DES MÉTHODES
animaux en quadrupèdes , oiseaux, poissons et insectes, ne me parait pas plus grand que celui que l'on pourrait trouver à laisser, comme fait M. Rai, la vipère, qui, selon lui, est vivipare, avec les autres serpents, qui sont ovipares : toute distribution méthodique en histoire naturelle a ses défauts, il ne s’agit que du plus ou du moins. La division des animaux en animaux terrestres, aquatiques et amphibies, parait à notre auteur être peu conforme à la nature et à la raison : cela peut être, et personne ne doit en être surpris, puisque toutes les méthodes en ce genre sont des conventions arbitraires , qui ne dépendent ni de la nature ni de la raison , mais de la commodité et de la volonté des méthodistes. Cette division en trois classes est régulière par rapport à son objet, qui est de rassembler dans l’une de ces classes les animaux qui vivent sur la terre, dans l’autre ceux qui restent dans l’eau, et dans la troisième ceux qui vivent sur la terre et dans l’eau. La même division sera irrégulière par rapport aux autres méthodes qui ont été faites sur d’autres conventions , leurs genres y seront confondus ou divisés ; on séparera les cétacées les uns des autres, les quadrupèdes vivipares et ovipares amphibies seront dans une classe, etles autres quadrupèdes vivipares et ovipares dans une autre ; les insectes aquatiques seront d'un côté, et les terrestres d’un autre, ete., qu'importe ? ce sera une méthode : autant vaut distinguer les cétacées en aquatiques et en amphibies , que de les balancer et de les:ballotter pour les faire tomber avec les quadrupèdes ou avec les poissons : on peut bien mêler les vivipares avec les ovipares , puisque, de l’'aveu de M. Rai, cette distinction n’est pas assez sûre pour déterminer les différents genres d’animaux ; pourquoi enfin ne renfermerait-on pas les insectes terrestres dans une classe, tandis que les insectes aquatiques seraient dans une autre ? Dès que l’on voudra diviser le genre des insectes et tout autre genre , on fera de mauvaises divisions ; mais à cette condition , on les pourra faire de quelque façon que l’on voudra.
Revenons à la méthode de M. Raï; les quadrupèdes vivipares, c'est-à-dire les animaux que l'on entend communément par le nom de quadrupèdes, snt du sang; ils respirent par l'organe d'un poumon, et leur cœur est composé de deux ventricules : mais n'allons pas plus loin avant de changer la dénomination générale de quadrupèdes , parce que l’auteur s'avise ici de comprendre dans cette classe un animal qui n'a que deux pieds, c'est la vache marine, manuti; elle a des poumons, son cœur est composé de deux ventricules, par conséquent elle doit être mise avec les quadrupèdes , quoiqu'elle n'ait que deux pieds ; cependant on ne peut pas la ranger sous la dénomination de quadrupèdes sans lui faire quatre pieds ; mais l'auteur aime
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mieux changer la dénomination de quadrupèdes vivipares en celle d'animaux vivipares couverts de poil, parce que la vache maritie a du poil.
M. Rai change la division des ini quadrupèdes en solipèdes, pieds fourchus, et fissipédes , et n'en fait que deux classes générales, dont la première comprend les animaux qui ont l'extrémité des doigts enveloppée dans une manière de corne sur laquelle ils marchent, animaliarunqulata; la seconde classe renferme ceux qui ont un ongle qui tient à l'extrémité de chaque doigt, et qui laisse à nu la partie qui porte sur la terre, animalia unguiculata.
L'auteur sous-divise les animaux qui ont de la corne aux pieds, en solipèdes , qui sont le cheval, l'âne et le zèbre, en pieds fourchus, tels que le taureau , le bélier, le bouc, etc., et en animaux qui ont les pieds divisés en‘ quatre parties, comme sont le rhinocéros et l'hippopotame. Il rapporte à cette classe quelques animaux étrangers qu'ildonne
corime anomaux, parce qu'ils diffèrent un des deux précédents. Il y a deux sortes d’ IX à pieds fourchus : les uns ne ruminent pas, tels sont
le cochon, le sanglier, le cochon de Guinée, le babyroussa , le tajacu , etc. ; les autres ruminent, ce sont le taureau, le bélier, le bouc, etc., et ils ont des cornes sur la tête. On pourrait, dit M. Rai, établir des différences entre ces animaux, en ce que les uns quittent leurs cornes dans certains temps pour en produire de nouvelles, ét que les autres gardent toujours les mêmes ; en ce qu'il y a des femelles et même des mäles qui n’en ont jamais, et en ce que les cornes sont solides ou creuses. Il y a trois genres de ruminants à pieds fourchus qui ont des cornes creuses et qui ne les quittent jamais; le premier porte le nom du bœuf, bovinum genus, et comprend le taureau, l’aurochs, le bison, le buffle, ete. ; le nom du second est dérivé de celui des
brebis, ovinum genus, et renferme le bélier, les
brebis d'Arabie, de Crète, d'Afrique, de Guinée ou d’Angole, etc.; et la dénomination du troisième genre vient du nom de la chèvre, caprinum genus ; ses espèces sont le bouc, le bouquetin,, le chamois, les gazelles, etc.; on a fait un quatrième genre des animaux ruminants à pieds fourchus,, dont les cornes sont solides et branchues, et tombent chaque année ; le nom de ce genre est tiré de celui de cerf, cervinum genus; on y rapporte le cerf, le daim, l'élan, le renne, le chevreuil , la giraffe, ete.
Parmi les animaux qui sont armés d'ongles ;-il s’en trouve qui les ont larges ; et qui ressemblent plus à l'homme que les autres bêtes, ce sont les singes. Les animaux qui ont les ongles étroits et pointus pour la plupart sont distingués par leurs pieds; les uns ont le pied fourchu et n'ont que deux ongles, comme le chamean qui el OP Eine nant ; les animaux de ce même genre sont le dro-
madaire, le mouton du Pérou et le paco ; les autres animaux qui ont des ongles sont fissipèdes. M. Raï donne l'éléphant comme anomal en ce genre, parce que SES doigts sont réunis et recouverts par la peau, etc.
Les animaux fissipèdes sont divisés en deux class ses; la première comprend ceux que l'auteur appelle analoques, c'est-à-dire ceux qui se ressemblent surtout par rapportaux dents, soit pour leur forme, soit pour leur situation. Les animaux fissipèdes de la seconde classe sont désignés par le nom d'aiomaux, parce qu'ils diffèrent des autres; ou ils n'ont point de denis, ou celles qu'ils ont sont differentes des dents des autres animaux, soit pour ja forme , soit pour l'arrangement.
Les animaux fissipèdes analogues ont plus de deux dents incisives dans chaque mâchoire, comme le lion, le chien, ete., ou n'en ont seulement que deux, comme le castor, le lièvre, le lapin, etc, et tous ceux qui se nourrissent de plantes.
L'auteur propose d'abord de diviser en deux classes les animaux fissipèdes analogues qui ont plus de deux dents incisives dans chaquemächoire, et de déterminer ces classes par les différents aliments qu'ils prennent , parce que les uns mangent la chair des animaux, lesautres ne vivent que d’insectes, où prennent une nourriture mêlée d'insectes et de plantes; mais ayant reconnu qu'on ne savait pas encore assez bien quelle était la nourriture de ces animaux, il renonce à cette division , et les met tous au rang des animaux carnassiers : je crois que c'est avec raison, au moins pour la plupart, car j'ai vu un blaireau et un hérisson manger de la chair.
Les animaux carnassiers sont distingués par leur grandeur; il y en a de grands et de petits : les grands sont de deux sortes; les uns ont la tête arrondie et le museau court, comme le chat; c’est pourquoi on appelle le genre sous lequel ils sont rassemblés, genre des chats, felinum genus; il comprend le lion, le tigre, le léopard, le loup-cervier, le chat, l'ours, ete.; les autres ont la tête et le museau allongés, comme le chien, d'où vient le nom de canin que l'on a donné à ce genre, genus canin ; ses espèces sont le loup, le chien, le renard, la civette, le coati-mondi, le blaireau ou taisson, la loutre, le veau de mer, l'hippopotame ou cheval marin, la vache marine, etc. Les petits animaux carnassiers ne diffèrent pas seulement des grands par leur volume, mais encore parce qu'ilsont la tête plus petite, les pattes plus courtes et le corps plus effilé, ce qui leur donne de la facilité pour se glisser, comme des vers, dans des endroits fort étroits; aussi le nom géncrique de ces animaux a-t-il été dérivé de celui de ver ou vermine, genus vermineum ; on l'appelle aussi genus mustellinum , parce que la belette, mustela, est
EXPOSITION
l'animal le plus connu de ce genre , qui renferme aussi l'hermine, îe furet, le putois, la martre, la fouine et la martre zibeline , ete.
Les animaux fissipèdes analogues, qui n'ont que deux dents incisives à chaque mâchoire, sont le lièvre, le lapin, le cochon d'Inde, le porc-épie, le castor , les écureuils, le rat , le rat musqué, le rat d'eau, la souris, le mulot, le loir, le lérot, la marmotte, ele. .
Les animaux fissipèdes anomaux sont le hérisson, le tatou, la taupe, la musaraigne, le tamandua , la chauve-souris et le paresseux : les cinq premiers ont le museau allongé comme les chiens ou les belettes, mais ils en diffèrent par la forme et l'arrangement des dents; le tamandua n’en a point, la chauve-souris et le paresseux ont le museau court.
Le projet de distribution méthodique des animaux, que M. Klein a publié en 1750, a assez de rapport à la méthode de M. Rai, pour que l’on rende compte de ce projet immédiatement après ; quoique l'exposition dela division des quadrupèdes, que Linnæus a donnée dès l'année 4755, dût précéder selon l'ordre des dates.
M. Klein distingue les animaux de tous les autres êtres de la nature par la faculté qu'ils ont de se
mouvoir et de changer de lieu: il les divise et dé
termine leurs classes par les différences quisetrouvent entre les parties du corps qui opèrent ce mouvement et ce déplacement : les uns y parviennent à l'aide de leurs pieds où de certaines parties qui leur tiennent lieu de pieds: d'autres ont des pieds qui leur servent dans l’eau comme sur la terre, et des ailes qui les transportent en l'air. Il y a des animaux qui, par le moyen de plusieurs pieds fort courts, ou sans avoir de pieds, rampent sur la terre ou dans l'eau , et même dans l’eau comme sur la terre; il en est qui ne changent de lieu que dans l'eau, et qui n'ont que des nageoires; d'autres ne se déplacent qu'en ébranlant leur coquille; on en trouve enfin qui ne se meuvent qu'en un certain temps de l'année, dit notre auteur, comme les orties de mer, les holothuries, etc. Mais n'y en a-t-il pas aussi qui ne changent jamais de lieu et qui vivent toujours fixés dans le même endroit? ceux-là ne trouveront point de place dans la méthode de M. Klein; cependant ils n'en appartiennent pas moins au règne animal, parce que le mouvement des animaux ne suppose pas loujours un déplacement.
Parmi les animaux qui ne se meuvent que sur la terre et dans l’eau, les uns n'ont que deux pieds, les autres en ont quatre où un plus grand nombre ; et d'autres n'en ont point du tout, où au moins n'ont aucunes parties de leur corps auxquelles on puisse donner proprement le nom de pieds.
Les quadrupèdes, c'est-à-dire les animaux à qua-