‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 3)Chapitre 57 sur 186 · NAIS · texte numérisé non relu

NAIS

près d'un huitième, parce que les femmes du peuple travaillent presque autant que les hommes, et que d'ailleurs il naît dans cette petite ville plus de filles que de garçons.

5° Comme elle est composée presque en enlier de petit peuple, lacherté des grains, en 1771, a diminué le nombre des mariages, ainsi qu'à

Montbard où il n'y en a eu que quatre, et à Vit-;

teaux six, au lieu de treize ou quatorze qu'il

doit y en avoir, année commune, dans cette

dernière ville,

Érar des Naissances, Mariages et Mortsdans le bourg d’Époisses, et dans les villages de Genay, Marigny-le-Cahouet et TFoutry,

NCES, MARIAGES,

Érar des Naissances, Mariages et Morts dans le bailliage entier de Semur en Auxois, contenant quatre-vingt-dix-neuf, tant villes que bourgs et villages, pour les années depuis 1770 jusques et compris 1774.

ETCe

BAPTÈMES.

Filles.

—— Garçons. |

bailliage de Semur en Auxois, depuis1770 |

Jjusques et compris 1774, avec leur population actuelle.

BAPTÈMES.

MORTUAIRES

Garçons.| Filles.

1772. ceonee e »

LL PETER AT srocuss

1° Par cette table, trois mariages donnent à peu près dix-huit enfants ; ainsi les villages, bourgs et petites villes où il y a beaucoup de peuple et peu de gens aisés produisent beau-

coup plus que les villes où il y a beaucoup de |

bourgeois ou gens riches.

2° Il naït plus de garcons que de filles, dans |

la proportion de 25 à 23 à peu près.

3° 1] nait plus d'un quart de personnes de plus qu'il n'en meurt.

4° Il meurt un peu plus de femmes que d'hommes.

5° Le nombre des mariages a été diminué très-considérablement par la cherté des grains en 1771 et 1772.

6° Enfin, la population d'Époisses s’est trou- |

vée, par un dénombrement exact, de 1001 personnes ; celle de Genay, de 599 personnes ; celle de Marigny-le-Cahouet, de 671 personnes; et celle de Toutry, de 390 personnes ; ce qui fait en totalité 2661 personnes. Et comme le nombre moyen des morts, pendant ces cinq années,

est de 75 5, et qu'en multipliant ce nombre par 354, on retrouve ce même nombre 2661, il est certain qu'il ne meurt dans ces bourgs et villages qu’une pers onne sur trente-cinq au plus.

+ LES a

On voit par cette table, 1° qu’en général le nombre des naissances des garcons excède celui des filles de plus d’un dixième; ce qui est bien considérable, et d’autant plus singulier que, dans les quatre-vingt-dix-neuf paroisses contenues dans ce bailliage, il y en a quarante-deux dans | lesquelles il naît plus de filles que de garçons, ou tout au moins un nombre égal des deux | sexes; et dans ces quarante-deux lieux sont comprises les villes de Monthard, Vitteaux, et nombre de gros villages, tels que Braux , Mil- | Jery, Savoisy, Thorrey, Touillon, Villeine-les- | Prévôtes, Villeberny, Grignon, Étivey, ete. En prenant la somme des garcons et des filles nés dans ces quarante-deux paroisses , pendant les dix années pour Montbard , et les cinq années pour les autres lieux depuis 1770 à 1774,ona 1840 filles et 1690 garçons, c'est-à-dire un dixième à très-peu pres de filles plus que de | garçons. D'où il résulte que dans les cin- | quante-sept autres paroisses où se trouvent |les villes de Semur-et de Flavigny, et les bourgs d'Époisses, Moutier-Saint-Jean , etc., il est né 2695 garçons et 2040 filles, c’est-à- dire à très-peu près un quart de garçons plus que : de filles; en sorte qu'il parait que dans les lieux où toutes les circonstances s'accordent pour la plus nombreuse production des filles, la nature agit bien plus faiblement que dans ceux où les | circonstances s'accordent pour la production des garcons, et c'est ce qui fait qu'en général le nombre des garcons, dans notre climat, est plus grand que celui des filles : maisilne serait guère possible de déterminer ce rapport au juste, à moins d'avoir le relevé de tous les registres &u royaume. Si l'on s'en rapporte sur cela au tra- | vail de M. l'abbé d’Expilly, il se trouve un

treizième plus de garçons que de filles, et je ne serais pas éloigné de croire que ce résultat est assez juste;

20 Que le nombre moyen des mariages pen-

dant les années 1770,1772,1773et1774, tant |

de 326 #, la misère de l'année 1771 a diminué ce nombre de mariages d’un quart, puisqu'il n'y en a eu que 245 dans cette année ;

3° Que trois mariemes donnent à peu près seize enfants ;

4° Qu'il meurt plus d'hommes que de femmes, dans la proportion de 33 à 31, et qu'il nait aussi plus de mâles que de femelles , mais dans une plus grande proportion, puisqu'elle est à peu près de 43 à 39 ;

5° Qu'en général il nait plus d'un quart de monde qu'il n'en meurt dans ce bailliage;

60 Que le nombre des morts s’est trouvé plus grand en 1772, par les suites de la misère de 1771.

Voici la liste des lieux dont j'ai parlé, et dans lesquels il naît autant ou plus de filles que de garçons , dans ce même bailliage d’Auxoïis.

Garçons. Fliles.

Montbard, pour dix ans... . ........ 415 413 Vitteaux , pour cinq £nS. « « «+ «+ « » 205 212 Millery, pour cinq ans, . . « + « + « + « 48 55 Braux , pour Cinq anS.. « « « + + + « » sr 40452 Savoisy, pour cinq ANS. . + « « + « + + + + « 53 95

Thorrey-sous-Charny, pour cinq ans. . .. 40 56 Villaine-lès-Prévôtes , pour cinq ans. . . .. 40 45

Villeberny, pour cinq ans. . . - . . . .« . . 46 50 Grignon, pour cinq ans. « + +... 54 54 Étivey, pour cinq ans. . « « . + + + + + « . 48 48 Corcelle-lès-Grignon, pour cinq ans. . .. 356 37 Grosbois, pour cinq ans. « « « . « + + + - « 53 351 Nesles, pour Cinq a1S.. 4... +++... 38 40 Vizerny, pOur Cinq ans. +. «+ «+ … » . 54 54

Touillou , pour cinq ans. . « « + + + + + + « 58 40 Saint-Thibaut, pour cinq ans. . ...... 55 54

Suint-Beury, pour cinq ans. . . . . Mn Pisy, pour cinq ?n8.. « « «eue 55 41 Toutry, pour cinq ans. . . . ++... 22 51 Athie, pour cinq ans. . . . . . OS CM RE Corcelle-lès-Semur, pour cinq ans . . . .. 25 24 Crépend, pour cinq ans. : « + + « « « ete 20 02e Étais, POUF CINQ ANS. . es +» « 20 28 Flée, pour cinq ans... . ..... 22 26 Magny-la-Ville, pour cinq ans. . . . + « + . 26 26 Nogent-lès-Montbard, pour cinq ans. . . . 20 20 Normier ,pour Cinq ans.. « + + « + «+ + « » » 2 50 Saint-Manin , pour cinq ans. . « + : + + » « 23 24 Vieux-Château , pour cinq ans. . . . + » - « 222,122 Charigny , pour Cinq ans. . . + + + + + + « » 20 25

Luceney-le-Duc, pour cinq ans. . . - .« « - 28 50 Dampierre, pour cinq ans. . . . . . . » 16 18

A reporter, , , , . 4577 1690

HISTOIRE NATURELLE

Garçons. Filles,

Ci-contre. ...5..4. 0... 1577 1590 Dracy, Pour CINQ ans... 0.10 10.0 120012 Marsigny-sous-Thil, pour cinq ans. . . . . 417. 2: Montigny-Saint-Barthélemi , LE cinq ans. 13 18 Planay, puur.cinq ans, . « . « ee... + » 135 19 Verré-sous-Drée, pour cinq ans. . . . . . . 11 11 Massigny-lès-Vitteaux, pour cinq ans. . .. 18 25 Cessey, pour cinq ans. . : « . . ‘ 9 2

Corcelotte-en-Montagne, pour cinq ans. . . 6 19 Massilly-lès-Vilteaux, pour cinq ans. . . . . 6 9 Saint-Authot, pour cinq ans. ........ 6 9

Total. . . . 1690 1840

Les causes qui concourent à la plus nombreuse production des filles sont très-difficiles à deviner. J'ai rapporté dans cette table les lieux où cet effet arrive, et je ne vois rien qui les distingue des autres lieux du même pays, sinon que généralement ils sont situés plus en montagnes qu'en vallées, et qu'en gros ce sont les endroits les moins riches et où le peuple est le plus mal à l'aise; mais cette observation demanderait à être suivie et fondée sur un beaucoup plus grand nombre que sur celui de ces quarante-deux paroisses , et l'on trouverait peut-être quelque rapport commun , sur lequel on pourrait appuyer des conjectures raisonnables, et reconnaitre quels sont les inconvénients qui , dans de certains endroits de notre climat, déterminent la nature à s’écarter de la loi commune, laquelle est de produire plus de mâles que de femelles.

Érar des Naissances , Mariages et Morts dans le bailliuge de Saulieu en Bourgogne, contenant quarunte , tant villes que bourgs et villages, pour les années depuis 1770 jusques et compris 1772.

On voit par cette table, 1° que le nombre des naissances des garcons excède celui des naissances des filles d'environ un quart, quoique dans les trente-neuf paroisses qui composent ce bailliage !, il y en ait dix-huit où il naît plus

1 Ce bailliage de Saulieu est réellement composé de quarante paroisses ; mals l'on n'a pu avoir les registres de celle de Sa-

NAISSANCES, MARIAGES, exc.

de filles que de garçons, et dont voici la liste.

Garçons. Filles

Saint-Léger-de-Foucheret, pour trois ans. . 66 76 Saint-Léger-de Fourche, pour trois ans... 52 55 Schissey, pour {rois ans. , . . . . RP SP ASS Rouvray, pour trois ans. . . . . . . .:. . . 58 41 Villargoix, pour trois ans. . . , . . . . . . 37 40 Saint-Agnan, pour trois ans. . . . . . . . . 54 57 Cencerey, pour trois ans. . . . . CB La Marcilly, pour trois ans. . . . . . . . . . . 23 24 Blanot, pour trois ans. . . . . . . . . . . . 22 24 Saint-Didier, pour trois ans. . . . . . . . . 21-025 Minery, pour trois ans. . . . . . . . . « . 19: 29 Pressy, pour trois ans. . . . . . . « « + + « 19-26 Brasey, pour trois ans. . . . . . .« . . . : 18° 21 AÏsy, pour trois ans. « .. . .. ... ... {70 724 Noïdan, pour trois ans.. . . . . . . . . .. 15 29 Molphey, pour trois ans. , . . . . . . . . io it

Mile OUNETOIs ans. . . si... - + NN A0 | 14 Charny, pour trois ans !

Le nombre total des filles pour trois ans étant 581 , et celui des garçons 488, il est, par conséquent , né presque un sixième de filles plus que de garcons, ou six filles pour cinq garcons dans ces dix-huit paroisses. D'où il résulte, 2°que dans les vingt-une autresparoisses, où se trouvent la ville de Saulieu , le bourg d’Aligny et les autres lieux les moins pauvres de ce bailliage, ilest né 1077 garçons et 897 filles, c'est-à-dire un cinquième de garcons plus que de filles;

30 Que le nombre des mariages n'ayant été que de 117 en 1771, au lieu qu'il a été de 181 en 1770', et de 150 en 1772, on retrouve ici, comme dans le bailliage d'Auxois, que cela ne peut être attribué qu'à la cherté des grains en 1771;et, comme ce bailliage de Saulieu esi beaucoup plus pauvre que celui de Semur, le nombre des mariages, qui s'est trouvé diminué d'un quart dans le bailliage de Semur, se trouve ici diminué de moitié par la misère de cette année 1771 ;

49 Que trois mariages donnent dix-huit trois quarts d'enfants dans ce même bailliage, où il n'ya, pour ainsi dire, que du peuple, duquel, comme je l'ai dit, les mariages sont toujours plus prolifiques que dans les conditions plus élevées ;

50 Qu'il meurt plus de femmes que d'hommes, par la raison qu'elles y travaillent plus que dans

villy. qui n'est , par conséquent , pas comprise daus l'état cidessus.

un district moins pauvre, tel que celui de Semur, où il meurt au contraire plus d'hommes que de femmes;

69° Qu'il nait plus d'un tiers d'enfants de plus qu'il ne meurt de personnes dans ce bailliage;

79 Que le nombre des morts s'est trouvé beaucoup plus grand dans l'année 1772, comme dans les autres districts, et par les mêmes raisons .

Si l'on prend le nombre moyen des morts pour une année, on trouvera que ce nombre dans le bailliage de Saulieu est de 739 5, et que ce nombre, dans le bailliage de Semur, est 12815, dont lasomme est 2020 # :0r, le dernier de ces bailliages contient quatre-vingt-dix-neuf paroisses, et le premier trente-neuf, ce qui fait pour les deux, centtrente-huit lieux ou paroisses. Or, suivant M. l'abbé d'Expilly, toutle royaume de France contient quarante et un mille paroisses : la population dans ces deux bailliages de Semur et de Saulieu est donc à la population de tout le royaume à très-peu près comme 138 sont à 41000. Mais nous avons trouvé, par les observations précédentes, qu'il faut multiplier par 35 au moins le nombre des morts annuels, pour connaitre le nombre des vivants : multipliant done 2020 #, nombre des morts annuels &ans ces deux bailliages, on aura 70732? pour la population de ces deux bailliages, et par conséquent 21 millions 14 mille 777 pour la population totale Œu royaume, sans y comprendre la ville de Paris, dont nous avons estimé la population à 658 mille; ce qui ferait en tout 21 millions 672 mille 777 personnes dans tout le royaume, nombre qui ne s'éloigne pas beaucoup de 22 millions 14 mille 357, donné par M. l'abbé d'Expilly, pour cette même popu lation. Mais une chose qui ne me parait pas aussi certaine, c’est ce que ce très-estimable auteur avance au sujet du nombre des femmes, qu'il dit surpasser constamment le nombre des hommes vivants. Ce qui me fait douter de cet allégué, c'est qu'à Paris il est démontré, par les tables précédentes, qu'ilnait annuellement plus de garcons que de filles, et de même qu'il meurt annuellement dans cette ville plus d'hommes que de femmes : par conséquent le nombre des hommes vivants doit surpasser celui des femmes vivantes. Et à l'égard de la province, si nous prenons le nombre des naissances annuelles des garcons et des filles, et le nombre annuel des morts des hommes et des femmes

dans les deux bailliages dont nous venons de donner les tables, nous trouverons 1370 garcons et 1265 filles nés annuellement, et nous aurons 1023 hommes et 998 femmes morts annuellement. Dès lors il doit y avoir un peu plus d'hommes que de femmes vivantes dans les provinces , quoique en moindre proportion qu'à Paris, et malgré les émigrations auxquelles les hommes sont bien plus sujets que les femmes.

Comparaison de la mortalité dans la ville de Paris, et dans les campagnes, à dix, quinze el vingt lieues de distance de cette ville.

Par lestables que j'ai données, pages 220 et suivantes, de la mortalité, il parait que sur 13189 personnes il en meurt

dans les deux premières À PARIS. A LA CAMPAGNE.

années de la vie. . . . 4151 5758 depuis 2 jusqu'à 5 ans, 1410 957 5 10 740 585

90 100et au-dess. 59 16

En comparant la mortalité de Paris avec celle de la campagne aux environs de cette ville, à dix et vingt lieues, on voit done que sur un même nombre de 13189 personnes, il en meurt dans les deux premières années de la vie 5738 à la campagne, tandis qu’il n'en meurt à Paris

que 4131. Cette différence vient principalement | de ce qu'on est dans l'usage à Paris d'envoyer |

les enfants en nourrice à la campagne ; en sorte qu'il doit nécessairement y mourir beaucoup plus d'enfants qu'à Paris. Par exemple, si l'on fait une somme des 5738 enfants morts à la campagne, et des 4131 morts à Paris, on aura

9869, dont la moitié 4935 est proportionnelle |

au nombre des enfants quiseraient morts à Paris s'ils y eussent été nourris. En ôtant donc 4131 de 4935, le nombre S04 qui reste représente celui des enfants qu'on a envoyé noufrir à la campagne; d'où l'on peutconclure que, de tous les enfants qui naissent à Paris, il y en a plus d'un sixième que l'on nourrit à la campagne.

Mais ces enfants, dès qu'ils ont atteint l'âge de deux ans , et même auparavant, sont rame-

HISTOIRE NATURELLE

nés à Paris, pour la plus grande partie, et rendus à leurs parents : c'est par cette raison que sur ce nombre 13189 il paraît qu'il meurt plus d'enfants à Paris, depuis deux jusqu'à cinq ans, qu'il n'en meurt à la campagne; ce qui est tout le contraire de ce qui arrive dans les deux premières années.

Il en est de même à la troisième division des âges, c'est-à-dire de cinq à dix ans; il meurt plus d'enfants de cet âge à Paris qu'à la campagne.

Mais depuis l’âge de dix ans jusqu'àquarante, on trouve constamment qu'il meurt moins de personnes à Paris qu'à la campagne, malgré le grand nombre de jeunes gens qui arrivent dans cette grande ville de tous côtés; ce qui semblerait prouver qu’il sort autant de natifs de Paris qu'il en vient du dehors. Il parait aussi qu'on pourrait prouver ce fait par la table précédente, qui contient les extraits de baptèmes , comparés avec les extraits mortuaires , dont la différence, prise sur cinquante-huit années consécutives , n’est pas fort considérable, le total des naissances à Paris étant, pendant ces cinquantehuit années, de 1 million 74 mille 367, et ie total des morts, 1 million 87 mille 995; cequi ne fait que 13628, sur 1 million 87 mille 995, ou une soixante-quinzième partie de plus environ; en sorte que, tout compensé, il sort de Paris à peu près autant de monde qu'il y en entre : d'où l'on peut conclure que la fécondité de cette grande ville suffit à sa population, à une soixante-quinzième partie près.

Ensuite, en comparant, comme ci-dessus , la mortalité de Paris à celle de la campagne, depuis l’âge de quarante ans jusqu'à la fin de la vie, on voit qu'il meurt constamment plus de monde à Paris qu'à la campagne, et cela d’au-

| tant plus que l’âge est plus avancé; ce qui parait

prouver que les douceurs de la vie font beaucoup à sa durée , et que les gens de la campagne plus fatigués , plus mal nourris, périssent en général beaucoup plus tôt que ceux de la ville.

Comparaison des tables de la mortalité en France, avec les tables de la mortalité à Londres.

Les meilleures tables qui aient été faites à Londres sont celles que M. Corbyn-Morris a publiées en 1759, pour trente années, depuis 1728 jusqu'à 1757. Ces tables sont partagées ,

NAISSANCES, MARIAGES, grec.

pour le nombre des mourants, en douze parties, savoir : depuis la naissance jusqu'à deux ans accomplis, de deux ans jusqu'à cinq ans révolus; de cinq ans jusqu'à dix ans, de dix à vingt ans, de vingt à trente ans, de trente à quarante ans, de quarante à cinquante ans, de cinquante à soixante ans, de soixante à soixantedix ans, de soixante-dix à quatre-vingts ans, de quatre-vingts à quatre-vingt-dix ans, et de quatre-vingt-dix ans à cent ans et au-dessus.

J'ai partagé mes tables de même, et j'ai trouvé, par des règles de proportion, les rapports suivants :

Sur 23994, il en meurt :

dans les deux premières EN FRANCE. A LONDRES. années de la vie.. . . . 8852 8028 de 2 à 5 ans révolss, 2194 1904 5 10 1219 806 10 20 958 722 20 50 1596 2085 50 40 1654 2491 40 50 1707 2622 50 60 1716 2026 60 70 1915 1584 70 80 1742 1156 80 90 578 515 90 100 85 76

Mais, comme le remarque très-bien M. Corbyn , les nombres qui représentent les gens adultes, depuis vingt ans et au-dessus, sont beaucoup trop forts , en comparaison de ceux qui précèdent et qui représentent les personnes de dix à vingt ans, ou les enfants de cinq à dix ans; parce qu'en effet il vient à Londres, comme dans toutes les autres grandes villes, un très-grand nombre d'étrangers et de gens de la campagne , et beaucoup plus de gens adultes etau-dessus de vingt ans qu'au-dessous. Ainsi, pour faire notre comparaison plus exactement, nous avons séparé, dans notre table, les douze paroisses de la campagne, et, ne prenant que les trois paroisses de Paris, nous en avons tiré les rapports suivants, pour la mortalité de Paris, relativement à celle de Londres.

Sur 13189, il en meurt :

dans les deux premières À PARIS. A LONDRES, années de la vie. . . . 4151 2415 de 2? à 5 ans révolus, 14:10 1046 5 10 740 443 10 20 507 396 20 50 693 1146 50 40 885 1570 40 50 962 1442

Par la comparaison de ces tables, il parait qu'on envoie plus d'enfants en nourrice à la campagne à Paris qu'à Londres, puisque, sur le même nombre 13189, il n'en meurt à Paris que 4131, tandis qu'il en meurt à Londres 4413, et que, comme par la même raison il en rentre moins à Londres qu'à Paris, ilen meurt moins aussi à proportion depuis l'âge de deux aus jusqu’à cinq, et même de cinq à dix , et de dix à vingt.

Mais depuis vingt jusqu'à soixante ans, le nombre des morts de Londres excède de beaucoup celui des morts de Paris, et le plus grand excès est de vingt à quarante ans; ce qui prouve qu'il entre à Londres un très-crand nombre de gens adultes qui viennent des provinces, et que la fécondité de cette ville ne suffit pas pour en entretenir la population, sans de grands suppléments tirés d'ailleurs. Cette même vérité se confirme par la comparaison des extraits de baptêmes avec les extraits mortuaires, par laquelle on voit que pendant les neuf années, depuis 1728 jusqu’à 1736, le nombre des baptèmes à Londres ne s'est trouvé que de 154957, tandis que celui des morts est de 239327; en sorte que Londres a besoin de se recruter de plus de muitié du nombre de ses naissances pour s’entretenir, tandis que Paris se suffit à lui-même à un soixante-quinzième près. Mais cette nécessité de supplément pour Londres parait aller en diminuant un peu ; car en prenant le nombre des naissances et des morts pour neuf autres années plus récentes , savoir : depuis 1749 jusqu'à 1757 , celui des naissances se trouve être 133299 , et celui des morts 196830, dont la différence proportionnelle est un peu moindre que celle de 154957 à 239327 qui représente jes naissances et les morts des neuf années, depuis 1728 jusqu'à 1736. Le total de ces nombres marque seulement qu'en général la population de Londres a diminué depuis 1736 jusqu'en 1757 d'environ un sixième, et qu'à mesure que la population a diminué, les suppléments étrangers se sont trouvés un peu moins nécessaires.

Le nombre des morts est done plus grand à Paris qu'à Londres, depuis deux ans jusqu'à

vingt ans , ensuite plus petit à Paris qu'à Londres, depuis vingt ans jusqu'à cinquante ans; à peu près égal depuis cinquante à soixante ans, et enfin beaucoup plus grand à Paris qu'à Londres, depuis soixante ans jusqu'à la fin de la vie; ce qui parait prouver qu'en général on vieillit beaucoup moins à Londres qu'à Paris, puisque, sur 13189 personnes, il y en a 2799 qui ne meurent qu'après soixante ans révolus à Paris, tandis que sur ce même nombre 13189, il n'y en à que 1820 qui meurent après soixante ans à Londres; en sorte que la vieillesse parait avoir un tiers plus de faveur à Paris qu'à Londres.

. , : 0 | Si l'on veut estimer la population de Lon-

dres , d’après les tables de mortalité des neuf années, depuis 1749 jusqu'en 1757, on aura pour le nombre annuel des morts 21870, ce qui, étant multiplié par 35, donne 765450 ; en sorte que Londres contiendrait à ce compte 107450 personnes de plus que Paris ; mais cette réele de trente-cinq vivants pour un mort, que je crois bonne pour Paris, et plus juste encore pour les provinces de France, pourrait bien ne pas convenir à l'Angleterre. Le chevalier Petty (1), dans son Arithumélique politique, ne conipte que trente vivants pour un mort, ce qui ne donnerait que 656100 personnes vivantes à Londres : mais je crois que cet auteur, très judicieux d'ailleurs, se trompe à cet égard ; quelque différence qu'il y aitentreles influences du climat de Paris et de celui de Londres, elle ne peut aller à un septième pour la mortalité: seulement il me parait que dans le fait, comme l'on vieillit moins à Londres qu'à Paris, il conviendrait d'estimer 31 le nombre des vivants relativement aux morts; et prenant 31 pour ce nombre réel, on trouvera que Londres contient 677970 personnes, tandis que Paris n’en contient que 658000. Ainsi Londres sera plus peuplé que Paris d'environ un trente-troisième, puisque le nombre des habitants de Londres ne surpasse celui des habitants de Paris que de 19970 personnes sur 658000.

Ce qui me fait estimer 31 le nombre des vivants, relativement au nombre des morts à Londres, c'est que tous les auteurs qui ont recueilli des observations de mortalité s'accordent à dire qu'à la campagne, en Angleterre, il mueurt un sur trente-deux, et à Londres un

! Essays in political arithmetick. London , 1785.

HISTOIRE NATURELLE

sur trente, et je pense que les deux estimations sont un peu trop faibles : on verra dans la suite qu'en estimant 31 pour Londres, et 33 pour la campagne en Angleterre, on approche plus de la vérité.

L'ouvrage du chevalier Petty est déjà ancien , et les Anglais l'ont assez estimé pour qu'il y en ait eu quatre éditions, dont la dernière est de 1755. Ses premières tables de mortalité

. commencent à 1665 et finissent à 1682; mais,

en ne prenant que depuis l’année 1667 jusqu'à 1682, parce qu'il y eut une espèce de peste à Londres qui augmenta du triple le nombre des morts, on trouve pour ces seize années 196196naissances et 308335 morts; ce qui prouve invinciblement que dès ce temps Londres, bien loin de suffire à sa population, avait besoin de se recruter tous les ans de plus de la moitié du nombre de ses naissances.

Prenant sur ces seize ans la mortalité moyenne annuelle, on trouve 19270 5%, qui, multipliés par 31, donnent 597399 pour le nombre des habitants de Londres dans ce temps. L'auteur dit 669930 en 1682, parce qu'il n'a pris que les deux dernières années de la table; savoir: 23971 morts en 1681, et 20691 en 1682, dont le nombre moyen est 22331, qu'il ne multiplie que par 30 (1 sur 30, dit-il, »#ourant annuellement, suivant les observations sur les billets de mortalilé de Londres, imprimés en 1676); et cela pouvait être vrai dans ce temps, car, dans une ville où il ne nait que deux tiers, et où il meurt trois tiers, il est certain que le dernier tiers, qui vient du dehors, n'arrive qu'adulte ou du moins à un certain âge, et doit par conséquent mourir plus tôt que si ce même nombre était né dans la ville. En sorte qu'on doit estimer à trente-cinq vivants contre un mort la population dans tous les lieux dont la fécondité suffit à l'entretien de leur population, et qu'on doit au contraire estimer au-dessous, c'est-à-dire à 33, 32, 31, etc., vivants pour un mort, la population des villes qui ont besoin de recrues étrangères pour s'entreteuir au même degré de population.

Le même auteur observe que, dans la campagne en Angleterre, il meurt un sur trentedeux , et qu'il naît cinq pour quatre qui meurent. Ce dernier fait s'accorde assez avec ce qui arrive en France; mais si le premier fait est vrai, il s'ensuit que la salubrité de l'air en France est plus grande qu'en Angleterre, dans

NAISSANCES, MARIAGES, grec.

le rapport de 35 à 32; car il est certain que, dans la campagne en France, il n'en meurt qu'un sur trente-cinq.

Par d’autres tables de mortalité , tirées des registres de la ville de Dublin, pour les années 1668, 1672, 1674, 1678, 1679 et 1680, on voit que le nombre des naissances dans cette ville, pendant ces six années, a élé de 6157; ce qui fait 1026, année moyenne. On voit de même que, pendant ces six années, le nombre des morts a été de 9865, c'est-à-dire de 1644, année moyenne : d'où il résulte, 1° que Dublin a besoin, comme Londres, de secours étrangers pour maintenir sa population dans la proportion de 16 à 10; en sorte qu'il est nécessaire qu'il arrive à Dublin tous les ans trois huitièmes d'étrangers.

2° La population de cette ville doit s'estimer, comme celle de Londres, en multipliant par 31 le nombre annuel des morts ; ce qui donne 50964 personnes pour Dublin, et 597399 pour Londres ; et, si l’on s’en rapporte aux observations de l’auteur, qui dit qu'il ne faut compter que trente vivants pour un mort, on ne trouvera pour Londres que 578130 personnes, et pour Dublin 49320 ; ce qui me paraît s'éloigner un peu de la vérité; mais Londres a pris depuis ce temps beaucoup d’accroissement, comme nous le dirons dans la suite.

Par une autre table des naissances et des morts pour les mêmes six années à Londres, et dans lesquelles on a distingué les mâles et les femelles , il est né 6332 garcons et 5940 filles, année moyenne, c'est-à-dire un peu plus d’un quinzième de garcons que de filles; et, par ies mêmes tables, il est mort 10424 hommes et 9505 femmes, c'est-à-dire environ un dixième

d'hommes plus que de femmes. Et si l'on prend |

le total des naissances qui est de 1 ELNIe total des morts qui est de 19929, on voit que, dès ce temps, la ville de Londres tirait de l’étranger plus de moitié de ce qu’elle produit elle-même pour l'entretien de sa population.

Par d’autres tables, pour les années 1683, 1684 et 1685, le nombre des morts à Londres s’est trouvé de 22337, année moyenne, et l’auteur dit qu'à Paris le nombre des morts, dans les trois mêmes années, a été de 19887, année moyenne; d'où il conclut, en multipliant par

l'avons dit, on doit multiplier à Paris le nombre des morts par 35, ce qui donne 696045; et il serait singulier qu'au lieu d'être augmenté, Paris eût diminué d'habitants depuis ce temps: car, à prendre les trois dernières années de notre table de la mortalité de Paris, savoir : les années 17641765 et 1766 , on trouve que le nombre des morts, année moyenne, est de 19205 #; ce qui, multiplié par 35, donne 672167 pour la population actuelle de Paris, c'est-àdire 23878 de moins qu'en l’année 1685.

Prenant ensuite la table des naissances et des morts dans la ville de Londres , depuis l'année 1686 jusques et compris l’année 1758, où finissent les tables de M. Corbyn-Morris, on trouve que dans les dix premières années, c'est-à-dire, depuis 1686 jusques et compris 1695 , il est né 75400 garçons et 71454 filles, et qu'il est mort dans ces mêmes dix années, 112825 hommes et 106798 femmes; ce qui fait, année moyenne , 7540 garcons et 7146 filles, en tout 14686 naissances; et pour l’année moyenne des morts 11282 hommes et 10680 femmes , en tout 21962 morts. Comparant ensuite les naissances et les morts pendant ces dix premières années , avec les naissances et les morts pendant les dix dernières, c'est-àdire depuis 1749 jusques et compris 1758, on trouve qu'il est né 75594 garçons et 71914 filles, etqu'il est mort, dans ces mêmes dix dernières années , 106519 hommes et 107892 femmes ; ce qui fait, année moyenne, 7559 garcons et 7191 filles , en tout 14750 naissances ; et pour l’année moyenne des morts 10652 hommes et 10789 femmes, en tout 21441 morts : en sorte que le nombre des naissances, à cette dernière époque , n'excède celui des naissances à la première époque , que de 64 sur 14686, et le nombre des morts est moindre de 521 ; d’où il suit qu’en soixante-treize années la population de Londres n'a point augmenté , et qu’elle était encore en 1758 ce qu'elle était en 1686, c’est-à-dire trente etune fois 21701 5 ou 672746, et cela tout au plus ; car, si l'on ne multipliait le nombre des morts que par 30, on ne trouverait que 651045 pour la population réelle de cette ville. Ce nombre de trente vivants pour un mort dans la ville de Londres a été adopté par tous les auteurs anglais qui ont écrit sur

30 , que le nombre des habitants de Londres | cette matière: Graunt, Petty , Corbyn-Morris,

était dans ce temps de 700110, et celui des ha- |

bitants de Paris, de 596610. Mais comme nous

Smart et quelques autres, semblent être d'accord sur ce point. Néanmoins je crois qu'ils ont

pu se tromper, attendu qu'il y a plus de différence entre 30 et 35 qu'on n'en doit présumer dans la salubrité de lair de Paris relativement à celui de Londres.

On voit aussi, par cette comparaison, que le nombre des enfants mâles surpasse celui des femelles à peu près en même proportion dans les deux époques; savoir, d’un dix-huitième dans la première époque, et d’un peu plus d’un dix-neuvième dans la seconde.

Et enfin cette comparaison démontre que Londres a toujours eu besoin d'un grand supplément tiré du dehors pour maintenir sa population , puisque, dans ces deux époques éloignées de soixante-dix ans, le nombre des naissances à celui des morts n’est que de 7 à 10, ou de 7 à 11, tandis qu'à Paris les naissan-

ces égalent les morts à un soixante-quinzieme |

près.

Mais, dans cette suite d'années, depuis 1686 jusqu'à 1758, il y a eu une période de temps,

même assez longue, pendant laquelle la popu- | ce nombre des habitants de Londres était

lation de Londres était bien plus considérable ;

savoir : depuis l'année 1714 jusqu’à l'année | | sur la première époque, et d’un peu moins

1734; car, pendant cette période qui est de vingt et un ans, le nombre total des naissances a été de 377569, c'est-à-dire de 17979 !, année moyenne, tandis que dans les vingt et une pre-

HISTOIRE NATURELLE

Londres est beaucoup moins peuplé qu'il ne l'était dans l’époque intermédiaire de 1714 à 1734, et que même il l’est moins qu'il ne l'était à la première époque de 1686 à 1706.

Cette vérité se confirme par l'inspection de la liste des morts dans ces trois époques.

Dans la première, de 1686 à 1706, le nombre des morts, année moyenne, a été 21159 2.

Dans la dernière époque, depuis 1738 jusqu'à 1758, ce nombre des morts, année moyenne, a été 23845 ;; et dans l’époque intermédiaire, depuis 1714 jusqu'en 1734, ce nombre des morts, année moyenne, se trouve être de 26463 ©; en sorte que la population de Londres devant être estimée par la multiplication du nombre annuel des morts par 31 , on trouvera que ce nombre étant dans la première période, de 1686 à 1706, de 21159 2, le nombre des habitants de cette ville était alors de 655949; que dans la dernière période, de 1738 à 1758 , ce nombre était de 739205, mais que dans la période intermédiaire de 1714 à 1734,

820370, c’est-à-dire beaucoup plus d'un quart

d'un neuvième sur la dernière. La population de cette ville, prise depuis 1686, a donc d'abord

| augmenté de plus d’un quart jusqu'aux années

mieres années, depuis 1686 jusqu'à 1706, le |

nombre des naissances, année moyenne n'a été que de 15131 !, et dans les vingt et une dernières années , savoir, depuis 1738 jusqu'à 1758, ce même nombre de naissances , année

moyenne, n’a aussi été que de 14797 &; en |

sorte qu'il parait que la population de Londres

a considérablement augmenté depuis 1686 jus- |

qu'à 1706, qu'elle était au plus haut point dans la période qui s'est écoulée depuis 1706 jusqu'à 1737, et qu'ensuite elle a toujours été en dimi-

nuant jusqu'en 1758; et cette diminution est |

fort considérable , puisque le nombre des naissances, qui était de 17979 dans la période intermédiaire , n'est que de 14797 dans la derniere période; ce qui fait plus d'un cinquième de moins : or la meilleure manière de juger de l'accroissement et du décroissement de la population d'une ville, c’est par l'augmentation et la diminution du nombre des naissances , et d'ailleurs les suppléments qu’elle est obligée de tirer de l'étranger sont d'autant plus considérables que le nombre des naissances y devient plus petit : on peut donc assurer que

1724 et 1725, et depuis ce temps elle a diminué d’un neuvième jusqu'à 1758 : mais c’est seulement en l’estimant par le nombre des morts ; car si l'on veut l’évaluer par le nombre des naissances, cette diminution serait beaucoup plus grande, et je l’arbitrerais au moins à un septième. Nous laissons aux politiques anglais le soin de rechercher quelles peuvent être les causes de cette diminution de la population dans leur ville capitale.

Il résulte un autre fait de cette comparaison, c'est que le nombre des naissances étant moindre et le nombre des morts plus grand dans la dernière période que dans la première, les suppléments que cette ville a tirés du dehors ont toujours été en augmentant, et qu'elle n'a par conséquent jamais été en état, à beaucoup près, de suppléer à sa population par sa fécondité, puisqu'il y a dans la dernière période 23845 morts sur 14797 naissances, Ce qui fait plus d'une moitié en sus dont elle est obligée de se suppléer par les secours du dehors.

Dans ce même ouvrage (1), l'auteur donne

{ Collection of the yearly Bills of mortality. London , 1759,

NAISSANCES, MARIAGES, erc.

d’après les observations de Graunt, le résultat d'une table des naissances, des morts et des mariages, d'un certain nombre de paroisses daos la province de Hampshire en Angleterre, pendant quatre-vingt-dix ans ; et par cette table il parait que chaque mariage a produit quatre enfants ; ce qui est très-différent du produit de chaque mariage en France à la campagne, qui est de cinq enfants au moins , et souvent de six, comme on l’a vu par les tables des bailliages de Semur et Saulieu, que nous avons données cidevant.

Une seconde observation tirée de cette table de mortalité à la campagne en Angleterre, c'est qu'il nait seize mâles pour quinze femelles, tandis qu'à Londres il ne nait que quatorze mâles sur treize femelles; et dans nos campagnes, il naît en Bourgogne un sixieme environ de garçons plus que de filles , comme on l'a vu par les tables du bailliage de Semur et de Sau- Tieu ; mais aussi il ne nait à Paris que vingtsept garçons pour vingt-six filles, tandis qu’à Londres il en nait quatorze pour treize,

On voit encore par cette même table pour quatre-vingt-dix ans, que le nombre moyen des naissances est au nombre moyen des morts, comme 5 sont à 4, et que cette différence, entre le nombre des naissances et des morts à Londres et à la campagne, vient principalement des suppléments que cette province fournit à Londres pour sa population. En France, dans les deux bailliages que nous avons cités, la perte est encore plus grande, car elle est entre un tiers et un quart, c’est-à-dire qu'il nait entre un tiers et un quart plus de monde dans ces districts qu'il n’en meurt : ce qui semble prouver que les Français, du moins ceux de ce canton, sont moins sédentaires que les provinciaux d'Angleterre.

L'auteur observe encore que, suivant cette table, les années où il nait le plus de monde sont celles où il en périt le moins, et l'on peut être assuré de cette vérité en France comme en Angleterre : car dans l’année 1770, qu'il est né plus d'enfants que dans les quatre années suivantes, il est aussi mort moins de monde , tant dans le bailliage de Semur que dans celui de Saulieu.

Dans un appendix, l’auteur ajoute que, par plusieurs autres observations faites dans les provinces du sud de l'Angleterre , il s'est toujours trouvé que chaque mariage produisait

quatre enfants; que non seulement cette proportion est juste pour l'Angleterre, mais même pour Amsterdam, où il a pris les information; nécessaires pour s'en assurer.

On trouve ensuite une table, recueillie par Graunt, des naissances, mariages etmorts dans la ville de Paris pendant les années 1670, 1671 et 1672; et voici l'extrait de cette table.

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