CRAIE
distance à autre plusieurs de ces lits posés horizontalement entre les grands lits de H craie, dont l'épaisseur est de plusieurs pieds, en sorte que toute la masse de craie , jusqu'à la dernière couche, paroit être traversée horizontalement par ces petits lits de silex , au lieu que dans les argiles coupées de même à-plomb les petits lits de pierre calcaire ne se trouvent qu'entre les couches supérieures, et n'ont jamais autant d'épaisseur et de continuité que les lits de silex, ce qui parait encore provenir de la facilité de l'infiltration des eaux dans la craie , qu'elles pénètrent dans tonte son épaisseur; au lieu qu'elles ne pénètrent que les premières couches de l'argile , et ne peuvent par conséquent déposer des matières calcaires à une grande profondeur.
La craie est blanche, légère, et tendre ; et , selon ses degrés de pureté , elle prend différens noms. Comme toutes les autres substances calcaires, elle se convertit en chaux par l'action du feu , et fait effervescence avec les acides : elle perd environ un tiers de son poids par la calcination, sans que son volume en soit sensiblement diminué , et sans que sa nature en soit essentiellement altérée ; car , en la laissant exposée à l'air et à la pluie , cette chaux de craie reprend peu à peu les parties intégrantes que le feu lui avoit enlevées, et dans ce nouvel état on peut la calciner une seconde fois, et en faire de la chaux d'aussi bonne qualité que la première. On peut même se servir de la craie crue pour faire du mortier, en la mêlant avec la chaux ; car elle est de même nature que le gravier calcaire , dont elle ne diffère que par la petitesse de ses grains. La craie que l'on connoît sous le nom de blanc a* Espagne est l'une des plus fines, des plus pures , et des plus blanches ; on l'emploie pour dernier enduit sur les autres mortiers. Cette craie fine ne se trouve pat en grandes couches, ni même en bancs, mais dans les fentes des rochers calcaires et sur la pente des collines crétacées ; elle y est conglomérée en pelotes plus ou moins grosses ; et quand cette craie une est encore plus atténuée , elle forme d'autres concrétions d'une substance encore plus légère, auxquelles les naturalistes ont donné le nom de tac lunœ (nom très-impropre , puisqu'il ne désigne qu'un rapport chimérique), medulla taxi (qui ne convient guère mieux, puisque le mot saxum , traduit par ces mêmes naturalistes , ne désigne pas la pierre calcaire , mais le roc vitreux) : cette matière seroit donc mieux désignée par le nom de
*U MINÉRAUX
fiaiir de craie ; car ce n'est en effet que la partie la pi as ténue de la craie , que lîeau détache et dépose ensuite dans les cavités qu'elle rencontre. Et lorsque ce dépôt, au lieu de se faire en masses, ne se fait qu'en superficie , cette même matière prend la forme de lames et d 'écailles auxquelles ces mêmes nomenclateurs en minéralogie ont donné le nom & agaric minéral (ce qui n'est fondé que sur une fausse analogie).
Les hommes , avant d'avoir construit des maisons, ont habité les cavernes : ils se sont mis à l'abri des rigueurs de l'hiver et de la trop grande ardeur de l'été , en se réfugiant dans les antres des rochers ; et lorsque cette commodité leur a manqué , ils ont cherché à se la procurer aux moindres frais possibles , en faisant des galeries et des excavations dans les matières les moins dures, telles que la craie. Le nom de Troglodytes (habitans des cavernes) , donné aux peuples les plus antiques, en est la preuve; aussi bien que le grand nombre de ces grottes que Ton voit encore aux Indes , en Arabie , et dans tous les climats où le soleil est brûlant et l'ombrage rare. La plupart de ces grottes ont été travaillées de main de l'homme , et souvent agrandies au point de former de vastes habitations souterraines, où il ne man-
3ue que la facilité de recevoir le jour; car, u reste , elles sont saines , et , dans ces climats chauds, fraîches sans humidité. On voit même dans nos coteaux et collines de craie des excavations à rez-de-chaussée, pratiquées avec avantage et moins de dépense qu'il ne faudrait pour construire dus murs et des voûtes ; et les blocs tirés de ces excavations servent de matériaux pour bâtir les étages supérieurs. La craie des lits inférieurs est en effet une espèce de pierre assez tendre dans sa carrière , mais qui se durcit à l'air, et qu'on peut employer non seulement pour bâtir , mais aussi pour les ou- • rages de sculpture.
La craie n'est pas si généralement répandue que la pierre calcaire dure; ses couches, quoique très-étendues en superficie, ont rarement autant de profondeur que celle des autres pierres, et, dans cinquante ou soixante pieds 'île hauleur perpendiculaire, on voit souvent les degrés du plus ou moins de solidité de la craie. Elle est ordinairement en poussière ou en moellon très-tendre dans le lit supérieur : elle prend plus de consistance à mesure qu'elle est située plus bas ; et comme l'eau la pénètre jusqu'à la plus grande ** profondeur, et se charge des molécules cré- far lacées les plus fines , elle produit non seule* »• a. Note communiquée par M, Nadault.
ment les pelotes de blanc d'Espagne, de moelle de pierre -, et de fleur de craie, mais aussi les stalactites solides ou en tuyaux dont sont formés les tufs. Toutes! ces concrétions qui proviennent des détrimens de la craie ne contiennent point de coquilles ; elles sont , comme toutes les autres exsudations ou stillations , composées des particules les plus déliées que l'eau a enlevées et ensuite déposées sous différentes formes dans les fentes ou cavités des rochers, ou dans les lieux plus bas où elles se sont rassemblées.
Ces dépôts secondaires de matières crétacées se font assez promptement pour remplir en quelques années des trous de trois ou quatre pieds de diamètre , et d'autant de profondeur. Toutes les personnes qui ont planté des arbres dans fes terrains de craie ont pu s'apercevoir d'un fait qui doit servir ici d exemple. Ayant planté un bon nombre d'arbres fruitiers dans un terrain fertile en grains, mais dont le fond est d'une craie blanche et molle , et dont les couches ont une assez grande profondeur, les arbres y poussèrent assez vigoureusement la première et la seconde année , ensuite ils languirent et périrent. Ce mauvais succès ne rebuta pas le propriétaire du terrain ; on lit des tranchées plus profondes , dont on tira toute la craie , et on les remplit ensuite de bonne terre végétale, dans laquelle on planta de nouveaux arbres : mais ils ne réussirent pas mieux , et tous périrent en cinq ou six années. On visita alors avec attention le terrain où ces arbres avoient été plantés, et l'on reconnut avec quelque surprise que la bonne terre qui avoit été mise dans les tranchées étoit si fort mêlée de craie, qu'elle avoit presque disparu, et que celte trèsgrande quantité de matières crétacées n'avoit été amenée que par la stiliation des eaux ».
Cependant cette même craie, qui paroit si stérile et même si contraire à la végétation , peut l'aider et en augmenter le produit en la répandant sur les terres argileuses trop dures et trop compactes : c'est ce que l'on appelle marner les terres , et cette espèce de préparation leur donne de la fécondité pour plusieurs années ; mais comme les terres de différentes qualités demandent
On a aussi nommé celte moelle de pierre o» de craie farina minera/is , parce qu'elle ressemble i la farine par sa blancheur et sa légèreté, et qu'on a même prétendu , mais fort mal à propos , qu'elle
seut devenir un aliment, en la mêlant avec de la
arine de grain.
DE LA CRAlfc.
à être marnée* de différentes façons, et mie la plupart des marnes dont on se sert dînè-
rent de la craie , nous croyons devoir en faire un article particulier.