DES VERRES PRIMITIFS
dom de la lime, et sont fusibles aux feux de nos fourneaux : le quartz et le jaspe , au contraire, que vous regardez, me dira-t-on, eonime les premiers verres de la nature , ne peuvent ni s'entamer par la lime ni se fondre par noire art; et de vos cinq verres primitifs , qui sont le quartz , le jaspe , le mica, le feld- spath, et le schorl , il n'y a que les trois derniers qui soient fusibles , et encore le mica ne peut se réduire en verre qu'au feu le plus violent; et dès lors le quartz et les jaspes pourroient bien être d'une essence ou tout au moins d'une tcxlure différente de celle du verre. La première réponse que je pourrais faire à celte objection, c'est que tout ce que nous connoissons non seulement dans la classe des substances vitreuses produites par la nature, mais même dans nos verres factices composés par l'art, nous fait voir que les plus purs et les plus simples de ces verres sont en même temps les plus réfractaires, et que quand ils ont été fondus une fois ils se refusent et résistent ensuite à Faction de la même chaleur qui leur a donné cette première fusion , et ne cèdent plus qu'a un degré de feu de beaucoup supérieur : or comment trouver un degré de feu supérieur à un embrasement presque égal à celui du soleil , et tel que le feu qui a fondu ces quartz et ces jaspes ? car , dans ce premier temps de la liquéfaction du globe , l'embrasement dé la terre étoit presque égal à celui de cet astre; et puisque aujourd'hui même la plus grande chaleur que nous puissions produire est celle de là réunion d'une portion presque infiniment petite de ses rayons par les miroirs ardens, quelle idée ne devons -nous pas avoir de la violence du feu primitif! et
{>ouvons-nous être étonnés qu'il ait produit e quartz et d'autres verres plus durs et moins fusibles que les basaltes et les laves des volcans?
Quoique cette réponse soit assez satisfaisante, et qu'on puisse très-raisonnablement s'en tenir à mon explication , je pense que , dans des sujets aussi difficiles , on ne doit rien prononcer affirmativement , sans exposer toutes les difficultés et les raisons sur lesquelles on pourrait fonder une opinion contraire. Ne se pourrait-il pas , dira-t-on, que le quartz , que vous regardez comme le produit immédiat de la vitrification générale, ne fût lui-même, comme toutes les autres substances vitreuses, que le détriment d'une matière primitive que nous ne connoissons pas, faute d'avoir nu pénétrer à d'assez grandes profondeurs dans le sein de
trouver la vraie masse qui
la terre, pour y
en remplit l'intérieur? L'analogie doit faire adopter ce sentiment plutôt que votre opinion ; car les matières qui , comme le verre, ont été fondues par nos feux, peuvent l'être de nouveau, et par le même élément du feu, tandis que celles qui , comme le cristal de roche, l'argile blanche, et la craie pure, ne sont formées que par l'intermède de l'eau, résistent, comme le quartz , à la plus grande violence du feu : dès lors ne doit -on pas penser que le quartz n'a pas été produit
Far ce dernier élément , mais formé par eau, comme l'argile et la craie pures, qui sont également réfractaires à nos feux? et si le quartz a en effet été produit primitivement par l'intermède de l'eau , à plus forte raison le jaspe , le porphyre, et les granités, auront été formés par le même élément.
J'observerai d'abord que , dans cette ob • jection, le raisonnement n'est appuyé que sur la supposition idéale d'une matière inconnue, tandis que je pars au contraire d'un fait certain, en présentant pour matière primitive les deux substances les plus simples qui se soient jusqu'ici rencontrées dans la nature; et je réponds, en second lieu, que l'idée sur laquelle ce raisonnement est fondé n'est encore qu'une autre supposition démentie par les observations; car il faudrait alors que les eaux eussent non seulement surmonté les pics des plus hautes montagnes de quartz et de granité , mais encore que l'eau eût formé les masses immenses de ces mêmes montagnes par des dépôts accumulés et superposés jusqu'à leurs sommets : or cette double supposition ne peut ni se soutenir ni même se présenter avec quelque vraisemblance , dès que l'on vient à considérer que la terre n'a pu prendre sa forme renflée sous l'équateur et abaissée sous les pôles que dans son état de liquéfaction par le feu , et que les boursouflures et les grandes éminences du globe ont de même nécessairement été formées par l'action de ce même élément dans le temps de la consolidation. L'eau , en quelque quantité et dans quelque mouvement qu'on la suppose, n'a pu produire ces chaînes de montagnes primitives qui font la charpente de la terre, et tiennent à la roche qui en occupe l'intérieur. Loin d'avoir travaillé ces montagnes primitives dans toute l'épaisseur de leur masse, ni par conséquent d'avoir pu changer la nature de cette prétendue matière primitive, pour en faire du quartz ou des granités, les eaux n'ont eu aucune part à leur formation , car ces substances ne portent aucune trace
MINÉRAUX
de cette origine, et n'offrent pas le plus petit indice du travail ou du dépôt de 1 eau. On ne trouve aucune production marine ni dans le auartz ni dans le granité ; et leurs masses, an lieu d'être disposées par couches comme le sont toutes les matières transportées ou déposées par les eaux, sont au contraire comme fondues d'une seule pièce, sans lits ni divisions que celles des fentes perpendiculaires qui se sont formées par la retraite de la matière sur elle-même dans le temps de sa consolidation par le refroidissement. Nous sommes donc bien fondés à regarder le quartz et toutes les matières en grandes niasses dont il est la base, telles que les jaspes, les porphyres, les granités, comme des produits du ieu primitif, puisqu'ils diffèrent en tout des matières travaillées par les eaux.
Le quartz forme la roche du globe ; les appendices de cette roche servent de noyaux aux plus hautes éminences de la terre. Le jaspe est aussi un produit immédiat du feu primitif, et il est, après le quartz , la matière vitreuse la plus simple ; car il résiste également à l'action des acides et du feu. Il n'est pas tout-à-fait aussi dur que le quartz, et il est presque toujours fortement coloré : mais ces différences ne doivent pas nous empêcher de regarder le jaspe en grande masse comme un produit du feu , et comme le second verre primitif, puisqu'on n'y voit aucune trace de composition, ni d'autre indice de mélange que celui des parties métalliques qui l'ont coloré ; du reste , il est d'une essence aussi pure que le quartz , qui lui-même a reçu quelquefois des couleurs , et particulièrement le rouge du fer. Ainsi , dans le temps de la vitrification générale, les quartz et les jaspes , qui en sont les produits les plus simples , n'ont reçu par sublimation ou par mixtion qu'une petite quantité de particules métalliques dont ils sont colorés ; et la rareté des jaspes , en comparaison du quartz, vient peut-être de ce qu ils n'ont pu se former que dans les endroits où
il s'est trouvé des matières métalliques, s* lieu que le quartz a été produit en tous lieux. Quoi qu'il en soit, le quartz et le jaspe sont réellement les deux substances vitreuse» les plus simples de la nature, et nous devons dès lors les regarder comme les deux premiers verres qu'elle ait produits.
L'infusibilité, ou plutôt la résistance à l'action du feu, dépend en entier de la pureté ou simplicité de la matière : la craie et l'argile pures sont aussi infusibles que le quartz et le jaspe; toutes les matières mixtes ou composées sont au contraire très-aisément fusibles. Nous considérerons donc d'abord le quartz et le jaspe comme étant les deux matières vitreuses les plus simples ; ensuite nous placerons le mica, qui, étant un peu moins réfractaire au feu , paroît être un peu moins simple ; et enfin nous présenterons le feld spath et le schorl , dont la grande fusibilité semble démontrer que leur substance est mélangée; après quoi nous traiterons des matières composées de ces cinq substances primitives , lesquelles ont pu se mêler et se combiner ensemble deux à deux, trois à trois, ou quatre à quatre, et dont le mélange a réellement produit toutes les autres matières vitreuses en grandes masses.
Nous ne mettrons pas au nombre des substances du mélange celles qui donnent les couleurs à ces différentes matières, parée qu'il ne faut qu'une si petite quantité de métal pour colorer de grandes masses, qu'on ne peut regarder la couleur comme partie intégrante d'aucune substance ; et c'est par cette raison que les jaspes peuvent être regardés comme aussi simples que le quartz , quoiqu'ils soient presque toujours fortement colorés. Ainsi nous présenterons d'abord ces cinq verres primitifs; nous suivrons leurs combinaisons et leurs mélanges entre eux ; et, après avoir traité de ces grandes masses vitreuses formées et fondues par le feu, nous passerons à la considération des masses argileuses et calcaires qui ont été produites et entassées par le mouvement des eaux.