‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 3)Chapitre 68 sur 186 · DES MÉTHODES · texte numérisé non relu

DES MÉTHODES

tre pieds, qui pour l'ordinaire ne se meuvent et ne se déplacent que sur la terre, sont divisés en deux ordres‘; le premier renferme ceux qui ont de la corne à l'extrémité des pieds, et le second ceux qui ont des doigts. Chacun de ces ordres est sousdivisé en quatre familles ; la première famille des quadrupèdes qui ont de la corne à l'extrémité des pieds, comprend ceux qui n'ont la corne que d'une seule pièce à chaque pied, ce sont les solipèdes : la seconde ceux qui ont la corne divisée en deux pièces, ce sontles pieds fourchus; lerhinocéros est dans la troisième famille, parce que la corne de chacun de ses pieds est divisée en trois pièces; l’éléphant est dansla quatrième, il a la corne du pied partagée en cinq pièces.

La première famille du second ordre, c’est-àdire des quadrupèdes qui ont des doigts, comprend ceux qui en ont deux à chaque pied, comme le chameau, ete.; les animaux de la seconde famille ont trois doigts; ceux de la troisième en ont quatre, et enfin ceux de la quatrième en ont cinq.

M. Klein a fait la division générale des animaux d'une manière ingénieuse, en établissant un caractère essentiel à tous les animaux, qui est la faculté de changer de lieu, et en le déterminant par les parties du corps qui servent à ce mouvement, d’autant plus que le même caractère s'étend jusqu’à la division des quadrupèdes : cependant on peut objecter à M. Klein, comme à M. Raï, le caractère négatif qui entre dans la première division des animaux; car avoir deux pieds, en avoir quatre ou plus de quatre, sont des marques positives et distinetives ; mais n'avoir point de pieds n’est qu’une privation dont nous ne tirons aucune idée distincte : sur cet exposé nous restons en suspens, et nous attendons qu’on nous apprenne qu'est-ce qu'ont donc ces animaux qui n'ont point de pieds : si on nous dit qu'ils ont la faculté de se trainer, de ramper au lieu de marcher, on nous donne, par ce caractère positif, l'idée d’un reptile; nous nous figurons à l'instant un serpent qui se déplace sans avoir de pieds.

Je me permettrai encore de faire une réflexion sur le projet de méthode de M. Klein, et sur toutes les méthodes dont les branches des divisions prin-

4 Les dénominations de classe , de genre et d'espèce , n'étant pas en nombre suffisant pour exprimer toutes les divisions que les méthodistes ont été obligés de faire pour descendre depuis la division la plus générale des classes jusqu'aux caracières spécifiques , ils ont imaginé une suite plus nombreuse de dénouninations, qui correspondit à la suite détaillée de leurs divisions : c'est pourquoi nous trouvons dans Îes méthodes, des classes , des ordres , des tribus, des légions, des cohortes, des familles, des genres et des espèces. Les nomenclateurs ont abusé de la plupart de ces noms, dont l'acception n'a jamais eu de rapport qu'aux hommes; ainsi on ne peut guère les appliquer à des êtres différents, comme des plantes, et surtout des minéraux, sans tomber dans un défaut de goût et de précision, qui n'est point pardonnable dans le siècle ou nous vivons.

cipales sont si peu en équilibre, qu'on ne voit qu'un animal d'un côté, tandis qu'il y en a une multitude de l’autre. Ces divisions représententla nature comme si on la dépeignait sous la figure d’une déesse manchotte, qui aurait un bras fort long d’un côté, et seulement un moignon de l’autre. Lorsque M. Raï divise en deux classes les animaux qui ont des ongles , il ne met dans l’une que le genre des chameaux, tandis que tous les autres animaux à ongles restent dans l’autre classe : de même M. Klein fait de sa quatrième famille du second genre une nation entière, en y comprenant tous les animaux qui ont cinq doigts, et il en laisse si peu dans les trois autres familles, qu’on croirait qu'elles seraient près de s’éteindre. Je ne prétends pas qu'on doive mettre en équilibre parfait les branches d’une division, en distribuant autant d'espèces dans l’une que dans l’autre; cependant je ne voudrais pas qu'une espèce figurât seule dans une méthode visà-vis un très-grand nombre d'espèces. Cette inégalité semble être contraire à l’ordre de la nature : au reste, cela est peut-être inévitable dans les distributions méthodiques ; mais cela prouve que ces méthodes ne sont que des conventions arbitraires que l’on modifie selon le besoin, en multipliant les conditions autant de fois qu’il se trouve des singularités dans la nature, par rapport au caractère qui détermine la méthode : car si on observait les animaux en entier, tant à l'intérieur, qu'à l'extérieur, on trouverait souvent des rapports essentiels qui effaceraient les petites différences sur lesquelles les méthodes sont établies. On en verra desexemples dans la description des animaux, où je me réserve de discuter les caractères particuliers qui ont été employés dans les méthodes.

Venons maintenant à la distribution méthodique des quadrupèdes, faite par Linnæus, telle qu'il l'a donnée dans la dernière édition que nous avons du Système de la Mature. Par le titre du livre, l'auteur ne laisse aucun doute sur ses prétentions ; on croirait qu'il ne s’agirait pas de moins que de développer et d'exposer le système de la nature; cependant ce n’est qu'une distribution méthodique établie, comme les autres méthodes en ce genre, sur des conditions arbitraires, qui sont, pour la plupart, indépendantes des lois naturelles. Buffon, dans son discours sur la manière d'étudier et de traiter l'histoire naturelle, a rapporté la division générale des animaux en six classes donnée par Linnæus, et l’a discutée de façon à ne rien laisser à désirer sur ce sujet, de même que sur la juste valeur de toutes les méthodes que l’on a faites en histoire naturelle. Buffon a aussi fait mention de la division des quadrupèdes, d'après la quatrième édition du système de Linnæus; mais, comme il n’était pas de son objet de suivre les détails de la distribution des quadrupèdes , et

d18 comme Linnæus a fait depuis des changements que nousavons reconnus dans la sixième édition de son ouvrage qui nous est parvenue, il est à propos de détailler cette nouvelle méthode sur les quadrupèdes.

Linnæus distingue ces animaux de tous les autres en ce qu'ils ont du poil sur le corps, et quatre pieds, et en ce que les femelles sont vivipares et ont du lait. Il divise les quadrupèdes en six ordres; le troisième, qui est sous le nom d’Agriæ, a été ajouté et démembré du premier ordre.

Get ordre ne contient plus que trois genres d'animaux, qui portent pour caractères communs quatre dents incisives dans chaque mâchoire, et les mamelles sur la poitrine. Je suis toujours surpris de trouver l'homme dans le premier genre, immédiatement au-dessous de la dénomination générale de quadrupèdes, qui fait le titre de la classe : l'étrange place pour l'homme! quelle injuste distribution , quelle fausse méthode met l'homme au rang des bêtes à quatre pieds! Voici le raisonnement sur lequel elle est fondée. L'homme a du poil sur le corps et quatre pieds, la femme met au monde des enfants vivants et non pas des œufs , et porte du lait dans ses mamelles; donc l'homme et là femme sont des animaux quadrupèdes. Les hommes et les femmes ont quatre dents incisives dans chaque mâchoire et les mamelles sur la poitrine; done les hommes et les femmes doivent être mis dans le même ordre, c'est-à-dire au mème rang, avec les singes et les guenons, et avec les mâles et les femelles des animaux appelés paresseux. Voilà des rapports que l'auteur a singulièrement combinés pour acquérir le droit de se confondre avec tout le genre humain dans la classe des quadrupèdes, et de s'associer les singes et les paresseux pour faire plusieurs genres du même ordre. C’est ici que l'on voit bien clairement que le méthodiste oublie les caractères essentiels, pour suivre aveuglément les conditions arbitraires de sa méthode; car quoi qu'il en soit des dents, du poil, des mamelles, du laitet du fœtus, ilest certain que l’homme, par sa nature, ne doit être confondu avec aucune espèce d'animal, et que par conséquent il ne faut pas le renfermer dans une classe de quadrupèdes , ni le comprendre dans le même ordre ayec les singes et les paresseux, qui composent le Second et le troisième genre du premier ordre de la classe des quadrupèdes dans la méthode dont il s’agit.

Les animaux du second ordre! ont pour caractères distinetifs six dents de devant dans chaque mâchoire, et les dents canines allongées : ces animaux sont l'ours, le chat, la belette, la loutre, le chien, le veau marin, le blaireau , le hérisson, le tatou, la taupe et la chauve-souris. Mais il ne faut

‘ Feræ,

Page 1