‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 93 sur 150 · DES SCHISTES ET · texte numérisé non relu

DES SCHISTES ET

pendamn>ent de l'humidité que les micas ont dû tirer de l'argile, on doit encore observer qu'étant mêlés en quantité dans tous les schistes et ardoises , le seul mélange de ces particules sèches, qui paroi t être moins intime qu'abondant, a dû laisser de petits vides par lesquels l'humidité contenue dans les molécules d'argile a pu s'échapper.

Cette quantité de mica que contiennent les ardoises me semble leur donner quelques rapports avec les talcs ; et si l'argile fait le fonds de la matière de l'ardoise , on peut croire que le mica en est l'alliage et lui donne la forme : car les ardoises se délitent, comme le talc, en feuilles minces; elles participent de sa sécheresse, et résistent de même aux impressions des élémens humides; enfin elles se changent également en verre brun par un feu violent. L'ardoise paroi t donc participer de la nature de ce verre primitif : on le voit en la considérant attentivement au grand jour; sa surface

§ résente une infinité de particules micacées, 'autant plus apparentes que l'ardoise est de * meilleure qualité.

La bonne ardoise ne se trouve jamais dans les premières couches du schiste : les ardoisières les moins profondes sont à trente ou quarante pieds ; celles d'Angers sont à deux cents. Les derniers lits de l'ardoise , comme ceux de l'argile, sont plus noirs que les premiers ; cette ardoise noire des lits inférieurs, exposée à l'air pendant quelque temps, prend néanmoins, comme les autres, la couleur bleuâtre que nous leur connoissons et que toutes conservent très-longtemps ; elles ne perdent cette couleur bleue que pour en prendre une plus teudre d'un blanc grisâtre , et c'est alors qu'elles brillent de tous les reflets des particules micacées

Qu'elles contiennent, et qui se montrent 'autant plus , que ces ardoises ont été anciennement exposées aux impressions de l'air.

L'ardoise ne se trouve pas dans les argiles molles et pénétrées de l'humidité des eaux , mais dans les schistes, qui ne sont euxmêmes qne des ardoises grossières. Les minières d'ardoises s'annoncent ordinairement par un lit de schiste noirâtre de quelques pouces d'épaisseur, qui se trouve immédiatement sous la couche de terre végétale. Ce premier lit de pierre schisteuse est divisé par un grand nombre de fentes verticales , comme le sont les premiers lits des pierres calcaires , et l'on peut égalemeul en faire du moellon : mais ce schiste, quoique assez dur, n'est pas aussi sec que l'ardoise ; il est

DE L'ARDOISE. aty

même spongieux eC se ramollit par l'humidité lorsqu'il y est long-temps ex$osé. Les bancs qui sont au dessous de ce premier lit ont plus d'épaisseur et moins de tentes verticales; leur continuité augmente avec leur masse à mesure que l'on descend, et il n'est pas rare de trouver des bancs de cette pierre schisteuse de quinze ou vingt pieds d'épaisseur sans délits remarquables. La finesse du grain de ces schistes, leur sécheresse, leur pureté, et leur couleur noire, augmentent' aussi en raison de leur situation à de plus grandes profondeurs; et d'ordinaire c'est au plus bas que se trouve la bonne ardoise.

L'on voit sur quelques-uns de ces feuillets d'ardoise des impressions de poissons à écailles , de crustacés , et de poissons mous, dont les analogues vivans ne nous sont pas connus , et en même temps on n'y voit que très-peu ou point de coquilles. Ces deux faits paraissent, au premier coup d'œil, difficiles à concilier, d'autant que les argiles, dont on ne peut douter que les ardoises pc soient au moins en partie composées , contiennent une infinité de coquilles, et rarement des empreintes de poissons. Mais on doit observer que les ardoises, et surtout celles où l'on trouve des impressions de poissons , sont toutes situées à une grande profondeur, et qu'en même temps les argiles contiennent une plus grande quand té de coquilles dans leurs lits supérieurs que dans lès inférieurs , et que même , lorsqu'on arrive à une certaine profondeur, on n y trouve Ï>lus de coquilles. D'autre part, on sait que e plus grand nombre des coquillages vivans n'habitent que les rivages ou les terrains élevés dans le fond de la mer, et qu'en même temps il y a quelques espèces de poissons et de coquillages qui n'en habitent que les vallées, à une profondeur plus grande que celle où se trouvent communément tous les autres poissons et coquillages. Dès lors on peut penser que les sédimens argileux qui ont formé les ardoises à cette plus grande profondeur n'auront pu saisir en se déposant que ces espèces , en petit nombre., de poissons ou de coquillages qui habitent les bas-fonds, tandis que les argiles qui sont situées plus haut que les ardoises auront enveloppé tous les coquillages des rivages et des hauts-fonds, où ils se trouvent en bien plus grande quantité ».

i. Il se trouve aussi , quoique rarement , des poissons pétrifiés dans les substances calcaires au des sus des moulagnes ; mais les espèces de ces poissons ne sont pas inconnues ou perdues, comme ceHes qui se trouvent dana les ardoises* M. Ferber rap-

MINÉRAUX

Nous ajouterons aux propriétés de l'ardoise que ^ quoiqu'elle soit moins dure que la plupart des pierres calcaires, il faut néanmoins employer la masse et les coins pour la tirer de sa carrière ; que la bonne ardoise ne fait pas effervescence avec les acides , et qu'aucune ardoise ni aucun schiste ne se réduit en chaux, mais qu'ils se convertissent

Ear un feu violent en une sorte de verre mn , souvent assez "spumeux pour nager sur l'eau. Nous observerons aussi qu'avant de se vitrifier ils brûlent en partie , en exhalant une odeur bitumineuse ; et enfin que quand on les réduit en poudre, celle de 1 ardoise est douce au toucher comme la poussière de l'argile séchée, mais que cette poudre d'ardoise détrempée avec de l'eau ne reprend pas en séchant sa dureté, ni même autant de consistance que l'argile. Le même mélange de bitume et de mica qui donne à l'ardoise sa solidité fait en même temps qu'elle ne peut s'imbiber d'eau ; aussi lorsqu'on veut éprouver la qualité d'une ardoise, il ne faut qu'en faire tremper dans l'eau le bord d'une feuille suspendue verticalement : si l'eau n'est pas pompée par la succion capillaire, et qu'elle n'humecte pas l'ardoise au dessus de son niveau, on aura la preuve de son excellente qualité; car les mauvaises ardoises , et même la plupart de celles qu'on emploie à la couverture des bâtimens, sont encore spongieuses et s'imbibent plus ou moins de l'humidité, en sorte que la feuille d'ardoise dont le bord est plongé dans l'eau s'humectera à plus ou moins de hauteur en raison de sa bonne ou mauvaise qualité. La bonne ardoise peut se polir, et on en fait des tables de toutes dimensions ; on en a- vu de dix à douze pieds en longueur sur une largeur proportionnée.

Quoiqu'il y ait des schistes plus ou moins durs, cependant on doit dire qu'en général ils sont encore plus tendres que l'ardoise, et que la plupart sont d'une couleur moins foncée. Ils ne se divisent pas en feuillets

porte qu'on trouve dans la collection de M. Moréni de Vérone le poisson ailé et quelques poissons du Brésil, qui ne vivent ni dans la «Méditerranée ni dans le golfe Adriatique; la pinne marine, des os d'animaux , des plantes exotiques pétrifiées et imprimées sur un schiste calcaire , toutes tirées de la montagne du Véronois appelée Monte-Bolca. (Lettres sur la minéralogie, par M. Ferber, page 27.)

Observons que ces poissons , dont les analogues vivans existent encore , n'ont été pétrifiés que bien long-temps après ceux dont les espèces sout perdues : aussi se trouvent-ils au dessus des montagnes , tandis que les autres ne se trouvent que dans les ardoises à de grandes profondeurs*

aussi minces que l'ardoise, et néanmoins ils contiennent souvent une plus grande quantité de mica; mais l'argile qui en fait le fonds est vraisemblablement composée de molécules grossières , et qui, quoiqu'en partie desséchées, conservent encore leur qualité spongieuse et peuvent s'imbiber d'eau; ou bien leur mica, plus aigre et moins atténué, n'a pas acquis, en s'adoucissant , cette tendance à la conformation talqueuse ou feuilletée qu'il paroi t communiquer aux ardoises : aussi lorsqu'on réduit le schiste en lames minces , il se détériore à l'air, et ne peut servir aux mêmes usages que l'ardoise; mais on peut l'employer en masses épaisses pour bâtir.

J'ai dit que les collines calcaires avoient l'argile pour base , et j'ai entendu non seulement les glaises ou argiles molles communes, mais aussi les schistes ou argiles desséchées. La plupart des montagnes calcaires sout posées sur l'argile ou sur le schiste. « Les montagnes, dit M. Ferber, de la Styrie iufé rieure , de toute la Garni oie , et jusqu'à Vienne en Autriche, sont formées de couches horizontales plus ou moins épaisses (de pierre calcaire) , entassées Tes unes sur les autres , et ont pour base un véritable schisle argileux , c'est-à-dire une ardoise bleue ou noire , ou bien un schiste de corne mélangé de quartz et de mica, pénétré d'une petite partie d'argile. J'ai eu, dit- il, presque à chaque pas l'occasion de me convaincre que ce schiste s'étend sans interruption sous ces montagnes calcaires : quelquefois même ou le voit à découvert s'élever au dessus du rei de terre ; mais lorsqu'il s'est montré pendaut un certain temps, il s'enfouit de nouveau sous la pierre calcaire. »

L'argile , ou sous sa propre forme, Ou sous celle d'ardoise et de schiste , compose donc la première terre, et forme les premières couches qui aient été transportées, et disposées par les eaux ; et ce fait s'unit à tous les autres pour prouver que les matières vitrescibles sont les substances premières et primitives, puisque l'argile formée de leurs débris est la première terre qui ait couvert la surface du globe. Nous avons vu de plus que c'est dans cette terre que se trouvent généralement les coquilles d espèces anciennes , comme c'est aussi sur les ardoises qu'on voit les empreintes des poissons inconnus qui ont appartenu au premier Océan. Ajoutons à ces grands faits une observation non moins importante, et qui rappelle à la fois et l'époque de la formation des couches d'argile et les grands mouvemens qui bon-

DES SCHISTES ET DE L'ARDOISEï

leversoient encore alors la nature; c'est qu'un grand nombre de ces lits de schistes et d'ardoises ne paraissent s'être inclinés que par violence, ayant été déposés sur les voûtes des grandes cavernes avant que leur affaissement fit pencher les masses dont elles étoienl surmontées, tandis que les couches

calcaires, déposées plus tard sur la terre affermie, offrent rarement de l'inclinaison dans leurs bancs , qui sont assez généralement horizontaux, ou beaucoup moins inclinés que ne le sont communément les lit* des schistes et des ardoises.

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