‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 3)Chapitre 62 sur 186 · LEP · texte numérisé non relu

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cinquante-deux minutes longitude ouest, ressemblent beaucoup aux Otahitiens pour la figure, l'habillement, le langage et toutes les autres habitudes. Leurs habitations, ainsi qu'à Otahiti, sont composées seulement d'un toit soutenu par des poteaux. Dans cette ile, qui n'est qu'à trente lieues d'Otahiti, les hommes semblent être plus vigoureux et d'une stature encore plus grande; quelques-uns ont jusqu'à six pieds de haut et plus ; les femnses y sont trèsjolies. Tous ces insulaires se nourrissent de cocos, d'ignames, de volailles, de cochons, qui y sont en grand nombre; et ils parlent tous la même langue, et cette langue des iles de la mer du Sud s’est étendue jusqu'à la Nouvelle- Zélande.

Habitants des lerres Australes.

Pour ne rien omettre de ce que l'on connait sur les terres australes, je crois devoir donner ici par extrait ce qu'il y a de plus avéré dans les découvertes des voyageurs qui ont successivement reconnu les côtes de ces vastes contrées , et finir par ce qu'en a dit M. Cook qui, lui seul, a plus fait de découvertes que tous les navigateurs qui l'ont précédé.

Il parait, par la déclaration que fit Gonneville, en 1503, à l'amirauté', que l’Australasie est divisée en petits cantons, gouvernés par des rois absolus qui se font la guerre et qui peuvent mettre jusqu'à cinq ou six cents hommes en campagne : mais Gonneville ne donne ni la latitude , ni la longitude de cette terre dont il décrit les habitants.

Par la relation de Fernand de Quiros, on voit que les Indiens de l'ile appelée //e de la belle Nation par les Espagnols , laquelle est située à treize degrés de latitude sud , ont à peu près les mêmes mœurs que les Otahitiens. Ces insulaires sont blancs, beaux ettrès-bien faits :« Onne peut même trop s'étonner, dit-il, de la blancheur extrème de ce peuple dans un climat où l'air et le soleil devraient les hâler et noircir. Les femmes effaceraient nos beautés espagnole si elles étaient parées; elles sont vêtues, de la ceinture

{ Histoire des Navigations aux terres Australes, par M, de Brosse , tome I , pages 108 et suiv.

su

en bas, de fine natte de palmier, et d’un petit manteau de même étoffe sur les épaules".

Sur la côte orientale de la Nouvelle-Hollande, que Fernand de Quiros appelle Terre du Saint- Esprit, il dit avoir aperçu des habitants detrois couleurs : les uns tout noirs, les autres fort blancs, à cheveux etàbarberouges, les autres mulâtres ; ce qui l'étonna fort, et lui parut un indice de la grande étendue de cette contrée. Fernand de Quiros avait bien raison; car par lesnouvelles découvertes du grand navigateur M. Cook, l'on est maintenant assuré que cette contrée de la Nouvelle-Hollande est aussi étendue que l’Europe entière. Sur la même côte, à quelque distance, Quiros vit une autre nation de plus haute taille etd'unecouleurplus grisâtre, avec laquelle

il ne fut pas possible de conférer; ils venaient |

en troupes décocher desflèchessur les Espagnols, et on ne pouvait les faire retirer qu’à coups de mousquet.

« Abel Tasman trouva dans les terres voisines d'une baïedans la Nouvelle-Zélande, à quarante degrés cinquante minutes latitude sud , et cent quatre-vingt-onze degrés quarante-une minutes de longitude, des habitants qui avaient la voix rude et la taille grosse. Ils étaient d’une couleur entre le brun etle jaune, et avaient les cheveux noirs, à peu près aussi longs et aussiépais que ceux des Japonais, attachés au sommet de la tête avec une plume longue et épaisse au mi-

lieu. Ils avaient le milieu du corps couvert, |

les uns de nattes, les autres de toile de coton; mais le reste du corps était nu. »

J'ai donné, dans ce volume de mon ouvrage, les découvertes de Dampierre et de quelques autres navigateurs au sujet de la Nouvelle-Hollande et de la Nouvelle-Zélande. La première découverte de cette dernière terre Australe a été faite, en 1642, par Abel Tasman et Diemen, qui ont donné leurs noms à quelques parties des côtes, mais toutes les notions que nous en avions étaient bien incomplètes ayant la belle navigation de M. Cook.

« La taille des habitants de la Nouvelle-Zélande, dit ce grand voyageur, est en général égale à celle des Européens les plus grands : ils ont les membres charnus, forts et bien proportionnés; mais ils ne sont pas aussi gras que les oisifs insulaires de la mer du Sud. Ils sont

! Histoire des navigations aux terres Australes, var M. de Lrosse , tcme L, page 518.

HISTOIRE NATURELLE

alertes, vigoureux et adroits des mains; leur teint esten général brun ; il y en a peu qui l’aient plus foncé que celui d’un Espagnol qui a été exposé au soleil, et celui du plus grand nombre l'est beaucoup moins. »

Je dois observer, en passant , que la comparaison que fait ici M. Cook des Espagnols aux Zélandais est d'autant plus juste que les uns sont à très-peu près les antipodes des autres.

« Les femmes, continue M. Cook , n’ont pas beaucoup de délicatesse dans les traits : niéanmoins leur voix est d’une grande douceur ; c’est par là qu'on les distingue des hommes , leurs habillements étant les mêmes : commeles femmes des autres pays, ellesont plus degaieté, d’enjouement et de vivacité que les hommes. Les Zélandais ont les cheveux et la barbe noirs; leurs dents sont blanches et régulières; ils jouissent d'une santé robuste, etil yena de fortägés. Leur principale nourriture est de poisson , qu'ils ne peuvent se procurer que sur les côtes, lesquelles ne leur en fournissenten abondance que pendant un certaintemps. Ilsn’ontnicochons, ni chèvres, ni volailles, etilsnesavent pas prendreles oiseaux en assez grand nombre pour se nourrir ; excepté les chiens qu'ilsmangent, ils n’ont point d’autres subsistances que la racine de fougère, les ignames et les patates. Ils sontaussi décents et modestes que les insulaires de la mer du Sud sont voluptueux et indécents; mais ils ne sont pas aussi propres. parce quene vivant pas dans un climat aussi chaud ils ne se baïgnent pas si souvent.

« Leurhabillementest,au premier coup d'œil, tout à fait bizarre; il est Composé de feuilles d'une espèce de glaïeul qui, étant coupées en trois bandes, sont entrelacées les unes dans les autres et forment une sorte d'étoffe qui tient le milieu entre le réseau et le drap; les bouts des feuilles s'élèvent en saillie, comme dela peluche ou les nattes que l’on étend sur nos escaliers. Deux pièces de cette étoffe font un habillement complet. L'une est attachée sur les épaules avec un cordon, et pend jusqu'aux genoux ; au bout de ce cordon est une aiguille d'os qui joint ensembleles deux parties decevêtement. L'autre pièce est enveloppée autour de la ceinture et pend presque à terre. Les hommes ne portent que dans certaines occasions cet habit de dessous ; ils ont une ceinture à laquelle pend une petite corde destinée à un usage très-singulier. Les insulaires de la mer du Sud se fendent le prépuce pour l'empêcher de couvrir le gland;

les Zélandais ramènent au contraire le prépuce sur le gland, et afin de l'empêcher dese retirer, ils en nouent l'extrémité avec le cordon attaché à leur ceinture, et le gland est la seule partie de leur corps qu'ils montrent avec une honte extrême. » ?

Cet usage, plus que singulier, semble être fort contraire à la propreté; mais il a un avantage, c’est de maintenir cette partie sensible et fraiche plus longtemps; car l'on a observé que tous les circoncis, et même ceux qui sans être circoncis ont le prépuce court, perdent dans la partie qu'il couvre la sensibilité plus tôt que les autres hommes.

« Au nord de la Nouvelle-Zélande, continue M. Cook, il y a des plantations d'ignames, de pommes de terre et de cocos: on n’a pas remarqué de pareilles plantations au sud, ce qui fait croire que les habitants de cette partie du sud ne doivent vivre que deracines de fougère et de poisson. Il parait qu'ils n'ont pas d'autre boisson que de l’eau. Is jouissent sans inlerruptiou d’une bonne santé , et on n’en à pas vu un seul qui parüt affecté de quelque maladie.

Parmi ceux qui étaient entièrement nus, on ne s'est pas aperçu qu'aucun eût la plus légère érupion sur la peau, ni aucune trace de pustules ‘ou de boutons ; ils ont d'ailleurs un grand nombre de vieillards parmi eux, dont aucun n'est décrépit…

« Ils paraissent faire moins de cas des femmes que les insulaires de la mer du Sud; cependant ils mangent avec elles, et les Otahiliens mangent toujours seuls : mais les ressemblances qu'on trouve entre ce pays et les iles de Ja mer du Sud, relativement aux autres usages, sont une forte preuve que tous ces insulaires ont la même origine. La conformité du langage paraît établir ce fait d'une manière incontestable. Tupia. jeune Otahitien que nous avions avec aous se faisait parfaitement entendre des Zélandais !. »

M. Cook pense que ces peuples ne viennent pas de l'Amérique, qui estsituée à l’est de ces contrées, et il dit qu'à moins qu'il n'y ait au sud un continent assez étendu, il s'ensuivra qu'ils viennent de l’ouest. Néanmoins la langue est absolument différente dans la Nouvelle-Hollande, qui est la terre la plus voisine à l’ouest de la Zélande; et comme cette langue d'Otahiti

+ Voyage autour Gu monde, pa ‘M. Cook , tome M, chap,

Lire (ART!

et des iles de la mer Pacifique, ainsi que celle de la Zélande, ont plusieurs rapports avec les langues de l'Inde méridionale, on peut présumer quetoutes ces petites peuplades tirent leur origine de l'Archipel indien.

« Aucun des habitants de la Nouvelle-Hollande ne porte le moindre vêtement, ajoute M. Cook; ils parlaient dans un langage si rude et si désagréable, que Tupia, jeune Otahitien, n'y entendait pas un seul met. Ces hommes de la Nouvelle-Hollande paraissent hardis ; ils sont armés de lances, et semblent s'occuper de la pêche. Leurs lances sont de la longueur de six à quinze pieds, avec quatre branches dont chacune est très-pointue et armée d'un os de poisson... En général ils paraissent d'un naturel fort sauvage, puisqu'on ne put jamais les engager de se laisser approcher. Cependant on parvint, pour la première fois, à voir de près quelques naturels du pays dans les environs de la rivière d'Endeavour. Ceux-ci étaient armés de javelines et de lances, avaient les membres d'une petitesse remarquable; ils étaient cependant d’une taille ordinaire pour la hauteur : leur peau était couleur de suie où de chocolat foncé; leurs cheveux étaient noirs sans être laineux , mais coupés court ; les uns les avaient lisses et les autres bouclés... Les traits de leur visagen’étaient pas désagréables; ils avaient les yeux très-vifs, les dents blanches et unies, la voix douce et harmonieuse, et répétaient quelques mots qu'on leur faisait prononcer avec beaucoup de facilité. Tous ont un trou fait à travers le cartilage quisépare les deux narines, dans lequel ils mettent un os d'oiseau de près de la grosseur d'un doigt et de cinq ou six pouces de long. Ils ont aussi des trous à leurs oreilles, quoiqu'ils n’aient point de pendants ; peutêtre y en mettent-ils que l’on n'a pas vus... Par après on s’est apercu que leur peau n'était pas aussi brune qu'elle avait paru d’abord ; ce que l'on avait pris pour leur teint de nature n’était que l'effet de la poussière et de la fumée, dans laquelle ils sont peut-être obligés de dormir, malgré la chaleur du climat, pour se préserver des mosquites , insectes très - incommodes. Ils sont entièrement nus, et paraissent être d'une activité et d'une agilité extrêmes...

&« Au reste, la Nouvelle-Hollande..…… est beaucoup plus grande qu'aucune autre contrée du monde connu, qui ne porte pas le nom de continent, La longueur de la côte sur laquelle

on a navigué, réduite en ligne droite, ne comprend pas moins de vingt-sept degrés ; de sorte que sa surface en carré doit être beaucoup plus grande que celle de toute l’Europe.

« Les habitants de cette vaste terre ne paraissent pas nombreux ; les hommes et les femmes y sont entièrement nus... On n'apercçoit sur leur corps aucune trace de maladie ou de plaie, mais seulement de grandes cicatrices en lignesirrégulières, qui semblaient être les suites de blessures qu'ils s'étaient faites eux-mêmes avec un instrument obtus.…

« On n'a rien vu dans tout le pays qui ressemblât à un village. Leurs maisons, si toutefois on peut leur donner cenom, sont faites avec moins d'industrie que celles de tous les autres peuples que l'on avait vus auparavant, excepté celles des habitants de la Terre-de-Feu. Ces habitations n’ont que la hauteur qu'il faut pour qu'un homme puisse se tenir debout; mais elles ne sont pas assez larges pour qu'il puisse s'y étendre de sa longueur dans aucun sens. Elles sont construites en forme de four avec des baguettes flexibles, à peu près aussi grosses que le pouce; ils enfoncent les deux extrémités de ces baguettes dans la terre, etils les recouvrent ensuite avec des feuilles de palmier et de grands morceaux d'écorce. La porte n’est qu'une ouverture opposée à l'endroit où l'on fait le feu. Ils se couchent sous ces hangards en se repliant le corps en rond, de manière queles talons de l'un touchent la tête de l'autre : dans cette position forcée une des huttes contient trois ou quatre personnes. En avançant au nord, le climat devient plus chaud et les cabanes encore plus minces. Une horde errante construit ces cabanes dans les endroits qui lui fournissent de la subsistance pour un temps, et elle les abandonne lorsqu'on ne peut plus y vivre. Dans les endroits où ils ne sont que pour une nuit ou deux , ils couchent sous les buissons ou dans l'herbe qui a près de deux pieds de hauteur.

« Ils se nourrissent principalement de poisson. Istuent quelquefois des Kanguros | grosses gerboises ) etmème des oiseaux.…Ils font griller la chair sur des charbons, ou ils la font cuire dans un trou avec des pierres chaudes, comme les insulaires de la mer du Sud. » À

J'ai cru devoir rapporter par extrait cet article de la relation du capitaine Cook, parce qu'il est le premier qui ait donné une description détaillée de cette partie du monde.

HISTOIRE NATURELLE

La Nouvelle-Hollande est done une terre peut-être plus étendue que toute notre Europe, et située sous un ciel encore plus heureux ; elle ne parait stérile que par le défaut de population. Elle sera toujours nulle sur le globe tant qu'on se bornera à la visite des côtes, et qu’on ne cherchera pas à pénétrer dans l'intérieur des terres, qui, par leur position, semblent promettre toutes les richesses que la nature à plus accumulées dans les pays chauds que dans les contrées froides ou tempérées.

Par la description de tous ces peuples nouvellement découverts, et dont nous n'avions pu faire l'énumération dans notre article des Variétés de l'espèce humaine, il parait que les grandes différences, c'est-à-dire les principales

rariétés dépendent entièrement de l'influence du climat : on doit entendre par climat, nonseulement la latitude plus ou moins élevée, mais aussi la hauteur ou la dépression des terres, leur voisinage ou leur éloignement des mers, leur situation par rapport aux vents, et surtout au vent d'est, toutes les circonstances en un mot qui concourent à former la température de chaque contrée ; car c’est de cette température plus ou moins chaude ou froide, hunide ou sèche, que dépend non-seulement la couleur des hommes, mais l'existence même des espèces d'animaux et de plantes , qui tous affectent de certaines contrées, et ne se trouvent pas dans d’autres : c’est de cette même température que dépend par conséquent la différence de la nourriture des hommes, seconde cause qui influe beaucoup sur leur tempérament, leur naturel, leur grandeur et leur force.

Sur les Blafards et Nègres blancs.

Mais indépendamment des grandes variétés produites par ces causes générales , il y en a de particulières, dont quelques-unes me paraissent avoir des caractères fort bizarres, et dont nous n'avons pas encore pu saisir toutes les nuances. Ces hommes blafards dont nous avons parlé, et qui sont différents des blancs, des noirs-nècres , des noirs-cafres, des basanés, des rouges, ete., se trouvent plus répandus que je ne l'ai dit, On les connait à Ceylan sous le nom de Bedas, à Java sous celui de Chacrelas ou Kacrelas, à l'isthme d'Amérique sous le nom d'Albinos , dans d’autres endroits sous celui de Dondos ; on les a aussi appelés Nègres- Blancs.

DE L'HOMME

Ï s'en trouve aux Indes méridionales en Asie, à Madagascar en Afrique, à Carthagène et dans les Antilles en Amérique. L'on vient de voir qu'on en trouve aussi dans les iles de la mer du Sud, On serait donc porté à croire que les hommes de toute race et de toute couleur produisent quelquefois des individus blafards , et que dans tous les climats chauds il y a des races sujettes à cette espèce de dégradation : néanmoins par toutes les connaissances que j'ai pu recueillir, il me parait que ces blafards forment plutôt des branches stériles de dégénération, qu'une tige ou vraie race dans l'espèce humaine; car nous sommes, pour ainsi dire, assurés que les blafards mâles sont inhabiles ou trèspeu habiles à la génération, etqu'ilsne produisent pasavecleurs femelles blafardes , ni même avec les négresses. Néanmoins on prétend que les femelles blafardes produisent , avec les nègres , des enfants pies , c'est-à-dire marqués de taches noires et blanches, grandes et très-distinctes, quoique semées irrégulièrement. Cette dégradation de nature parait donc être encore plus grande dans les mâles que dans les femelles, et il y a plusieurs raisons pour croire que c’est une espèce de maladie, ou plutôt une sorte de détraction dans l'organisation du corps, qu’une affection de nature qui doive se propager : car il est certain qu'on n’en trouve que des individus et jamais des familles entières ; et l’on assure que quand par hasard ces individus produisent des enfants , ils se rapprochent de la couleur primitive de laquelle les pères ou mères avaient dégénéré. On prétend aussi que les Dondos produisentavec les nègres des enfants noirs, et que les Albinos de l'Amérique avec les Eu-

« Les blafards du Darien , dit M. P., ont tant de ressemblanceavec les nègres blancs de l'Afrique et del'Asie, qu'on est obligé deleur assigner une cause commune et constante. Les Dondos de l'Afrique et les Kakerlaks de l'Asie sont remarquables par leur taille, qui excède rarement quatre pieds cinq pouces. Leur teint est d’un blanc fade, comme celui du papier ou de la moussefine, sans la moindre nuance d’incarnat ou du rouge; mais on y distingue quelquefois de petites taches lenticulaires grises ; leur épiderme n’est pointoléagineux. Ces blafards n’ont pas le moindre vestige de noir sur toute la surface du corps; ils naissent blanes et ne noircissent en aucun âge; ils n’ont point de barbe, point de poil sur les parties naturelles: leurs cheveux sont laineux et frisés en Afrique, longs et trainants en Asie, ou d'une blancheur de neige, ou d'un roux tirant sur le jaune; leurs cils et leurs sourcils ressemblent aux plumes de l'édredon, ou au plus fin duvet qui revêt la gorge des cygnes ; leur iris est quelquefois d'un bleu mourant et singulièrement pâle : d’autres fois et dans d’autres individus de la même espèce, l'iris est d’un jaune vif, rougeâtre etcomme sanguinolent.

« Il n'est pas vrai que les blafards albinos aient une membrane clignotante : la paupière couvre sans cesse une partie de l'iris et on la croit destituée du muscle élévateur; ce qui ne

‘leur laisse apercevoir qu’une petite section de

ropéens produisent des mulâtres. M. Schreber,

dont j'ai tiré ces deux derniers faits, ajoute qu'on peut encore mettre avec les Dondos, les nègres jaunes ou rouges qui ont des cheveux de cette même couleur, et dont on ne trouve aussi que quelques individus : il dit qu'on en a vu en Afrique et dans l'ile de Madagascar, mais que personne n’a encore observé qu'avec le temps ils changent de couleur et deviennent noirs où bruns ‘; qu'enfin on les a toujours vus constamment conserver leur première couleur : mais je doute beaucoup de la réalité de tous ces faits.

4 Histoire naturelle des Quadrnpèdes, par M. Schreber, tome 1, pages {4 et 15

l'horizon.

« Le maintien des blafards annonce la faiblesse et le dérangement de leur constitution viciée; leurs mains sont si mal dessinées qu'on devrait les nommer des pattes; le jeu des muscles de leur mâchoire inférieure ne s'exécute aussi qu'avec difficulté ; le tissu de leurs oreilles est plus mince et plus membraneux que celui de l'oreille des autres hommes; la conque manque aussi de capacité, et le lobe est allongé et pendant.

« Les blafards du nouveau continent ont la taille plus haute que les blafards de l’ancien; leur tête n’est pas garnie de laine, mais de cheveux longs de sept à huit pouces, blancs et peu frisés ; ils ont l'épiderme chargé de poils follets depuis les pieds jusqu'à la naissance des cheveux ; leur visage est velu ; leurs yeux sont si mauvais qu'ils ne voient presque pas en plein jour, et que la lumière leur occasionne des vertiges et des éblouissements : ces blafards n'exis-

tent que dans la zone torride jusqu'au dixième degré de chaque côté de l'équateur.

« L'air est très-pernicieux dans toute l’étendue de l'isthme du Nouveau-Monde ; à Carthagène et à Panama les négresses y accouchent d'enfants blafards plus souvent qu'ailleurs !.

« Ilexiste à Darien (dit l’auteur, vraiment philosophe, de l'Histoire philosophique et politique des deux Indes) une race de petits hommes blancs dont on retrouve l'espèce en Afrique

et dans quelquesiies de l'Asie; ils sont couverts |

d'un duvet d'une blancheur de lait éclatante ; ils n'ont point de cheveux, mais de la laine; ils ont la prunelle rouge ; ils ne voient bien que la nuit; ils sont faibles et leur instinct paraît plus borné que celui des autres hommes ?. »

Nous allons comparer à ces descriptions celle que j'ai faite moi-même d'une négresse blanche que j'ai eu occasion d'examiner et de faire dessiner d’après nature. Cette fille, nommée Geneviève, était âgée de près de dix-huit ans, en

avril 1777, lorsque je l'ai décrite: elle est née !

de parents nègres dans l'ile de la Dominique, ce qui prouve qu'il nait des Albinos non-seulement à dix degrés de l'équateur, mais jusqu’à seize et peut-être vingt degrés, car on assure qu'il s'entrouve à Saint-Domingue et à Cuba. Le père et la mère de cette négresse blanche avaient été amenés de la Côte-d'Or en Afrique, et tous deux étaient parfaitement noirs. Geneviève était blanche sur tout le corps ; elle avait quatre pieds onze pouces six lignes de hauteur, et son corps était assez bien proportionné ?; ceci s'accorde avec ce que dit M. P., que les Albinos d'Amérique sont plus grands que les blaïards de l’ancien continent. Mais la tête de cette négresse blanche n'était pas aussi bien proportionnée que le corps; en la mesurant, nous l'avons trouvée trop forte, et surtout trop longue: elle avait neuf pouces neuf lignes de hauteur, ce qui fait près d'un sixième de la hauteur entière du corps; au lieu que dans un homme ou une femme bien proportionnés , la tête ne doit avoir qu'un septième et demi de la hauteur to-

1 Recherches sur les Américains, tome 1, pages A0 et VS état philosophique et politique des deux fndes, tome HE, page 451.

5 Circonférence du corps au-dessus des hanches, 2 pieds 2 pouces 6 lignes ; circonférence des hanches à la partie ia plus charnue, 2 pieds 11 pouces: hauteur depuis le talon au-dessus des hanches, 3 pieds; depuis la hanche au genou, { pied 9 pouces 6 lignes; du genou au talon, 4 pied 5 pouces 9 lignes ;

longueur du pied, 9 pouces 5 lignes, ce qui est une grandeur démesurée en comparaison des mains.

HISTOIRE NATURELLE

tale. Le cou, au contraire, est trop court et trop gros, n'ayant que dix-sept lignes de hauteur, et douze pouces trois lignes de circonférence. La longueur des bras est de deux pieds deux pouces trois lignes; de l'épaule au coude, onze pouces dix lignes; du coude au poignet, neuf pouces dix lignes; du poignet à l'extrémité du doigt du milieu , six pouces six lignes, et en totalité Les bras sont trop longs. Tous les traits de la face sont absolument semblables à ceux des négresses noires; seulement, les oreilles sont placées trop haut, le haut du cartilage de l'oreille s'élevant au-dessus de la hauteur dé l'œil, tandis que le bas du lobe ne descend qu'à la hauteur de la moitié du nez : or, le bas de l'oreille doit être au niveau du bas du nez, et le haut de l'oreille au niveau du dessus des yeux; cependant ces oreilles élevées ne paraissaient pas faireune grande-difformité, et elles étaient semblables , pour la forme et pour Pépaisseur , aux oreilles ordinaires : ceci ne s'accorde donc pas avec ce que dit M. P., que le tissu de l'oreille de ces blafards est plus mince et plus membraneux que celui de l'oreille des autres hommes. Il en est de même de la conque,; elle ne manquait pas de capacité, et le lobe n'était pas allongé ni pendant, comme il le dit. Les lèvres et la bouche, quoique conformées comme dans les négresses noires , paraissentsingulières par le défaut de couleur ; elles sont aussi blanches que le reste de la peau et sans aucune apparence de rouge. En général la couleur de la peau, tant du visage que du corps, de cette négresse blanche est d’un blanc de suif qu'on n'aurait pas encore épuré, ou si l'on veut, d'un blanc mat blafard et inanimé; cependant on voyait une teinte légère d’incarnat sur les joues, lorsqu'elle s'approchait du feu , ou qu'elle était remuée par la honte qu'elle avait de se faire voir nue. Jai aussi remarqué sur son visage quelques petites taches à peine lenticulaires de couleur roussâtre. Les mamelles étaient grosses, rondes , très-fermes et bien placées; les mamelons d’un rouge assez vermeil ; l'aréole qui environne les mamelons a seize lignes de diamètre, et parait semée de petits tubercules couleur de chair : cette jeune fille n'avait point fait d'enfant, et sa maitresse assurait qu'elle était pucelle. Elle avait très-peu de laine aux environs des parties naturelles, et point du tout sous les aisselles, mais sa tête en était bien garnie: cette laine n'avait guère qu'un rouce et demi de lon-

DE L'HOMME

gueur; elle est rude, touffue et frisée naturel- |;

lement, blanche à la racine et roussâtre à l'extrémité; il n'y avait pas d'autre laine, poil ou duvet sur aucune partie de son corps. Les sourcils sont à peine marqués par un petit duvet blane, et les cils sont un peu plus apparents : les yeux ont un pouce d’un angle à l’autre, et la distance entre les deux yeux est de quinze lignes , tandis que cet intervalle entre les yeux doit être égal à la grandeur de l'œil.

Les yeux sont remarquables par un mouvement très-singulier : les orbites paraissent inclinées du côté du nez, au lieu que dans la conformation ordinaire, les orbites sont plus élevées vers le nez que vers les tempes ; dans cette négresse, au contraire, elles étaient plus élevées du côté des tempes que du côté du nez, et le mouvement de ses yeux, que nous allons décrire, suivait cette direction inclinée. Ses

paupières n'étaient pas plus amples qu'elles le sont ordinairement; elle pouvait les fermer, mais non pas les ouvrir au point de découvrir le dessus de la prunelle, en sorte que le muscie élévateur paraît avoir moins de force dans ces nègres blanes que dans les autres hommes: ainsi les paupières ne sont pas clignotantes, mais toujours à demi fermées. Le blanc de l'œil est assez pur, la pupille et la prunelle assez larges; l'iris est composé à l'intérieur, autour de la pupille, d'un cercle jaune indéterminé, et ensuite d'un cerele mêlé de jaune et de bleu, et enfin d'un cerele d'un bleu foncé qui forme la circonférence de la prunelle: en sorte que, vus d'un peu loin , les yeux paraissent d'un bleu-sombre.

Exposée vis-à-vis du grand jour, cette négresse blanche en soutenait la lumière sans clignotement et sans en êtreoffensée ; elleresserrait seulement l'ouverture de ses paupières en abaissant un peu plus celle du dessus. La portée de sa vue était fort courte , je m'en suis assuré par des monocles et des lorgnettes; cependant elle voyait distinctement les plus petits objets en les approchant près de ses yeux à trois ou quatre pouces de distance: comme elle ne sait pas lire, on n’a pas pu en juger plus exactement. Cette vue courte est néanmoins percante dans l'obsecurité, au point de voir presque aussi bien la nuit que le jour. Mais le trait le plus remarquable dans les veux de cette négresse blanche est un mouvement d'oscillation ou de balancement prompt et continuel, par lequel les deux veux s'approchent ou s'éloignent régulièrement

tous deux ensemble alternativement du côté du nez et du côté des tempes; on peut estimer à deux ou deux lignes et demie la différence des espaces que les yeux parcourent dans ce mouvement dont la direction est un peu inelinée en descendant des tempes vers le nez. Cette fille n'est point maitresse d'arrêter le mouvement de ses yeux, même pour un moment; il est aussi prompt que celui du balancier d'une montre , en sorte qu'elle doit perdre et retrouver, pour ainsi dire , à chaque instant les objets qu'elle regarde. J'ai couvert successivement lunet l'autre de ses yeux avec mes doigts pour reconnaitre s'ils étaient d'inégale force; elle en avait un plus faible ; mais l'inégalité n'était pas assez grande pour produire le regard louche , et j'ai senti sous mes doigts que l'œil fermé et couvert continuait de balancer comme celui qui était découvert. Elie a les dents bien rangées et du plus bel émail, lhaleine pure, point de mauvaise odeur de transpiration ni d'huileux sur la peau comme les négresses noires; sa peau est au contraire trop sèche, épaisse et dure. Les mains ne sont pas mal conformées, et seulement un peu grosses; mais elles sont couvertes, ainsi que le poignet et une partie du bras, d’un si grand nombre de rides, qu'en ne voyant que ses mains, on les aurait jugées appartenir à une vieille décrépite de plus de quatre-vingts ans; les doigts sont gros etassez longs; les ongles, quoique un peu grands, ne sont pas difformes. Les pieds et la partie basse des jambes sont aussi couvertes de rides, tandis que les cuisses et les fesses présentent une peau ferme et assez bien tendue. La taille est même ronde et bien prise; et si l’on en peut juger par l'habitude entière du corps, cette fille est trèsen état de produire. L'écoulement périodique n'a paru qu'à seize ans, tandis que dans les négresses noires c'est ordinairement à neuf, dix et onze ans. On assure qu'avec un nègre noir elle produirait un nègre pie , tel que celui dont nous donnerons bientôt la description; mais on prétend en même temps qu'avec un nègre blane qui lui ressemblerait elle ne produirait rien, parce qu'en général les mâles nègres blanes ne sont pas prolifiques.

Au reste, les personnes auxquelles cette négresse blanche appartient m'ont assuré que presque tous les nègres mâles et femelles qu'on a tirés de la Côte-d'Or en Afrique, pour les iles de la Martinique, de la Guadeloupe et de la Do-

minique, ont produit dans ces iles des nègres blancs, non pas en grand nombre, mais un sur six ou sept enfants : le père et la mère de celleci n'ont eu qu'elle de blanche , et tous leurs autres enfants étaient noirs. Ces nègres blancs, surtout les mâles ne vivent pas bien longtemps; et la différence la plus ordinaire entre les femelles et les mâles est que ceux-ci ont les yeux rouges et la peau encore plus blafarde et plus inanimée que les femelles.

Nous croyons devoir inférer de cet examen et des faits ci-dessus exposés , que ces blafards ne forment point une race réelle, qui, comme celle des nègres et des blancs, puisse également se propager, se multiplier et conserver à perpétuité, par la génération, tous les caractères qui pourraient la distinguer des autres races ; on doit croire au contraire, avec assez de fondement, que cette variété n’est pas spécifique, mais individuelle, et qu'elle subit peut-être autant de changements qu'elle contient d'individus différents, ou tout au moins autant que les divers climats : mais ce ne sera qu'en multipliant les observations qu'on pourra reconnaitre les nuances et les limites de ces différentes variétés.

Au surplus , il parait assez certain que les négresses blanches produisent avec les nègres noirs des nègres pies, c'est-à-dire marqués de blanc et de noir par grandes taches. Je donne ici la figure d'un de ces nègres pies né à Carthagene en Amérique, et dont le portrait colorié m'a été envoyé par M. Taverne, ancien bourgmestre et subdélégué de Dunkerque, avec les renseignements suivants, contenus dans une lettre dont voici l'extrait :

« Je vous envoie, monsieur, un portrait qui s’est trouvé dans une prise anglaise, faite dans la dernière guerre, par le corsaire /a Royale, dans lequel j'étais intéressé. C'est celui d'une petite fille dont la couleur est mi-partie de noir et de blanc; les mains et les pieds sont entièrement noirs; la tête l'est également, à l'exception du menton, jusques et compris la lèvre inférieure ; partie du front, y compris la naissance des cheveux ou laine au-dessus sont également blancs, avec une tache noire au milieu de la tache blanche : tout le reste du corps, bras, jambes et cuisses sont marqués de taches noires plus ou moins grandes, et sur les grandes taches noires il s'en trouve de plus petites encore plus noires. On ne peut comparer cet en-

HISTOIRE NATURELLE

fant, pour la forme des taches, qu'aux chevaux gris ou tigrés; le noir et le blanc se joignent par des teintes imperceptibles de la couleur des mulâtres.

« Je pense, dit M. Taverne , malgré ce que porte la légende anglaise ! qui est au bas du portrait de cet enfant , qu'il est provenu de l’union d’un blanc et d’une négresse, et que ce n'est que pour sauver l'honneur de la mère et de la Société dont elle était esclave, qu'on a dit cet enfant né de parents nègres ?. »

Réponse de M. de Buffon.

Montbard, le 43 octobre 1772,

J'ai reçu, monsieur, le portrait de l'enfant noir et blanc que vous avez eu la bonté de m’envoyer; et j'en ai été assez émerveillé, car je n'en connaissais pas d'exemple dans la nature. On serait d’abord porté à croire avec vous, monsieur, que cet enfant, né d’une négresse , a eu pour père un blane , et que de là vient la variété de ses couleurs : mais lorsqu'on fait réflexion qu'on a mille et millions d'exemples que le mélange du sang nègre avec le blane n’a jamais produit que du brun , toujours uniformément répandu , on vient à douter de cette supposition ; et je crois qu'en effet on serait moins mal fondé à rapporter l'origine de cet enfant à des nègres, dans lesquels il y a des individus blancs ou blafards , c’est-à-dire d'un blanc tout différent de celui des autres hommes blanes ; car ces nègres blancs dont vous avez peut-être entendu parler, monsieur, et dont j'ai fait quelque mention dans mon livre, ont de la laine au lieu de cheveux , et tous les autres attributs des véritables nègres, à l'exception de la couleur de la peau , et de la structure des yeux, que ces nègres blancs ont très-faibles. Je penserais done que si quelqu'un des ascendants de cet enfantpie était un nègre blanc, la couleur a pu reparaïitre en partie, et se distribuer comme nous le voyons sur ce portrait.

Réponse de M. Taverne,

Dunkerque, Le 29 octobre 1772.

« Monsieur, l'original du portrait de l'enfant noir et blanc a été trouvé à bord du navire /e

{au-dessous du portrait de cette négresse-pie, on lit l'inseription suivante : Marie Sabina, née le 12 octobre 17536, à Matuna, plantation appartenante aux jésuites de Carthagène en Amérique, de deux nègres esclaves, nommés Martiniano el Padrona.

? Extrait d'une Lettre de M, Taverne, Dunkerque, le 10 septembre 1772.

DE L'HOMMY/. 473

Chrétien, de Londres, venant de la Nouvelle- ]

Angleterre pour aller à Londres. Ce navire fut pris, en 1746, par le vaisseau nommé le comte de Maurepas , de Dunkerque, commandé par le capitaine François Meyne.

« L'origine et la cause de la bigarrure de la peau de cet enfant, que vous avez la bonté de m'annoncer par ka lettre dont vous m'avez honoré, paraissent très-probables ; un pareil phénomène est très-rare ct peut-être unique. Il se peut cependant que, dans l'intérieur de l'Afrique, où il se trouve des nègres noirs et d’autres blanes, le cas y soit plus fréquent. II me reste néanmoins encore un doute sur ce que vous me faites l'honneur de me marquer à cet égard , et malgré mille et millions d'exemples que vous citez, que le mélange du sang nègre avec le blane n'a jamais produit que du brun toujours uniformément répandu , je crois qu'à l'exemple des quadrupèdes, les hommes peuvent naître, par le mélange des individus noirs et blancs, tantôt bruns, comme sont les mulâtres, tantôt tigrés à petites taches noires ou blanchätres, et tantôt pies à grandes taches ou bandes, comme il est arrivé à l'enfant ci-dessus. Ce que nous voyons arriver par le mélange des races noires et blanches parmi les chevaux, les vaches, brebis, pores, chiens, chats, lapins, ete., pourrait également arriver parmi les hommes : il est même surprenant que cela n'arrive pas plus souvent. La laine noire dont la tête de cet enfant est garnie sur la peau noire, et les cheveux blancs qui naissent sur les parties blanches de son front, font présumer que les parties noires proviennent d’un sang nègre et les parties blanches d’un sang blanc , etc. »

S'il était toujours vrai que la peau blanche fit naitre des cheveux, et que la peau noire produisit de la laine , on pourrait croire en effet que cesnègres pies proviendraient du mélange d'une négresse et d'un blanc : mais nous ne pouvons savoir, par l'inspection du portrait, s'ily a en

effet des cheveux sur les parties blanches et de.

la laine sur les parties noires ; il y a au contraire toute apparence que les unes et ies autres de ces parties sont couvertes delaine. Ainsi je suis persuadé que cet enfant pie doit sa naissance à un père nègre noir et à une mère négresse blanche. Je le soupconnais en 1772, lorsque j'ai écrit à M. Taverne, ct j'en suis maintenant presque assuré par les nouvelles informations que j'ai faites à ce sujet,

Dans les animaux, la chaleur du climat change la laine en poil. On peut citer pour exemple les brebis du Sénégal , les bisons ou bœufs à bosse qui sont couverts de laine dans les coutrées froides , et qui prennent du poil rude , comme celui de nos bœufs , dans les climats chauds, etc. Mais il arrive tout le contraire dans l'espèce humaine : les cheveux ne deviennent laineux que sur les Nègres, c'est-à-dire dans les contrées les plus chaudes de la terre, où tous les animaux perdent leur laine.

On prétend que, parmi les blafards des différents climats , les uns ont de la laine, les autres des cheveux , et que d’autres n'ont ni laine ni cheveux, mais un simple duvet ; que les uns ont l'iris des yeux rouge , et d'autres d'un bleu faible ; que tous en général sont moins vifs, moins forts et plus petits que les autres hommes, de quelque couleur qu'ils soient ; que quelques-uns de ces blafards ont le corps et les membres assez bien proportionnés ; que d’autres paraissent difformes par la longueur des bras , et surtout par les pieds et par les mains dont les doigts sont trop gros ou trop courts. Toutes ces différences rapportées par les voyageurs paraissent indiquer qu'il y a des blafards de bien des espèces, et qu’en général cette dégénération ne vient pas d'un type de nature, d'une empreinte particulière qui doive se propager sans altération et former une race constante, mais plutôt d'une désorganisation de la peau plus commune daris les pays chauds qu'elle ne l'est ailleurs; car les nuances du blanc au blafard se reconnaissent dans les pays tempérés et méme froids. Le blanc mat et fade des blafards se trouve dans plusieurs individus de tous les climats ; il y a même en France plusieurs personnes des deux sexes dont la peau est de ce blanc inanimé ; cette sorte de peau ne produit jamais que des cheveux et des poils blancs ou jaunes. Ces blafards de notre Europe ont ordinairement la vue faible, le tour des yeux rouge, l'iris bleu, la peau parsemée de taches grandes comme des lentilles, nonseulement sur le visage, mais même sur le corps; et cela me confirme encore dans l'idée que les blafards en général ne doivent être regardés que comme des individus plus ou moins disgraciés de la nature, dont le vice principal réside dans la texture de la peau.

Nous allons donner des exemples de ce que peut produire cette désorganisation de la peau. On a vu en Angleterre un homme auquel on

avait donné le sünom de pore-épie ; il est né en 1710, dans la province de Suffolk. Toute la peau de son corps était chargée de petites excroissances ou verrues en forme de piquants gros comme une ficelle. Le visage , la paume des mains, la plante des pieds étaient les seules parties qui n'eussent pas de piquants; ils étaient d'un brun-rougeâtre et en même temps durs et élastiques , au point de faire du bruit lorsqu'on passait la main dessus; ils avaient un demipouce de longueur dans de certains endroits et moins dans d'autres. Ces excroissances ou piquants n'ont paru que deux mois après sa naissance. Ce qu'il y avait encore de singulier, c'est que ces verrues tombaient chaque hiver pour renaître au printemps. Cet homme, au reste, se portait très-bien; il a eu six enfants qui tous six ont été, comme leur père, couverts de ces mêmes excroissances. On peut voir la main d’un de ces enfants gravée dans les Glanures de M. Edwards, planche 212; et la main du père dans les Transactions philosophiques, volume X LIX, page 21.

Nous donnons ici la figure d’un enfant que j'ai fait dessiner sous mes yeux , et qui a été vu de tout Paris dans l’année 1774. C'était une

petite fille, nommée Anne-Marie Hérig, née

le 11 novembre 1770 à Dackstul, comté de ce nom, dans la Lorraine allemande, à sept lieues de Trèves : son père , sa mère, ni aucun de ses parents n'avaient de taches sur la peau, au rapport d'un oncle et d'une tante qui la conduisaient; cette petite fille avait néanmoins tout le corps, le visage et les membres parsemés et couverts en beaucoup d'endroits de taches plus ou moins grandes, dont la plupart étaient surmontées d’un poil semblable à du poil de veau ; quelques autres endroits étaient couverts d'un poil plus court et semblable à du poil de chevreuil. Ces taches étaient toutes de couleur fauve , chair et poil. 11 y avait aussi des taches sans poil, et la peau, dans ces endroits nus, ressemblait à du cuir tanné : telles étaient les petites taches rondes et autres, grosses comme desmouches, que cet enfant avait aux bras, aux jambes, sur le visage et sur quelques endroits du corps. Les taches velues étaient bien plus grandes ; il y en avait sur les jambes, les cuisses, les bras, et sur le front. Ces taches, couvertes de beaucoupde poil, étaient proéminentes, c'està-dire un peu élevées au-dessus de la peau nue. Au reste, cette petite fille était d’une figure

HISTOIRE NATURELLE

très-agréable ; elle avait de fort beaux yeux, quoique surmontés de sourcils très-extraordinaires ; car ils étaient mêlés de poils humains et de poils de chevreuil; la bouche petite, la physionomie gaie, les cheveux bruns. Elle u’était âgée que de trois ans et demi lorsque je l'observai, au mois de juin 1774, et elle avait deux pieds sept pouces de hauteur , ce qui est la taille ordinaire des filles de cet âge; seulement elle avait le ventre un peu plus gros que les autres enfants. Elle était très-vive et se portait à merveille, mais mieux en hiver qu’en été ; car la chaleur l'incommodait beaucoup , parce que , indépendamment des taches que nous venons de décrire, et dont le poil lui échauffait la peau , elle avait encore l'estomac et le ventre couverts d'un poil clair assez long , d’une couleur fauve du côté droit, et un peu moins foncé du côté gauche ; et son dos semblait être couvert d’une tunique de peau velue, qui n’était adhérente au corps que dans quelques endroits, et qui était formée par un grand nombre de petites loupes ou tubercules très-voisins les uns des autres , lesquels prenaient sous les aisselles et lui couvraient toute la partie du dos jusque sur les reins. Ces espèces de loupes ou excroïissances d'une peau qui était pour ainsi dire étrangère au corps de cet enfant, ne lui faisaient aueune douleur lors même qu’on les pinçait; elles étaient de formes différentes, toutes couvertes de poil, sur un cuir grenu etridé dans quelques endroits. Il partait de ces rides des poils bruns assez clairsemés, et les intervalles entre chaeune des excroissances étaient garnis d’un poil brun plus long que l'autre : enfin, le bas des reins et le haut des épaules étaient surmontés d’un poil de plus de deux pouces de longueur. Ces deux endroits du corps étaient les plus remarquables par la couleur et la quantité du poil ; car celui du haut des fesses, des épaules et de l'estomac était plus court et ressemblait à du poil de veau fin et soyeux ; tandis que les longs poils du bas

des reins et du dessus des épaules étaient rudes

et fort bruns. L'intérieur des cuisses, le dessous des fesses et les parties naturelles, étaient absolument sans poil et d'une chair très-blanche, très-délicate et très-fraiche. Toutes les parties du corps qui n'étaient pas tachées présentaient de même une peau très-fine et même plus belle que celle des autres enfants. Les cheveux étaient châtains-bruns et fins. Le visage , quoique fort taché , ne laissait pas de paraitre agréable par

DE L'HOMME. ATS

la régularité des traits et par la blancheur de la peau. Ce n'était qu'avec répugnance que cet enfant se laissait habiller, tous les vêtements lui étant incommodes, par la grande chaleur qu'ils donnaient à son petit corps-déjà vêtu par la mature : aussi n'était-il nullement sensible au froid.

A l'occasion du portrait et de la description de cette petite fille , des personnes dignes de foi m'ont assuré avoir vu à Bar une femme qui, depuis les clavicules jusqu'aux genoux , est entièrement couverte d'un poil de veau fauve et touffu. Cette femme a aussi plusieurs poils semés sur le visage , mais on n’a pu m'en donner une meilleure description. Nous avons vu à Paris, dans l'année 1774, un Russe dont le front et tout le visage étaient tout couverts d'un poil noir comme sa barbe et ses cheveux. J'ai dit qu'on trouve de ces hommes à face velue à Yeço et dans quelques autres endroits : mais comme ils sont en petit nombre, on doit présumer que ce n’est point une race particulière ou variété constante , et que ces hommes à face velue ne sont, comme les blafards , que des individus dont la peau est organisée différemment de celle des autres hommes; car le poil et la couleur peuvent être regardés comme des qualités accidentelles produites par des circonstances particulières, que d’autres circonstances particulières, et souvent si légères qu’on ne les devine pas, peuvent néanmoins faire varier et même changer du tout au tout.

Mais, pour en revenir aux nègres , l’on sait que certaines maladies leur donnent communément une couleur jaune ou pâle, et quelquefois presque blanche : leurs brûlures et leurs cicatrices restent même assez long-temps blanches ; les marques de leur petite-vérole sont d'abord jaunâtres , et elles ne deviennent noires comme le reste de la peau, que beaucoup de temps après. Les nègres en vieillissant perdent une partie de leur couleur noire, ils pâlissent ou jaunissent ; leur tête et leur barbe grisonnent. M. Schreber‘ prétend qu'on a trouvé parmi eux plusieurs hommes tachetés, et que même en Afrique les mulâtres sont quelquefois marqués de blanc, de brun et de jaune; enfin que, parmi ceux qui sont bruns , on en voit quelquesuns qui, sur un fond de cette couleur, sont

‘ Histoire naturelle des Quadrupèdes, par M. Schreber. Erling, 1775. tome f, in-4°

marqués de taches blanches : ce sont là , dit-il, les véritables Chacrelas auxquels la couleur a fait donner ce nom par la ressemblance qu'ils ontavec l’insecte du même nom. Il ajoute qu'on a vu aussi à Tobolsk et dans d'autres contrées de la Sibérie des hommes marquetés de brun et dont les taches étaient d'une peau rude, tandis que le reste de la peau, qui était blanche, était fine et très-douce. Un de ces hommes de Sibérie avait même les cheveux blancs d'un côté de la tête et de l’autre côté ils étaient noirs; et on prétend qu'ils sont les restes d'une nation qui portait le nom de Piegaga ou Piestra Horda , la horde bariolée ou tigrée.

Nous croyons qu'on peut rapporter ces hommes tachés de Sibérie à l'exemple que nous venons de donner de la petite fille à poil de chevreuil ; et nous ajouterons à celui des nègres qui perdent leur couleur un fait bien certain, et qui prouve que dans de certaines circonstances la couleur des nègres peut changer du noir au blanc.

« La nommée Françoise (négresse), cuisinière du colonel Barnet , née en Virginie, âgée d’environ quarante ans, d'une très-bonne santé, d'une constitution forte et robuste, a eu originairement la peau tout aussi noire que l'Africain le plus brûlé ; mais dès l'âge de quinze ans environ, elle s’est aperçue que les parties de sa peau qui avoisinent les ongles et les doigts, devenaient blanches. Peu de temps après, le tour de sa bouche subit le même changement, et le blanc a depuis continué à s'étendre peu à peu sur le corps , en sorte que toutes les parties de sa surface se sont ressenties plus où moins de cette altération surprenante.

« Dans l’état présent, sur les quatre cinquièmes environ de la surface de son corps , la peau est blanche, douce et transparente comme celle d’une belle Européenne , et laisse voir agréablementlesramifications des vaisseaux sanguins qui sont dessous. Les parties qui sont restées noires perdent journellement leur noirceur ; en sorte qu'il est vraisemblable qu'un petit nombre d'années amènera un changement total.

« Le cou et le dos, le long des vertèbres, ont plus conservé de leur ancienne couleur que tout le reste, et semblent encore, par quelques taches, rendre témoignage de leur état primitif. La tête, la face, la poitrine , le ventre, les cuisses, les jambes et ies bras, ont presque entierement acquis la couleur blanche: les parties

naturelles et les afsselles ne sont pas d’une couleur uniforme, et la peau de ces parties est couverte de poil blanc (laine) où elle est blanche, et de poil noir où elle est noire.

« Toutes les fois qu'on a excité en elle des passions , telle que la colère, la honte, ete., on a vu sur-le-champ son visage et sa poitrine s'enflammer de rougeur. Pareillement , lorsque ces endroits du corps ont été exposés à l'action du feu, on y a vu paraître quelques marques de rousseur.

« Cette femme n’a jamais été dans le cas de se plaindre d'une douleur qui ait duré vingtquatre heures de suite : seulement elle a eu une couche il y a environ dix-sept ans. Elle ne se souvient pas que ses règles aient jamais été supprimées , hors le temps de sa grossesse. Jamais elle n'a été sujette à aucune maladie de la peau, et n'a usé d'aucun médicament appliqué à l'extérieur, auquel on puisse attribuer ce changement de couleur. Comme on sait que par la brûlure la peau des nègres devient blanche , et que cette femme est tous les jours occupée aux travaux de la cuisine, on pourrait peut-être supposer que ce changement de couleur aurait été l'effet de la chaleur : mais il n'y a pas moyen de se prêter à cette supposition dans ce Cas-ci, puisque cette femme a toujours été bien habillée, et que le changement est aussi remarquable dans les parties qui sont à l'abri de l'action du feu, que dans celles qui y sont les plus exposées. +

« La peau, considérée comme émonctoire, parait remplir toutes ses fonctions aussi parfaitement qu'il est possible, puisque la sueur traverse indifféremment avec la plus grande liberté les parties noires et les parties blanches !. »

Mais s'il y a des exemples de femmes ou d'hommes noirs devenus blancs, je ne sache pas qu'il y en ait d'hommes blancs devenus noirs. La couleur la plus constante dans l'espèce humaine est done le blanc, que le froid excessif des climats du pôle change en gris obseur, et que la chaleur trop forte de quelques endroits de la zone torride change en noir : les nuances intermédiaires, c'est-à-dire les teintes de basané , de jaune, de rouge, d'olive et de brun, dépendent des différentes températures et des

1 Extrait d'une lettre de M° Jacques Bate, à M. Alexandre

Williamson , en date du 26 juin 1760, Journal étranger, mois d'août 1760,

HISTOIRE NATURELLE

autres circonstances locales de chaque contrée; l'on ne peut donc attribuer qu'à ces mèmes causes la différence dans la couleur des yeux et des cheveux, sur laquelle néanmoins il y a beaucoup plus d'uniformité que dans la couleur de la peau : car presque tous les hommes de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique , ont les cheveux noirs où bruns ; et parmi les Européens, il y a peut-être encore beaucoup plus de bruns que de blonds, lesquels sont aussi presque les seuls qui aient les yeux bleus ‘.

4 G. Cuvier partage l'espèce humaine en trois races, savoir: la blanche, ou Caucasique; la jaune , on congolique; la nègre, onu Ethiopique.

La race cancasique se distingue par la beauté de l'ovale que forme sa tête, parle teint et par la couleur des cheveux, qui tous deux offrent beaucoup de variétés.

La race mongolique a ls pommettes saillantes , le visage plat , les yeux étroits et obliques, les cheveux droits et noirs, la barbe grêle, le teint olivâtre.

La race nègre a Le crâne comprimé, le nez écrasé, le teint noir et les cheveux crépus : la saillie du museau et l'épaisseur des lèvres semblent la rapprocher des singes: les peuplades dont elle se compose sont demeurées jusqu'ici barbares,

La race caucasique remonte à ce groupe de montagnessitué entre la mer Caspienne et la mer Noire. On a distingué les branches principales de cette race par l'analogie des langries, Le ramean araméen, ou de Syrie, s'est dirigé au Midi; il a produit les Assyriens, les Chaldéens et les Arabes, les Phéniciens, les Juifs, les Abyssins et les Égyptiens. Dans ce rameau sont nées les religions les plus répandues : les sciences et les lettres y ont fleuri.

Le rameau indien, germain et pélasgique est beaucoup plusétendu et s'est divisé bien plus anciennement ; cependant les quatre langues principales de ce ramean ont beaucoup d'affinité entre elles. Le sanscrit. langue sacrée des Indous, d'où sont sorties la plupart des langues de l'Indostan ; l’ancienne langue des Pélages, d'où dérivent le grec, le latin, beaucoup de langnes mortes, et toutes nos langues du midi de l'Europe; le gothique ou tudesque, d'où sont nées les langues du Nord et du Nord-Ouest, telles que l'allemand, le hollandais, l'anglais, le danois, le suédois et leurs dialectes; enfin la langue esclavone, d'où descendent celles du Nord- Est, le russe, le polonais, le bohémien et le vende.

Ce ramrau avait été précédé en Europe par les Celtes, dont les peuplades, venues par le Nord. sont aujourd'hui confinées vers les pointes les plus occidentales ; et par les Cantabres, passés d'Afrique en Espagne , et avjourd'hui presque fondus parmi les nombreuses nations dont la postérité s'est mélée dans cette presqu'ile.

Les anciens Perses ont la même origine que les Indiens. Leurs descendantsoffrent encore à présent de nombreux rapports avec ns peuples d'Europe.

Le rameau scythe et tartare, dirigé d'abord vers le Nord et le Nord-Est, toujours errant dans les plaines immenses de ces contrées, n'en est revenu que pour dévaster les établissements plus heureux de ses frères ; les Scythes, les Parthes, les Turcs étaients des essaims de ce rameau : les Finlandais, les Hongrois en sont pour ainsi dire des peuplades égarées parmi les nations esclavonnes et tudesques. On trouve encore dans le nord et à l'est de la mer Caspienne des peuples dont l'origine est la même et qui parlent des langues semblables, ou à pen près. Les peuples tartares sont res'és plus intacts dans tout cet espace; cependant les Mongols, dans leurs conquêtes, y ont mêlé leur sang, et l'on en voit des traces surtout chez les Petits Tartares.

Monstre à un æ1 Jumelles attachées par les rems

Di L'HOMME.

Sur les monstres.

A ces variétés, tant spécifiques qu'individuelles, dans l'espèce humaine, on pourrait ajouter les monstruosités; mais nous ne traitons que des faits ordinaires de la nature et non des accidents : néanmoins nous devons dire qu'on peutréduire en trois classes tousles monstres possibles; la première est celle des monstres par excès; la seconde des monstres par défaut, et la troisième de ceux qui le sont par le renversement ou la fausse position des parties.

Dans le grand nombre d'exemples qu'on a recueillis des différents monstres de l'espèce hu-

A l'orient de ce rameau tartare de la race caucasique commence la race mongolique, qui domine ensuite jusqu'à l'océan Oriental. Ses branches encore nomades , les Calmouques , les Kalkas, parcourent le grand désert. Les Chinois en sout une branche ; une troisième branche , les Mantchoux, a conquis la Chine, et la gouverne encore, Les Japonais et les Coréens. etles hordes qui s'étendent au nord-est de la Sibérie, Y appartiennent aussi en partie; on y rapporte mènie aujour- . d'huiles habitants originaires des Mariannes , des Carolines et des iles voisines de cet archipel.

Cette grande race parait provenir des monts Altaï. L'histoire de tous ces peuples nomades est aussi fugitive que leurs établissements; et celle des Chinois ne doune que des notions furt imparfaites des peuples qui les avoisinent. Les aflinités de leurs langues sont aussi trop peu connues pour guider avec quelqueombre de sûreté dans ce dédale.

Les laugues du nord de la péninsule au-delà du Gange ont quelques rapports avec la langue chinoise, du moins par leur nature, et les peuples qui les parlent ne sont pas sans ressemblance avec les autres Mongols pour les traits ; mais le midi de celte péninsule est occupé par les Malais, peuple beaucoup plus rapproché des Indiens par les formes, et dont la race el la langue se sont répandues sur les côtes de toutes les iles de l'archipel Indien. Les petites iles de la mer du Sud sont peuplées par une belle race, qui paraît tenir de près aux Indiens , et dont la langue a beaucoup de rapports avec le malais; mais dans l'intérieur dès grandes iles habitent des nègres, tous barbares, que l'on a nommés Alfourous; et sur les côtes de la Nouvelle-Guinée etdesiles voisines, sontd'autres nègres presque semblables à ceux de la côte orientale de l'Afrique, que l'on a appelés Papous; on rapporte les habitants de la Nouvelle-Hollande aux Alfourous, et ceux de Diémen aux Papous.

1! serait difficile, vu l'insuffisance de descriptions nettes et précises, de rapporter à l'une des trois grandes races ces Malais et ces Papous.

La race mongole est, dit-on, la souche des Samoïèdes , des Lapons, des Esquimaux; d'autre part on assure que ces peuples ne sont que des rejetons dégénérés du rameau scythe et tartare de ln race caucasique.

Quant aux Américains, on ne saurait jusqu ici les rapporter à aucune de nos racss de l'ancien continent. Leur teint rouge de cuivre ne suffit pas pour en faire une race particulière, leurs cheveux généralement noirs et leur barbe rare les rapprocheraient des Mongo!s, si leurs traits aussi prononcés, leur nez aussi saillant que chez nous, leurs yeux grands et

ouverts, ne sy opposaient, Leurs langues sont aussi nom- !

breuses que leurs peuplades, et jusqu'ici on n'a pu y saisir d'analogies démoustratives, ni entre elles ni avec celles de l'ancicu monde.

maine, nous n'en citerons ici qu'un seul de chacune de ces trois classes.

Dansla première, qui comprend tous lesmonstres par excès, il n'y en a pas de plus frappants que ceux qui ont un double corps et forment deux personnes. Le 26 octobre 1701, il est né à Tzoni en Hongrie deux filles qui tenaient ensemble par les reins ; elles ont vécu vingtun ans. À l’âge de sept ans, on les amena en Hollande , en Angleterre, en France, en Italie, en Russie et presque dans toute l'Europe: âgées de neuf ans, un bon prêtre les acheta pour les mettre au couvent à Pétersbourg, où elles sont restées jusqu'à l’âge de vingt-un ans, c'est-àdire jusqu'à leur mort, qui arriva le 23 février 1723. M. Justus-Joannes Tortos, docteur en médecine, a donné à la Société royale de Londres, le 3 juillet 1757, une histoire détaillée de ces jumelles, qu'il avait trouvée dans les papiers de son beau-père, Carl. Rayger, qui était le chirurgien ordinaire du couvent où elles étaient.

L'une de ces jumelles se nommait Hélène, et l'autre Judith. Dans l'accouchement Hélène parut d’abord jusqu'au nombril, et trois heures après on tira les jambes, et avec elle parut Judith. Hélène devint grande et était fort droite ; Judith fut plus petite et un peu bossue; elles étaient attachées par les reins, et pour se voir elles ne pouvaient tourner que la tête. Il n'y avait qu'un anus commun. À les vpir chacune par devant lorsqu'elles étaient arrêtées , on ne voyait rien de différent des autres femmes.

Comme l'anus était commun , il n'y avaitqu'un même besoin pour aller à la selle; mais pour le passage des urines, cela était différent; chacune avait ses besoins, ce qui leur occasionnaït de fréquentes querelles, parce que quand le besoin prenait à la plus faible, et que l'autre ne voulait pas s'arrêter, celle-ci l'emportait malgré elle : pour tout le reste elles s'accordaient, car elles paraissaient s'aimer tendrement. A six ans , Judith devint percluse du côté gauche, et quoique par la suite elle parût guérie, il lui resta toujours une impression de ce mal, et l'esprit lourd et faible. Au contraire, Hélène était belle et gaie; elle avait de l'intelligence et même de l'esprit. Elles ont eu en même temps la petite vérole et la rougeole : mais toutes leurs autres maladies ou indispositions leur arrivaient séparément ; car Judith était sujette à une toux et à la fièvre, au lieu qu'Hélène était d'une

bonue santé. À seize ans leurs règles parurent presque en même temps, et ont toujours continué de paraitre séparément à chacune, Comme elles approchaient de vingt-deux ans, Judith prit la fièvre, tomba en léthargie et mourut le 23 février : la pauvre Hélène fut obligée de suivre son sort; trois minutes avant la mort de Judith elle tomba en agonie et mourut presque en même temps. En les disséquant on a trouvé qu'elles avaient chacune leurs entrailles bien entières, et même que chacune avait un conduit séparé pour les excréments, lequel néanmoins aboutissait au même anus !,

Les monstres par défaut sont moins communs que les monstres par excès : nous ne pouvons guère en donner un exemple plus remarquable que celui de l'enfant que nous avons fait représenter d’après une tête en cire qui a été faite par mademoiselle Biheron , dont on connait le grand talent pour le dessin et la représentation des sujets anatomiques. Cette tête appartient à M. Dubourg , habile naturaliste et médecin de la Faculté de Paris; elle a été modelée d’après un enfant femelle qui est venu au monde vivant au mois d'octobre 1766, mais qui n'a vécu que quelques heures. Je n’en donnerai pas la description détaillée, parce qu'elle a été insérée dans les journaux de ce temps, et particulièrement dans le Mercure de France.

Enfin dans la troisième classe, qui contient les monstres par renversement ou fausse position des parties ; les exemples sont encore plus rares , parce que cette espèce de monstruosité étant intérieure ne se découvre que dans les cadavres qu'on ouvre.

« M. Méry fit, en 1688, dans l'Hôtel royal des Invalides, l'ouverture du cadavre d’un soldat qui était âgé de soixante-douze ans, et il y trouva généralement toutes les parties internes de la poitrine et du bas-ventre situées à contresens; celles qui, dans l'ordre commun de lanature , occupent le côté droit , étant situées au côté gauche, et celles du côté gauche l'étant au droit : le cœur était t'ansversalement dans la poitrine ; sa base tournée du côté gauche oceupait justement le milieu , tout son corps et sa

* Linn. Syst, Nat. édition allemande, tome 1.

HISTOIRE NATURELLE DE L'HOMME

pointe s’avançant dans le côté droit... La grande oreillette et la veine-cave étaient placées à la gauche et occupaient aussi le même côté dans le bas-ventre jusqu'à los sacrum..…. Le poumon droit n'était divisé qu'en deux lobes, et le gauche en trois.

« Le foie était placé au côté gauche de l’estomac, son grand lobe occupant entièrement l'hypocondre de ce côté-là... La rate était placée dans l'hypocondre droit, et le pancréas se portait transversalement de droite à gauche au duodenum !.»

M. Winslow cite deux autres exemples d’une pareille transposition de viscères ; la première, observée en 1650, et rapportée par Riolan ?; la seconde , observée en 1657, sur le cadavre du sieur Audran, commissaire du régiment des Gardes à Paris .Cesrenversementsoutranspositions sont peut-être plus fréquents qu’on ne l'imagine ; mais comme ils sont intérieurs, on ne peut les remarquer que par hasard. Je pense néanmoins qu'il en existe quelque indication au-dehors : par exemple, les hommes qui naturellement se servent de la main gauche de préférence à la main droite, pourraient bien avoir les viscères renversés, où du moins le poumon gauche plus grand et composé de plus de lobes que le poumon droit; car c'est l'étendue plus grande et la supériorité de force dans le poumon droit qui est la cause de ce que nous nous servons de la main, du bras et de la jambe droites, de préférence à la main ou à la jambe gauche.

Nous finirons par observer que quelques anatomistes | préoccupés du système des germes préexistants, ont cru, de bonne foi qu'il y avait aussi des germes monstrueux préexistants comme les autres germes, et que Dieu avait eréé ces germes monstrueux dès le commencement :

mais n'est-ce pas ajouter une absurdité ridieule et indigne du Créateur, à un système mal conçu que nous avons assez réfutéprécédemment, et qui ne peut être adopté ni soutenu dès qu'on prend la peine de l’examiner ?

! Mémoires de l'Académie des Sciences, année 4735, page: 374 el 575. t ?Disquisitio de transpositione partium naturalium et vita-

lium in corpore humano, 5 Journal de dom Pierre de Sair.t Romual, Paris, 1661.

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