OU GRÈS
plus lisse, est comme sonore , et ne se casse que très-difficilement ; et ces variétés ont plusieurs degrés intermédiaires.
Le grès que les ouvriers appellent grisât est si dur et si difficile à travailler, qu'ils le rebutent même pour n'en faire que des pavés, tandis qu'il y a d'autres grès si tendres et si poreux, que l'eau crible aisément à travers leurs masses ; ce sont ceux dont on se sert pour faire les pierres à filtrer. Il y en a de si grossiers et de si terreux , qu'au lieu de se durcir à l'air ils s'y décomposent en assez peu de tempii. En général les grès les plus purs et les plus durables sont aussi ceux qui ont le grain le plus fin et le tissu ' le plus serré.
Les grès qu'emploient les paveurs à Paris sont , après le grés grisar, les plus durs de tous. Les grès dont on se sert pour aiguiser ou donner du tranchant au fer et à l'acier sont d'un grain fin , mais moins durs que les
Sremiers, et néanmoins ils jettent de même es étincelles en faisant tourner à sec ces meules de grès contre le fer et l'acier. Le grès de Turquie » qu'on appelle pierre à rasoir, à laquelle on donne sa qualité en la tenant pendant quelques mois dans l'huile, et qui sert à repasser et à affiler les rasoirs et autres instrumens très-tranchans, n'a qu'un certain degré de dureté, quoique le grain en soit très-fin et la substance trèsuniforme , et sans mélange d'aucune matière étrangère.
Au reste , le grès pur n'étant composé que des détrimens du quartz , il en a toutes les propriétés ; il est aussi réfractaire au feu ; i) résiste de même à l'action de tous les acides, et quelquefois il acquiert le même degré de dureté; enfin le quartz ou le grès réduits en sable servent également de base à tous ncs verres factices , et entrent en plus ou moins grande quantité dans leur composition.
Les grès sont assez rarement colorés , et ceux qui ont une nuance de jaune, de rouge, ou de brun, ne doivent cette teinte qu'à l'infiltration de l'eau chargée des molécules ferrugineuses de la terre végétale qui couvre la superficie du terrain où l'on trouve ces grès colorés ; la plupart des jaspes sont au contraire très-colores , et semblent avoir reçu leurs couleurs par la sublimation des matières métalliques dès le premier temps
i. M. Valmont de Bomare, dans son ouvrage sur la minéralogie , nous assure qu'il a trouré un quartier de ce grès de Turquie en France, près de Morlaix, dans la prorince de Bretagne, et je sois d'ailleurs trespersuadé que cette espèce ck grès n'appartient pas exclusirement à la Turquie, comme son nom semble l'indiquer.
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MINÉRAUX
de leur formation. Il se peut aussi que quelques grès des plus anciens doivent leur couleur à ces mènies émanations métalliques; l'une des causes n'exclut pas Vautre, et les effets de . toutes deux paroissent constatés par l'observation. « Il n'y a presque point de ces blocs gréseux de Fontainebleau , dit M. de Lassone, où l'on n'aperçoive quelques marques d'un principe ferrugineux. En général ceux dont les grains sableux sont les moins liés sont aussi ceux où le principe ferrugineux est le plus apparent. Les portions les plus externes des blocs , celles par conséquent dont la formation ou la condensation est moins ancienne , ont souvent une teinte jaunâtre de couleur d'ocre ou de rouille de fer, tandis que les couches plus intérieures ne sont nullement colorées. Il semble donc que, dans certains grès, cette teinte disparoisse à mesure que leur densité ou que la concrétion de leurs grains augmente ; cependant on remarque des blocs très-durs dont la masse entière est «pénétrée uniformément de cette couleur ferrugineuse plus ou moins intense : il y en a parmi ceux-ci quelquesuns où le principe ferrugineux est si apparent qu'ils ont une teinte rougeâtre trèsfoncée. Le sable , même pulvérulent , et n'ayant encore éprouvé aucune condensation, coloré en plusieurs endroits par les mêmes teintes, semble aussi participer du fer, si Ton en juge simplement par la couleur; mais l'aimant n'en attire aucune parcelle de métal , non plus que du détritus des grès rougeâtres. »
Cette observation de M. de Lassone me semble prouver assez que les grès sont colorés par le fer , et plus souvent au moyen de l'infiltration des eaux que par la sublimation des vapeurs souterraines. J'ai vu moi-même dans plusieurs blocs d'un grès très- blanc de ces petits nœuds ou clous ferrugineux dont j'ai parlé , et qui sont d'une si grande dureté qu'ils résistoient à la lime. On doit conclure de ces remarques que l'eau a beaucoup plus que le feu travaillé sur le grès. Ce dernier élément n'a fourni que la
{>remière matière, c'est-à-dire le quartz; au ieu que l'eau a porté dans la plupart des grès , non seulement des parties ferrugineuses, mais encore une très-grande quantité d'autres matières hétérogènes qui en allèrent la nature ou la forme , en leur donnant une figuration qu'ils ne prendroient pas d'euxmêmes ; ce qu'on ne doit attribuer qu'aux substances hétérogènes dont ils sont mélangés.
On trouve dans quelques sables de grès
des morceaux arrondis, isolés, et de différentes {^osseurs , les uns entièrement solides et massifs, les autres creux en dedans comme des géodes : mais ce ne sont que des concrétions , des sablons agglutines par le ciment dont nous avons parlé ; ces concrétions se forment dans les petites cavités de la grande masse de sable qui environne les autres blocs de grès, et elles sont de la même nature que ces sables. Mais les grès disposés par bancs ou par couches sont presque tous plus ou moins mêlés d'autres matières : il y a des grès mélangés de terre limoneuse, d'autres sont entremêlés d'argile, et plusieurs autres, qui ne paroissent pas terreux, contiennent une grande quautité de matière calcaire. Tous ces grès ont évidemment été formés dans les sables transportés et déposés par les eaux ; et c'est par cette raison qu'on les trouve en couches horizontales , au lieu que les grès purs produits par la seule décomposition du quartz se présentent en blocs irréguliers et tels qu'ils se sont formés dans le lieu même , sans avoir subi ni transport ni mélange : aussi ces grès purs , ne contenant aucune matière calcaire , ne font point effervescence avec les acides, et sont les seuls qu'on doive regarder comme de vrais grès. Cette distinction est plus importante qu'elle ne le paroît d'abord , et peut nous conduire à l'explication d'un fait reconnu depuis peu. Quelques observateurs ont trouvé plusieurs morceaux de grès à Bourbonneles-P.ains, à Nemours x, à Fontainebleau, et ailleurs , qui affectoient une ligure quadrangulaire , et qui étoient pour ainsi dire cristallisés en rhombes. Or cette espèce de cristallisation ou de figuration n'est pas une des propriétés du grès pur : c'est un effet accidentel qui n'est dû qu'au mélange de la matière calcaire avec celle du grès; car, ayant fait dissoudre par un acide ces morceaux figurés eu rhombes , il s'est trouvé qu'ils contenoient au moins un tiers de substance calcaire sur deux tiers de vrai grès , et qu'aucun des grès qui n'étoient que peu ou point mélangés de cette matière calcaire n'a pris celte figure rhomboîdale.
Après avoir considéré les principales matières solides et dures qui se présentent en grandes masses dans le sein ou à la surface de la luire , et qui , comme nous venons de l'exposer, sont ou des verres primitifs ou des agrégats de leurs parties divisées et réduites eu grains, nous devons examiner de
i. M. Bcxout» garant géomètre de l'Académie des Sciences , a reconnu le premier ces grés figuré* dans les car*$«res de Nemours.