C'est u ie observation générale que , dans les
mets, où les degrés du refroidissement furent
5 lus rapides , atteignirent plus tôt le point e la fusion et de la consolidation du feldspath et du schorl , en même temps qu'ils leur offroient à saisir de plus grandes épaisseurs de grains quartzeux décrépites.
Aussi Tes granités forment-ils la plupart de ces grands groupes et de ces hauts sommets élevés sur la base de la roche du globe, comme les obélisques de la nature , qui nous attestent ses formations antiques , et sont les premiers et grands ouvrages dans lesquels elle préparoit la matière de toutes ses plus riches productions, et ou elle indiquoit déjà de loin le dessin sur lequel elle devoit traces les merveilles de l'organisation et de la vie : car on ne peut s'empêcher de reconnaître dans la figuration généralement assez régulière des petits solides du feld - spath et du schorl cette tendance à la structure organique, prise dans un feu lent et tranquille, qui , en commençant l'union intime de la matière brute avec quelques molécules organiques, la dispose de loin à s'organiser, en y traçant les lincamens d'une figuration régulière. Nos fusions artificielles , et plus encore les fusions produites par les volcans, nous offrent des exemples de eette figuration ou cristallisation par le feu dans un grand nombre de matières * , et même dans tous les métaux et minéraux métalliques.
Si nous considérons maintenant que les grands bancs et les montagnes de granité s offrent à la superficie de la terre dans tous les lieux où les argiles , les schistes , et les couches calcaires , n'ont pas recouvert l'anr cienne surface du globe , et où le feu des volcans ne l'a point bouleversée, en un mot partout où subsiste la structure primitive de la terre , on ne pourra guère se refuser à croire qu'ils sont l'ouvrage de la dernière fonte qui ait eu lieu à sa surface encore ardente , et que cette dernière fonte n'ait été celle du feld -spath et du schorl , lesquels , des cinq verres primitifs , sont sans comparaison les plus fusibles ; et si Ton rapproche ici un fait qui, tout grand et tout frappant
3u'il est, ne paroit pas avoir été remarqué es minéralogistes , savoir, qu'à mesure que
grandes chaînes, on trouve au dehors les monta» gnes calcaires, puis les ardoises..» ( Saussure , rojttge dan» Us Alpes , page 4oa.)
L'auteur se fût mieux exprimé en disant les schistes, puis les roches feuilletées primitives , et enfin les granités.
a. Voyez l'article des volc+ns, snr les espèeea de
Îranite* et de porphyres qui se fonatat qoetqoen bis dans la lave.
MINÉRAUX
l'on creuse on qu'on fouille dans une montagne dont la cime et les flancs sont de granité, loin de trouver du granité plus solide et plus beau à mesure que Ton pénètre, Ton voit au contraire qu'au dessous , à une certaine profondeur , lé granité se change , se perd , et s'évanouit à la fin en reprenant peu à peu la nature brute du roc vif et quartzeux. On peut s'assurer de ce changement successif clans les fouilles de mines profondes : > quoique ces profondeurs où nous pénétrons soient bien superficielles , en comparaison de celles où la nature a pu travailler les matériaux de ses premiers ouvrages , on ne voit dans ces profondeurs que la roche
2uartzeuse < dont la partie qui touche aux Ions des mines et forme les parois des fentes perpendiculaires est toujours plus ou moins altérée par les eaux ou par les exhalaisons métalliques ; tandis que celle qu'on taille dans l'épaisseur vive est une roche sauvage plus ou moins décidément quart zeuse , et dans laquelle on ne distingue plus rien qui ressemble aux grains réguliers du granité. En rapprochant ce second fait du premier on ne pourra guère douter que les granités n'aient en effet été formés des détrimens du quartz décrépité, jusqu'à de certaines profondeurs , et du ciment vitreux de feld-spath et de sehorl qui s'est ensuite interposé entre ces grains de quartz et les micas , qui n'en étoient que les exfoliations.
Il s'est formé des granités à plus grands et à plus petits cristaux de feld-spath et de sehorl , suivant que les grains quartzeux se sont trouvés plus ou moins rapprochés, plus ou moins gros , et selon qu'ils laissoient entre eux plus d'espace où le feld-spath et le sehorl pouvoient couler pour se cristalliser. Dans le granité à menus grains le feld-spath et le sehorl , presque confondus et comme incorporés avec la pâte quartzeuse , n'ont point eu assez d'espace pour former une cristallisation bien distincte; au lieu que, dans les beaux' granités à gros grains réguliers, le feld-spath et quelquefois le sehorl sont cristallises distinctement , l'un en rhombes, et l'autre en prismes.
Les teintes du rouge du feld-spath et de brun noirâtre du sehorl dans les granités sont dues sans doute aux sublimations métalliques , qui de même ont coloré les jaspes, et se sont étendues dans la matière du feldspath et du sehorl en fusion. Néanmoins cette teinture métallique ne les a pas tous colorés : car il y a des feld- spaths et des schorls blancs ou blanchâtres ; et dans certains granités et plusieurs porphyres le feld-spath ne
se distingue pas du quartz par la couleur.
Les sommets des montagnes graniteuses sont généralement plus élevés que les mon* tagnes schisteuses ou calcaires : ces sommets paraissent n'avoir jamais été surmontés m travaillés par les eaux, dont la plus grande hauteur nous est indiquée par les bancs calcaires les plus élevés ; car on ne trouve aucun indice de coquilles ou d'autres productions marines dans l'intérieur de ces granités primitifs, à quelque niveau qu'on les prenne; comme jamais aussi on ne voit de bancs calcaires interposés dans les masses de granités , ni de granités posés sur des couches calcaires , si ce n'est par fragmens roulés et transportés , ou par bancs de seconde formation. Tous ces faits importans de l'histoire du globe ne sont que des conséquences nécessaires de l'ordre dans lequel nous venons de voir les grandes formations du feu précéder universellement l'ouvrage des eaux.
Les couches que l'eau a déposées sont étendues horizontalement , et c'est dans ce sens, c'est-à-dire en longueur et en largeur, que se présentent leurs plus grandes dimensions : les granités, au contraire, et tous les autres ouvrages du feu , sont groupes en hauteur; leurs pyramides ont toujours plus d'élévation que de base. Il y a de ces masses ou pyramides solides de granité , sans fentes ni sutures , d'une très-grande hauteur et d'un volume énorme : on en peut juger non seulement par l'inspection des montagnes graniteuses , mais même par les monumens des anciens ; ils ont travaillé des blocs de granité de plus de vingt mille pieds cubes pour en former des colonnes et des obélisques d'une seule pièce x. Et de nos jours on a remué des masses encore plus fortes ; car le bloc de granité qui sert de piédestal à la statue gigantesque du grand Pierre Ier , élevé par l'ordre d'une impératrice encore
i. La colonne de Pompée» dont le fût est d'une seule pièce , passe pour être le plus grand monument des anciens en ce genre. « Cette colonne est , dit Thévenot , située à environ deux cents pat d'Alexandrie ; elle est posée sur un , piédestal on base carrée large d'environ vingt pieds , et hante de deux cents ou environ , mais faite de plusieurs grosses pierres : pour le fût de la colonne , il est tout d'une seule pièce de granité , si haute qu'elle n'a pas au monde sa pareille, car elle a dix-huit cannes de haut, et si grosse qu'il faut six personnes pour l'embrasser. » ( Voyage au Levant , tome I , page 227.) En supposant la canne de cinq pieds de longueur, le fût de cette colonne en a quatre-vingt-dix de hauteur, sur trente pieds de circonférence , parce que chaque homme , les bras étendus , embrasse aussi cinq pieds : ces dimensions donnent environ vingt mille pieds cubes.
DIT GBANITÏ.
plus grande » , contient trente-sept mille pieds cubes : cependant ce bloc a été trouvé dans un marais, où il étoit isolé et détaché des hautes masses auxquelles il tenoil avant sa chute. « Mais nulle part, nous dit M. l'abbé Bexon, on ne peut prendre une idée plus magnifique de ces masses énormes de granité que dans nos montagnes des Vosges : elles en offrent en mille endroits des blocs plus grands que tous ceux que Ton admire dans les plus superbes monumens , puisque les larges sommets et les flancs escarpés de ces montagnes ne sont que des piles et des groupes d'immenses rochers de. granité entassés les uns sur les autres >. »
Plusieurs observateurs ont déjà reconnu que la plupart des sommets des montagnes, surtout des plus élevées , sont formés de granité 3. La plus grande hauteur où les eaux
i. Catherine II* actuellement régnante , et dont T Europe et l'Asie admirent et respectent également le grand caractère et le paissant génie.
a. On rient depuis peu de commencer à travailler ces granités des Vosges , et les premiers essais ont découvert dans ces montagnes les pins grandes richesses en ce genre ; elles offrent des granités trèsbeaux et très-variés pour le grain et pour les couleurs , et diverses espèces de porphyres ; on en tire aussi des jaspes richement colorés , et toutes ces matières s'y rencontrent partout dans une extrême abondance, quoique dans une exploitation corn* mencée on n'ait encore attaqué aucune niasse considérable , et qu'on se soit borné aux morceaux rompus épars au penchant des montagnes, et que les ha bi tans entassent en gre* murs bruts pour enclore leurs terrains. Le premier établissement de ce travail des granités des Vosges , fait d'abord à Giroinagny dans la haute Alsace, est actuellement transféré , pour plus grande abondance de matières et plus grande facilité de transports , de l'autre côté de la montagne , en Lorraine , dans le vallon de la Moselle , environ quatre lieues au dessus de sa source. Nous le devons au goût et à l'activité de M. Patu des Hauts-Champs , magistrat qui joint à l'honneur et aux distinctions héréditaires l'amour éclairé du bien public , et de grandes connoissances dans les sciences et dans les arts. Son entreprise ,
Î[ui nous semble très-digne de l'aftention et de la aveur du gouvernement, mettroit eu valeur des matières précieuses restées jusqu'à présent brutes entre nos mains , et pour lesquelles nous payons jusqu'ici un tributs l'Italie.
3. M. Ferber dit expressément , page 343 , que la partie la plus élevée des Alpes , entre l'Italie et l'Allemagne, est de granité; et il ajoute que ces granités européens ne diffèrent en aucune façon du granité oriental.
Tons les pays du monde offriront ces granités dans leurs chaînes de montagnes primitives ; et si les observations apr cet objet ne sont pas plus multipliées, c'est que de justes notions du règne minéral, pris en grand, paroissent avoir jusqu'ici manqué aux observateurs.
Quoi qu'il en soit, toutes nos provinces montagneuses , l'Auvergne , le Danphiné , la Provence , le Languedoc, la Lorraine, la Franche - Comté , et même la Bourgogne vers Semur, offrent des gra»
aient déposé des coquilles n'étant qu'à quinze cents ou deux mille toises au dessus du niveau actuel de la mer , il y a par conséquent un grand nombre de sommets qui se trouvent au dessus de cette hauteur : mais il s'en faut bien que toutes les pointes moins élevées aient été recouvertes des productions de la mer ou cachées sous l'argile , le schiste, et les autres matières transportées par les eaux ; plusieurs montagnes , telles que les Vosges , moins hautes que ces grands sommets , sont composées de granités qui n'offrent aucun vestige de productions marines, et ces granités ne sont 'pas surmontés de bancs calcaires , quoique la mer ait porté dans d'autres endroits ses productions à de bien plus grandes hauteurs. Au reste , ce n'est que dans les hautes montagnes vitreuses que Ton peut voir à nu la structure ancienne et la composition primitive du globe en masses de quartz , en veines de jaspe, en groupes de granité , et en filons métalliques.
Quelque solide et durable que soit la ma' tière du granité, le temps ne laisse pas de la miner et de la détruire à la longue; et des trois ou quatre substances dont il est composé le quartz paroit être cène qui a le plus perdu de sa solidité , et cela est peut • être arrivé dès le premier temps qu'il s'est décrépité : car quoique , étant d'une substance plus simple, il soit en lui-même plus solide que le feld-spath et le schorl , cependant ces derniers verres , et surtout le feldspath , sont ce qu'il y a de plus durable dans le granité ; du moins il est certain que, sur les faces des globes de granités exposés à l'air aux flancs des montagnes , c'est la partie quartzeuse qui tombe en détriment la première avec le mica , et que les rhombes du feld-spath restent nus et relevés à la surface du granité dépouillé du mica et des grains de quartz qui les environnoient. Cet effet se remarque surtout dans les granités où la quantité du feld-spath est plus grande que celle du quartz; et il provient de ce que les cristaux de cette même matière vitreuse sont en masses plus longues et plus profondément implantées que les grains du quartz dans presque tous les granités. Au reste, ces grains du quartz détachés par l'action des élémens humides, et entraînés par les
nites. La Bretagne, depuis la Loire, et partie de Ia>. Normandie, touchant à la Bretagne, et comprenant Mortain , Argentan , Lisieivt , Bayeux , Cherbourg , est appuyée sur une niasse de granité. La Suisse , l'Allemagne, l'Espagne , l'Italie, ont les leurs. Les montagnes de la Corse et celles de l'île d'Elbe en sont formées.
MEJÉJULUTL
eaux , s'arrondissent en roulant , et se réduisent bientôt en sables quartzeux et micacés, lesquels, comme les sables de grès, se convertissent ensuite en terres argileuses.
On trouve , dans l'intérieur de la terre , des granités décomposés dont les grains n'ont qu'un peu d'adhérence , et dont le ciment est ramolli l ; cette décomposition se remarque surtout dans les fentes perpendiculaires où les eaux extérieures peuvent pénétrer par infiltration, et aussi dans les endroits où la masse des rochers est humectée par les vapeurs qui s'élèvent des eaux souterraines. Toute humidité s'oppose à la dureté ; et la preuve en est que toute masse pierreuse acquiert de la dureté en se séchant a l'air. Cette différence est plus sensible dans les marbres et autres pierres calcaires que dans les matières vitreuses ; néanmoins, elle se reconnoit dans les granités, et plus particulièrement encore dans le grès, qui est toujours humide dans sa carrière , et oui prend plus de dureté après s'être sèche à l'air pendant quelques années.
Lorsque les exhalaisons métalliques sont abondantes, et en même temps mêlées d'acides et d'autres élémens corrosifs , elles détériorent avec le temps la substance des granités, et même elles allèrent celle du quartz : on le voit dans les parois de toutes les fentes perpendiculaires où se trouvent les filons des mines métalliques; le quartz paroi I décomposé, et le granité adjacent est friable.
7 Mais cette décomposition d'une pet ite portion de granité dans l'intérieur de la terre n'est rien en comparaison de la destruction immense et des débris que dut produire l'action des eaux lorsqu'elles vinrent battre pour la première fois les pics des montagnes primitives , plus élancés alors qu'ils ne le sont aujourd'hui ; leurs flancs nus , exposés aux coups d'un océan terrible, durent s'ébranler,
i. C'est mal à propos que M. de Saussure veut établir ( Voyage dans tes Alpes, tome I , page 106) diverses espèces de granité sur les degrés de dureté de cette pierre , et parce qu'il s'en trouve de tendre au point de s* égrener entre les doigts, puisque ce s'est ici qu'une décomposition ou destruction , par \%\t et par l'eau, du vrai granité, si pourtant cest do ce granité que l'observateur entend parler, de quoi l'on peut douter avec raison , puisqu'il attribue le vice de ces granités devenus tendres à l'effet de quelque matière saline ou argileuse, entrée dans - leur composition (ibid.) ;mais plus bas il se rétracte, en observant que si , des l'origine , ce principe de mollesse fut entré dans leur combinaison , les fragmens roulés que l'on trouve de ces granités n'eussent pu, sans se réduire en sable, supporter les chocs fui les ont arrondis (ibid.).
se fendre , se rompre en mille endroits et de mille manières : de là ces blofcs énormes qu'on en voit détachés et tombés à leur pied, et ces autres blocs qui, comme suspendus et menaçant les vallées, ne semblent plus tenir à leurs sommets que pour attester les efforts gui se firent pour les en arracher. Mais, tandis que la force des vagues renversoit les masses qui offraient le plus de prise ou le moins de îésistance , l'eau , par une action plus tranquille et tout aussi puissante, attaquoit généralement et altéroit partout les surfaces des matières primitives, et, transportant la poudre de leurs détritnens, en composoit de nouvelles substances, telles que les argiles et les grès : mais il dut y avoir aussi, dans les amas de ces débris, de
fros sables qui n'éloient pas réduits en poiire; et les granités étant les plus Composés, et par conséquent les plus destructibles des substances primitives, ils fournirent ces gros tables en plus grande quantité ; et l'on conçoit qu'eu égard à leur pesanteur ces sables hé purent être transportés par les eaux à de très-grandes distances du lieu de leur origine : ils se déposèrent en grande quantité aux environs de leurs masses primitives , ils s'y accumulèrent en couches graniteuses; et ces grains, agglutinés de nouveau par l'intermède de l'eau , ont formé les granités secondaires , bien dlfférens , comme l'on voit, quant à leur origine, des vrais granités primitifs. Et en effet, l'on trouve en divers endroits ces nouveaux granités soit en couches, soit en amas inclinés, et on reconnoit à plusieurs caractères qu'ils sont de seconde formation : i° à leur position en cou» ehes, et quelquefois en saes entre des ma» tières calcaires ; 20 en ce qu'ils sont moins compactes, moins durs , et moins durables que les granités antiques; 3° en ce que le feid-spath et le schort n'y sont pas en cristaux bien distincts , mais par petites masses qui paraissent résulter de l'agglutination de plusieurs fragmens de ces mêmes substances, et qui n'offrent à l'œil qu'une teinte terne et mate , de couleur briquetée ou d'un gris rougeâtre ; 4° en ce que les parcelles du mica y ont formé par leur jonction, des feuilles assez grandes , et même de petites piles de ces feuilles qui ressemblent à du talc; 5° enfin en ce que l'empâtement de toute la pierre est grossier, imparfait, n'ayant -ni la cohérence , ni la solidité , ni la cassure vive et vitreuse du vrai granité. On peut vérifier ces différences eu comparant les granités des Vosges ou des Alpes avec celui qui se .trouve à Semur en Bourgogne. Ce granité est dt