‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 3)Chapitre 154 sur 186 · ADDITION AU CHAT · texte numérisé non relu

ADDITION AU CHAT

J'ai dit, page 669, que {es chats dormaient moins qu'ils ne font semblant de dormir. Quelques personnes ont pensé, d'après ce passage, que j'étais dans l'opinion que les chats ne dormaient point du tout. Cependant je savais trèsbien qu'ils dorment; mais j'ignorais que leur sommeil fût quelquefois très-profond : à cette occasion j'ai reçu de M. Pasumot, de l'académie de Dijon, qui est fort instruit dans les différentes parties de l'histoire naturelle, une lettre dont voici l'extrait :

« Permettez-moi, monsieur , de remarquer « que je crois que vous avez dit, au sujet du chat, qu'il ne dormait point. Je puis vous assurer qu'il dort. A la vérité, il dort rarement; mais son sommeil est si fort, que c'est une espèce de léthargie. Je l'ai observé dix fois au moins sur les différents chats. J'étais assez jeune quand j'en fis l'observation pour la première fois. De coutume je couchais avec moi, daus mon lit, un chat que je plaçais toujours à mes pieds; dans une nuit que je ne dormais pas, je repoussai le chat qui me gèuait : je fus étonné de le trouver d'un poids si lourd , et en même temps si immobile, que je le crus mort ; je letirai bien vite avec la main , et je fus encore tout aussi étonné, en le tirant, de ne lui sentir aucun mouvement; je le remuai bien fort, et à force de l'agiter, il se réveilla, mais ce fut avec peine et lentement. J'ai observé le même sommeil par la suite; et la

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même difficulté dans le réveil; presque tou- « jours ç'a été dans la nuit : je l'ai aussi observé « durant le jour, mais une seule fois à la vérité, « et c'est depuis que j'ai eu lu ce que vous di- « tes du défaut de sommeil dans cet animal ; je « n'ai même cherché à l'observer qu'à cause de « ce que vous en avez dit. Je pourrais vous ci- « ter encore le témoignage d'une personne qui, « comme moi, a souvent observé le sommeil « d’un chat, même en plein jour et avec les « mêmes circonstances. Cette personne a même « reconnu de plus que quand cet animal dort « en plein jour, c'est dans le fort de la chaleur, et surtout lors de la proximité des orages. » M. de Lestrée négociant, de Châlons en Champagne , qui faisait coucher souvent des chats avec lui, a remarqué :

« 1° Que, dans le temps que ces animaux « font une espèce de ronflement, lorsqu'ils sont « tranquilles ou qu'ils semblent dormir, ils font « quelquefois une inspiration un peu longue, et « aussitôt une forte expiration, et que, dans ce « moment, ilsexhalent parla bouche une odeur « qui ressemble beaucoup à l'odeur du muse ou « de la fouine.

« 2° Quand ils apercoivent quelque chose qui « les surprend, comme un chien ou un autre « objet qui les frappe inopinément, ils font une « sorte desifflement faux, qui répand encore la « même odeur. Cette remarque n’est pas par- « ticulière aux mâles; car j'ai fait la même ob- « servation sur des chattes comme sur des « chats de différentes couleurs et de différents « âges. »

De ces faits, M. de Lestrée semblerait croire que le chat aurait dans la poitrine ou dans l’estomac quelques vésicules remplies d’une odeur parfumée, qui se répand au dehors par la bouche ; mais l'anatomie ne nous démontre rien de semblable.

Nous avons dit qu'il y avait à la Chine des chats à oreilles pendantes : cette variété ne se trouve nulle part ailleurs, et fait peut-être une espèce différente de celle du chat ; car les voyageurs, parlant d'un animal appelé sumæu, qui est tout-à-fait domestique à la Chine, disent qu'on ne peut mieux le comparer qu’au chat, avec lequelil a beaucoup de rapports. Sa couleur est noire ou jaune, et son poil extrèmement luisant. Les Chinois mettent à ces animaux des colliers d'argent au cou, et les rendent extrémement familiers : comme ils ne sont pas com-

HISTOIRE NATURELLE

DU CHAT

muns, on les achète fort cher, tant à cause de leur beauté, que parce qu'ils font aux rats la plus cruelle guerre.

Il y a aussi à Madagascar des chats sauvages rendus domestiques, dont la plupart ont la queue tortillée ; on les appelle saca : mais ces chats sauvages sont de la même espèce que les chats domestiques de ce pays, car ils s'accouplent et produisent ensemble.

Une autre variété que nous avons observée, c’est que dans notre climat, il naît quelquefois des chats avec des pinceaux à l'extrémité des oreilles. M. de Sève, que j'aurai occasion de citer plusieurs fois, m'écrit (16 novembre 1773), qu'il est né dans sa maison, à Paris, une petite chatte de la race que nous avons appelée chat d'Espagne , avec des pinceaux au bout des oreilles , quoique le père et la mère eussent les oreilles comme tous les autres chats, c’est-à-dire sans pinceaux ; et quelques mois après, les pinceaux de cette jeune chatte étaient aussi grands, à proportion de sa taille, que ceux du lynx de Canada.

On m'a envoyé récemment de Cayenne la peau d’un animal qui ressemble beaucoup à celle de notre chat sauvage, On appelle cet animal Aaira dans la Guiane , où l’on en mange la chair, qui est blanche et de bon goût; cela seul suffit pour faire présumer que le haira, quoique fort ressemblant au chat, est néanmoins d’une espèce différente : mais il se peut que le nom haïra soit mal appliqué ici; car je présume que ce nom est le même que {aira, et il n'appartient pas à un chat, mais à une petite fouine dont nous parlerons.

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