‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 3)Chapitre 129 sur 186 · DU PRODUIT D’UNE LOUVE AVEC UN CHIEN · texte numérisé non relu

DU PRODUIT D’UNE LOUVE AVEC UN CHIEN

« En 1774, parut une louve en Basse-Normandie , qui se retirait dans le bois de Mont- Castre, proche lechâteau de Laune et le bourg de la Haye-du-Puits.

« Cette louve ayant pris plusieurs bestiaux dans les landes et marais des environs, les habitants du canton lui donnèrent la chasse, firent des battues à différentes reprises, mais toujours en vain : l'animal fin et subtil sut s'esquiver ; ils parvinrent seulement à l'expulser du pays, après qu'il y eut séjourné près d'un an.

« Mais ce qui étonna beaucoup dans les bat- « tues que l'on fit fut de voir plusieurs fois « avec cette louve un chien de l'espèce du lé- « vrier, qui s'était joint à elle , et qui apparte- « nait au seigneur de la paroisse de Mobeec, voi- « sine de la forêt de Mont-Castre.

« On sut que cette louve, étant sans doute en chaleur, venait la nuit dans les environs de la maison du seigneur de Mobec, faire des hurlements pour attirer à elle le chien, qui en effet allait la joindre; ce qui fit faire des représentations au seigneur de Mobec pour se défaire de son chien, qu'en effet il fit tuer.

« Mais la louve était pleine ; elle mit bas ses petits peu de temps après. Les habitants en trouvèrent cinq; on en apporta deux au chàteau de Laune. Le curé d'Angoville en éleva pendant quelque temps un qui paraissait tenir du loup et du chien ; mais il devint si méchant et si funeste à la basse-cour, qu'on fut obligé de le faire tuer.

« Le lévrier tué, les petits louveteaux pris, la louve ne reparut plus dans le pays.

« Ii est certain qu’elle était pleine du chien, puisqu'on les avait vus plusieurs fois ensemble; qu'il n'y avait pas de loup dans le canton , et qu’elle mit bas ses petits environ trois mois après qu'on se fut apercu de leur union et des hurlements qu'elle faisait pour attirer à elle le chien.

« Tout cela s’est passé depuis l'été de 1774 4 jusqu'à l'été de 1775, et est à la connaissance a de tous les habitants du canton.

« On a vu chez M. le comte de Castelmore un petit chien, âgé d'environ un an, et « d’une assez jolie forme, que on assurait

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« provenir d'une petite chienne et d'un re- « nard, »

Tous ces faits confirment ce que les anciens avaient avant nous observé ou soupconné ; car plusieurs d'eux ont écrit que les chiens pouvaient s’accoupler et produire avec les loups et les renards.

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