‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 75 sur 150 · DU MICA ET DU TALC · texte numérisé non relu

DU MICA ET DU TALC

Lk mica est une matière dont la substance est presque aussi simple que celle du quartz et du jaspe , et tous trois sont de la même essence. La formation du mica est contem-

Soraine à celle de ces deux, premiers Terres ; ne se trouve pas , comme eux , en grandes masses solides et dures , mais presque toujours en paillettes et en petites lames miivees et disséminées dans plusieurs matières vitreuses : ces paillettes de mica ont ensuite formé les talcs, qui sont de la même nature, mais qui se présentent en lames beaucoup plus étendues. Ordinairement les matières en petit volume proviennent de celles qui sont en grandes masses : ici , c'est le contraire ; le talc en grand volume ne se forme que des parcelles du mica qui a existé le premier, et dont les particules étant réunies par l'intermède de l'eau , ont formé le talc , comme le sable quartzeux s'est réuni par le même moyen pour former le grès.

Ces petites parcelles de mica n'affectent que rarement une forme de cristallisation ; et comme le talc réduit en petites particules devient assez semblable ait mica , on les a souvent confondus, et il est vrai que les talcs et les micas ont à peu près les mêmes qualités intrinsèques : néanmoins ils diffèrent en ce que les talcs sont plus doux au toucher que les micas,, et qu'ils se trouvent en grandes lames, et quelquefois en couches d'une certaine étendue, au lieu que les micas sont toujours réduits en parcelles , qui , quoique très-minces , sont un peu rudes ou arides au toucher. On pourrait donc dire qu'il y a deux sortes de micas , l'un produit immédiatement par le feu primitif, l'autre d'une formation bien postérieure , et provenant des débris mêmes du talc , dont il a les propriétés. Mais tout le talc paroit avoir commencé par être mica ; cette douceur au toucher , qui fait la qualité spécifique et la différence du talc au mica , ne vient que de la plus grande atténuation de ses parties par la longue impression des élémens humides. Le mica est donc un verre primitif en petites lames et paillettes très-minces, lesquelles, d'une part, ont été sublimées par \a feu ou déposées dans certaines matières , telle» quB les granités au moment de leur consolidation , et qui , d'autre part , ont ensuite été entraînées par les eaux» et mêlées avec

les matières molles, telles que les argiles, les ardoises, et les schistes.

Nous avons dit ailleurs que le verre long- . temps exposé à l'air s'irise et s'exfolie par petites lames minces , et qu'en se décomposant il produit une sorte de mica, qui d'abord est assez aigre , et devient ensuite ' doux au toucher, et enfin se convertit en argile. Tous les verres primitifs ont dû subir ces mêmes altérations lorsqu'ils ont été trèslong-temps exposés aux élémens humides, et il en résulte des substances nouvelles dont quelques-unes ont conservé les caractères de leur première origine : les micas en particulier , lorsqu'ils ont été entraînés par les eaux , ont formé des amas et même des masses en se réunissant ; ils ont produit les talcs quand ils se sont trouvés sans mélange , ou bien ils se sont réunis pour faire corps avec des matières qui leur sont analogues ; 41s ont alors formé des masses plus ou moins ten- .dres. Le crayon noir, ou molybdène, la craie de Briançon, la craie d'Espagne, les pierres ollaires ,• les stéatites , sont tous composés de particules micacées qui ont pris de la solidité ; et l'on trouve aussi des micas en masses pulvérulentes, et dans lesquelles les paillettes micacées ne sont point agglutinées et ne forment pas des blocs solides. « Il y a, dit M. l'abbé Bexon , des amas assez considérables de cette sorte de mica au dessous de la haute chaîne des Vosges , dans des montagnes subalternes, toutes composées de débris éboulés des grandes mootagues de granité qui sont derrière et au dessus. Ces amas de mica en paillettes ne forment que des veines courtes et sans suite ou des blocs isolés ; le mica y est en parcelles sèches et de différentes couleurs , souvent aussi brillantes que l'or et l'argent, et on le distribue dans le pays sous le nom de poudre dorée, pour servir de poussière à mettre sur l'écriture. •

« J'ai saisi, continue "cet ingénieux observateur, la nuance du mica au talc sur des morceaux d'un granité de seconde formation, remplis de paquets de petites feuilles talqueuses empilées comme celles d'un livre, et l'on peut dire que ces feuilles sont de grand mica ou petit talc ; car elles ont depuis un demi-pouce jusqu'à un pouce ou plus de diamètre , et elles ont en

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