DE LA. MARNE
La. marne n'est pas une terre simple, mais composée de craie mêlée d'argile ou de limon; et, selon la quantité plus ou moins grande de ces terres argileuses ou 'limoneuses , la marne est plus ou moins sèche ou plus ou moins grasse. Il faut donc , avant de l'employer à l'amendement d'un terrain, reconuoitre la quantité de craie contenue dans la marne qu'on y destine ; et cela est aisé par l'épreuve des acides , et même en la faisant délayer dans l'eau. Or toute marne sèche et qui contiendra beaucoup plus de craie que d'argile ou de limon conviendra pour marner les terres dures et compactes , que l'eau ne pénètre que difficilement , et qui se durcissent et se crevassent par la sécheresse ; et même la craie pure , mêlée avec ces terres , les rend plus meubles , et par conséquent susceptibles d'une culture plus aisée : elles deviennent aussi plus fécondes par la facilité que l'eau et les jeunes racines des plantes trouvent à les pénétrer et à vaincre la résistance que leur trop grande compacité opposoit à la germination et au développement des graines délicates. La craie pure , et même le sable lin , de quelque nature qu'il soit, peuvent donc être employés avec grand avantage pour marner les terres trop compactes ou trop humides ; mais il faut au contraire de la marne mêlée de beaucoup d'argile , ou mieux encore de terre limoneuse , pour les terres stériles par sécheresse , et qui sont elles-mêmes composées de craie, de tuf, et de sable. La marne la plus grasse est la meilleure pour ces terrains maigres ; et pourvu qu'il y ait dans la marne qu'on veut employer une assez grande quantité de parties calcaires pour que l'argile y soit divisée , cette marne presque entièrement argileuse, et même la terre limoneuse toute pure , seront les meilleurs engrais qu'on puisse répandre sur les terrains sableux. Entre ces deux extrêmes il sera aisé de saisir les degrés intermédiaires , et de donner à chaque terrain la quant ilé et la qualité de la marne qui pourra convenir pour engrais '. On doit seulement observer que
i. M. Faujas de Saint-Fond parle de oertajns
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dans tous les cas il faut mêler la marne avec une certaine quantité de fumier ; et cela est d'autant plus nécessaire que le terrain est
}>lus humide et plus froid. Si l'on répand es marnes sans y mêler du fumier, on perdra beaucoup sur le produit de la première et même de la seconde récolte : car le bon effet de l'amendement marheur ne se manifeste pleinement qu'à la troisième ou qua trième année.
Les marnes qui contiennent une grande quantité de craie sont ordinairement blanches ; celles qui sont grises , rougeàtres ou brunes, doivent ces couleurs aux argiles ou à la terre limoneuse dont elles sont mélangées : et ces couleurs plus ou moins foncées sont encore un indice par lequel on peut juger de la qualité de chaque marne en particulier. Lorsqu'elle est tout-à-fait convenable à la nature du terrain sur lequel on la répand, il est alors bonifié pour nombre d'années » , et le cultivateur fait un double profit : le premier , par l'épargne des fumiers , dont il usera beaucoup moins ; et le second , par le produit de ses récoltes , qui sera plus abondant. Si l'on n'a pas à sa portée des marnes de la qualité qu'exigeroienl les terrains qu'on veut améliorer , il est presque toujours possible d'y suppléer en répandant de l'argile sur les terres trop légères , et de la chaux sur les terres trop fortes
le sol contient environ an quart de matière calcaire mêlée naturellement arec un tiers d'argile noire, tenace, mais rendue friable par environ un quart d'un sable sec et grenu ; et, pour le surplus, d'un second sable fin, doux , et brillant... Voyez le Mémoire sur la Marne, par M. Faujas de Saint-Fond , et les Affiches du Dauphiné, octobre 1780.
a. Suivant Pline , la fécondité communiquée aux terres par certaines marnes dure cinquante et jusqu'à quatre-vingts années. Yoyez son Histoire /taturelle. liv. XVII , chap. 7 et 8. Il dit aussi que c'est aux Gaulois et aux Bretons qu'on doit l'usage de crt engrais pour la fertilisation des terres. (Idem, iùid. )
M. de Gensanne , en parlant des marnes , fait de bonnes observations sur leur emploi , et il cite un exemple qui prouve que cet engrais est non seulement utile pour augmenter la production des grains , mais aussi pour faire croître plus promptement et plus vigoureusement les arbres , et en particulier les mûriers blancs. [Histpirg naturelle 4a {rinfHediCf tome h)
MINÉRAUX
ou trop humides ; car la chaux éteinte est absolument de la même nature que la craie, puisqu'elles ne sont toutes deux que de la pierre calcaire réduite en poudre. Ce qu'on a dit sur les prétendus sels ou qualités particulières de la marne pour la végétation, sur son eau généra tive , etc. , n'est fondé que sur des préjugés. La cause principale et peutêtre unique de l'amélioration des terres est Se mélange d'une autre terre différente , et dont les qualités se compensent et font de d*ux terres stériles une terre féconde. Ce n'est pas que les sels en petite quantité ne puissent aider les progrès de la végétation et en augmenter le produit : mais les effets du mélange convenable des terres sont indépendans de cette cause particulière ; et ce seroit beaucoup accorder a l'opinion vulgaire que d'admettre dans la marne des principes plus actifs pour la végétation que dans toute autre terre , puisque par elle-même la marne est d'autant plus stérile qu'elle est plus pure et plus approchante de ta nature de la craie.
Comme les marnes ne sont que des terres plus ou moins mélangées et formées assez nouvellement par les dépôts et les sédimens des eaux pluviales , il est rare d'en trouver à quelque profondeur dans le sein de la teqpe; elles gisent ordinairement sous la couche de la terre végétale , et particulièrement au bas des collines et des rochers de pierres calcaires qui portent sur l'argile ou le schiste. Dans certains endroits la marne se trouve en forme de noyaux ou de pelotes; dans d'autres elle est étendue en petites couches horizontales ou inclinées suivant la pente du terrain ; et lorsque les eaux pluviales chargées de cette matière s'infiltrent à travers les couches de la terre , elles la déposent en forme dé concrétions et de stalactites, qui sont formées de couches concentriques et irrégulièrement groupées. Ces concrétions provenant de la craie et de la marne ne prennent jamais autant de dureté que celles qui se forment dans les rochers de pierres calcaires dures; elles sont aussi plus impures ; elles s'accumulent irrégulièrement au pied des collines, pour y former des masses d'une substance à demi
Sierreuse , légère , et poreuse , à laquelle on onne le nom de tuf, qui souvent se trouve en couches assez épaisses et très-étendues au bas des collines argileuses couronnées de rechers calcaires.
C'est aussi à cette même matière crétacée et marneuse qu'on doit attribuer l'origine de toutes les incrustations produites par les eaux des fontaines , et qui sont si communes dans tous les pays où il y a de hautes colli-
nes de craie et de pierres calcaire*. L'eau des pluies, en filtrant à travers les couches de ces matières calcaires , se charge des particules les plus ténues qu'elle soutient et Sorte avec elle quelquefois très-loin; elle en épose la plus grande partie sur le fond et contre les bords des routes qu'elle parcourt, et enveloppe ainsi toutes les matières qui se trouvent dans son cours : aussi voit-on des substances de toute espèce et de toute figure revêtues et incrustées de cette matière pierreuse, qui non seulement en recouvre la surface , mais se moule aussi dans toutes les cavités "de leur intérieur ; et c'est à cet effet très-simple qu'on doit rapporter la cause qui
Sroduit ce que l'on appelle communément es pétrifications , lesquelles ne diffèrent des incrustations que par cette pénétration dans tous les vides et interstices de l'intérieur des matières végétales ou animales , à mesure qu'elles se décomposent ou pourrissent.
Dans les craies blanches et les marnes les
§lus pures on ne laisse pas de trouver des ifférences assez marquées, surtot t pour les sels qu'elles contiennent. Si on fan" bouillir quelque temps dans de l'eau distillée une certaine quantité de craie prise au pied d'une colline ou dans le fond d un vallon , et qu'après avoir filtré la liqueur on la laisse évaporer jusqu'à siccité, on en retirera du nitre et un mucilage épais d'un rouge brun; en certains lieux même le nitre est si abondant dans cette sorte de craie ou de marne, qui a ordinairement la forme de tuf , que l'on pourroit en tirer du salpêtre en très-grande quantité, et qu'en effet on en tire bien plus abondamment des décombres ou des murs bâtis de ce tuf crétacé que de toute autre matière. Si l'on fait la même épreuve sur la craie pelotonnée qui se trouve dans les fentes des rochers calcaires , et surtout sur ces masses de matière molle et légère de fleur de craie dont nous avons parlé, au lieu de nitre on n'en retirera souvent que du sel marin, sans aucun mélange d'autre sel , et en beaucoup plus grande quantité qu'on ne retire de nitre des tufs et des craies prises dans les vallons et sous la couche de terre végétale. Cette différence assez singulière ne vient que de la différente qualité des eaux ; car , indépendamment des matières terreuses et bitumineuses qui se trouvent dans toutes les eaux, la plupart contiennent des sels en assez grande auantité, et de nature différente, selon la différente qualité du terrain où elles ont passé ; par exemple, toutes les eanx dont les sources sont dans la couche de terre végétale ou limoneuse contiennent une as-
DE LA
lez grande quantité de nitre. 11 en est de même de l'eau des rivières et de la plupart des fontaines , au lieu que les eaux pluviales les plus pures , et recueillies en plein air avec précaution pour éviter tout mélange , donnent, après l'évaporation , une poudre terreuse très-fine, d'une saveur sensiblement salée, et du même goût que le sel marin. U en est de. même de la neige ; elle contient aussi du sel marin , comme de l'eau de pluie, sans mélange d'autres sels , tandis que les eaux qui coulent sur les terres calcaires ou végétales ne contiennent point de sel marin, mais du nitre. Les couches de marnes stratifiées dans les vallons, an pied des montagnes , sous la terre végétale , fournissent du salpêtre , parce que la pierre calcaire et la terre végétale, dont elles tirent leur origine, en contiennent. Au contraire , les pelotes