‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 92 sur 150 · DR L'ARDOISE · texte numérisé non relu

DR L'ARDOISE

bons de terre de mauvaise qualité ; et enfin les schistes pyriteux, qui sont les plus durs de tous dans leur carrière, mais qui se décomposent dès qu'ils en sout tirés , et s'effleurissent à l'air et par l'humidité. Ces schistes mêlés et pénétrés de matière pyriteusc ne sont pas si communs que les schistes imprégnés de bitume ; néanmoins on en trouve des couches et des bancs très-considérables en quelques endroits. Nous verrons dans la suite que cette matière pyriteuse est très-abondante à la surface et dans les premières couches de la terre.

Tous les schistes sont plus ou moins mélangés de particules micacées ; il y en a dans lesquels le mica paroît être en plus grande quantité que l'argile 3. Ces schistes, ne contenant que peu de bitume et beaucoup df mica , sont les meilleures pierres dont on puisse se servir pour les fourneaux de fusion des mines de fer et de cuivre : ils résistent au feu plus long-temps que le grès, qui s'égrène, quelque dur qu'il soit; ils résistent aussi mieux que les granités, qui se fondent à un feu violent et se convertissent en émail ; et ils sont bien préférables à la pierre calcaire, qui peut, à la vérité , résister pendant quelques mois à l'action de ces feux, mais qui se réduit en poussière de chaux au moment qu'ils cessent, et que l'humidité de l'air la saisit ; au lieu que les schistes conservent leur nature et leur solidité pendant et après l'action de ces feux continuée très-long-temps ; car cette action se borne à entamer leur surface, et il faudroit un feu de plusieurs années pour en altérer la masse à qnelques pouces de profondeur.

Les lits les plus extérieurs des schistes, c'est-à-dire ceux qui sont immédiatement sous la couche de terre végétale, se divisent

3. Le macigno des Italiens est un schiste de cette espèce ; il y en a des collines entières a Fiesoli , près de Florence, k Les couches supérieures de ces carrières de macigno, dit M. Ferber, sont feuilletées et minces, entremêlées de petites couches argileuses..» (L'auteur auroit dû dire limoneuses ; car je suis persuadé que ces petites couches entremêlées sont de terre végétale, et non d'argile.} « Le macigno devient plus compacte en entrant dans la profondeur, et ne forme plus qu'une masse ; on en tire de très-grands blocs.... On trouve par-ci par-la , dans le macigno compacte , des rognons d'argile endurcie, et une multitude de petites taches noires , quelquefois même des couches ou veines de charbon de terre. » (Autre preuve que ce n'est pas de l'argile, mais de la terre végétale ou limoneuse; c'est le bitume de cette terre limoneuse qui a formé les taches noires. ) « Il y a du macigno de deux couleurs; le meilleur pour bâtir et le plus durable est celui qui est d'un jaune grisâtre , mélangé d'ocre ferrugineuse.» (Lettres sur la minéralogie, etc., page 4-)

MINERAUX

en grands morceaux qui affectent une figure rhomboïdale, à peu près comme les grès qui sont mêlés de matière calcaire affectent celle même figure en petit : et, dans les lits inférieurs des schistes , cette affectation de figure est beaucoup moins sensible et même ne se remarque plus; autre preuve que la figuration des minéraux dépend des parties organiques qu'ils renferment; car les premiers lits de schiste reçoivent , par la stiilation des eaux, les impressions de la terre végétale qui les recouvre , et c'est par l'action des élémens actifs contenus dans cette terre que les schistes du lit supérieur prennent une sorte de figuration régulière dont Tappareuce ne subsiste plus dans les lits inférieurs , parce qu'ils ne peuvent rien recevoir de la terre végétale, en étant trop éloignés et séparés par une grande épaisseur de matière impénétrable àj'eau.

Au reste , le schiste commun ne se délite pas en feuillets aussi minces que l'ardoise , et il ne résiste pas aussi long-temps aux impressions des élémens humides : mais il résiste également à Faction du feu avant de se vitrifier ; et comme il contient une petite quantité de bitume, il semble brûler avant de se fondre, et, comme nous venons de ie dire* il y a même des schistes qui sont presque aussi inflammables que le charbon de terre. Ce dernier effet a déçu quelques minéralogistes , et leur a fait penser que le fond du charbon de terre n'étoit, comme celui des schistes , que de l'argile mêlée de bitume , tandis que la substance de ce charbon est , au contraire, de la matière végétale plus ou moins décomposée , et que s'il se trouve de l'argile mêlée dans le charbon , ce n'est que comme matière étrangère : mais il est vrai que la quantité de bitume et de matière pynteuse est peut-être aussi grande dans certains schistes que dans les charbons de terre impurs et de mauvaise qualité ; il y a même des argiles , surtout dans les couches les plus basses, qui sont mêlées d'une assez grande quantité de bitume et de pyrite pour devenir inflammables; elles sont en même temps sèches et dures à peu près comme le schiste, et ce bitume des argiles et des schistes s'est formé dès les premiers temps de la nature vivante par la décomposition des végétaux et des animaux, dont les huiles et les graisses saisies par l'acide se sont converties en bitumes ; et les schistes, comme les argiles, contiennent ordinairement d'autant plus de bitume, qu'ils sont

les ils servent àe hts et d'enveloppe; car lorsqu'on ne trouve pas l'ardoise au dessous des schistes, on peut espérer d'y trouver des charbons de terre.

Dans les couches les plus profondes , il y a aussi des argiles qui ressemblent aux schistes et même aux ardoises par l'apparence de leur dureté , de leur couleur et de leur inflammabilié : cependant cette argile exposée à l'air démontre bientôt les différences qui la séparent de l'ardoise ; elle n'est pas long-temps sans s'exfolier, s'imbiber d'humidité , se ramollir, et reprendre sa qualité d'argile ; au lieu que les ardoises , loin de s'amollir à l'air , ne font que s'y durcir davantage, et l'on doit mettre les [mauvais schistes au nombre de ces argiles dures.

Comme toutes les argiles , ainsi que les schistes et les ardoises , ont été primitivement formées des sables vitreux atténués et décomposés dans l'eau, on ne peut se dispenser d'admettre différens degrés de décomposition dans ces sables ; aussi trouvet-on dans l'argile des pains encore entiers de ce sable vitreux qui ne sont que peu ou point altérés ; d'autres qui ont subi un plus grand degré de décomposition. On y trouve de même de petits lits de ce sable à demi décomposé, et dans les ardoises et les schistes le mica y est souvent aussi atténué, aussi doux au toucher que le talc, en sorte qu'on peut suivre les nuances successives de cette décomposition des sables vitreux , jusqu'à leur conversion en argile. Les glaises mélangées de ces sables vitreux trop peu décomposés n'ont point encore acquis leur entière ductilité; mais, en général, l'argile même la plus molle devient d'autant plus dure qu'elle est plus desséchée et plus im-

firégnée de bitume, et d'autant plus feuiletée qu'elle est plus mêlée de mica.

Je ne vois pas qu'on puisse attribuer à d'autres causes qu'au dessèchement et au mélange du mica et du bitume, cette sécheresse des ardoises et des schistes qui se reconnoît jusque dans leurs molécules ; et j'imagine que comme elles sont mêlées de particules micacées en assez grande quantité, chaque paillette de mica aura dû attirer l'humidité de chaque molécule d'argile, et que le bitume , qui se refuse à toute humidité , aura pu durcir l'argile au point de k changer en schiste et en ardoise : dès lors les molécules d'argile seront demeurées sèches , et les schistes composés de ces molécules desséchées et de celles du mica auront

situés plus profondément , et qu'ils sont acquis assez de dureté pour être, comme les plus voisins des veines de charbon auxquels bitumes, impénétrables à l'eau; car, indé-

Page 1