

Et , pour se former une idée de la manière dont ce verre a pu prendre autant de consistance et de dureté , il faut considérer qu'en général le verre en fusion n'acquiert aucune solidité s'il est frappé par l'air extérieur, et que ce n'est qu'en le laissant recuire lentement et long-temps dans un four chaud et bien fermé qu'on lui donne une consistance solide; plus les masses de verre sont épaisses , et plus il faut de temps pour les consolider et les recuire : or, dans le temps que la masse du globe, vitrifiée par le feu , s'est consolidée par le refroidissement, l'intérieur de cette masse immense aura eu tout le temps de se recuire et d'acquérir de la solidité et de la dureté; tandis que la surface de cette même masse , frappée du refroidissement, n'a pu, faute de recuit , prendre aucune solidité. Celte surface , exposée à l'action des élémens extérieurs, s'est divisée, fêlée, fendillée, et même réduite en écailles , en pailleites, et en poudre, comme nous le voyons dans nos verres en fusion exposés à l'action de l'air. Ainsi le globe, dans ce premier temps, a été cou-

ti.

MINÉRAUX

vert d'une grande quantité de ces écailles ou paillettes du verre primitif, qui n'avoit

{m se recuire assez pour prendre de la soidilé; et ces parcelles ou paillettes du premier verre nous sont aujourd'hui représentées par les micas et les grains décrépites du quartz , qui sont ensuite entrés dans la composition des granités et de plusieurs madères vitreuses.

Les micas n'étant, dans leur première origine, que des exfoliations du quartz frappé par le refroidissement, leur. essence est au tond la même que celle du quartz : seulement la substance du mica est un peu moins simple; car il se fond à un feu très- violent , tandis que le quartz y résiste ; et nous verrons dans la suite qu'en général plus la substance d'une matière est simple et homogène, moins elle est fusible. Il paroit donc que quand la couche extérieure du verre primitif s'est réduite en paillettes par la première action du refroidissement , il s'est mêlé à sa substance quelques parties hétérogènes contenues dans l'air dont il a été frappé; et dès lors la substance des micas, devenue moins pure que celle du quartz , est aussi moins réfractaire à l'action du feu.

Peu de temps avant que le quartz se soit entièrement consolidé en se recuisant lentement sous cette enveloppe de ses fragmens décrépites et réduits en micas, le fer, qui, de tous les métaux , est le plus résistant au feu , a le premier occupé les fentes qui se formoient de distance en distance par la retraite que prenoit la matière du quartz en se consolidant ; et c'est dans ces mêmes interstices que s'est formé le jaspe , dont la substance n'est au fond qu'une matière quartzeuse, mais imprégnée de matières métalliques qui lui ont donné de fortes couleurs , et qui néanmoins n'ont point altéré la simplicité de son essence; car il est aussi infusible que le quartz. Nous regarderons donc le quartz , le jaspe, et le mica, comme les trois premiers verres primitifs, et en même temps comme les trois matières les plus simples de la nature.

Ensuite , et à, mesure que la grande chaleur diminuoit à la surface du globe, les matières sublimées tombant de l'atmosphère se sont mêlées en plus ou moins grande quantité avec le verre primitif, et de ce mélange ont résulté deux autres verres dont la substance étant moins simple s'est trouvée bien plus fusible; ces deux verres sont le feld-spath et le schorl : leur base est également quartzenne; mais le fer et d'autres matières hétérogènes s'y troicvcnt mêlés au

quartz , et c'est ce qui leur a donné une fusibilité à peu près égale à celle de nos verres factices.

On pourroit donc dire en toute rigueur qu'il n'y a qu'un seul verre primitif, oui est le quartz , dont la substance , modifiée par la teinture du fer, a pris la forme de jaspe et celle de mica par les exfoliatious de tous deux; et ce même quartz, avec une plus grande quantité de fer et d'autres matières hétérogènes , s'est converti en feld-spath et en schorl : c'est à ces cinq matières que la nature paroit avoir borné le nombre dés premiers verres produits par le feu primitif, et desquels ont ensuite été composées toutes les substances vitreuses du règne minéral.

Il y a donc eu , dès ces premiers temps, des verres plus ou moins purs, plus ou moins recuits , et plus ou moins mélangés de matières différentes : les uns composés des parties les plus fixes de la matière en fusion , cl qui , comme le quartz , ont pris plus de dureté et plus de résistance au feu que nos verres et que ceux des volcans; d'autres presque aussi durs, aussi réfractaires, mais qui, comme les jaspes, ont été fortement colorés par le mélange des parties métalliques; d'autres qui, quoique durs, sont, comme le feld-spath et le schorl, très-aisément fusibles ; d'autres enfin, comme le mica, qui, faute de recuit, étoient si spumeux et si friables qu'au lieu de se durcir ils se sont éclatés et dispersés en paillettes, ou réduits en poudre par le plus petit et premier choc des agens extérieurs.

Ces verres de qualités différentes se sont mêlés , combinés , et réunis ensemble en proportions différentes : les granités, les porphyres, les ophites et les autres matières vitreuses en grandes masses , ne sont composés que des détrimens de ces emo verres primitifs; et la formation de ces substance» mélangées a suivi de près cefie ae ces premiers verres, et s'est faite dans le temps qu'ils étoient encore en demi - fusion : ce sont là les premières et les plus anciennes matières de la terre ; elles méritent toutes d'être considérées à part , et nous commencerons par le quartz, qui est la base de toutes les autres, et qui nous paroit être de la même nature que la roche de l'intérieur du globe. 'y »-—'•'•' *

Mais je dois auparavant prévenir une objection qu'on pourroit me faire avec quelque apparence de raison. Tous nos verres factices , et même toutes les matières vitreuses {iroduites par le feu des volcans, telles que es basaltes et les laves , cèdent à i'impres-

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