‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 3)Chapitre 98 sur 186 · DU SANGLIER D'AFRIQUE · texte numérisé non relu

DU SANGLIER D'AFRIQUE

« Dans l'histoire que M. de Buffon nous a « donnée du cochon, il a démontré que cet ania mal échappe à toutes les méthodes de ceux « qui veulent réduire les productions de la na- « ture en classes et en genres, qu'ils distinguent « par des caractères tirés de quelques-unes de « leurs parties. Quoique les raisons par lesquelles il appuie ce qu'il avance soient sans réplique, elles auraient acquis un nouveau « degré de force s'il avait connu l'animal re- « présenté dans notre ouvrage.

« C'est unsanglier qui a étéenvoyé, en 1765, « du cap de Bonne-Espérance à la ménagerie « du prince d'Orange, et qui jusqu'alors a été « inconnu de tous les naturalistes. Outre toutes « les singularités qui fontde notre cochon d'Eu- « rope un animal d'une espèce isolée, celui-ci « nous offre de nouvelles anomalies qui le dis- « tinguent de tous les autres du même genre ; « car non-seulement il a la tête différemment « figurée, mais encore il n’a point de dents in- « cisives, d’où la plupart des nomenclateurs ont « tiré les caractères distinctifs de cette sorte « d'animaux, quoique leur nombre ne soit point « constant dans nos cochons domestiques.

a M. Tulbagh, gouverneur du cap de Bonne- Espérance, qui ne perd aucune occasion de rassembler et d'envoyer en Europe tout ce

se «

“ Hist nat., etc., édit, de Hollande ; Amsterdam 4774, ine fo, tome XV, p. 45 ct suiv,

« que la contrée où il habite fournit de curieux, «est celui à qui l'on est redevable de ce san- « glier. Dans la lettre dont il l'accompagna , il « marquait qu'il avait été pris fort avant dans « les terres, à environ deux cents lieues du Cap, «et que c'était le premier qu'on y eût vu vi- « vant. Cependant il en a envoyé un autre « l'année passée , qui vit encore, et en 1757 il «en avait envoyé une peau, dont on n'a pu « conserver que la tête, ce qui semble indiquer « que ces animaux ne sont pas rares dans leur « pays natal. Je ne sais si c'est d'eux que Kolbe « a voulu parler, quand il dit : On ne voit que « rarement des cochons sauvages dans les con- « trées qu’occupent les Hollandais ; comme il «x’y a que peu de bois, qui sont leurs retrai- «Les ordinaires, ils ne sont pas tentés d'y ve- « nir : d'ailleurs, les lions, les tigreset autres « animaux de proie , les détruisent si bien, « qu'ils ne sauraient beaucoup multiplier *.

« Comme il n'ajoute à cela aucune descrip- «tion, on n’en peut rien conclure ; et ensuite il « range au nombre des cochons du Cap le grand

« fourmilier ou le tamandua, qui est un animal

« d'Amérique qui ne ressemble en rien au co- « chon. Quel cas peut-on faire de ce que dit un « auteur aussi mal instruit? :

« Notre sanglier africain ressemble à celui « d'Europe par le corps ; mais il en diffère par « la tête, qui est d’une grosseur monstrueuse. « Ce qui frappe d'abord les yeux , ce sont deux « énormes défenses qui sortent de chaque côté « de la mâchoire supérieure, et quisont dirigées « presque perpendiculairement en haut. Elles « ont près de sept pouces de longueur, et se ter- « minent en une pointe émoussée. Deux sem- « blables dents, mais plus petites, et surtout « plus minces dans leur côté intérieur, sortent « de la mâchoire inférieure, et s'appliquent « exactement au côté extérieur des défenses « supérieures , quand la gueule est fermée; ce « sont là de puissantes armes dont il peut se « servir utilement dans le pays qu'il habite, où «il est vraisemblablement exposé aux attaques « des bêtes carnassières.

« Sa tête est fort large, et plate par-devant:; elle « setermineen un ample boutoir, d'un diamètre « presque égal à la largeur de la tête , et d'une « dureté qui approche de celle de la corne : il « s'en sert, comme nos cochons, pour creuser la

4 Voyez la Description du Cap de Bonue - Espérance, par Kolbe, Lome, JAI, page 43.

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