‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 3)Chapitre 97 sur 186 · DU SANGLIER DU CAP VERT · texte numérisé non relu

DU SANGLIER DU CAP VERT

« brosses de trois, quatre et cinq poils, qui « sont plus ou moins longs et posés en ligne « droite, les uns près des autres. Le front , entre « les oreilles, parait ridé , et il est garni de poils « blanes et bruns fort serrés, qui, partant du «centre , s'aplatissent ou s'abaissent de plus «en plus. De là, vers le bas du museau , des- « cend au milieu de la tête une bande étroite « de poils noirs et gris, qui, partant du milieu, « s'abattent de chaque côté de la tête ; du reste, «ils sont clair-semés. C'est principalement sur « la nuque du cou et sur la partie antérieure du « dos qu'il y a le plus de soies , qui sont aussi « les plus serrées et les plus longues : leur cou- « leur est le brun obseur et le gris ; quelques- «unes ont jusqu'à sept ou huit pouces de lon- « gueur avec l'épaisseur de celles des porcs « communs, et se fendent de même. Toutes ces « soies ne sont pas droites, mais légèrement in- « clinées. Plus loin, sur le dos , elles s'éclair- « cissent et diminuent tellement en nombre, « qu'elles laissent voir partout la peau nue. Du «reste, les flancs, le poitrail et le ventre, les « côtés de la tête et le cou , sont garnis de pe- « tites soies blanches.

« Les pieds sont conformes à ceux de nos « pores, divisés en deux ongles pointus et noirs. « Les faux onglets posent aussi à terre, mais « sont pendants la plupart du temps. La queue «est nue, perpendiculairement pendante, rase, « et se termine presque en pointe. Les testicules 4 sont adhérents à la peau du ventre entre les « cuisses ; le prépuce est fort vaste au bout.

« La couleur de l'animal est noirâtre à la tête, « mais d’un gris roux-clair sur le reste du dos « et du ventre.

Comparé avec la peau d’un autre sujet de même espèce, et venu de même du cap de Bonne-Espérance, M. Vosmaër a remarqué que la tête de ce dernier était plus petite et le museau moins large. « Il lui manquait les deux « lambeaux sous les yeux; cependant on y « voyait de petites éminences, qui en paraissent « être les bases ou principes : mais il n'y avait «point ces protubérances rondes et pointues « qui sont placées en ligne droite entre ces lam- « beaux des yeux et le museau ; en revanche, « les défenses sont beaucoup plus grandes ; les « supérieures , qui ont des deux côtés une pro- « fonde fossette ou cannelure, et qui se termi- «nent en pointes aiguës, sortent de plus de six « pouces et demi des côtés du museau, et les

« inférieures de deux pouces et demi ; celles-ci , « par leur frottement contre les premières , sont « obliquement usées , et par là fort aiguës. La « grandeur des défenses du dernier sujet montre « assez que cette peau ne peut être d'un jeune « animal. Au reste, je n'ai trouvé aucune dif- « férence aux pieds. »

M. Vosmaër termine ainsi cette description, et soupeonne que ces différences qu'il vient d'indiquer peuvent provenir de la différence du sexe. Pour moi, je ne suis pas encore convaincu que ce sanglier d'Afrique, malgré la première répugnance qu'il a marquée pour la truie qui lui a été présentée , ne soit une simple variété de notre cochon d'Europe. Nous voyons, sous nos yeux, cette même espèce varier beaucoup en Asie, à Siam et à la Chine ; et les grosses défenses que j'ai trouvées sur une tête énorme d’un sanglier tué dans mes propres bois, il y a environ trente ans, défenses qui étaient presque aussi grosses que celles du sanglier du Cap, me laissent toujours dans l'incertitude si ce sont en effet deux espèces différentes , ou deux variétés de la même espèce, produites par la seule influence du climat et de la nourriture.

Au reste, je trouve une note de M. Commerson, dans laquelle il est dit qu'on voit à Madagascar des cochons sauvages dont la tête, depuis les oreilles jusqu'aux yeux, est de la figure ordinaire ; mais qu'au-dessous des yeux est un renfort qui va en diminuant jusqu'au bout du groin, de manière qu'il semble que ce soient deux têtes, dont la moitié de l’une est enchâssée dans l’autre; qu'aureste, la chair dece cochon est glaireuse et a peu de goût. Cette notice me fait croire quel’animal que j'ai d'abord indiqué sous le nom de sanglier du cap Vert, parce que la tête nous avait été envoyée des terres voisines de ce cap , qu’ensuite je nomme sanglier d’Afrique, parce qu'il existe dans les terres du cap de Bonne-Espérante, se trouve aussi dans l'ile de Madagascar.

Dans le temps même queje revoyais la feuille précédente, et que j'en corrigeais l'épreuve pour l'impression , il m'est arrivé de Hollande une nouvelle édition de mon ouvrage sur l’histoire naturelle, et j'ai trouvé, dans le quinzième volume de cette édition, des additions très-importantes , faites par M. Allamand , dont je viens de parler. Quoique ce quinzième volume soit imprimé à Amsterdam en 1771 , je n'en ai eu connaissance qu'aujourd'hui 23 juillet 1775, et

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j'avoue que c'est avec la plus grande satisfaction que j'ai parcouru l'édition entière, qui est bien soignée à tous égards. J'ai trouvé les notes et les additions de M. Allamand si judicieuses et si bien écrites, que je me fais un grand plaisir de les adopter ; je les insérerai donc dans ce volume, à la suite des articles auxquels ces observations ont rapport. Je me serais dispensé de copier ce que l'on vient delire, j'aurais même évité quelques recherches pénibles et plusieurs discussions que j'ai été contraint de faire, si j'avais eu plus tôt connaissance de ce travail de M. Allamand. Je crois que l’on en sera aussi satisfait que moi; et je vais commencer par donner ici ce que ce savant homme a dit au sujet du sanglier d'Afrique.

Addition de l’édileur hollandais, M. le pro- Jesseur Allamand.

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