‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 3)Chapitre 12 sur 186 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Réflexions sur les expériences précédentes.

J'étaisdone assuré par les expériences que je viens de rapporter, que les femelles ont, comme “les mâles, une liqueur séminale qui contient des corps en mouvement; je m'étais confirmé de plus en plus dans l'opinion que ces corps en mouvement ne sont pas de vrais animaux, mais seulement des parties organiques vivantes ; je m'étais convaincu que ces parties existent non-seulement dans les liqueurs séminales des deux sexes, mais dans la chair même des animaux, et dans les germes des végétaux ; et pour reconnaitre si toutes les parties des animaux et tous les germes des végétaux contenaient aussi des parties organiques vivantes, je fis faire des infusions de la chair de différents animaux, et de plus de vingt espèces de graines de différentes plantes; je mis cette chair et ces graines dans de petites bouteilles exactement bouchées, dans lesquelles je mettais assez d’eau pour recouvrir d'un demi-pouce environ les chairs ou les graines; et les ayant ensuite observées quatre ou cinq jours après les avoir mises en infusion, j'eus la satisfaction de trouver dans toutes ces mêmes parties organiques enmouvement; les unes paraissaient plus tôt, les autres plus tard; quelques-unes conservaient leur mouvement pendant des mois entiers, d’autres cessaient plus tôt; les unes produisaient d'abord de gros globules en mouvement, qu'on aurait pris pour des animaux , et qui changeaient de figure, se séparaient et devenaient successivement plus

petits ; les autres ne produisaient que de petits globules fort actifs, et dont les mouvements étaient très-rapides; les autres produisaient des filaments quis'allongeaient et semblaient végéter, et quiensuite se gonflaientet laissaient sortir des milliers de globules en mouvement; mais il est inutile de grossir celivre du détail de mes observations sur les infusions de plantes, parce que M. Needham les a suivies avec beaucoup plus de soin que je n'aurais pu le faire moimême, et que cet habile naturaliste doit donner incessamment au publie le recueil des découvertes qu'il a faites sur cette matière; je lui avais lu le traité précédent, et j'avais très-souvent raisonné avec lui sur cette matière, eten partieulier sur la vraisemblance qu'il y avait que nous trouverions dans les germes des amandes des fruits, et dans les autres parties les plus substantielles des végétaux, des corps en mouvement, des parties organiques vivantes, comme dans la semence des animaux mâles et femelles. Cet excellent observateur trouva que ces vues étaient assez fondées et assez grandes pour mériter d'être suivies ; il commença à faire des observations sur toutes les parties des végétaux, et je dois avouer que les idées que je lui ai données, sur ce sujet, ont plus fructifié entre ses mains qu'elles n'auraient fait entre les miennes ; je pourrais en citer d'avance plusieurs exemples, mais je me bornerai à un seul, parce que j'ai ci-devant indiqué le fait dont il est question, et que je vais rapporter.

Pour s'assurer si les corps mouvants qu'on voit dans les infusions de la chair des animaux étaient de véritables animaux , ou si c'étaient seulement, comme je le prétendais, des parties organiques mouvantes, M. Needham pensa qu'il n'y avait qu'à examiner le résidu de la viande rôtie, parce que le feu devait détruire les animaux; et qu’au contraire si ces corps mouvants n'étaient pas des animaux, on devait les y retrouver comme on les trouve dans la viande crue; ayant done pris de la gelée de veau et d'autres viandes grillées et rôties, il les examina au microscope après les avoir laissées infuser pendant quelques jours dans de l’eau qui était contenue dans de petites bouteilles bouchées avec grand soin, et il trouva dans toutes des corps mouvants en grande quantité; il me fit voir plusieurs fois quelques-unes de ces infusions , et entre autres celle de gelée de veau, dans laquelle il y avait des espèces de corps en

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