‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 3)Chapitre 7 sur 186 · A E 4 PB | G 29. 30 37 32 F3 D\ N · texte numérisé non relu

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du Chien du Bélier dé Cog ve m A — a —————— À : ——————

Grave par Ambroire Trdicu

sième jour celte liqueur transparente et cristalline augmente à l'intérieur, aussi bien que la petite membrane quil’environne. Le quatrième jour on voit à la circonférence.de la bulle une petite ligue de sang couleur de pourpre, et à peu de distance du centre de la bulle , on aperçoit un point aussi couleur de sang, qui bat; il parait comme une petite étincelle à chaque diastole, et disparait à chaque systole; de ce point animé partent deux petits vaisseaux sanguins qui vont aboutir à la membrane qui enveloppe la liqueur cristalline ; ces petits vaisseaux jettent des rameaux dans cette liqueur, et ces petits rameaux sanguins partent tous du même endroit, à peu près comme les racines d'un arbre partent du tronc; c’est dansl’angle que ces racines forment avec le tronc, et dans le milieu de la liqueur, qu'est le point animé.

Vers lafindu quatrième jour, ou au commencement du einquième, le point animé est déjà augmenté de façon qu'il parait être devenu une petite vésicule remplie de sang, et il pousse et tire alternativement ce sang, et dès le même jour on voit très-distinctement cette vésicule se partager en deux parties qui forment comme deux vésicules, lesquelles alternativement poussent chacune le sang etse dilatent, et demême alternativement elles repoussent le sang et se contractent ; on voit alors autour du vaisseau sanguin, le plus court des deux dont nous avons parlé, une espèce de nuage qui, quoique transparent, rend plus obscure la vue de ce vaisseau; d'heure en heure ce nuage s’épaissit, s’attache à la racine du vaisseau sanguin, et paraît conime un petit globe qui pend de ce vaisseau; ce petit globe s’allonge et paraît partagé en trois parties: l’une est orbiculaire et plus grande que les deux autres, et on y voit paraître l’ébauche des yeux et de la tête entière, et dans le reste de ce globe allongé on voit, au bout du cinquième jour , l'ébauche des vertèbres.

Le sixième jour les trois bulles de la tête paraissent plus clairement: on voit les tuniques dés yeux, eten même temps les cuisses et les ailes, et ensuite le foie, les poumons, le bec; le fœtus commence à se mouvoir et à étendre la tête, quoiqu'il n’ait encore que les viscères intérieurs, car le thorax, l'abdomen et toutes les parties extérieures du devant du corps lui manquent; à la fin de ce jour, ou au commencement du septième, on voit paraître les doigts des pieds; le fœtus ouvre le bec et le remue, les

parties antérieures du corps commencent à recouvrir les viscères; le septième jour le poulet est entièrement formé, et ce qui lui arrive dans la suite, jusqu'à ce qu'il sorte de l'œuf, n'est qu'un développement de toutes les parties qu'il à acquises dans ces sept premiers jours ; au quatorzième ou quinzième jour les plumes paraissent; il sort enfin, en rompant la coquille avec son bec, au vingt-unième jour.

Ces expériences de Harvey sur le poulet dans l'œuf paraissent, comme l'on voit, avoir été faites avec la dernière exactitude; cependanton verra dans la suite qu’elles sont imparfaites, et qu'il y a bien de l'apparence qu’il est tombé luimême dans le défautqu'il reproche aux autres, d’avoir fait ses expériences dans la vue d’une hypothèse mal fondée, et dans l'idée où il était, d’après Aristote, que lecœur était le point animé qui parait le premier; mais, avant que de porter sur cela notre jugement, il est bon de rendre compte de ses autres expériences et de son système.

Tout le monde sait que c’est sur un grand nombre de biches et de daims que Harvey a fait ses expériences : elles reçoivent le mâle vers la mi-septembre ; quelques jours aprèsl'accoupiement les cornes de la matrice deviennent plus charnues et plus épaisses, et en même temps plus fades et plus mollasses, et on remarquedans chacune des cavités des cornes de la matrice cinq caroncules ou verrues molles. Vers le 26ou le 28 de septembre, la matrice s'épaissit encore davantage, les cinq caroncules se gonflent, et alors elles sont à peu près de la forme et de la grosseur du bout de lamamelle d’une nourrice: en les ouvrantavecunscalpel, ontrouve qu'elles sontremplies d'uneinfinité de petits pointsblancs. Harvey prétend avoir remarqué qu'il n’y avait alors, non plus que dans le temps qui suit immédiatement celui de l’accouplement, aucune altération, aucun changement dans les ovaires ou testicules de ces femelles, et que jamais il n’a vu ni pu trouver une seule goutte de la semence du mäle dans la matrice, quoiqu'il ait fait beaucoup d'expériences etderecherches pour découvrir s’il y en était entré.

Vers la fin d'octobre ou au commencement de novembre, lorsque les femelles se séparent des mâles, l'épaisseur des cornes de la matrice commence à diminuer, et la surface intérieure de leur cavité se tuméfie et paraît enflée; lesparois intérieures se touchentet paraïssent collées

ensemble , les caroncules subsistent, et le tout est si mollasse qu'on ne peut y toucher, et ressemble à la substance de la cervelle. Vers le 13 eu 14 de novembre, Harvey ditqu'il aperçut des filaments, comme ceux des toiles d’araignée , qui traversaient les cavités des cornes de la matrice, et celle de la matrice même ; ces filaments partaient de l'angle supérieur des cornes, et par leur multiplication formaient une espèce de membrane ou tunique vide. Un jour ou deux après, cette tunique ou sac se remplit d'une matière blanche, aqueuse et gluante; ce sac n'est adhérent à la matrice que par une espèce de mucilage, et l'endroit où il l’est le plus sensiblement, c'est à la partie supérieure où se forme alors l’'ébauche du placenta; dans le troisième mois ce sac contient un embryon long de deux travers de doigt, etil contient aussi un autre sac intérieur qui est l’amnios, lequel renferme une liqueur transparente et crystalline dans laquelle nage le fœtus. Ce n'était d'abord qu'un point animé, comme dans l'œuf de la poule; tout lereste seconduit ets’achève comme il l'a dit au sujet du poulet; la seule différence est que les yeux paraissent beaucoup plus tôt dans les poulets que dans les vivipares; le point animé parait vers le 19 ou 20 de novembre dans les biches et dans les daines, dès le lendemain ou le surlendemain, on voit paraître le corps oblong qui contient l'ébauche du fœtus ; six ou sept jours apres il est formé au pojut d'y reconnaitre les sexes et tous les membres, mais l'en voit encore le cœur ettous les viscères à découvert, et ce n'est qu'un jour ou deux après que lethorax etl’abdomen viennent les couvrir, c'est le dernier ouvrage, c'est le toit à l'édifice.

De ces expériences, tant sur les poules que sur les biches, Harvey conclut que tous les animaux femelles ont des œufs, que dans ces œufsilse faitune séparation d’une liqueur transparente et cristalline contenue par une tunique (l’amnios) et qu'ure autre tunique extérieure (le chorion) contient le reste de la liqueur de l'œuf , et enveloppe l'œuf tout entier; que dans ia liqueur cristalline la première chose qui paraît est un point sanguin et animé; qu'en un mot, le commencement de la formation des vivipares se fait de la même facon que celle des ovipares , et voici comment il explique la génération des uns et des autres.

La génération est l'ouvrage de la matrice, jamais il n’y entre de semence du mâle; la ma-

HISTOIRE NATURELLE

trice conçoit le fœtus par une espèce de contagion que la liqueur du mâle lui communique, à peu près comme l'aimant communique au fer la vertu magnétique ; non-seulement cette contagion masculine agit sur la matrice, mais elle se communique même à tout le corps féminin , qui est fécondé en entier, quoique dans toute la femelle il n'y ait que la matrice qui ait la faculté de concevoir le fœtus, comme le cerveau a seul la faculté de concevoir les idées ; et ces deux conceptions se font de la même façon : les idées que conçoit le cerveau sont semblables aux images des objets qu'il reçoit par les sens; le fœtus, qui est l'idée de la matrice, est semblable à celui qui le produit, et c'est par cette raison que le fils ressemble au père, ete.

Je me garderai bien de suivre plusloin notre anatomiste, et d'exposer toutes les branches de ce système, ce que je viens de dire suffit pour en juger; mais nous avons des remarques ünportantes à faire sur ses expériences; la manière dont il les a données peut imposer, il parait les avoir répétées un grand nombre @e fois, il semble qu'il ait pris toutes les précautions nécessaires pour voir, et on croirait qu'il a tout vu, et qu'il a bien vu : cependant je me suis apercu que dans l'exposition il règne de l’incertitude et de l'obscurité; ses observations sont rapportées de mémoire, etil semble, quoiqu'il dise souvent le contraire, qu’Aristote l’a guidé plus que l'expérience ; car, à toutprenäre, il a vu dans les œufs tout ce qu'Aristote adit, et n'a pas vu beaucoup au delà; la plupart des observations essentielles qu'il rapporte avaient été faites avant lui ; on en sera bientôt convaincu, si l'on veut donner un peu d’attention à ce qui va suivre.

Aristote savait que les cordons (ckalazæ) ne servaienten rien à lagénération du pouletdans l'œuf : Que ad principium lutei grandines hærent, nilconferunt ad generationem, ut quidam suspicantur. (Hist. Anim, lib. 6, ce. 2.) Parisanus, Volcher Coirer, Aquapendente, ete., avaient remarqué la cicatricule aussi bien qu'Harvey. Aquapendente croyait qu’elle ne servait à rien, mais Parisanus prétendait qu'elle était formée par la semence du mäle, ou du moins que le point blanc qu'on remarque dans le milieu de la cicatricule était la semence du mâle qui devait produire le poulet: Estque, dit-il, illud galli semen albà et lenuissimà tunic4 obductum, quod substat duabuscommunibus toti ovo mem-

DES ANIMAUX

branis, ete. Ainsi la seule découverte qui appartienne ici à Harvey en propre, c’est d’avoir observé que cette cicatricule se trouve aussi bien dans les œufs inféconds que dans les œufs féconds ; car lesautres avaient observé comme lui la dilatation des cercles, l'accroissement du point blane, et il paraîitmème que Parisanus avait vu letout beaucoup mieux que lui. Voilà tout ce qui arrive dans les deux premiers jours de l'incubation, selon Harvey; ce qu’il dit du troisième jour n’est, pour ainsidire, que la répétition de ce qu'a dit Aristote (Hist. Anim, lib. 6, cap. 4): Per idtempusascendit jam vitellus ad superiorem partem ovi aculiorem, ubi el principium ovi est et fœtus excluditur; corque ipsum apparetin albumine sanquineipuncti, quod punclum salitetmovet sese instar quasi animatum; abeomeatusvenarum specie duo sanguine pleni fiexuosi, qui, crescente fœtu, feruntur in utramque tunicam ambientem, ac membrana sanquineas fibras habens eo tempore albumen continet sub meatibus illis venarum similibus; ac paulè post discernitur corpus pusillum ini- Lio, omninô et candidum, capite conspicuo, atque in eo oculis maximè lurgidis qui diu sie permanent, serû enim parvi fiunt ac considunt. In parteautem corporis inferiore nullum extat membrum per inilia, quod respondeat superioribus. Meatus autem illi qui à corde prodeunt, alter ad cireumdantem membranam tendit, alter ad luteum, officio wmbilici.

Harvey fait un procès à Aristote sur ce qu'il dit quele jaunede l'œuf monte vers la partie la plus aiguë, vers le petit boutde l’œuf; etsur cela seul cet anatomiste conclut qu’Aristote n'avait rien vu de ce qu'il rapporte au sujet de la formation du poulet dans l'œuf, que seulement il avait été assez bien informé des faits, etqu'il les tenait apparemment de quelque bon observateur.Jeremarqueraiqu'Harveyatortde faire ce reproche à Aristote, et d'assurer généralement, comme il le fait, que le jaune monte toujours vers le gros bout de l'œuf; car cela dépend uniquement de la position de l'œuf dans le temps qu’il est couvé; le jaune montetoujours au plus haut, comme plus léger que le blanc; et si le gros bout est en bas, le jaune montera vers le pelit bout; comme, au contraire, silepetit bout est en bas, le jaune montera vers le gros bout. Guillaume Langiy, médecin de Dordrecht, qui a fait en 1655, c’est-à-dire quinze ou vingt ans après Harvey, des observationssur les œufs cou-

o7 vés, a fait le premier cette remarque. Voyez Will. Langly Observ.editæ à J'usto Schradero, Amst., 1674. Les observations de Langly ne commencent qu'après vingt-quatre heures d'incubation, et elles ne nous apprennent presque rien de plus que celles de Harvey.

Mais, pour revenir au passage que nous venonsde citer, on voit que la liqueur cristalline, le point animé, les deux membranes, les deux vaisseaux sanguins, ete., sont donnés par Aristote précisément comme Harveyles a vus; aussi cetanatomiste prétend que le point animé est le cœur, que ce cœur est le premier formé, que tes viscères et les autres membranes viennent ensuite s’y joindre: tout cela a été dit par Aristote, vu par Harvey, et cependant toutcelan'est pas conforme à la vérité ; ilne faut, pour s’en assurer, que répéter les mêmes expériences sur les œufs, ou seulement lire avec attention celles de Malpighi (Malpighii pullus in ovo), qui ont été faites environ trente-cinq ouquarante ans après celles de Harvey.

Cetexcellentobservateur a examiné avec at-

tention la cicatricule qui en effet est la partie essentielle de l'œuf; il a trouvé cette cicatricule grande dans tousles œufs féconds et petite dans les œufs inféconds; et ayantexaminé cette cicaticule dans des œufs frais et qui n'avaient pas encore été couvés, ilareconnu que le point blane dont parle Harvey, et qui, selon lui, devient le point animé, est une petite bourse ou une bulle qui nage dans une liqueur contenue par le premier cercle, etdansle milieu de cette bulleil a vu l'embryon; la membrane de cette petite bourse, quiestl’amnios, étanttrès-mince ettransparente, lui laissait voir aisémentle fœtus qu’elle enveloppait. Malpighi conclut avec raison de cette premiéreobservation que le fœtus existe dans l'œuf avant même qu'il ait été couvé, et que ses premières ébauches ont déjà jeté des racines profondes : il n’est pas nécessaire de faire sentir ici combien cette expérience est opposée au sentiment de Harvey, et même à ses expériences ; car Harvey n’a rien vu de formé ni d’ébauché pendant les deux premiers jours de l'ineubation, et au troisième jour le premier indice du fœtus est, selon lui, un point animé qui est lecœur; au lieu qu'ici l’ébauche du fœtus existe en entier dans l'œuf avant qu’il ait été couvé, chose qui, comme l’on voit, est bien différente, et qui est en effet d’une conséquence infinie, tant par elle-même que par les inductions qu'on

en doit tirer pour l'explication de la génération.

Après s'être assuré de ce fait important, Malpighi a examiné avec la même attention la cicatricule des œufs inféconds que la poule produit sans avoir eu de communication avec le mâle; cette cicatricule, comme je l'ai dit, est plus petite que celle qu'ontrouve dans lesœufs féconds, elle a souvent des circonscriptions irrégulières, et un tissu qui quelquefois est différent dans les cicatricules de différents œufs : assez près de son centre, au lieu d’une boule quirenfermele fœtus, il y a un corps elobuleux comme une mêle, qui ne contient rien d’organisé, et qui étant ouvert ne présente rien de différent de la môle même, rien de formé ni d'arrangé ; seulement cette môle a des appendices qui sont remplies d'un sue assez épais, quoique transparent, et cette masse informe est enveloppée et environnée de plusieurs cercles concentriques.

Après six heures d’incubation, la cicatrieule des œufs féconds a déjà augmenté considérablement; on reconnait aisément dans son centre la bulle formée par la membrane amnios , remplie d’une liqueur dans le milieu de laquelle on voit distinetement nager la tète du poulet jointe à l'épinedu dos; six heuresaprès, toutse distingue plus clairement, parce que tout a grossi, on reconnaît sans peine la tête et les vertèbres de l’épine. Six heures encore après, c’est-à-dire au bout de dix-huit heures d'ineubation , la tête a grossi et l’épine s'est allongée, et au bout de vingt-quatre heures la tête du poulet parait s'être recourbée, et l'épine du dos parait toujours de couleur blanchâtre; les vertèbres sont disposées des deux eôtés du milieu de l’épine comme de petits globules , et presque dansle même temps on voit paraitre le commencement des ailes; la tête, le col et la poitrine s’allongent; après trente heures d’ineubation il ne paraîtrien de nouveau, mais tout s’est augmenté, et surtout la membrane amnios; on remarque autour de cette membrane les vaisseaux ombilicaux , qui sont d’une couleur obscure; au bout de trente-huit heures, le poulet étant devenu plus fort montre une tête assez grosse dans laquelle on distingue trois vésicules entourées de membranes qui enveloppent aussi l’épine du dos, à travers lesquelles on voit cependanttrès-bien les vertèbres. Au bout de quarante heures c’était, dit notre observateur, une chose admirable que de voir le poulet vivant dans la liqueur enfermée par l’am-

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nios ; l’épine du doss’était épaissie, la tête s'était courbée, les vésieules du cerveau étaient moins découvertes, les premières ébauches des yeux paraissaient, le cœur battait et le sang circulait déjà. Malpighi donne ici la description des vaisseaux et de la route du sang, etil croit avec raison que , quoique le cœur ne batte pas avant les trente-huit ou quarante heures d'incubation , il ne laisse pas d'exister auparavant, comme tout le reste du corps du poulet; et en examinant séparément le cœur dans une chambre assez obseure, il n’a jamais vu qu'il produisit la moindre étincelle de lumière, comme Harvey parait l'insinuer.

Au bout de deux jours on voit la bulle ou la membrane amnios remplie d’une liqueur assez abondante dans laquelle est le poulet; la tête, composée de vésieules estcourbée , l’épine du dos s’estallongée, et les vertèbres paraissent s'allonger aussi : le cœur, qui pend hors de la poitrine, bat trois fois de suite, car lhumeurqu'’il contient est poussée de la veine par l'oreillette dans les ventricules du cœur, des ventrieules dans les ar- : tères , et enfin dans les vaisseaux ombilieaux. I] remarque qu'ayantalors séparé le poulet du blanc de son œuf, lemouvement du cœur ne laissa pas de continuer et de durer un jour entier. Après deux jours et quatorze heures, ou soixante-deux heures d’incubation, le poulet, quoique devenu plus fort, demeure toujours la tête penchée dans la liqueur contenue par l'amnios; on voit des veines et des artères qui arrosent les vésicules du cerveau, on voit les linéaments des yeux et ceux de la moelle de l’épine qui s'étend le long des vertèbres , ettoutie corps du poulet estcomme enveloppé d’une partie de cette liqueur qui a pris alors plus de consistance que lereste. Au bout de trois jours le corps du poulet paraît courbé; on voit dans la tête, outre les deux yeux, cinq vésieules remplies d'humeur, lesquelles dans la suite forment le cerveau; on voit aussi les premières ébauches des cuisses ct des ailes , le corps commence à prendredela chair, la prunelledes yeux se distingue, eton peut déjà reconnaître le cristallin etl'humeur vitrée. Aprèsle quatrième jour, les vésicules du cerveau s'approchent de plus en plus les unes des autres, les éminences des vertèbres s'élèventdavantage, les ailes et les cuisses deviennent plus solides à mesure qu'elles s’allongent, tout le corps est recouvertd’unechair onctueuse, on voit sortir de l'abdomenles vaisseaux ombilicaux ; le cœur est caché en dedans, par-

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ce que la capacité de la poitrine est fermée par une membrane fort mince. Après le cinquième jour, et à la fin du sixième, les vésicules du cerveau commencent à se couvrir, lamoelle de lépines'étantdivisée en deux parties, commence à prendre de la solidité et à s'avancer le long du trone, les ailes et les cuisses s’allongent, et les pieds s'étendent , le bas-ventre est fermé et tuméfié, on voit lefoie fort distinctement, il n’est pas encore rouge, mais de blanchâtre qu'il étaitauparavant, il est alors devenu de couleur obscure; le cœur bat dans ces deux ventricules , le corps du poulet est recouvert de la peau , et l’on y distingue déjà les points de la naissance des plumes. Le septième jour, la tête du poulet est fort grosse, le cerveau paraïtrecouvertde ses membranes, le beesevoittrès-bienentreles deux yeux, les ailes, les euisseset les pieds ontacquis leur figure parfaite, le cœur paraitalors ètre composé de deux ventrieules , comme de deux bulles contigués et réunies à la partie supérieure avec le corps des oreillettes, et on remarque deux mouvements successifs dans les ventricules aussi bien que dans les oreillettes, c’est comme s’il y avait deux cœurs séparés.

Je ne suivrai pas plus loin Malpishi ; le reste n’est qu'un développement plus grand des parties, qui se fait jusqu'au vingt-unième jour que le poulet casse sa coquille après avoir pipé; le cœur est le dernier à prendre la forme qu'il doit avoir, et à se réunir en deux ventricules ; car le poumon paraît à la fin du neuvième jour:

il est alors de couleur blanchâtre, et le dixième jour les museles des ailes paraissent , les plumes sortent , et ce n’est qu'au onzième jour qu'on voit des artères, qui auparavant étaient éloignées du cœur, s'y attacher eomme les doigts à la main, et qu'il est parfaitement conformé et réuni en deux ventricules.

Onestmaintenant en état de juger sainement de la valeur des expériences de Harvey ; il y a grande äâpparence que ce fameux anatomiste ne s’est pas servi de microscope, qui à la vérité n'était pas perfectionné de son temps, car il m'aurait pas assuré, comme il l’a fait, que la cicatrieule d'un œuf infécond et celle d'un œuf fécond n'avaient aucune différence; il n’aurait pas dit que la semence du mäle ne produit aueune altération dans l'œuf, et qu’elle ne forme rien dans cette cicatrieule; il n'aurait pas dit qu'on ne voit rien avant la fin du troisième jour, et quece qui parait le premier est un point

animé dans lequel il croit que s’est changé le point blane; il auraitvu que ce point blancétait une bulle qui contient l'ouvrage entier de la génération , et que toutes les parties du fœtus y sont ébauchées au moment que la poule a eu communication avec le coq; il aurait reconnu de même que, sans cette communication, elle ne contient qu'une môle informe qui ne peut devenir animée, parce qu'en effet elle n’est pas organisée comme un animal, et que ce n’est que quand cette mêle, qu'on doit regarder comme un assemblage des parties organiques de la semence de la femelle, est pénétrée parles parties organiques de la semence du mâle, qu'il en résulte un animal, qui dès ce moment est formé, mais dont le mouvement est encore imperceptible, et ne se découvre qu'au bout de quarante heures d'incubation; il n'aurait pas assuré que le cœur est formé le premier, que les autres parties viennent s’y joindre par juxta-position, puisqu'il est évident, par les observations de Malpighi, que les ébauches de toutes les parties sont toutes formées d'abord, mais queces parties paraissent àmesure qu'elles se développent; enfins’ileûtvu ce que Malpighi a vu, il n'aurait pas dit affirmativement qu'il ne restait aucune impression de la semence du mâle dans les œufs, et que ce n’était que par contagion qu'ils sont fécondés , etc.

Il est bon de remarquer aussi que ce que dit Harvey au sujet des parties de la génération du coq n’est point exact : il semble assurer que le coq n’a point de membre génital, et qu'il n'y a point d'intromission; cependant il est certain que cet animal adeux verges au lieu d'une, et qu’elles agissent toutes deuxenmême temps dans l'acte du coït, qui est au moins une forte compression, si ce n’est pas un vrai accouplementavec intromission (Voyez Regn.

Graaf, page 242.) C'est par ce double organe que le coq répand la liqueur séminale dans la matrice de la poule.

Comparons maintenant les expériences que Harvey a faites sur les biches avec celles de Graaf sur les femelles de lapins, nous verrons que, quoique Graaf croie, comme Harvey, que tous les animaux viennent d’un œuf, il y a une grande différence dans la façon dont ces deux anatomistes ont vu les premiers degrés de la formation, ou plutôt du développement du fœtus des vivipares.

Après avoir fait tous ses efforts pour établir,

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par plusieurs raisonnements tirés de l'anatomie comparée , que les testicules des femelles vivipares sont de vrais ovaires, Graaf explique commentles œufs qui se détachent de ces ovaires tombent dans les cornes de la matrice, et ensuite il rapporte ce qu'il a observé sur une lapine qu'il a disséquée une demi-heure après l'accouplement. Les cornes de la matrice, dit-il, étaient plus rouges; il n’y avait aucun changement aux ovaires, non plus qu'aux œufs qu'ils contiennent, et il n'y avait aucune apparence de semence du mâle , ni dans le vagin, ni dans la matrice, ni dans les cornes de la matrice, Ayant disséqué une autre lapine six heures après l'accouplement, il observa que les follieules ou enveloppes qui, selon lui, contiennent les œufs dans l'ovaire, étaient devenues rougeàtres ; il ne trouva de semence du mâle ni dans les ovaires, ni ailleurs. Vingt-quatre heures après l'accouplement il en disséqua une troisième, et il remarqua dans l’un des ovaires trois, et dans l’autre cinq follicules altérés ; car declairs et limpides qu'ils sont auparavant, ils étaient devenus opaques et rougeûtres.

Dans une autre, disséquée vingt-sept heures après l’accouplement, les cornes de la matrice et les conduits supérieurs qui y aboutissent étaient encore plus rouges, et l'extrémité de ces conduits enveloppait l'ovaire de tous côtés. Dansune autre qu'il ouvrit quarante heures après l'accouplement, il trouva dans l’un des ovaires sept, et dans l’autre trois follicules altérés. Cinquante-deux heures après l'accouplement il en disséqua une autre, dans les ovaires de laquelle il trouva un follicule altéré dans l’un, et quatre follicules alterés dans l'autre ; et ayant examiné de prèset ouvert ces follieules , il y trouva une matière presque glanduleuse , dans le milieu de laquelle il y avait une petite cavité où il ne remarqua aucune liqueur sensible, ce qui lui fit soupconner que la liqueur limpide et transparente que ces follicules contiennent ordinairement, et qui est enveloppée , dit-il, de ses propres membranes, pouvait en avoir été chassée et séparée par une espèce de rupture; il chercha donc vette matière dans les conduits qui aboutissent aux cornes de la matrice, et dans ces cornes mêmes, 1nais il ny trouva rien; il reconnut seulement que la membrane intérieure des cornes de la matrice était fort enflée. Dans une autre disséquée trois jours après l’accouple-

ment, il observa que l'extrémité supérieure du conduit qui aboutit aux cornes de la ma

trice embrassait étroitement de tous côtés l’ovaire; et l'ayant séparée de l'ovaire, il remarqua dans l'ovaire droit trois follicules un peu plus grands et plus durs qu'auparavant, et ayant cherché avec grand soin dans les conduits dont nous avons parlé, il trouva, dit-il, dans le conduit qui est à droite, un œuf, et dans la corne droite de la matrice deux autres œufs, si petits qu'ils n'étaient pas plus gros que des grains de moutarde; ces petits œufs avaient chacun deux membranes qui les enveloppaient, et l'intérieur était rempli d’une liqueur très-limpide. Ayant examiné l’autre ovaire, il y apercut quatre follicules altérés, mais des quatre il y en avait trois qui étaient plus blanes et qui avaient aussi un peu de liqueur limpide dans leur milieu, tandis que le quatrième était plus obseur et ne contenait aueune liqueur, ce qui lui fit juger que l'œuf s'était séparé de ce dernier follicule, et en effet : ayant cherché

dans le conduit qui y répond et dans la corne -

de la matrice à laquelle ce conduit aboutit, il trouva un œuf dans l'extrémité supérieure de ja corne , et cet œuf était absolument semblable à ceux qu'il avait trouvés dans la corne droite. Il dit que les œufs qui sont séparés de l'ovaire sont plus de dix fois plus petits que ceux qui y sont encore attachés, et il croit que cette différence vient de ce que les œufs , lorsqu'ils sont dans les ovaires, renferment encore une autre matiere, qui est cette substance glanduleuse qu'il a remarquée dans les follicules. On verra tout à l'heure combien cette opinion est éloignée de la vérité.

Quatre jours après l'accouplement, il en ouvritune autre, et il trouva dans l'un des ovaires quatre, et dans l'autre trois follicules vides

| d'œufs, et dans les cornes correspondantes à

ces ovaires il trouva ces quatre œufs d'un côté, et les trois autres de l'autre; ces œufs étaient plus gros que les premiers qu'il avait trouvés trois jours après l’accoupiement; ils étaient à peu près de la grosseur du plus petit plomb dont on se sert pour tirer aux petits oiseaux(‘), et il remarqua que dans ces œufs la membrane intérieure était séparée de l’extérieure, et qu'il

! Cette comparaison de la grosseur des œufs avec celle du plomb moulé, n'est mise ici que pour en donner une juste idée, el pour éviter de faire graver la planche de Graaf, où ces œufs sont représentés dans leurs différents états,

paraissaitcomme un second œuf dans le premier. Dans une autre, qui fut disséquée cinq jours après l’accouplement, il trouva dans les ovaires six follicules vides, et autant d'œufs dans la matrice, à laquelle ils étaient si peu adbhérents qu'on pouvait, en soufflant dessus, les faire aller où on voulait; ces œufs étaient de la grosseur du plomb qu'on appelle communément du plomb à lièvre, la membrane intérieure y était bien plus apparente que dans les précédents. En ayant ouvert une autre six jours après l'accouplement, iltrouva dans l'un des ovaires six follicules vides, mais seulement cinq œufs dans la corne correspondante de la matrice; ces cinq œufs étaient tous cinq comme accumulés dans un petit monceau; dans l’autre ovaire, il vit quatre follicules vides, et dans la corne correspondante de la matrice il ne trouva qu'un œuf. (Je remarquerai en passant que Graaf a eu tort de prétendre que le nombre des œufs, ou plutôt des fœtus, répondait toujours au nombre des cicatrices ou folheules vides de l'ovaire, puisque ses propres observations prouvent le contraire.) Ces œufs étaient de la grosseur du gros plomb à giboyer, ou d’une petite chevrotine. Sept jours après l'accouplement, ayantouvertune autre lapine, notre anatomiste trouva dans les ovaires quelques follicules vides, plus grands, plus rouges et plus durs que tous ceux qu'il avait observés auparavant, et il aperçut alors autant de tumeurs transparentes , ou, si l'on veut, autant de cellules dans différents endroits de la matrice, et les ayant ouvertes, il en tira les œufs, qui étaient gros conime de petites balles de plomb appelées vulgairement des postes; la membrane intérieure était plus apparente qu’elle ne l'avait encore été, et au-dedans de cette membrane il n’aperçut rien qu’une liqueur très-limpide ; les prétendus œufs, comme l’on voit, avaient en très-peu de temps tiré du dehors une grande quantité de liqueur, et s'étaient attachés à la matrice. Dans une autre qu'il disséqua huit jours aprèsl'accouplement, il trouva dans la matrice les tumeurs ou cellules qui contiennent les œufs; mais ils étaient trop adhérents , il ne put les en détacher. Dans une autre, qu'il ouvrit neuf jours après l'accouplement, il trouva les cellules qui contiennent les œufs fort augmentées, et dans l'intérieur de l’œuf, qui ne peut plus se détacher, il vit la membrane intérieure contenant à l'ordinaire

une liqueur très-claire, mais il aperçut dans le milieu de cette liqueur un petit nuage délié. Dans une autre, disséquée dix jours après l'accouplement, ce petit nuage s'était épaissi et formait un corps oblong de la figure d'un petit ver. Enfin, douze jours après l’accouplement, il reconnut distinetement l'embryon, quideux jours auparavant ne présentait que la figure d’un corps oblong; il était même si apparent qu'on pouvait en distinguer les membres: dans la région de la poitrine , il aperçut deux points sanguins et deux autres points blanes, et dans l'abdomen une substance mucilagineuse un peu rougeâtre. Quatorze jours après l'accouplement, la tête de l'embryon était grosse et transparente, les yeux proéminents, la bouche ouverte; l'ébauche des oreilles paraissait; l'épine du dos, de couleur blanchâtre, était recourbée vers le sternum, il en sortait de chaque côté de petits vaisseaux sanguins, dont les ramifications s’étendaient sur le dos et jusqu'aux pieds; les deux points sanguins avaient grossi considérablement, et se présentaient comme les ébauches des ventricules du cœur; à côté de ces deux points sanguins, on voyait deux points blanes, qui étaient les ébauches des poumons; dans l'abdomen, on voyait l’'ébauche du foie qui était rougeätre, et un petit corpuseule tortillé comme un fil, qui était celle de l'estomac etdes intestins; après cela, ce n'est plus qu'un accroissement et un développement de toutes ces parties, jusqu'au trenteunième jour, que la femelle du lapin met bas ses petits.

De ces expériences Graaf conclut que toutes les femelles vivipares ontdes œufs, que ces œufs sont contenus dans les testicules qu'il appelle ovaires, qu'ils ne peuvent s'en détacher qu'apres avoir été fécondés par la semence du mâle, et il dit qu'on se trompe lorsqu'on croit que dans les femmes et les filles il se détache très-souvent des œufs de l'ovaire: il paraît persuadé que jamais les œufs ne se séparent de l'ovaire qu'après leur fécondation par la liqueur séminale du mâle, ou plutôt par l'esprit de cette liqueur, parce que, dit-il, la substance glanduleuse au moyen de laquelle les œufs sortent de leurs follicules n’est produite qu'après une copulation qui doit avoir été féconde. Il prétend aussi que tous ceux qui ont cru avoir vu des œufs de deux ou trois jours déjà gros se sont trompés, parce que les œufs, selon lui, restent plus de temps dans l’o-

4 HISTOIRE NATURELLE

aire, quoique fécondées, etqu'aulieu d’augmenter d'abord , ils diminuent au contraire jusqu'à devenir dix fois plus petits qu'ils n'étaient , et que ce n'est que quand ils sont descendus des ovaires dans la matrice qu'ils commencent à reprendre de l'accroissement.

En comparant ces observations avec celles de Harvey, on reconnaitra aisément que les premiers et principaux faits lui avaient échappé, et quoiqu'il y ait plusieurs erreurs dans les raisonnements et plusieurs fautes dans les expériences de Graaf, cependant cet anatomiste , aussi bien que Malpighi , ont tous deux mieux vu que Harvey; ils sont assez d'accord sur le fond des observations, et tous deux ils sont contraires à Harvey; celui-ci ne s’est pas aperçu des altérations qui arrivent à l'ovaire, il n’a pas vu dans la matrice les petits globules qui contiennent l'œuvre de la génération, et que Graaf appelle des œufs, il n’a pas même soupeonné que le fœtus pouvait être tout entier dans cet œuf, et quoique ses expériences nous donnent assez exactement ce qui arrive dans le temps de l'accroissement du fœtus , elles ne nous apprennent rien, ni du moment de la fécondation, ni du premier développement. Schrader, médecin hollandais, qui a fait un extrait fort ample du livre de Harvey, et qui avait une grande vénération pour cet anatomiste , avoue lui-même qu'il ne faut pas s’en fier à Harvey sur beaucoup de choses et surtout sur ce qu'il dit des premiers temps de la fécondation , et qu'en effet le poulet est dans l'œuf avant l'ineubation, et que c’est Joseph de Aromatariis qui l'a observé le premier, ete. Voyez Obs. Justi Schraderi, Amst.1674,inpræfatione. Aureste, quoique Harvey ait prétendu que tous les animaux venaient d’un œuf, il n’a pas eru que les testicules des femmes continssent des œufs ; ce n'est que par une comparaison dun sac qu'il croyait avoir vu se former dans la matrice des vivipares, avec le revêtement et l’accroissement des œufs dans celle des ovipares, qu’il a dit que tous venaient d’un œuf, etiln’a fait que répéter à cet égard ce qu'Aristote avait dit avant lui. Le premier qui ait découvert les prétendus œufs dans les ovaires des femelles est Stenon : dans la dissection qu’il fit d’un chien de mer femelle, il vit, dit-il, des œufs dans les testicules, quoique cet animal soit, comme on sait, vivipare; et il ajoute qu'il ne doute pas que les testicules des fenimes ne soient analogues aux ovaires des ovi-

pares , soit que les œufs des femmes tombent, de quelque façon que ce puisse être, dans la matrice , soit qu'il n'y tombe que la matière contenue dans ces œufs : cependant, quoique Stenon soit le premier auteur de la découverte de ces prétendus œufs, Graaf a voulu se l’attribuer, et Swammerdam la lui a disputée, même avec aigreur : il a prétendu que Van-Horn avait aussi reconnu ces œufs avant Graaf; il est vraiqu'on peut reprocher à ce dernier d’avoir assuré positivement plusieurs choses que lexpérience a démenties, et d'avoir prétendu qu'on pouvait juger du nombre des fœtus contenus dans la matrice, par le nombre des cicatrices ou follicules vides de l'ovaire, ce qui n’est point vrai, comme on le peut voir par les expériences de Verrheyen , {om.11,ch.,1x, edil.de Bruæelles, 1710; par celles de M. Méry, Hist. de l’Acad., 1701; etpar quelques-unes des propres expériences de Graaf, où, comme nous l'avons remarqué, il s'est trouvé moins d'œufs dans la matrice que de cicatrices sur les ovaires : d’ailleurs nous ferons voir que ce qu'il dit sur la séparation des œufs et sur la manière dont ils descendent dans la matrice n’est point exact, que même il n’est point vrai que ces œufs existent dans les testicules des femelles , qu'on ne les a jamais vus, que ce qu’on voit dans la matrice n’est point un œuf, et que rien n’est plus mal fondé que les systèmes qu'on a voulu établir sur les observations de ce fameux anatomiste.

Cetteprétendue découverte des œufs dans les testicules des femelles attira l'attention de la plupart des autres anatomistes ; ilsnetrouvèrent cependant que des vésicules dans les testicules de toutes les femelles vivipares sur lesquelles ils purent faire des observations; maïs ils n’hésitèrent pasäregarder ces vésieules comme des œufs ; ils donnèrent aux testicules le nom d’ovaires , et aux vésicules qu'ils contiennent, lenom d'œufs; ils dirent aussi comme Graaf, que danslemême ovaire ces œufs sont de différentes grosseurs , que les plus gros dans les ovaires des femmes ne sont pas de la grosseur d'un petit pois, qu'ils sont très-petits dans les jeunes personnes dequatorze ou quinze ans , mais que l’âge et l'usage des hommesles fait srossir; qu'on en peut compter plus de vingt dans chaque ovaire; que ces œufs sont fécondés dans l'ovaire par la partie spiritueuse dela liqueurséminale du mâle, qu'ensuite ils se détachentettombent dansla matrice

par lestrompes de Fallope, où le fœtus est formé de la substanceintérieure de l'œuf, et le placenta de la matiere extérieure; que lasubstance glanduleuse qui n’existe dans l'ovaire qu'après une copulation féconde ne sert qu'à comprimer l'œuf, et à le faire sortir de l'ovaire, ete. Mais Malpighi ayantexaminé les choses de plus près, me parait avoir fait à l'égard de ces anatomistes ee qu'il avait fait à l'égard de Harvey au sujet du poulet dans l'œuf : il a été beaucoup plus loin qu'eux, et quoiqu'il aitcorrigé plusieurs erreurs avant même qu'elles fussent reçues , la plupart des physiciens n'ont pas laissé d'adopter le sentiment deGraaf et des anatomistes dont nous venops de parler, sans faire attention aux observations de Malpighi, qui cependant sont trèsimportantes, et auxquelles son disciple Vallisnieri a donné beaucoup de poids.

Vallisnieri est de tous les naturalistes celui qui a parlé le plus à fond sur le sujet de la génération, il a rassemblé tout ce qu'on avait découvert avant lui sur cette matière, et ayant luimême, à l'exemple de Malpighi, faitun nombre infini d'observations , il me parait avoir prouvé bien clairement que les vésicules qu'on trouve dans les testicules de toutes les femelles ne sont pas des œufs, que jamais ces vésicules ne se détachent du testicule , et qu'elles ne sont autre

plus grande partie du testicule. Ce corps est composé de plusieurs petits lobes anguleux dont la position est assez irrégulière, et il est couvert d'une tunique semée de vaisseaux sanguins et de nerfs. L'apparence et la forme intérieure de ce corps jaune ne sont pas toujours les mêmes, mais elles varient en différents temps; lorsqu'il n'est encore que de la grosseur d'un grain de mille, il a à peu près la forme d'un paquet globuleux dont l'intérieur ne parait êtreque comme un tissu variqueux. Très-souvent on remarque

| une enveloppe extérieure, qui est composée de

la substance même du corps jaune , autour des vésicules du testicule.

Lorsque ce corps jaune est devenu à peu près de la grandeur d'un pois, il a la figure d'une

| poire, et en dedans vers son centre il a une pe- | tite cavité remplie de liqueur ; quand il est par-

venu à la grosseur d'une cerise, il contient une cavité pleine de liqueur. Dans quelques-uns de ces corps jaunes, lorsqu'ils sont parvenus à leur entière maturité, on voit, dit Malpighi, vers le centre, un petit œuf avec ses appendices, de la grosseur d'un grain de millet; et lorsqu'ils ont jeté leur œuf, on voit ces corps épuisés et vides; ils ressemblent alors à un canal caverneux, dans

| lequel on peut introduire un stylet, et la cavité qu'ils renferment et qui s’est vidée est de la

chose queles réservoirs d'une lymphe ou d'une | | pighi dit n'avoir vu que quelquefois un œuf de

liqueur qui doit contribuer, dit-il, à la génération et à la fécondation d'un autre œuf, ou de

quelque chose de semblable à un œuf, qui con- |

tient le fœtus tout formé. Nous allons rendre compte des expériences etdes remarques de ces deux auteurs, auxquelles on ne saurait donner trop d'attention.

Malpighi ayant examiné un grand nombre de testicules de vaches et de quelques autres femel-

les d'animaux, assure avoir trouvé danstous ces |

testicules des vésieules de différentes grosseurs, soit dans les femelles encore fort jeunes, soit dans les femelles adultes ; ces vésicules sont toutes enveloppées d'une membrane assez épaisse dans l'intérieur de laquelle il y a des vaisseaux sanguins, et elles sont remplies d’une espèce de lymphe ou de liqueur qui se durcit et se caille par la chaleur du feu, comme le blane d'œuf.

Avec le temps on voit croître un corps ferme et jaune qui est adhérent au testicule, qui est proéminent, etqui augmente si fort qu'il devient de la grandeur d’une cerise, et qu'il occupe la

grandeur d’un pois. On remarquera ici que Mal-

la grosseur d’un grain de millet dans quelques-

uns de ces corps jaunes; on verra, par ce que nous rapporterons dans la suite, qu'il s’est trompé, et qu'il n'y a jamais d'œuf dans cette cavité, ni rien qui y ressemble. Il croit que l'usage de ce corps jaune et glanduleux que la nature produit et fait paraître dans de certains

| temps, est de conserver l'œuf et de le faire sor-

tir du testicule , qu’il appelle l'ovaire, et peutêtre de contribuer à la génération même de l'œuf; par conséquent, dit-il, les vésicules de l’ovaire qu'on y remarque en tout temps, et qui en tout temps aussi sont de différentes grandeurs, ne sont pas les véritables œufs qui doivent être fécondés, et ces vésicules ne sérvent

| qu’à la production du corps jaune où l’œuf doit

se former. Au reste, quoique ce corps jaune ne se trouve pas en tout temps et dans tous les testicules, on en trouve cependant toujours es premières ébauches, et notre observateur en a trouvé des indices dans de jeunes sénisses nouvellement nées, dans des vaches qui étaient plei-

nes, dans des femmes grosses, et il conclut, avec raison, que ce corps jaune et glanduleux n’est pas, comme l'a cru Graaf, un effet de la fécondation : selon lui, cette substance jaune produit les œuis inféconds qui sortent de l'ovaire sans qu'il y ait communication avec le mâle, et aussi les œufs féconds lorsqu'il y a eu communication; de là ces œufs tombent dans les trompes, et tout le reste s'exécute comme Graaf l'a décrit.

Ces observations de Malpishi font voir que les testicules des femelles ne sont pas de vrais ovaires, comme la plupart des anatomistes le croyaient de son temps, et le croient encore aujourd'hui; que les vésicules qu'ils contiennent ne sont pas des œufs; que jamais ces vésicules ne sortent da testicule pour tomber dans la marive, et que ces testicuies sont, comme ceux du mâle, des espèces de réservoirs qui contiennent une liqueur qu'on doit regarder comme une semence de la femelle encore imparfaite, qui se perfectionne dans le corps jaune et glanduleux, en remplit ensuite la cavité intérieure. et se répand lorsque le corps glanduleux a acquis une entière maturité; mais avant que de décider ce point important, il faut encore rapporter les observations de Vallisnieri. On reconnaitra que, quoique Malpighi et Vailisnieri aient tous deux fait de bonnes observations , ils ne les ont pas poussées assez loin, et qu’ils n’ont pas tiré de ce qu’ils ont fait les conséquences que leurs observations produisaient naturellement, parce qu’etant tous deux fortement prévenus du système des œufs et du fœtus préexistant dans l'œuf, le premier croyait avoir vu l'œuf dans la liqueur contenue dans la cavité du corps jaune, et le second, n'ayant jamais pu y voir cet œuf, n’a pas laissé de croire qu'il y était, parce qu'il fallait bien qu'il fût quelque part, et qu'il ne pouvait être nulle part ailleurs.

Vallisniericommencases observations en1 692 sur des testicules de truie; ces testicules ne sont pas composés comme ceux des vaches, des brebis, des juments, des chiennes, des ânesses, des chèvres ou des femmes, et comme ceux de beaucoup d’autres animaux femelles vivipares, car ils ressemblent à une petite grappe de raisin, les grains sont ronds, proéminents en dehors : entre ces grains il y en a de plus petits qui sont de la même espèce que les grands, et qui n’en diffèrent que parce qu'ils ne sont pas arrivés à leur maturité : ces grains ne paraissent pas être en-

HISTOIRE NATURELLE

veloppés d’une membrane commune, ils sont, dit-il, dans lestruies, ce que sont dans les vaches les corps jaunes que Malpighi a observés; ils sontronds, d’une couleur qui tire sur le rouge, leur surface est parsemée de vaisseaux sanguins, comme les œufs des ovipares, et tous ces grains ensemble forment une masse plus grosse que l'ovaire. On peut, avec un peu d'adresse, et en coupant la membrane tout autour, séparer un à un ces grains, et les tirer de l'ovaire, où ils laissent chacun leur niche.

Ces corps glanduleux ne sont pas absolument de la même couleur dans toutes lès truies : dans les unes ils sont plus rouges, dans d’autres ils sont plus clairs, et il y en a de toute grosseur, depuis la plus petite jusqu’à celle d’un grain de raisin : en les ouvrant, on trouve dans leur intérieur une cavité triangulaire, plus ou moins grande, remplie d’une lymphe ou liqueur trèslimpide, qui se caille par le feu, et devient blanche comme celle qui est contenue dans les vésicules. Vallisnieri espérait trouver l’œuf dans quelques-unes de ces cavités, et surtout dañs celles qui étaient les plus grandes ; mais il ne le trouva pas, quoiqu'il le cherchât avec grand soin, d'abord dans tous les corps slanduleux des ovaires de quatre truies différentes, et ensuite dans une infinité d’autres ovaires de truies et d'autres animaux, et jamais il ne put trouver l'œuf que Malpighi dit avoir trouvé une fois ou deux. Mais voyons la suite des observatiops.

Au-dessous de ces corps glanduleux, on voit les vésicules de l'ovaire qui sont en plus grand ou en plus petit nombre, selon et à mesure que les corps glanduleux sont plus gros ou plus petits : car, à mesure que les corps glanduleux grossissent, les vésicules diminuent. Les unes de ces vésicules sontgrosses comme une lentille, et les autres comme un grain de millet; dans lestesticules crus on pourraiten compter vingt, trente, ou trente-cinq; mais lorsqu'on les fait cuire on en voit un plus grand nombre, et elles sont si adhérentes dans l'intérieur du testicule, et si fortement attachées avec des fibres et des vaisseaux membraneux, qu'il n’est pas possible de les séparer du testicule sans rupture des uns ou des autres.

Ayant examiné les testicules d'une truie qui n'avait pas encore porté, il y trouva, comme dans les autres, les corps glanduleux, et dans leur intérieur la cavité triangulaire remplie de

Iymphe, mais jamais d'œufs ni dans les unes ni dans les autres: les vésicules de cette truie, qui n'avait pas porté, étaient en plus grand nombre que celles des testicules des truies qui avaient déjà porte ou qui étaient pleines. Dans les testicules d’une autre truie qui était pleine, et dont les petits étaient déjà gros, notre observateur trouva deux corps glanduleux des plus grands, qui étaient vides et affaissés, et d'autres plus petits qui étaient dans l'état ordinaire; et ayant disséqué plusieurs autres truies pleines, il observa que le nombre des corps glanduleux était toujours plus grand que celui des fwtus, ce qui confirme ce que nous avons dit au sujet des observations de Graaf, et nous prouve qu'elles ne sont point exactes à cet égard, ce qu'il appelle follicules de l'ovaire n'étant que les corps glanduleux dont il est ici question, et leur nombre étant toujours plus grand que celui des fœtus. Dans les ovaires d'une jeune truie qui n'avait que quelques mois, les testicules étaient d'une grosseur convenable, et semés de vésicules assez gontlées : entre ces vésicules, on voyait la naissance de quatre corps glanduleux dans l'un des testicules, et de sept autres corps glanduleux dans l’autre testicule.

Après avoir fait ces observations sur les testicules des truies, Vallisnieri répéta celles de Malpishi sur les testicules des vaches, et il trouva que tout ce qu'il avait dit était conforme à la vérité; seulement Vallisnieri avoue qu'il n’a jamais pu trouver l'œuf que Malpighi croyait avoir apereu une fois ou deux dans la cavité intérieure du corps glanduleux, et les expériences multipliées que Vallisnierirapporte sur les testicules des femelles de plusieurs espèces d’animaux, qu'il faisait à dessein de trouver l'œuf, sans jamais avoir pu y réussir, auraient dû le porter à douter de l'existence de cet œuf prétendu; cependant on verra que, contre ses propres expériences, le préjugé où il était du système des œufs lui a fait admettre l'existence de cet œuf, qu'il n’a jamais vu et que jamais personne ne verra. On peut dire qu'il n'est guère possible de faire un plus grand nombre d'expériences, ni de les faire mieux qu'il les a faites: car il ne s’est pas borné à celles que nous venons de rapporter, il en a fait plusieurs sur les testicules des brebis, et il observe comme une chose particulière à cette espèce d'animal, qu'il n’y a jamais plus de corps glanduleux sur les testicules, que de fœtus dans la matrice: dans les

jeunes brebis qui n'ont pas porté, il n'y a qu'un corps glanduleux dans chaque testicule, et lorsque ce corps est épuisé, il s'en forme un autre; et si une brebis ne porte qu'un seul fœtus dans sa matrice, il n'y à qu'un seul corps glanduleux dans les testicules; si elle a deux fœtus, elle a aussi deux corps glanduleux; ce corps occupe la plus grande partie du testicule, et, après qu'il est épuisé et au’il s'est évanoui, il en pousse un autre qui doit servir à une autre génération.

Dans lestesticules d'une ânesse, il trouva des vésicules srosses comme de petites cerises, ce qui prouve évidemment que ces vésicules ne sont pas les œufs, puisque, étant de cette grosseur, quand même elles pourraient se détacher du testicule, elles ne pourraient pas entrer dans les cornes de la matrice, qui sont dans cet animal trop étroites pour les recevoir.

Les testicules des chiennes, des louves et des renards femelles ont à l'extérieur une enveloppe ou une espèce de capuchon ou de bourse produite par l'expansion de la membrane qui environne la corne de la matrice. Dans une chienne qui commencait à entrer en chaleur, et que le mâle n'avait pas encore approchée, Vallisnieri trouva que cette bourse qui recouvre le testicule, et qui n'y est point adhérente, était baignée intérieurement d'une liqueur semblable à du petit lait; il y trouva deux corps glanduieux dans le testicule droit, qui avaient environ deux lignes de diamètre, ec qui tenaient presque toute l'étendue de ce testicule. Ces corps glanduleux avaientchacunun petit mamelon, dans lequel on voyait très-distinctement une fente d'environ une demi-ligne de largeur, de laquelle il sortait, sans qu'il fût besoin de presser le mamelon, une liqueur semblable à du petit lait assez clair; et, lorsqu'onlepressait, ilen sortait une plus grande quantité, ce qui fit soupconner à notre observateur que cette liqueur était la même que celle qu'ilavait trouvée dans l'intérieur du capuchon. Il souffla dans cette fente par le moyen d'un petit tuyau, et dans l'instant le corps glanduleux se gonfla dans toutes ses parties ; et, y ayant introduit un fil de soie, il pénétra aisément jusqu'au fond; il ouvrit ces corps 2landuleux dans le sens que le fil de soie y était entré, etil trouva dans leur intérieur une cavité considérable qui communiquait à la fente, et qui contenait aussi beaucoup de liqueur. Vallisnieri espérait toujours qu’il pourrait enfin être assez

46 HISTOIRE NATURELLE

heureux pour y trouver l'œuf; mais quelque recherche qu'il fit, et quelque attention qu'il eût à regarder de tous côtés, il ne put jamais l'apercevoir ni dans l’un ni dans l’autre de ces deux corps glanduleux. Au reste, il crut avoir remarqué que l'extrémité deleur mamelon par où s'écoulait la liqueur était resserrée par un sphincter qui, comme dans la vessie, servait à fermer ou à ouvrir le canal du mamelon; il trouva aussi dans letesticule gauche deux corps glanduleux et les mêmes cavités, les mêmes mamelons, les mêmes canaux et la même liqueur qui endistille; cette liqueur ne sortait pas seulement par cette extrémité du mamelon, mais aussi par une infinité d’autres petits trous de la circonférence du mamelon ; et n'ayant pu trouver l'œuf ni dans cette liqueur, ni daus Ja cavité qui la contient, il fit cuire deux de ces corps glanduleux, espérant que par ce moyen il pourrait reconnaitre l’œuf après lequel, ditl, je soupirais ardemment; mais ce fut en vain, car il ne trouva rien.

Ayant fait ouvrir une autre chienne quiavait été couverte depuis quatre ou cinq jours, ii ne trouva aucune différence aux testicules ; il y avait trois corps glanduleux faits comme les précédents, et qui de même laissaient distiller de la liqueur par lesmamelons. Il chercha l'œuf avec grand soin partout, et il ne put le trouver, ni dans ce corps glanduleux, ni dans les autres qu'il examina avec la plus grande attention, et même à la loupe et au microscope; il a reconnu seulement, avec ce dernier instrument, queces corps glanduleux sont une espèce de lacis de vaisseaux formés d'un nombre infini de petites vésicules globuleuses, qui servent à filtrer la liqueur quiremplit la cavité et qui sort par l’extrémité du mamelon.

Il ouvritensuite uneautre chienne, qui n’était pas en chaleur, et ayant essayé d'introduire de l'air entre le testicule etle capuchon qui le couvre, il vit que ce capuchon se dilatait très-considérablement, comme se dilateune vessieenflée d'air. Ayant enlevé ce capuchon, il trouva sur le testicule trois corps glanduleux; mais ils étaient sans mamelon, sans fente apparente, et il n’en distillait aucune liqueur.

Dans une autre chienne, qui avait mis bas deux mois auparavant et qui avait cinq petits chiens, iltrouva cinq corps glanduleux, mais fort diminués de volume, etquicommençaient à s'oblitérer, sans produire decicatrices ; il restait

encore dans leur milieu une petite cavité, mais elle était sèche et vide de toute liqueur.

Non content de ces expériences et de plusieurs autres que je ne rapporte pas, Vallisnieri, qui voulait absolument trouver le prétendu œuf, appela les meilleurs anatomistes de son pays, entre autres M. Morgagni, et ayant ouvert une jeune chienne qui était en chaleur pour la premiere fois, et qui avait été couverte trois jours auparavant, ils reconnurent les vésicules des testicules, les corpsglanduleux, leurs mamelons, leur canal et la liqueur qui en découle, et qui est aussi dans leur cavité intérieure; mais jamais ils ne virent d'œuf dansaueun de ces corps glanduleux ; il fit ensuite des expériences, dans le même dessein, sur des chamois femelles, sur des renards femelles, sur des chattes, sur un grand nombre de souris, etc. ; il trouva dans les testicules de tous ces animaux toujours les vésicules, souvent les corps glanduleux et la liqueur qu'ils contiennent, mais jamais il ne trouva d'œuf.

Enfin, voulant examimer les testicules dés femmes, il eut occasion d'ouvrir une jeune paysanne mariée depuis quelques années, qui s'était tuée en tombant d’un arbre; quoiqu'elle fût d’un bon tempérament, et que son mari fût robuste et de bon âge, elle n'avait point eu d'enfants; il chercha si la cause de la stérilité de cette femme ne se découvrirait pas dans les testicules, et il trouva en effet que les vésicules étaient toutes remplies d’une matière noirâtre et corrompue.

Dans lestesticules d’une fille de dix-huit ans qui avait été élevée dans un couvent, etqui, selon toutes lesapparences, était vierge, il trouva le testicule droit un peu plus gros quelegauche, il était de figureovoïde, et sa superficie était un peu inégale; cette inégalité était produite par la protubérance de cinq ou six vésicules de ce testicule qui avancaient au dehors. On voyait du côté de la trompe une de ces vésicules qui était plus proéminente que les autres, et dont le mamelon avancçait au dehors, à peu près comme dans les femelles des animaux lorsque commencela saison de leurs amours. Ayant ouvertcette vésicule, il en sortit un jet delymphe; il y avait autour de cette vésicule une matière glanduleuse en forme de demi-lune et d’une couleur jaune tirant sur le rouge: il coupa transversalement le reste de ce testicule, où il vit beaucoup de vésicules remplies d'une li-

DES ANIMAUX

queur limpide, et il remarqua que la trompe correspondante à ce testicule était fort rouge et un peu plus grosse que l’autre, comme il l'avait observé plusieurs fois surles matrices des femelles d'animaux lorsqu'elles sont en chaleur.

Le testicule gauche était aussi sain que le droit, mais il était plus blanc et plus uni à sa surface; car, quoiqu'il y eût quelques vésieules un peu proéminentes, il n'y en avait cependant aucune qui sortit en forme de mamelon , elles étaient toutes semblables les unes aux autres et sans matière glanduleuse, et la trompe correspondante n'était ni gonflée ni rouge.

Dans une petite fille de cinq ans, il trouva les testicules avec leurs vésicules, leurs vaisseaux sanguins, leurs fibres et leurs nerfs.

Dans les testicules d’une femme de soixante ans , il trouva quelques vésicules et les vestiges

- de l’ancienne substance glanduleuse, qui étaient comme autant de gros points d’une matière de couleur jaune-brune et obscure.

De toutes ces observations, Vallisniericonclut que l'ouvrage de la génération se fait dans les testicules de la femelle, qu'il regarde toujours comme des ovaires , quoiqu'il n'y ait jamais trouvé d'œufs, et qu'ilait démontré au contraire queles vésicules ne sont pas des œufs; il dit aussi qu'iln’estpas nécessaire que la semence du mâle entre dans la matrice pour féconder l'œuf; il suppose que cet œuf sort par le mamelon du corps glanduleux après qu'il a été fécondé dans l'ovaire, que de là il tombe dans la trompe, oùil ne s'attache pas d'abord, qu’il descendet s’augmente peu à peu, et qu'enfin il s'attache à la matrice ; il ajoute qu'il est persuadé que l'œuf est caché dans la cavité du corps glanduleux, et que c’est là où se fait tout l'ouvrage de la fécondation, quoique, dit-il, ni moi ni aucun des anatomistes en qui j'ai eu pleine confiance, n’ayons jamais vu ni trouvé cet œuf.

Selon lui, l'esprit de la semence du mäle monte à l'ovaire, pénètrel’œuf, et donne le mouvement au fœtus qui est préexistant dans cet œuf. Dans l'ovaire de la premièrefemme étaient contenus des œufs, qui non-seulement renfermaient en petit tous les enfants qu'elle a faits ou qu’elle pouvait faire, mais encore toute la race humaine , toute sa postérité , jusqu’à l'extinction de l’espèce. Que sinous nepouvons pas concevoir ce développement infini et cette petitesse extrême des individus contenus les uns dans les autres à l'infini, c’est, dit-il, la faute

de notre esprit, dont nous reconnaissons tous les jours la faiblesse : il n’en est pas moins vrai que tous les animaux qui ont été, sont et seront, ont été créés tous à la fois, et tous renfermés dans les premières femelles. La ressemblance des enfants à leurs parents ne vient , selon lui, que de l'imagination de la mère : la force de cette imagination est si grande et si puissante sur le fœtus, qu'elle peut produire des taches , des monstruosités, des dérangements de parties, des accroissements extraordinaires , aussi bien que des ressemblances parfaites.

Ce système des œufs, par lequel, comme l’on voit, on ne rend raison de rien, et qui est si mal fondé , aurait cependant emporté les suffrages unanimes de tous les physiciens, si, dans les premiers temps qu'on a voulu l'établir, on n'eût pas fait un autre système fondé sur la découverte des animaux spermatiques.

Cette découverte, qu'on doit à Leeuwenhoek et à Hartsoeker , a été confirmée par Audri, Vallisnieri, Bourguet, et par plusieurs autres observateurs. Je vais rapporter ce qu'ils ont dit de ces animaux spermatiques qu'ils ont trouvés dans la liqueur séminale de tous les animaux mâles : ils sont en si grand nombre, que la semence parait en être composée en entier, et Leeuwenhoek prétend en avoir vu plusieurs milliers dans une goutte plus petite que le plus petit grain desable. On les trouve, disent ces observateurs, en nombre prodigieux dans tous les animaux mâles , et on n’en trouve aucun dans les femelles ; mais dans les mâles on les trouve, soit dans la semence répandue au dehors par les voies ordinaires, soit dans celle qui est contenue dans les vésicules séminales qu'on a ouvertes dans des animaux vivants. Il y en a moins dans la liqueur contenue dans les testicules que dans celle des vésicules séminales, parce qu'apparemment la semence n’y est pas encore entièrement perfectionnée. Lorsqu'on expose cette liqueur de l’homme à une chaleur même médiocre, elle s'épaissit, le mouvement de tous ces animaux cesse assez promptement; mais si on la laisse refroidir, elle se délaie, et les animaux conservent leur mouvement longtemps, et jusqu’à ce que la liqueur vienne à s’épaissir par le desséchement; plus la liqueur est délayée, plus le nombre de ces animalcules parait s'augmenter, et s'augmente en effet au point qu'on peut réduire et décomposer, pour ainsi dire, toute la substance de la semence en petits ani-

maux, en la mêlant avec quelque liqueur délayante , comme avec de l'eau; et lorsque le mouvement de ces animaleules est prêt à finir, soit à cause de la chaleur , soit par le desséchement, ils paraissent se rassembler de plus près, et ils ont un mouvement commun de tourbillon dans le centre de la petite goutte qu'on observe, et ils semblent périr tous dans le même instant; au lieu que, dans un plus grand volume de liqueur on les voit aisément périr successivement.

Ces animaleules sont, disent-ils, de différente figure dans les differentes espèces d'animaux, cependant ils sont tous longs , menus et sans membres, ils se meuvent avec rapidité et en tout sens; la matière qui contient ces animaux est, comme je l'ai dit, beaucoup plus pesante que le sang. De la semence de taureau a donné à Verrheyen , par la chimie, d’abord du phlegme, ensuite une quantité assez considérable d'huile fétide , mais peu de sel volatil en proportion, et beaucoup plus de terre qu'il n’aurait cru. Voyez Verrheyen sup. Anat. tom. IT, p. 69. Cet auteur parait surpris de ce qu’en rectifiant la liqueur distillée il ne put en tirer des esprits ; et comme il était persuadé que la semence en contient une grande quantité, il attribue leur évaporation à leur trop grande subtilité; mais ne peut-on pas croire avec plus de fondement qu'elle n'en contient que peu ou point du tout? La consistance de cette matière et son odeur n'annoncent pas qu'il y ait des esprits ardents, qui d’ailleurs ne se trouvent en abondance que dans les liqueurs fermentées; et à l'égard des esprits volatils, on sait que les cornes, les os et les autres parties solides des animaux en donnent plus que toutes les liqueurs du corps animal. Ce que les anatomistes ont doncappeléespritsséminaux, aura seminadis, pourrait bien ne pas exister , et certainement ce ne sont pas ces esprits qui agitent les particules qu'on voit semouvoir dans les liqueurs séminales; mais pour qu'on soit plus en état de prononcer sur la nature de la semence et sur celle des animaux spermatiques, nous allons rapporter les principales observations qu'on a faites à ce sujet.

Leeuwenhoek, ayant observé la semence du coq, y vit des animaux semblables par la figure aux ancuilles de rivière, mais si petits, qu'il prétend que cinquante mille de ces animaleules n'égalent pas la grosseur d’un grain de sable; dans la semence du rat, il en faut plusieurs

{ milliers pour faire l'epaisseur d’un cheveu, ete.

Cet excellent observateur était persuadé que la substance entière de la semence n’est qu'un amas de ces animaux : il a observé ces animalcules dans la semence de l'homme, desanimaux quadrupèdes , des oiseaux, des poissons, des coquillages, des insectes; ceux de la semence de la sauterelle sont longuets et fort menus ; ils paraissent attachés, dit-il, par leur extrémité supérieure, et leur autre extrémité, qu'il appelle leur queue , a un mouvement très-vif, comme serait celui de la queue d'un serpent dont la tête et la partie supérieure du corps seraientimmobiles. Lorsqu'on observe la semence dans des temps où elle n’est pas encore parfaite, par exemple, quelque temps avant que les animaux cherchent à se joindre , il prétend avoir vu les mêmes animaleules, mais sans aueun mouvement; au lieu que quand la saison de leurs amours est arrivée, ces animalcules se remuent avec une grande vivacité.

Dans la semence de la grenouille mâle il les vit d'abord imparfaits et sans mouvement, et quelque tempsaprèsil lestrouva vivants; ilssont si petits qu'il en faut, dit-il, dix mille pour égaler la grosseur d’un seul œuf de la grenouille femelle ; au reste, ceux qu'il trouva dans les testieules de la grenouille n'étaient pas vivants, mais seulement ceux qui étaient dans la liqueur séminale en grand volume, où ils prenaient peu à peu la vie et le mouvement.

Dans la semence de l'homme et dans celle du chien, il prétend avoir vu des animaux de deux espèces, qu'il regarde, les uns comme mâles et les autres comme femelles; et ayant enfermé dans un petit verre de la semence de chien, il dit que le premier jour il mourut un grand nombre de ces petits animaux, que le second et le troisième jourilen mourut encore plus, qu'il en restait fort peu de vivants le quatrième jour, mais qu'ayant répété cette observation une seconde fois sur la semence du même chien, il y trouva encore au bout desept jours des animalcules vivants, dont quelques-uns nageaient avec autant de vitesse qu'ils nagent ordinairement dansla semence nouvellement extraite de l’animal;etqu'ayantouvertune chienne qui avait été couverte trois fois par le même chien quelque temps avant l'observation , il ne put apercevoir avec les yeux seuls, dans l'une des cornes de la matrice, aucune liqueur séminale du mâle; mais qu'au moyen du microscope il y trouva

DES ANIMAUX

les animaux spermatiques du chien, qu'il les trouva aussi dans l’autre corne de la matrice, et qu'ils étaient en très-grande quantité dans cette partie de la matrice qui est voisine du vagin, ce qui, dit-il, prouve évidemment que la liqueur séminale du mâle était entrée dans la matrice, ou du moins que les animaux spermatiques du chien y étaient arrivés par leur mouvement, qui peut leur faire parcourir quatre ou cinq pouces de chemin en une demi-heure.

Dans la matrice d'une femelle de lapin qui venait de recevoir le mâle, il observa aussi une quantité infinie de ces animaux spermatiques du mâle; il dit que le corps de ces animaux est rond, qu'ils ont de longues queues, et qu'ils changent souvent de figure, surtout lorsque la matière humide dans laquelle ils nagent s’évapore et se dessèche.

Ceux qui prirent la peine de répéter les observations de Leeuwenhoek les trouvèrent assez conformes à la vérité ; mais il y én eut qui voulurent encore enchérir sur ces découvertes, et Dalenpatius, ayant observé la liqueur séminale de l'homme, prétendit non-seulement y avoir trouvé des animaux semblables aux têtards qui doivent devenirdes grenouilles, dont le corps lui parut à peu près gros comme un grain de froment, dont la queue était quatre ou cinq fois plus longue que le corps, quise mouvaient avec unegrandeagilité, etfrappaient avec la queue la liqueur dans laquelleils nageaient; mais, chose plus merveilleuse, il vit un de ces animaux se développer, ou plutôt quitter son enveloppe; ce n'était plus un animal, c'était un corps humain, dont il distingua très-bien, dit-il, les deux jambes , les deux bras, la poitrine et la tête, à laquelle l'enveloppe servait de capuchon ( Voyez Nouvelles de la Républ. des Lettres, année1699, page 552). Mais par les figures mêmes que cet auteur a données de ce prétendu embryon qu'il a vu sortirde son enveloppe, il est évident que le fait est faux; il a cru voir ce qu'il dit, mais il s'esttrompé, car cet embryon, tel qu'il le décrit, aurait été plus formé au sortir de son enveloppe et en quittant sa condition de ver spermatique, qu'ilne l’esteneffet au boutd’un mois ou de cinq semaines dans la matrice même dela mère; aussi cetteobservation de Dalenpatius, au lieu d’avoir été confirméepar d'autres observations, a été rejetée de touslesnaturalistes, dont les plus exacts et les plus exercés à observer n’ont vu dans cette liqueur de l’homme que de petits corps

It,

ronds ou oblongs, quiparaissaientavoir de longues queues, mais sans autre organisation extérieure, sans membres, comme sont aussi ces petits corps dans la semence de tous les autres animaux.

On pourrait dire que Platon avait deviné ces animaux spermatiques qui deviennent des hommes ; car il dit à la fin du Timée, page 1088, trad. de Mare. Ficin : Vulvaquoque matrirque in fœminiseâdemratione animalavidum generandi, quando procul à fœtuper ætatis florem, aut ultrà diutius detinetur, ægrè fert moram ac plurimümindignatlur, passimque per corpus oberrans, meatus spiritüs intercludit, respirare non sinit, extremis vexat angustiis, morbis denique omnibus premit, quousqueutrorumque cupido amorque quasiex arboribus fœtum fructumve producunt, ipsum deinde decerpunt, el inmatricem velut agruminspargqunt :

hinc animalia primüm talia, ut nec propter parvitatem videantur, necdum appareantformala, concipiunt: mox que conflaverant , explicant, ingentia intüsenutriunt, demüm educunt in lucem, animaliunque generationem perfictunt. Hippocrate dans son traité de Diæta, paraïtinsinuer aussique les semences d'animaux sontremplies d’animalcules ; Démocrite parle de certains vers qui prennent la figure humaine; Aristote dit que les premiers hommes sortirent de la terre sous la forme de ver; mais ni l’autorité de Platon, d’'Hippocrate, de Démocrite et d’Aristote, ni l'observation de Dalenpatius ne feront recevoir cette idée, que ces vers spermatiques sont de petits hommes cachés sous une enveloppe, car elle est évidemment contraire à l'expérience et à toutes les autres observations.

Vallisnieri et Bourguet, que nous avons cités, ayant fait ensemble des observations sur la semence d’un lapin, y virent de petits vers dont l’unedes extrémités était plus grosse que l’autre; ils étaient fort vifs, ils partaient d’un endroit pour aller à un autre, et frappaient la liqueur de leur queue ; quelquefois ilss’élevaient, quelquefoisilss’abaissaient, d’autres fois ils se tournaient en rond etse contournaientcomme des serpents; enfin, dit Vallisnieri, je reconnus clairement qu'ils étaientde vrais animaux, e gli riconobbi, e gli giudicai senza dubitamento alcuno per veri,verisstmi, arciverissimi vermi. V. Opere del Cav. Vallisnieri, tom. IL, page 105 , prima col. Cet auteur, qui était prévenu du système des œufs , n’a pas laissé d'admettre les vers sperma-

tiques et de les reconnaître, comme l'on voit, pour de vrais animaux.

M. Andry ayant fait des observationssur ces versspermatiques de l'homme, prétend qu'ils ne se trouventque dans l’âge propre à la génération; que dans la première jeunesse et dans la grande vieillesse ils n'existent point; que dansles sujets incommodes de maladies vénériennes on n’en trouve que peu. et qu'ils y sont languissants et morts pour la plupart; que dans les parties de la génération des impuissants on n’en voit aucun qui soiten vie; que ces vers dans l’homme ont la tête, c'est-à-dire l’une des extrémités, plus grosse, par rapport à l’autre extrémité, qu'elle nel’est dansles autres animaux; ce quis’accorde, dit-il, avec la figure du fœtus et de l'enfant, dont ka tête en effet est beaucoup plus grosse, par rapportau corps, que celle des adultes; et il ajoute que les gens qui font trop d'usage des femmes, n’ont ordinairement que très-peu ou point du tout de ces animaux.

Leeuwenhoek,Andry etplusieurs autress’opposèrent done de toutes leurs forces au système des œufs; ils avaient découvert dans la semence de tous les mâles des animalcules vivants; ils prouvaient que ces animaleules nepouvaient pas être regardés comme des habitants de cette liqueur, puisqueleur volume était plus grand que celui de la liqueur même, que d’ailleurs on ne trouvait rien de semblable ni dans le sang, ni dansles autres liqueurs du corps des animaux ; ils disaient que les femelles ne fournissant rien de pareil, rien de vivant, il étaitévident que la fécondité qu'on leur attribuait appartenait au contraire aux mâles; qu'iln’yavait que dans la semence de ceux-ci où l’on vit quelque chose de vivant, que ce qu'on y voyait était de vrais animaux, et que ce fait tout seul avançait plus l'explication de la génération que tout ce qu'on avaitimaginéauparavant, puisqu'en effet ce qu’il y a de plus difficile à concevoir dans la génération, c’est la production du vivant, que tout le reste est accessoire, etqu'ainsion ne pouvait pas douter que ces petits animaux ne fussent destinés à devenir des hommes ou des animaux parfaits de chaque espèce; etlorsqu'onopposaitaux partisans de ce système qu'il ne paraissait pas naturel d'imaginer que de plusieurs millions d'animalcules, qui tous pouvaient devenir un homme, il n’y en eût qu’un seul qui eût cet avantage; lorsqu'on lui demandait pourquoi cette profusion inutile de germes d'hommes, ils

HISTOIRE NATURELLE

répondaient que c'était la magnificence ordinaire de la nature; que dans les planges et dans les arbres, on voyaitbien que, de plusieurs millions de graines qu'ils produisent naturellement, il n'en réussit qu'un très-petit nombre, et qu'ainsi on ne devait point être étonné de célui des animaux spermatiques, quelque prodigieux qu'il fût. Lorsqu'on leur objectait la petitesse infinie du ver spermatique, comparé à l'homme, ils répondaient par l'exemple de la graine des arbres, de l'orme, par exemple, laquelle comparée à l'individu parfait est aussi fort petite; et ils ajoutaient, avec assez de fondement, des raisons métaphysiques , par lesquelles ils prouvaient que le grand et le petit n'étant que des relations, le passage du petit au grand, ou du grand au petit, s'exécute par lanature avec encore plus de facilité que nous n’en avons à le concevoir,

D'ailleurs, disaient-ils, n’a-t-on pas des exemplestrès-fréquents de transformation dans lesinsectes? ne voit-on pas de petits vers aquatiques devenir des animaux ailés, par un simple depouillement de leur enveloppe, laquelle cependant était leur forme extérieure et apparente? lesanimaux spermatiques, par une pareille transformation , ne peuvent-ils pas devenir des animaux parfaits ? Toutconcourtdonc, coneluaientils, à favoriser ce système sur la génération, et à faire rejeter le système des œufs; et si lon veut absolument, disaient quelques-uns, que dans les femelles des vivipares il y ait des œufs comme dans celles des ovipares, ces œufs dans les unes et dans les autres ne seront que de la matière nécessaire à l'accroissement du ver spermatique, il entrera dans l’œufpar le pédicule qui l'attachait à l'ovaire, il y trouvera une nourriture préparée pour lui, tous les vers qui n'auront pas étéassez heureux pour rencontrer cette ouverture du pédicule de l'œuf périront; celui qui seul aura enfilé ce chemin, arrivera à satransformation : c'est par cette raison qu’ilexiste un nombre prodigieux de ces petits animaux, que la difficulté derencontrerun œuf et ensuite l’ouverture du pédicule de cet œuf, ne peut être compensée que par le nombre infini des vers; il y a un million, si l’on veut, à parier contre un, qu'un tel ver spermatique ne rencontrera pasle pédicule del'œuf, mais aussiil y a un million de vers; dès lors iln’y a plus qu'un à parier contre un que le pédicule de l'œuf sera enfilé par un de ces vers; et lorsqu'il y est une fois entré et qu’il

DES ANIMAUX. ÿ1

s'est logé dans l'œuf, un autre ne peut plus y entrer, parce que, disaient-ils, le premier ver bouche entièrement le passage, ou bien il y a une soupape à l'entrée du pédicule qui peut jouer lorsque l'œuf n’est pas absolument plein; mais, lorsque le ver a achevé de remplir l'œuf, la soupape ne peutplus s'ouvrir, quoique poussée par un second ver; cette soupape d’ailleurs est fort bien imaginée, parce que s’ilprend envie au premier ver de ressortir de l'œuf, elle s'oppose à son départ, ilest obligé de rester et dese transformer; le verspermatique est alors le vrai fætus, la substance de l'œuf le nourrit, les membranes de cet œuf lui servent d'enveloppe, et lorsque la nourriture contenue dans l'œuf commence à lui manquer, ils’applique à la peau intérieure de la matrice, et tire ainsi sa nourriture du sang delamère, jusqu'à ce que, par son poids et par l'augmentation de ses forces, ilrompe enfin ses liens pour venir au monde.

Par ce système, cen'’estplusla première femme qui renfermait toutes les races passées , présentes et futures , mais c’est le premier homme qui en effet contenait toute sa postérité; les germes préexistants ne sont plus des embryons sans vie renfermés comme de petites statues dans des œufs contenus à l'infini les uns dans les autres, ce sont de petits animaux, de petits homoncules organisés et actuellement vivants, tous renfermés les uns dans les autres, auxquels il ne manque rien, et qui deviennent des animaux parfaits et des hommes, par un simple développement aidé d'une transformation semblable à celle que subissent les insectes avant que d'arriver à leur état de perfection.

Comme ces deux systèmes des vers spermatiques et des œufs partagent aujourd'hui les physiciens , et que tous ceux qui ont écrit nouvellement sur la génération ont adopté l'une ou l’autre de ces opinions, il nous paraît nécessaire de les examiner avec soin, et de faire voir que non-seulement elles sont insuffisantes pour expliquer les phénomènes de la génération, mais encore qu'elles sont appuyées sur des suppositions dénuées de toute vraisemblance.

Toutes les deux supposent le progrès à l'infini, qui, commenous l’avonsdit, est moins une supposition raisonnable qu'une illusion de l’esprit; un ver spermatique est plus de mille millions de fois plus petit qu'un homme; si done nous supposons que la grandeur del'homme soit prise pour l'unité, la grandeur du ver sperma-

tique ne pourra être exprimée que par la fraction Tisscss , C'est-à-dire par un nombre de dix chiffres; et comme l'homme est au ver spermatique dela première génération en même raison que ce ver est au ver spermatique de la seconde génération, lagrandeur, ou plutôt la petitessedu ver spermatique de la seconde génération , ne pourra êtreexprimée que par un nombre composé de dix-neuf chiffres; et par la même raison la petitesse du verspermatique de la troisième génération ne pourra être exprimée que par un nombre de vingt-huit chiffres, celle du ver spermatique de la quatrième génération sera exprimée par un nombre detrente-sept chiffres, celle du ver spermatique de la cinquième génération parunnombre de quarante-six chiffres, et celle du ver spermatique de Ja sixième génération par un nombre de cinquante-cinq chiffres. Pour nous former une idée de la petitesse représentée par cette fraction, prenons les dimensions de la sphère de l'univers depuis le soleil jusqu'à Saturne , en supposant le soleil un million de fois plus gros que la terre, et éloigné de Saturne de mille fois le diamètre solaire; nous trouverons qu'il ne faut que quarante-cinq chiffres pour exprimer le nombre des lignes cubiques contenues dans cette sphère, et enréduisant chaque ligne cubique en mille millions d’atomes, il ne faut que cinquante-quatre chiffres pour en exprimer le nombre; par conséquent l'homme serait plus grand par rapport au ver spermatique de la sixième génération, que la sphère de l'univers ne l’est par rapport au plus petit atome de matière qu'il soit possible d'apercevoir au microscope. Que sera-ce si on pousse ce calcul seulement à la dixième génération? la petitesse sera si grande que nous n’aurons aucun moyen de la faire sentir; il me semble que la vraisemblance de cette opinion disparait à mesure que l’objet s'évanouit. Ce calcul peut s'appliquer aux œufs comme aux vers spermatiques, et le défaut de vraisemblance est commun aux deux systèmes :

on dira sans doute que la matière étant divisible à l'infini, iln’y a point d'impossibilité dans cette dégradation de grandeur , et que quoiqu’elle ne soit pas vraisemblable, parce qu’elle s'éloigne trop de ce que notre imagination nous représente ordinairement, on doit cependant regarder comme possible cette division de la matière à l'infini, puisque par la pensée on peut toujours diviser en plusieurs parties un atome, quelque petit que nous le supposions. Mais je

52 HISTOIRE NATURELLE

réponds qu'on se fait sur cette divisibilité à l'infini la même illusion que sur toutes les autres espèces d'infinis géométriques ou arithmétiques : ces infinis ne sont tous que des abstractions de notre esprit et n'existent pas dans la nature des choses ; et si l'on veut regarder Ja divisibilité de la matière à l'infini comme un infini absolu, il est encore plus aisé de démontrer qu'elle ne peut exister dans ce sens; car si une fois nous supposons le plus petit atome possible, par notre supposition même cet atome sera nécessairement indivisible, puisque s’il étaitdivisible ce ne serait pas le plus petit atome possible, qui serait contraire à la supposition. II me parait done que toute hypothèse où l'on admet un progrès à l'infini doit être rejetée, non-seulement comme fausse, mais encore comme dénuée de toute vraisemblance; et comme le système des œufs et celui des vers spermatiques supposent ce progrès, on ne doit pas les admettre.

Une autre grande difficulté qu’on peut faire contre ces deux systèmes, c'est que, dans celui des œufs, la première femme contenaitdes œufs mäles et des œufs femelles; que les œufs mâles ne contenaient pas d'autres œufs mâles , ou plutôt ne contenaient qu'une génération de mâles; et qu'au contraire les œufs femelles contenaient des milliers de générations d'œufs mâles et d'œufs femelles, de sorte que dans le même temps et dans la même femme il y a toujours un certain nombre d'œufs capables de se développer à l'infini, et un autre nombre d'œufs qui ne peuvent se développer qu'une fois : et de même dans l'autre système, le premier homme contenait des vers spermatiques, les uns mâles et les autres femelles ; tous les vers femelles n’en contiennent pas d'autres, tous les vers mâles au contraire en contiennent d’autres, les uns mäles et les autres femelles , à l'infini, et dans le même homme et en même temps il faut qu’il y ait des vers qui doivent se développer à l’infini, et d'autres vers qui ne doivent se développer qu'une fois : je demande s’il y a aucune apparence de vraisemblance dans cessuppositions.

Une troisième difficulté contre ces deux systèmes, c'est la ressemblance des enfants , tantôt au père, tantôt à la mère, et quelquefois à tous les deux ensemble, et les marques évidentes des deux espèces dans les mulets et dans les animaux mi-partis. Si le ver spermatique de la semence du père doit être le fœtus, comment se peut-il que l'enfant ressemble à la mère? et si

le fœtus est préexistant dans l'œuf de la mère, comment se peut-il que l'enfant ressemble à son père? et si le ver spermatique d’un cheval ou l'œuf d'une ânesse contient le fœtus, comment se peut-il que le mulet participe de la nature du cheval et de celle de l’ânesse ?

Ces difficultés générales , qui sont invincibles, ne sont pas les seules qu’on puisse faire contre ces systèmes, il y en a de particulières qui ne sont pas moins fortes; et pour commencer par le système des vers spermatiques, ne doit-on pas demander à ceux qui les admettent et qui imaginent que ces vers se transforment en homme, comment ils entendent que se faitcette transformation, et leur objecter que celle des insectes n’a et ne peut avoir aucun rapport avec celle qu'ils supposent? car le ver qui doit devenir mouche, ou la chenille qui doit devenir papillon , passe par un état mitoyen, qui est celui de la chrysalide, et lorsqu'il sort de la chrysalide, il est entièrement formé, il a acquis sa grandeur totale ettoutela perfection de sa forme, etilest dès lorsen état d'engendrer; au lieu que dans la prétenduetransformation du ver spermatique en homme on ne peut pas dire qu’il y ait un état de chrysalide, et quand même on en supposerait un pendant les premiers jours de la conception, pourquoi la production de cette chrysalide supposée n'est-elle pas un homme adulte et parfait, et qu'au contraire ce n’est qu'un embryon encore informe auquel il faut un nouveau développement? on voit bien que l'analogie est ici violée ,et que bien loin de confirmer cette idée de la transformation du ver spermatique , elle la détruit lorsqu'on prend la peine de l’examiner.

D'ailleurs , le ver qui doit se transformer en mouche vient d'un œuf, cet œuf est le produit de la copulation des deux sexes, de la mouche mâle et de la mouche femelle, et il renferme le fœtus ou lever qui doit ensuitedevenir chrysalide, et arriver enfin à son état de perfection, à son état de mouche, dans lequel seul l’animal a la faculté d'engendrer; au lieu que le ver spermatique n’a aucun principe de génération, il ne vient pas d'un œuf; et quand même on accorderait que la semence peut contenir des œufs d'où sortentles vers spermatiques, la difficulté restera toujours la même, car ces œufs supposés n'ont pas pour principe d'existence la copulation des deux sexes, comme dans les insectes; par conséquent le production supposée,

non plus que le développement prétendu des vers spermatiques, ne peuvent être comparés à la production et au développement des insectes; et bien loin que les partisans de cette opinion puissent tirer avantage de la transformation des insectes , elle me parait au contraire détruire le fondement de leur explication.

Lorsqu'on fait attention à la multitude innombrable des vers spermatiques, et au trèspetit nombre de fœtus qui en résulte, et qu'on oppose aux physiciens prévenus de ce système, la profusion énorme et inutile qu'ils sont obligés d'admettre, ils répondent, comme je l'ai dit, par l'exemple des plantes et des arbres, qui produisent un très-grand nombre de graines assez inutilement pour la propagation ou la multiplication de l'espèce, puisque de toutes ces graines il n'y en a que fort peu qui produisent des plantes et des arbres, et que tout le reste semble être destiné à l’engrais de la terre, ou à la nourriture des animaux; mais cette comparaison n'est pas tout à fait juste, parce qu'il est de nécessité absolue que tous les vers spermatiques périssent, à l'exception d’un seul, au lieu qu'il n’est pas également nécessaire que toutes les graines périssent, et que d’ailleurs en servant de nourriture à d’autres corps organisés, elles servent au développement et à la reproduction des animaux , lorsqu'elles ne deviennent pas elles-mêmes des végétaux , au lieu qu'on ne voit aucun usage des vers spermatiques, aucun but auquel on puisse rapporter leur multitude prodigieuse : au reste , je ne fais cette remarque que pour rapporter toutcequ’on a dit ou pu dire sur cette matière , car j'avoue qu'une raison tirée des causes finales n’établira ni ne détruira jamais un système en physique. Une autre objection que l'on a faite contre l'opinion des vers spermatiques, c’est qu'ils semblent être en nombre assez égal dans la semence de toutes les espèces d'animaux , au lieu qu'il paraitrait naturel que dans les espèces où le nombre des fœtus est fort abondant, comme dans les poissons , les insectes, ete., le nombre des vers spermatiques füt aussi fort grand; et il semble que dans les espèces où Ja génération est moins abondante, comme dans l’homme, les quadrupèdes, les oiseaux, ete., le nombre des vers dût être plus petit; car s'ils sont la cause immédiate de la production, pourquoi n'y a-t-il aucune proportion entre leur nombre et celui des fœtus? d’ailleurs il n'y a pas de dif-

férence proportionnelle dans la grandeur de la plupart des espèces de vers spermatiques, ceux des gros animaux sont aussi petits que ceux des plus petits animaux ; le cabillau et l’éperlan ont des animaux spermatiques également petits ; ceux de la semence d'un rat et ceux de la liqueur séminale d'un homme sont à peu près de la même grosseur; et lorsqu'il y a de Ja différence dans la grandeur de ces animaux spermatiques , elle n’est point relative à la grandeur de l'individu; le calmar, qui n’est qu'un poisson assez petit, a des vers spermatiques plus de cent mille fois plus gros que ceux de l'homme ou du chien, autre preuve que ces vers ne sont pas la cause immédiate et unique de la génération.

Les difficultés particulières qu'on peut faire contre le système des œufs, sont aussi très-considérables; si le fœtus est préexistant dans l'œuf avant la communication du mâle et de la femelle, pourquoi dans les œufs que la poule produit sans avoir eu le coq, ne voit-on pas le fœtus aussi bien que dans les œufs qu'elle produit après la copulation avec le coq? Nous avons rapporté ci-devant les observations de Malpighi, faites sur des œufs frais sortant du corps de la poule, et qui n'avaient pas encore été couvés, il a toujours trouvé le fœtus dans ceux que produisaient les poules qui avaient recu le coq ; et dans ceux des poules vierges ou séparées du coq depuis longtemps, il n’a jamais trouvé qu'une môle dans la cicatricule : il estdonc bien clair que le fœtus n'est pas préexistant dans l'œuf, mais qu’au contraire il ne s'y forme que quand la semence du mälel'a pénétré.

Une autre difficulté contre ce système, c’est que non-seulement on ne voit pas le fœtus dans les œufs des ovipares avant la conjonction des sexes, mais même on ne voit pas d'œufs dans les vivipares, Les physiciens qui prétendent que le ver spermatique est le fœtus sous une enveloppe, sont au moins assurés de l'existence des vers spermatiques; mais ceux qui veulent que le fœtus soit préexistant dans l'œuf, nonseulement imaginent cette préexistence, mais mème ils n'ont aucune preuve de l'existence de l'œuf; au contraire, il y a probabilité presque équivalente à la certitude, que ces œufs n'existent pas dans les vivipares, puisqu'on a fait des milliers d'expériences pourtâcher de ies découvrir, et qu'on n’a jamais pu les trouver.

Quoique les partisans du système des œufs ne s'accordent point au sujet de ce que l’on

4 HISTOIRE NATURELLE

doit regarder comme le vrai œuf dans les testicules des femelles, ils veulent cependant tous que la fécondation se fasse immédiatement dans ce testicule qu'ils appellent l'ovaire, sans faire attention que si cela était, on trouverait la plupart des fœtus dans l'abdomen, au lieu de les trouver dans la matrice, car le pavillon, ou l'extrémité supérieure de la trompe étant, comme l'on sait, séparée du testicule, les prétendus œufs doivent tomber souvent dans l’'abdomen, et on y trouverait souvent des fœtus:

or on sait que ce cas est extrêmement rare, je ne sais pas même s'il est vrai que cela soit jamais arrivé par l'effet que nous supposons, et je pense que les fœtus qu'on a trouvés dans l'abdomen, étaient sortis, ou des trompes de la matrice, ou delamatrice même, par quelque accident.

Les difficultés générales et communes aux deux systèmes ont été senties par un homme d'esprit, qui me parait avoir mieux raisonné que tous ceux qui ont écrit avant lui sur cette matière, je veux parler de l’auteur de la Vénus physique, imprimée en 1745; cetraité, quoique fort court, rassemble plus d'idées philosophiques qu'il n’y en a dans plusieurs gros volumes sur la génération: comme ce livre est entre les mains de tout le monde, je n’en ferai pas l’analyse, il n’en est pas même susceptible; la précision avec laquelle il est écrit, ne permet pas qu'on en fasse un extrait; tout ce que je puis dire, c’est qu'on y trouvera des vues générales qui ne s'éloignent pas infiniment des idées que j'ai données, et que cet auteur est le premier qui ait commencé à se rapprocher de la vérité, dont on était plus loin que jamais depuis qu’on avait imaginé les œufs et découvert les animaux spermatiques. Il ne nous reste plus qu’à rendre compte de quelques expériences particulières, dont les unes ont paru favorables et les autres contraires à ces systèmes.

On trouve dans l’histoire de l'Académie des Sciences, année 1701, quelques difficultés proposées par M. Méry, contre le système des œufs. Cet habile anatomiste soutenait avec raison, que les vésicules qu'on trouve dans les testicules des femelles, ne sont pas des œufs, qu’elles sont adhérentes à la substance intérieure du testicule, et qu'il n’est pas possible qu’elles s’en séparent naturellement; que quand même elles pourraient se séparer de la substance intérieure du testicule, elles ne pour-

raient pas encore en sortir, parce que la membrane commune qui enveloppe tout le testicule, est d'un tissu trop serré pour qu'on puisse concevoir qu'une vésicule où un œuf rond et mollasse püts’ouvrir un passage à travers cette forte membrane; et comme la plus grande partie des physiciens et des anatomistes étaient alors prévenus en faveur du système des œufs, et que les expériences de Graaf leur avaient imposé au point qu'ils étaient persuadés, comme cet anatomiste l'avait dit, que les cicatricules qu'on trouve dans les testicules des femelles étaient les niches des œufs, et que le nombre de ces cicatricules marquait celui des fœtus, M. Méry fit voir des testicules de femme où il y avait une très-grande quantité de ces cicatricules, ce qui, dans le système de ces physiciens, aurait supposé dans cette femme une fécondité inouie. Ces difficultés excitèrent lesautres anatomistes de l'Académie, qui étaient partisans des œufs, à faire de nouvelles recherches ; M. Duverney examina et disséqua

des testicules de vaches et de brebis, il pré-

tendit que les vésicules étaient les œufs, parce qu'il y en avait qui étaient plus ou moins adhérentes à la substance du testicule, et qu'on devait croire que dans le temps de la parfaite maturité elles s'en détachaient totalement, puisqu'en introduisant de l'air et en soufflant dans l'intérieur du testicule , l'air passait entre ces vésicules et les parties voisines. M. Méry répondit seulement que cela ne faisait pas une preuvesnffisante, puisque jamais on n'avait vu ces vésicules entièrement séparées du testicule : au reste, M. Duverney remarqua sur les testicules le corps glanduleux ; mais il ne le reconnut pas pour une partie essentielle et nécessaire à la génération, il le prit au contraire pour une excroissance accidentelle et parasite, à peu près, dit-il, comme sont sur les chênes lesnoix de galle, les champignons, ete. M. Littre, dont apparemment la prévention pour le système des œufs était encore plus forte que celle de M. Duverney, prétendit non-seulement que les vésicules étaient des œufs, mais même il assura avoir reconnu dans l'une de ces vésieules, encore adhérente et placée dans l'intérieur du testicule, un fœtus bien formé, dans lequel il distingua, dit-il, très-bien la tête et le tronc, il en donna même les dimensions; mais outre que cette merveille ne s'est jamais offerte qu'à ses yeux, et qu'aucun autre observateur

DES ANIMAUX

n'a jamais *ien aperçu de semblable, il suffit de lire son Mémoire (année 1701, page 111), pour reconnaitre combien cette observation est douteuse. Par son propre exposé on voit que la matrice était squirreuse et le testicule entièrement vicié; on voit que la vésicule, où l'œuf qui contenait le prétendu fœtus, était plus petit que d'autres vésicules où œufs qui ne contenaient rien, ete.; aussi Vallisnieri, quoique partisan, et partisan très-zélé du système des œufs, mais en même temps homme très-véridique, a-t-il rappelé cette observation de M. Littre et celles de M. Duverney à un examen sévère qu’elles n’étaient pas en état de subir.

Une expérience fameuse en faveur des œufs est celle de Nuck; il ouvrit une chienne trois jours après l’accouplement, il tira l'une des cornes de la matrice, et la lia en la serrant dans son milieu, en sorte que la partie supérieure du conduit ne pouvait plus avoir de communication avec la partie inférieure ; après quoi il remit cette corne de la matrice à sa place et ferma la plaie, dont la chienne ne parut être que légèrement incommodée : au bout de viogt-un jours il la rouvrit, et il trouva deux fœtus dans la partie supérieure, c’est-à-dire entre le testicule et la ligature, et dans la partie inférieure de cette corne il n’y avait aucun fœtus; dans l’autre corne de la matrice qui n’avait pas été serrée par une ligature, il en trouva trois qui étaient régulièrement disposés; ce qui prouve, dit-il, que le fœtus ne vient pas de la semence du mâle, mais qu'au contraire il existe dans l'œuf de la femelle. On sent bien qu'en supposant que cette expérience qui n’a été faite qu'une fois, et sur laquelle par conséquent on ne doit pas trop compter ; en supposant, dis-je, que cette expérience fût toujours suivie du même effet, on ne serait point en droit d’en conclure que la fécondation se fait dans l'ovaire, et qu'il s'en détache des œufs qui contiennent le fœtus tout formé; elle prouverait seulement que le fœtus peut se formerdans les parties supérieures des cornes de la matrice, aussi bien que dans les inférieures, et il paraît très-naturel d'imaginer que la ligature comprimant et resserrant les cornes de la matrice dans leur milieu, oblige les liqueurs séminales qui sont dans les parties inférieures, à s'écouler au dehors, et détruit ainsi l’ouvrage de la génération dans ces parties inférieures.

Voilà, à très-peu près, où en sont demeurés les anatomistes et les physiciens au sujet de la génération. Il me reste à exposer ce que mes propres recherches et mes expériences m'ont appris de nouveau; on jugera si le système que j'ai donné n'approche pas infiniment plus de celui de la nature qu'aucun de ceux dont je viens de rendre compte.

Au Jardin du Roi, le 6 février 4746.

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