SEPTIÈME ET DERNIÈRE ÉPOQUE
Lorsque là puissance de l'homme a secondé celle de la nature, .
Les premim bommes témoins des iDouvemeors convnbift de la terre, encore récents et très fréquenls, n'ayant que les montagnes poor asiles contre les inondations, chassés souvent de ces mêmes asiles par le feo de3 volcans , tremblants sur une terre qui trembloit sous leurs pieds, nus d^esprit el de corps, exposés aux injures de tous les éléments, victimes de la fureur des animaux féroces, dont ils ne pou voient éviter de devenir la proie; tous également pénétrés du sentiment commun d'une terreur funeste, tous également pressés par la nécessité, n'ont-ils pas très promptement cherché à se réunir, d'abord pour se défendre par lé nombre, ensuite pour s'aider et travailler de concert à se faite un domicile et des armes? Ils ont commencé par aiguiser en forme de haches ces cailloux durs , ces jades , ces pierres de foudre, que Ton à crues tombées des nues et formées par le tonnerre, et qui néanmoins, ne sont que les premiers monuments de Tart de l'homme dans l'état de pure nature : il aura bientôt tiré du feu de ces mêmes cailloux en les frappant les uns contre les autres; il aura saisi la flamme des volcans, ou profité du feu de leurs laves brûlantes pour le communiquer, pour se faire jour dans les forêts , les broussailles ; car, avec le secours de ce puissant élément , il a nettoyé, assaini, purifié les terrains qu'il vouloit habiter; avec la hache de pierre , il a tranché, coupé les arbres, menuisé le bois, façonné ses armes et les instruments de première nécessité. Et après s'être munis de massues et d'autres armes pesantes et défensives, ces premiers hommes n'ont-ils pas trouvé le moyen d'en faire d'offensives plus légères , pour atteindre de loin? Un nerf, un tendon d'animal ^ des fils d'aloès, ou Técorce souple d]une plante ligneuse, leur ont servi de corde pour réunir les deux extrémités d'une branche élas-
SEPTIÈME ÉPOQUE. 623 tiquf dont ils oQl hit lenr arc; ils ont aiguisé id'autres petits cailloux pour en armer la fitehe. Bientôt ils auront eu des filets, des radeaux , des canots, et s'en sont tenus là tant qu'ils n'ont formé que de petites nations composées de quelques fiimilles , ou plutôt de parents issus d'une même iamille , comme nous le voyons encore aiyourd'hui chez les âiuvages, qui veulent demeurer sauvages, et qui le peuvent, dan$ les lieux où Tespace libre ne leur manque pas plus que le gibier, le poisson et les fruits. Mais dans tous ceux où Tespace s'est trouvé confiné par les eaux, ou resserré par les hautes montagqes, ces petites nations, devenues trop nombreuses, ont été forcées de partager leur terrain eùtre elles^, et c'est de ce moment que la terre est devenue Je domaine de l'homme : il en a pris possession par ses travaux de culture , et l'attachement à la patrie a suivi de très près les premiers actes de sa propriété. L'intérêt particulier faisant partie de l'intérêt national, Tordre, la police et les lois ont dù succéder, et la société prendre de la consistance et des forces.
Néanmoins ces hommes, profondément af.ectés des calamités de leur premier état, et ayant encore sous les yeux les ravages des inondations, les incendiesdes volcans, les gouffres ouverts par les secousses de la terre, ont conservé un souvenir durable et presque étemel de ces-malheurs du moûde t Tidéc qu'il doit périr par un déluge universel , ou par un embrasement général ; le respect pour certaines montagnes ' sur lesquelles ils s'étoient sauvés des inondations; l'horreur pour ces
* Lei montagne» en vénéraiion^nt lX)rient sont le mont Carmetet quelques endroits du Caocaie; le mont Pirptngel au nord de rindmttan ; laroontagne Pora dans la provinoe d'Aracan; celle de Cbaq-Pecban à la source dtt fleuve Sangari , chez les Tartares Mantchotix , d*où les Chinois croient qu'est venu Fo-hi; le mont AlUy k l'orient des sources du Selinga en TarUd^ie; le loont Pécha au nord^Hiest de la Chine, etc. Celles qui étoient en horreuiétoient les montagnes à volcan, parmi lesquelles <>)i peut citer le mont Ararath, dont le nom même signifie montagne de ma/heur^ parce qnVri effet celte montagne étoit un des phis grands volcans de TAsie , comme cela se reconnolt encore aujourd'hui par sa forme et par les inalières qui envi ronnent son sommet, où Ton voit les cratères et lesauU-es signes de ses anciennes éruptions. ( y^dd. Buff. )
m DES ÉPOQUES DE LA NATURE.
ÉBlres moptagneç qui iançiMent det fèiix ph» terribles fpe ceux do toDiierre, la vue de œs combats de la terre coetre le cid,fbiideiiieiitdelafobledeaTitaiisetdes assauts contre l«8 dieux; Topittiou de Texiscâice réelle d'noètre malfaisant, la crainte et la juperstition qui en sont le premier produit, tous ces sentiments fondlés sur la terreur se sont dèslors emparés à jamais du cœur et de Tesprtt de lliomrae : i peine est*il encore aiyourdlmi rassuré par Texpérience des •temps, par lecalmequi a sucoMé à ces siècles d'orage, enfin par la connoissance dies effets et des opérations de la nature; connoissance qui n*a pu s'açqnérir qu^après rétablissement de quekpie grande société dans les terres paisibles. . Ce n*est point en Afrique, ni dans les terres de VAàt les •plus avancées vers le midi, iqpie les gruides sociétés ont pu d'abord se fbrmer; ces contrées étoient tmcore brûlantes et désertes; ce n'ést point en Amérique, qui n'est évidemment, à Texception de ses cbatnesde montagnes, qu'une terre nouvelle; ce n'est pas même en Europe , qui n^a reçu que fort tard les lumières 4e TOrient , que se sont établis les premiers hommes civilisés, puisqu'avant lafimdation de Rome les contrées les plus heureuses de cette partie du monde, telles que lltalie, la France et TAllemagne, n'étoient encore peuplées que dliommes plus qu'à demi sauvages. Lisez Tacite , sur les moeurs des Germains; c'est le tableau de celles des Hurons, ou plutôt des 4iabitudes de Tespèce humaine entière sortant de l'état de nature. C'est donc dans les contrées septentrionales de l'Asie que s'est élevée la tige des connoissances de l'homme, et c'est sur ce tronc de Tarbre de la science que s'est élevé le tronc de sa puissance : plus il a su, plus il a pu; mais aussi moins il a fait, moins il a su. Tout cela supp(M des hommes actilî^ dans un climat heureux , sous un del pur pour l'observer, sur une terre féconde pour la cultiver, dans une contrée privilégiée , à l'abri des inondations, éloignée des volcans , plus élevée et par conséquent plus anciennement tempéréequelesautres. Ortoutes ces conditions , toutes ces circonstances se sont trouvées réunies dans le centre du continent de l'Asie, depuis le 40^ degré de
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ladtade jusqu'au 56^ Les fleuves qui portent les eaux dans la mer du Nord, dans rOcéan oriental, dans les mers du Midi et (hué la Gaipienné, partent également de cette végieiï élevée qui foit aijQOurdlMii partie de la Sibérie méridionale et de la Tartarie. Cest dans cette terre plus élevée, plus solide que les autres, puisqu'elle leur sert île centre, et qu'elle est éloignée de près de cinq cents lieues de tous les océans; c'est dans cette contrée privttégiée que s'est formé le premier peuple digne de porter ce nom, digne de tous nos req[>ects, comme créateur ties sciences, des arfs et de toutes les institutions utiles. Cette vérité nous esT également démontrée par les monuments de rhistoire naturelle et par les progrès presque inconcevables de Tandenne astronomie. Gomment des l^iommes si nouveaux ont*ils pu trouver la période tunlsolaire de six cents ans ^ P Je me borne à ce seul fait, quoiqu'on puisse en dter beaucoup d'autres tout aqssi merveilleux , et4out aussi
> U période de tixeenUamdoolJoÉ^ dit que M^erfoieiill^ pttriarchet aTant le déluge eit une des plut belles et des plus exactes que roo ait jamais ioTcntées. Il est de ftit qne,i>reDaDt le mois lunaire de 29 Jours i2heures iiminutes3seeorides,imttoayeqat2iiài€i\]e\élij^ fùnt 7 nulle 421 mois lunaires: et fie même nombre de 219 miHe 146 Jçurs Vi donne 600 années sçlîUres, chacune de ^ Jours 5 heures minutes 36 secondes, d'oft résulte le mois lunaire- i une seconde t>rès , tel que les astronomes modernes l'ont détermipé, et Tannée solaire plus juste qu'Hipp^rqueet Ptolémée ne l'ont donnée plus de deux mille ans apr^ le déluge. Josèphe a. cité , comme ses garants, Manéthon , Bérbs^ et plusieurs autres anciens auteurs dont les écriu sont perdus il y a long-temps... Quel que soit le foiidement sur lequel Josèphe a parl4de cette période , il £aut qu'il 3r ait eu réellement ejt de temps immémorial une telle période ou gr^de année , qu'on avoit oubliée depuis plusieurs siècles , puisque les astronomes qui sont Tenus après cet historien s'en seroient serris préférablemept â d'autres hypothèses moins exactes pour la détermination de l'année solaire et du mois lunaire s'ils l'avoient connue, ou s'en seroieut fait honneur sUs Tavoient imaginée.
« U est constant, dit le sayant astronome Dominique Cassini, que dès le premier âge du monde, les hommes avoient déjà foit de grands progrès dans la science du mouvement des astres : on pourroit même avancer qu'ils eu àfoieut beaucoup plus de connolisanoes que Ton n'en a eu loni^temps depuis le déluge , s'il est bien vrai que l'année dont les anciens patriarches se senrolent fût de la grandeur de celles qui composent la grande période de six cents ans dont U est W mention dans les Antiquités des Juift, écrites par Josèphe. Nous ne trouvons dans les monuments qui nous restent de toutes
r,r, DES ÉPOQUES DE LA NATCBE.
coDfUnu. Ils nvoient donc nrtuit d^astrmonîeqo'cB moit de Doi jomDoiiiiDiqoeCaMiri,qdleprefl^ TéalkéetrexâctitBdedecetle période desixecau mt; coo- Domaoce à laqodle Dî lei ChaldécDS ; ni Égfpl^
moayenieiiu précis de la tane et de b terre, et qni exige ane grande perfection dus les iittinmwnis Déceanro ▼ations; coon«ssance qai ne peol s*aeqnérir qa*aprfes atroir tout acquis, laquelle n'étant fondée que sw une kîigiie snie de rediercbes , d^étades et de trayaoi aitmioiBiqoes, siq^pose an moins deox on trois mille ans de coltore à Fesprit hnmain pour y parrenir.
' Ce premier people a été trtsheorenx, pàiscpi'il est defcna très savant : il a joui, pendant plusieors siècles^ de la paix, do retM)s, do loisir néeemire à cette cnltnre de Tesprit, de laquelle dépend le fmi de tontes les antres cataires. Poor se douter de la période de six cents ans, il failloit an moins dooze cents ans d'observations ; pour rassurer comme fait certam, il
en a fallu pins du double : voilà donc déjà trois mille ansd'é-
]m aulret natioiis aucun Tottige de cette période de ilx cent» am, qui nt une des plu» belles que Fon ait encore iorentées. >
M. Castioi s^en rapporte , comme on Yoit , à Josèphe, et Josèplieafoît pour garants tes historio(p*aphe8 égyptiens, l)abylonieiis , phéniciens et grecs; Manéllion,Bérofie, Morhus, HesUéus, J^rônie l'Égyptien, Hésiode, Hécatée, etc., dont les ^its poufoient subsister et subsistoient vraiseiiiblableosent de son temps.
Or, cela posé , et quoi qu'on puisse opposer an témoignage de ces auteurs, M. de Matran dit , avec raison , que Ifncompéteoce des juges ou des témoins ne sauroit aToir lien ici. Le hit dépose par lui-même soii autiienticité : U suffit qu*UHe semblable période ait élîé nommée, il suffît qu*elle ait existé, pour qu*on soit en droit d'en conclure quil aura donc aussi existé des siècles d*obser?ations , et en grand nombre , qui l'ont précédée ; que l'oubli dont elle fut suivie est aussi bien ancien , car on doit regarder comme temps d'oubli tout celui où l'on a ignoré la justesse de cette période, et oà Ton a dédaigné d'en approfondir les éléments et de s*^ servir pour rectifier la théorie des mouYements célestes, et où l'on s'est avisé d'y en substituer de moins exactes. Doiic , si Hipparque , Méton , Pythagore ^ Thalès et tous les andeiis astronomes de la Grèce , oùt ignoré la période de six cents ans, on est fondé i dire qu'elle étoit oubliée non-seulement chez les Grecs , mais aussi en ligypte , dans la Phénicie et dans là Chaldée , où les Grecs avoient fous été puiser leur grand wvoir en aslronomie. {Jdd. Duff.)
SEPTIËMR ÉPOODË 527
tndes astronomiques ; et nous n'en serons pas étonnés, puisqu^il' a follu ce même temps aux astronomes , en les comptant depuis les Gbaldéens jusqu'à nous , pour reconnottre cette période ; et cei premiers trois mille ans d'observations astronomiques n'ont-Us pas^été nécessairement précédés de quelques siècles où la sdence n'étoit pas née 2 Six mille ans, i compter de ce jour, sont-ils suffisants peur remonter à Tépoque la plus n<d>le de Thistoire de l'homme^ et même pour le suivre dans les premiers progrès qu'il a faits dans les arts et dans les sdencesP
Mais malheuremedient elles ont été perdues , ces4iantes et belles sciences ; elles ne nous sont parvenues que par débris trop informes pour nous servir autrement qu^à reconnottre leur existence passée. L'invention de la formule d'après laquelle les brames calculent les éclipses suppose autant- de sdence que la construetion denoséphémérides, et cependant ces mêmes tarâmes n'ont pas la moindre idée de la ^composition de l'univers ; ils n'en ont que de finisses sur le mouvement, la grandeur et la position des planètes; ils calculent les éclipses sans en connottre la théorie, guidés comme des machines par une gamme fondée sur des formules savantes qu'ils ne. comprennent pas , et que probablement (^rs ancêtres n'onf point inventées, puisqu'ils Ji'ont lienr perfectionné, et qulls n'ont pas transmis te moindre i^yon de la sciepce à leurs descendants : ces formules ne sont entre leurs mains que des méthodes de pratique ; mais elles supposent des connoissances profondes dont ils n'ont pas les éléments , dont ils n'ont pas même conservé les moindres vestiges , et qui par conséquent ne leur ont jamais appartenu. Ces méthodes ne peuvent donc venir que de cet ancien peuple savant qui ^\oïi réduit en formules Jes mouvements des astres, et qui, par une longue suite d'observations , étoit parvenu non-seulement à la prédiction des éclipses , mais à la connoissance bien plus dtffidie de la période de six cents ans, et de tous les faits astronomiques que cette connoissance exige et suppose nécessairement.
Je crois être fondé à dire que les brames n*ont pas imaginé
SX DES ÉPOQUES DE LA NATDRE.
ce» formules savantes, puisque toutes leurs idées physiques^mt contraires à la théorie dont ces foiqpiules dépendent , et que s'ils eussent compris cette théorie , même dans letempsqu'ils en ont reçu les résultats , ils eussent conservé la «dence , et pe se trouveroient pas réduits aujourd'hui à la plu&grande ignorance, et livrés aux préju{|és les plu^ ridicules sur le système du monde : car ils croient que la terre est immobile, et appuyée sur.la dme d'uQe montagne d'or ; ils pensent que la lune estéclipsée par des dragons aériens, que les planètes sont plus petites que la lune , etc. Il est donc évident qu'ils n'ont jamais eu les premiers éléments de la théorie astronomique, ni même la moindre connoîssancè des principes, que supposent les méthodes dont ils ae servent. Mais je dois renvoyer ici à Texcellent ouvrage que M. BaiUy vient de publier sur l'ancienne astronomie, daoa lequel il dîsoité à fond tout ce qui est relatif à l'origine et au progrès de cette science : On ve^ que^ idées s'accordent avec les miennes ; et d'ailleurs il a traité ce si^et important avec une sagacité de génie et une profondeur d'ândition qui méritent des éloges de tous ceux qui s'intéressent au progrès des sciences.
Les Chinois , un peu plus éclairés que 1^ brames , calcolent assez grossièrement lesj^Upses, et les calculent toujours de même depuis d^xou trois mille ans : puisqu'ils ne perfection-^ neflt rien, il^ n'ont jamais rien inventé ; la science n'est donc pas plus née à la Chine qu'aux Indes. Quoique aussi voishis que les Indiens du premier peuple savant, les Chinois ne paroissent pas en avoir rien tiré ; ils n'ont pas même ces formules astronomiques dont les brames ont conservé l'usage, et qui sont néanmoins les premiers^et grands monuments du savoir et du bonheur de rhorame. Il ne parottpas non plus que les Chaldéens, le» Perses, les Égyptiens et les Grecs^ aient rien reçu de ce premier peuple éclairé ; car, dans ces contrées du Levant , la nouvelle astronomie n'est due qu'à l'opiniâtre assiduité des observateurs chaldéens, et ensuite aux travaux des Grecs ^ , qu'on ne doit dater que du. temps de la fondation de
> La aftnmomei et les phitotophei gim dfoieot pu^
SEPTIÈME ÉPOQUE. m récole d'Alexandrie. Néamnoins cette science étoit encore bien imparfaite afprès deux mille ans de nouvelle culture , et même jusqu'à nos derniers siècles. Il me pah)tt donc certain que ce premier peuple, qui àyoit inventé et cultivé si heureusement et si long-temps Tastronomie, n'en a laissé que des débris et
iodes la plus grande ftartie de letrrt ooimoisianoes. Les Grecs éto&snt donc <let geos très mmTeaux en astronomie en comparaison des Indiens, des Chinob et des Atlantes habitants de TAfrique occidentale ; Dranus et Atlas chez ces derniers peuples, Fo-lii à la Chine, Mercure en £0ypte, Zoroastre en Peite,etc
Les Atlantes , chez qui léfjnoit Atlas , paroineot être les plus anciens peu-' pies de FAhique, et beaucoup plus anciens que les Égyptiens, ta tfaéoc^e des Atlantes, rapportée parDiodore de Sicile, s*est probablement introduite en Egypte ; en Ethiopie et en Phénicie , dafls le temps de cette grande irruption dont 11 est parlé dans le 'Hmée de Platon, d'un peuple innombrable qui sortit de Hle Atlantide et se jeta sur une grande partie de l'Europe, jde TAsie et de l'Afrique.
Dans l'ocddent de rA8ie,iIans FEurope^ dans l'Afrique, tout est fondé sur les connoissanoes des Atlantes , tandis que les peuples orientaux ,.cfaaldéens, indiens et chinois ^ n'ont été instruits <p]e plus tard et ont toujours formé des peuples qui n'ont pas eu de relations avec les Atlantes, dont ruTuption est plus andemie que la première date d'aucun de ces derniers peuples.
Atlas, fiH d'Oranns et firère de Saturne , yivoit , selon ManéUiOQ et Dicéarque, 3 mille 900 ans enyiron avant l'ère durétienne.
Quoique Diogène-Laj&rce, Hérodote, Dipdore de Sicile, Pomponius Mêla, etc., donnent à l'âge dUranus, les uns 48 mille 860 ans, les autres 23 mille ans, etc., cela n'empôcbe pas qu'en réduisant ces années à la Trai mesure du temps dont on se senroit dîans différents siècles cher ces peuples, ces mesures ne reTiennent au même, c'est-à-dire à 3 miHe 890 ans avant l'ère chrétienne.
Le temps du déluge, selon les Septante, a été 2 mille 256 ans après la création.
L'astronomie a dultirée en Êgypte phis de 3 mille ans avant l'ère chrétienne; on peut le démontrer par ce que rapporte Ptolémée-snr le lever ^éliaque de Sirius : ce lever de Sirius étoit très hnportant chez les Égyptiens, parce qu'il annonçoit le débordentent du Nil.
Les Chaldéens paroissent plus nouveaux dans la carrière astronomique que les Égyptiens.
Les Égyptiens connoissolent le mouvanent du soleU phis de 3 mille ans avant Jésus-Ghrist , et les Chaldéens plus de 473 ans.
U y avoit chei les Phrygiens un temple dédié à Hercule, qui parolt avoir été fondé 2 mille 800 ans avant l'ère chrétienne, et l'on sait qujflercule a été dans l'antiquité l'emblème du soleil.
On peut aossi dater les eonnoissances astronomiques chez les anciens Perses ph» de 3 mlHe 2U0 ans avant Jésus-Ghrist.
L'astronomie chez les Indiens est tout aussi ancienne ; ils admettent quatre
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SdO DES ÉPOQUES DE LA NATURE.
quelques résultats qu'on pouvoit retedir de mémoire, comme celui de là période de six cents ans, que rhistorien Joeèpbe nous a transmise sans la comprendre.
Là perte des sciences , cette première plaie faite à llramanité par la hache de h barbarie, fut sans doute Feffet d'une
âgen,^ c*eit an oooiaMdcemeot du quatrième qo'eit fiée leur première époque aitroDomique : cet âge duroit en 1762 depqia 4 mille 863 anr, œ qaî remonte à Vannée 3102 ans avant Jéuii-Cbriat Ce dernier â^e des Indies» est réellement composé d'années solaires : mais les trois autres, dont le premier est de 1 million 728 mille années, le second de 1 million 296 miile, et le.trotsiëme de 864 mille années, sont évidemment composés d'amiées, ou plutôt de révolutions de temps beaucoup plus courtes que les années solaires.
Il est aussi démontré par les époques astronomiques quêtes Cbmois avoieot cultivé Tasb^momie plus d» 3 nulle ans avant Jésos-Ghrist* et dès le temps deFo-hi.
11 y a donc upe espèce dé niveau entre ces peuples égyptiens, chaldéeas ou perses , indiens , chinois et tartares. lis ne s'âèvent pas plus les uns que les autres dans Tantiqoité, et cette époque remarquable de 3 mlHe ans d'ancienneté pour Tastronomie est à peu près la même partout.
«Ceux qui résident depuis long-temps dans la Pensylvânie et dans les colonies voisines ont observé, dit M. Hugues Wilîianson, que leur cHmat a considérablement changé depuis quarante ou cinquante anSy et que les faivers ne sont point aussi froids....
«La température de Tair dans la Pensylvânie est diffiSrente de œllrs ô» contrées de l'Europe situées sous le même parallèle. Pour juger de la dialeur d'un pays, U fout non-seulement avoir égard i sa latitude, mais encore à sa situation et aux vents qui ont coutume d*y régner, piûsque ceui-ci ne san- Toient changer sans que le climat change auisî. La foce d'un pays peut être entièrement métamorphosée par |a culture ; et l'on se convalnera , en examinant la cause des Tcnts, que leur cours peut pareillement prendre de non- Telles directions....
«Depuis rétablissement de nos colonies, continue M. WillIamsoD, nous sommes parvenus non-feulement à donner plus de chaleur au terrais des cantons habités, mais encore à changer en partie la direction des tcMs. Les marins, qui sont le plus intéressés à cette affaire, nous ont dit quil leur foUoit autrefois quatre ou cinq semaines pour aborder sur nos côtes, tandis qu'aujoard'hui Ms y abordent avec la moitié OKnns de temps. On confient encore que le froid est moins rude, la neige moins abondante et moins continue ^^elle ne l'a jamais été, depuièque nous sommes établis dans celte province....
«U y a plusieurt autres causes qui peuvent augmenter ou dininner la dialeur de l'air; mais on ne saurpit m'all^^ cependant an seul exemple dn changeméit de climat qu'on puisse attribder au défrichement du pays où il a lieu. On m^objectera celui qui «t arrivé dèpnis dix-sspt cents ans dans l'Italie et dans quelques contrées de TOrient, comme une eicipdon cette règle générale. Oo nous dit que l'Italie étoit mieux cultivée du temps
tnathenreuse révolution qui aura détruit peut-être en peu d'années Tonvrage et les travaux de plusieurs siècles; car nous ne pouvons douter que ce premier peuple , aussi puissant d^abord que savant , ne se soit long- temps maintenu dans sa splendeur, puisqn'il a i^it de si grands progrès dans tes sciences, et par conséquent dans tous les arts qu'exige leur étude. Mais H y a toute apparence que quand les terres situées au nord de cette heureuse contrée ont été trop refroidies, les hommes qui les habitoient, encore ignorants, farouches et barbares , auront reflué vers cette même contrée riche, abondante et cultivée par les arts; il est même assez étonnant qu'ils s'en soient emparés, et qu'ils y aient détruit non^setflemeat les germes, mais même la mémoire de toute Science; en sorte que trente siècle d'ignorance ont peut-être suivi les trente siècles de lumières qui les avoient précédés. De tous ces beaux et premiers fruits de l'esprit humain il n'est resté que le marc ; la métaphysique religieuse, ne pouvant être coiiiprise, n'avoitpas besoin d-étude , et ne devoit ni s'altérer ni se perdre que faute de mémoire , laquelle ne manque jamais quand elle est frappée du merveilleux. Aussi cette métaphysique s'est-elle répandue de ce premier centre des sciences à toutes lés parties du monde ; les idoles de GaHcut se sont trouvées les mêmes que celles de Séléginskoi. Les pèlerinages vers le grand Lama, établis à plus de deux mille lieues de distance; l'idée de la métempsycose
d'Auguste qu'elle né Test aujourd'hui, et que cependant le climat y est beaucoup plus tempéré.. . II est vrai que rhiver étolk plus rude en Italie il y a dix-sept cents ans qull ne Test aujourd'hui... mai» on peut en attribuer la cause aux tastes forêts dont rAliemagne , qui est au nord de Rome, étolt couyerte dans ce temps-là... II s*éieyoit de ces déserts incultes des venu du nord perçants, qni se répandoient comme un torrent dans ritalie , et y eaufoient uo froid excessif... et l'air étoit autrefois si froid dans ces région^ Incultes, qu'il defoit détruire la balance dans l'atmosphère de l'Italie ce qui n'est phis de nos jours.
«On peut donc raisonnablement conclure que dans quelques années d*ici« ft lorsque nos descendants auront défriché la partie intérieure de ce pays, ils ne seront presque plus sujets ^ la gelée ni A la neige, et que leurs hiters seront extrêmement tempérés. »
Ces Tues de M. WilUaroson sont très justes, et je ne doute pas que noire postérité ne les voie confirmées par Texpérieuce {Jdd, Buff.)
portée encore pluatoio, adoptée comme article de foi par let Indiens, les Éthiopiens, les Atlantes; ces mêmes idées défigurées, reçues par les Chinois, les Perses, les Grecs, et par?ennesjusqu'à nous ; tout semble nous démontrer que la première souche et la tige commune des connoissances humaines appartient à cette terre de la haute Asie >, et que les rameaux stériles ou dégénérés des nobles branches de^te ancienne souche se sont étendus dans toutes les parties de lalerre chez les peuples civilisés.
Et que pouvotiLS-nous dire de ces siècles de barbarie qui se se sont écoulés en pure perte pour nous? Ils sont ensevelis pour jamais dans une nuit profonde; Khomme d'alors, replongé dans les ténèbres de Tignorance , a pour ainsi dire ceçsé d'être homme : car la grossièreté, suivie de Toubli des devoirs, com* mence par relâcher les liens de la société ^ la barbarie achève dé les rompre; les lois méprisées ou proscrites, les mœurs dégénérées en habitudes farouches; Tamour de Thumanité, quoique gravé en caractères sacrés, effacés dans les cœurs; l'homme enfin sans éducation , sans morale, réduit à mener une vie solitaire et sauvage, n'offre, au lieu de sa haute nature, que celle d'un être dégradé au-dessous de l'animal.
Néanmoins , après la perte des sciences, les arts utiles auxquels ellesavoient donné naissance se sont conservés : la culture de la terre devenue plus nécessaire à mesure que les hommes se trouvoient plus nombreux, plus serrés; toutes les^ pratiques qu'exige cette même culture , tous les arts que supposent la contraction des édifices , la fobricatioQ des idoles et des armes » la texture des étoffes , etc. , ont survécu à la science; ils se sont répandus de proche en proche, perfectionnés de loin en loin; ils ont suivi le cours des grandes populations : l'ancien empire de la Chine s'est élevé le premier , et presque en même temps
■ Les colturet, les arts, les bourgs épars dans cette r^fion (dit le sarant naturaliste M. Pallas) , sont les restes encore Tirants d'un empire ou d'une •odélé florissante, dont l'histoire même est enseTeKe arec ses cités, se» temples, ses armes, et ses monuments, dont on déterre à diaque pas d'énormes débris; ces peuplades sont les membres d^uoe énorme nation, k laquelle il manque une léte.
SEPTlfiME ÉPOQOB. £33 célnides Atlantes en Afrique; ceux du continent dePAste, celd . dePÉgypte, d'Éthiopie, sesontsaccessivement établis, et enfin celai de Rome ^ auquel notre Europe doit son existence civile. Ce n'est donc que depqb environ trente siècles que la puissance de PbonHne s'est réunie à celle de la nature et s'est étendue sur la plus grande partie de la terre : les trésors de sa fécondité jusqu^alors étoient enfouis, llionune le» a mis an grand jour; ses autres richesses, encore plus profondément enterrées, . n'ont pu se dérober à ses rechercbes, et sont devenues le prix de ses travaux. Partout, torsqu'il s'est conduit avec sagesse, il a suivi les lois de la nature , profité de ses exemptes , employé ses moyens , et choisi dans son immensité tous les 'objets qui pouvoient lui servir ou lui plaire. Par son ii^telligence, les animaux ont été apprivoisés, subjugués, dompté^ réduits à lui obéir à jamais; par ses travaux, les marais ont été dessécbés^ les fleuves contenus, leurs cataractes effocées, les forêts édairdes, les landes cultivées; par sa réflexion, les temps ont été comptés, les espaces mesurés, les mouvements célestes reconnus, combinés, représentés, le ciel et la terre comparés, l'univers agrandi, et le Créateur dignement adoré;, par son art émané ^e la science, les.mers ont été traversées, les montagnes franchies, les peuples rapprochés, un nouyeau monde découvert, mille autres terres isolées sont de-^ venues son domaine; enfin la face entière de la terre porte | aujourd'hui l'empreinte de la puissance de l'homme , laquelle, quoique subordonnée à celle de la nature, souvent a fait plus qu'elle , ou du moins l'a si merveilleusement seqondée que c'est â Paide de nos mains qu'elle s'est développée dans toute son étendue, et qu'elle est arrivée par degrés au point de perfec-: tion et de magnificence où nous la voyons ai^ourcl'hui.
Comparez en effet la nature brute à la natmre cultivée^^ ; comparez les petites nations sauvages de l'Amérique avec nos grands peuples civilisés; comparez même celles de PAfrique, qui ne le sont qu'à demi ; voyez en même temps l'état des terres que ces nations habitent, vousjugçrez aisément du peu de
> Voyez le ditooort qui a pour titre la Natwe, première m.
534 DES fPGLOUES DE LA NATURE.
valeur de ees hommes par le peu d'knpresttonqiie leurs mains ont faite sur le sid. $oit stij^idité, sent paresse, ces hommes à demi bruts, ces nations non policées, grandes on petites, m font que peser sur le globe sans soulâ^r la ferre, r^Runer saùs la féconder, détruire sans édifier, tout user sans rien re« nouveler. Néanmoins la condition la phis méprisable de l'eqpèce hunuùtie n'est pas cdle du sauvage , mais celle de ces nations au quart policées qui de tout .temps ont été les vrais fléaux de la nature humaine, et que les peuples civilisés ont encore peine à contenir aiyourdlmi : ils ont, comme noosTavons dit, ravagé la première terre )ieureuse, ils en ont arraché les germes du bmheur et détruit les fruits de la science. Et de combien d'autre^ invasions cette première irruption des barbares nV t-^Ue pas été suivie ! C'est de ces mêmes omtrées du nord, où se trouvoient autrefois tous les biens de Tespèce humaine, qu'ensuite sont venus tous ses maux. Ciombien nVt-on pas vu de ces débordements d'animaux à face humaine, toujours venant du nord, ravager les terres du midi! Jetez les yeux sur les annalesde tous les peuples , vous y compterez vingt siècles de désolation pour qudques années de paix et de repos.
Il a fallu six cents siècles à la nature pour construire ses grands ouvrages , pour attiédir la terre , pour en façonner la surfece et arriver à un état tranquille : combien n'en feudra-til pas pour que les hommes arrivent au même point et cessent de s'inquiéter, de s'agiter et de s^entre-détniireP Quand reconnottront-ils que la jouissance paisible des terres de leur patrie suffit à leur bonheur? Quand seront-ils assez sages pour rabattre de leurs prétentions , pour renoncer à des dominations imaginaires, i des possessions éloignées, spuvent ruineuses, ou du moins plus à charge qu'utiles? L'empire de l'Espagne, aussi étendu que celui de la France en Europe, et dix fois plus grand en Amérique, est-il dix fois plus puissant? Test-il même autant que si cette fière et grande nation se fût bornée à tirer de son heureuse terre tous les biens qu'elle pouvoit fournir? Les Anglois, ce peuple si sensé, si profondément pensant, n'ont-ils pas fait une grande faute en étendant trop loin les
SEPTIÈME ÉPegUE. 5S
Itiniles ée lear$ colèiiie»? Leè aaci«ift me panoiseent avoir ea des idées plus saines de ces étal)lisseiiients ; ils ne projetoient des émigrations que quand leur population les surchargeoit^ et que leurs terres et leur commerce nesufBsoient plus à leurs besoins. Les iavanoiis des barbares , qu'on regarde avec hor^ reur , n'ont-elles pas en des causes encore t>bis pressantes lors* qulls se sont trouvés trop serrés dans des terres ingrates, fmdef^ et dénuées , et en même temps voisines d'autres terres cultivées, fécondes et couvertes de tous les biens qui leur manquaient ? Mais aussi que de sang ont coûté ces fimesies conquêtes! Que de malbenrs, que ^e^pertt» les ont accompagnées et suiviesl
Ne noos arrêtons pas plus long-temps sur le triste spectade de ces révolutions de mort et de dévastation , toutes produites par IHgnorance^, espérons qde l'équilibre , quoique imparfoit , qui se trouve actuellement entre les puissances des peuples civilbés se maintiendra, et pourra Mme devenir plus stable à mesure que les hommes sentiront mieux leurs véritables intérêts, qu'ils recomuritront le prix de la pait et du bonheur tranquille, qu'ils en feront le seul objet de leur ambition, que les princes dédaigneront la fausse gloire des omquérants, et mépriseront la petite vanité de ceux qui, |)our jouer un r6le , les excitait à de grands mouvements.
Supposons donc le monde en paix , et voyons de plus près combien la puissance de l'homme pourroit i^uer sur celle de la nature. Rien ne paroH plus difficile, pour ne pas Site irapossible, que de s'opposer au refroidissement successif de la terre et de réchauffer la température d'ùn climat; cependant rhomme le peut faire et l'a fait. Paris et Québec sont à peu près sons la même latitude et à la même élévation sur le g1(d>e r Paris serait donc aussi froid que Québec? si la France et toutes les contrées qui Tavoisinent étoient aussi dépourvues d'boiiinfes , aussi couvertes de bois, aussi baignées par les eaux qiie le sont les terres voisines *du Canada. Assainir, défricher et peupler un pafs, c'est lui rendre de la chaleur pour plusieurs milliers d'années; et ceci prévient la seule objection raisoi|i*r
nable que Ton puisse fake contre mon opinkm , ou , pour mieux dire, contre le foit réel du refiroidissement de b terre.
Selon votre systfane, me dira-t-<mi toute ta terre doit être plus fW>ide aujourdliui 91'eUe ne Tétoit il y a deux miHeans ; or la tradition semble nous prouver le contraire. Les Gaules et la Germanie nourrissoioit des élans , des UNips-cerriers, des ours et d'antres animaux qui se sont retirés depuis dans les pays septentrionaux : cette progriession est bien différente de celle que vous leur supposez du nord au midi D'ailleurs rbistoire nous apprend que tous les ans la rivière de Sdne étoit ordinairement glacée pendant une partie de l'hiver : ces faits ne paroissent-ils pas être directement opposés au prétendu refroidissement successif du globe ? Ils le seroient , je l'avoue , si la France et l'Allemagne d'aiigourd'hui étoient semblables à la Gaule et à la Germanie ; si l'on n'eût pas abattu les forfts , desséché les marais, contenu les torrents, dirigé les fleuves et défriché, toutes 1» terres trop couvertes et surchargées des débris même de leurs productions. Mais ne doit-on pas considérer que la déperdition de la chaleur du globe se feit d'une manière insensible; qu'il a fallu soixante-seize raille ans pour l'attiédir ^u point de la température actuelle, et que dans soixante-seize autres mille ans il ne sera pas encore assez refroidi pour que la chaleur particulière de la nature vivante y soit anéantie? Ne faut-il pas comparer ensuite â ce refroidissement A lent le froid prompt et subit qui nous arrive des régions de l'air , se rappelei^ qu'il n'y a néanmoios qu'un trente-deuxième de différence entre le plus grand diaud de nos étés et le plus grand froid de nos hivers, et l'on sentira déjà que les causes extérieures influent beaucoup plus que la cause intérieure sur^ la température de chaque Climat, et que, dans tous ceux où le froid de la région supérieure de l'air est attiré par l'humidité ou poussé par des vents qui le rabattebt vers la surfoce de la terre, les effieft de ces causes particulières l'emportent de beaucoup sur le produit de la cause générale? Nous pouvons en donner un exemple qui ne laissera aucun
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doate nir ce siget y et qui prévient en même temps tonte objection de cette espèce.
Dans rimmense étendue des terres de la Ginane, qm ne sont qne des forêts épaisses où le soleil peut à peine pénétrer, où les eaux répandues occupent de grands espaces; où les fleuves y très voisins les uns des autres , ne sont ni contenus ni dirigés,. où il pleut continuellemeni; pendant huit mois de Tannée , Ton a commencé seulement depuis un siècle à défiricher autour de Gayeqne un très petit canton de ces vastes forêts; et d^à la difFérence de température, dans cette petite étendue de terrain défriché , est si sensible, qu'on y éprouve trop de chaleur , même pendant la nuit , tandis que dans toutes les autres terres couvertes de bois il fait assez firoid la nuit pour qu'on soit fèrcé d'allumer du féu. Il en est de même de la quantité et de la continuité des pluies : elles cessent plus tôt et commencent plu^ tard à Gayame que dansllntérieur des terres; elles sont aussi moins abondantes et moins continues. Il y a quatre mois de sécheresse absolue à Gayenne ; au lieu que dans Tintérieur du pays la saison sèche ne dnre que trois mois, et encore y pleut-il tous les jours par un orage assez violent qu'on appelle le grain de midi^ parce que c'est vers le milieu du jour que cet orage se forme : de plus, il ne tonne presque jamais à Gayenne , tandis que les tcmnerressoit violents et très fréquents dans l'intérieur du pays, où les nuages sont noirs , épais et très bas. Ges faits , qui sont certains, ne démontrent-ils pas qu*on ferait cesser ces pluies continuelles de huit mois, et qu'on augmenterait prodig^sement la chaleur dans toute cette contrée si l'on détruisoit les forêts qui la couvrent , si l'on y resserrait les eaux en dirigeant les fleuves, et si la culture de la terre, qui suppose le mouvement et le gn|nd nombre des animaux et des hommes , chassoit Thumidité froide et superflue que le nombre infiniment trop grand des végétaux attire , entretient et répand ?
Gomme tout mouvement, toute action , produit de la chaleur, et que tous les êtres doués ilu mouvement progressif sont eux mêmes autant de petits foyers de chaleur, c'est de la
proportioQ da nombre des henunesi et destnimaoi à celui 4e$ végétaux que dépend ( toutes choses égales d^ailleurs) la temr pérature locale de chaque terre eo particulier; les premier» répandeot de la chaleur, les seconds ne produisent que de rhumidUé. L'usaçe habituel que Tbomme foitdu feu shoote beaucoup à cette température artificielle dans tous les lieux où il habite en aoipbre. A Paris, dans les grands froids, les th^momètres au iaubQurg Saint-Honoré marquent 2 ou 3 degrés de froid de plus qu'au faubourg Saint-Marceau , parce que le vent du nord se tempère en passant sur les cheminées de cette grande yille. Une seule Awét de plus ou de moins dans un pays suffit pour en changer la température : tant qde les arbres sont sur pied, ils attirent le froid, ils dimimient par leur ombrage la chaleur du soleil; ils produisent des vapeurs humides qui forment des nuages et retombent en pluie d'autant plus froide qu'elle descend de plus haut : et si ces fo* rèts sont abandonnées à la seule nature, ces mêmes arbres, tombés de vétusté , pourrissent froidement sur la terre, tandii qu'entre les mams de l'homme ils servent d^aliment à l'élément du feu , et deviennent les causes secondaires de toutç dialeur.particulière. Dans les pays de prairie , savant la récolte des herbes, on a toujours des rosées abondantes , et très sopvent de petites pluies qui cessent dès que ces herbes sont le^ vées. Ces petites phiies deviendroient donc plus abondantes, et ne cesseroient pas , si nos pnûries , comme les savanes de l'Amérique, étoient toujours couvertes d'une même quantité d'herbes, qui, loin de diminuer, ne peut qu'augmenter par l'engrais de toutes celles qui se dessèchent et pourrissent sur la terre.
Je donnerois aisément plusiéurs autres exemples, qui tous concourent à démontrer que Fhomme peut modifier les influences du climat qu'il habite, et en fixer pour ainsi dire la température au pomt qui lui convient. Et ce qu'il y a de singulier, c'est qu'il lui seroit plus difficile de refroidir la terre que de la réchauffer : maître de ^élément du feu, qu'il peut augmenter et propager à son gré, il ne l'est pas de l'élément
dtt froid, qu'il ne peut saisir ni communiquer. Le principe du froid n*est pas même une substance réelle, mais une simple privation , ou plutôC une diminution de pbaleur , dimi^ nution qui doit être très grande dans les hautes régions de l'air, et qui Test assez à une lieue de distance de la terre pour y convertir en grèle et en neige les vapeurs aqueuses ; car les émanations de la dialèur propre du glolp suivent la même loi que toutes les autres^ quantités ou qualités physiques qui parlent d'un centre commun; et leur intensité décroissant en raison inverse du carré de la distance, il parolt certain qiajÉT fait quatre fois plus frmd à deux lieues qu'à une lieue de hauteur dans noûre atmosphère, en prenant chaque point de la surface de la terre pour centre. D'autre part, la chaleur intérieure du globe est constante, dans toutes les saisons, à 10 degrés au-dessus de la congélation ; ainsi tout froid plus grand, on plutôt toute chaleur moindre de 10 degrés, ne peut arriver sur la terre que par la chute des matières refroidies dans la r^on supérieure de Tair , où les effets de cette chaleur propre du globe diminuent d'autant plus qu'on s'élève plus haut. Or la puissance de l'homme ne s'étend pas si loin ; il ne peut foire descendre le froid comme il fait monter le chaud ; il n'a d'autre moyen pour se garantir de la trop grande ardeur du soleil que de créer de l'ombre ; mais il est bien plus aisé d'abattre des forêts à la Gqiane pour en réchauffer la terre humide que d'en planter en Arabie pour en rafraîchir les sables arides ; cependant une seule forêt dans le milieu de ces déserts brûlants suffiroit pour les tempérer , pour y ramener les eaax du dd^ pour rendre à la terre tous 4es principes de sa fécondité , et par conséquent pour y faire jouir l'homme de toutes les douceurs d'un climat tempéré.
C'est de la différence de température que dépend la plus ou moins grande énergie de la nature; l'accroissement, le développemenr^t la pr(>duction même de tous les êtres oi^liisés, ne sont que des effets particuliers de cette cause générale : ainsi l'homme en la modifiant peut en même temps détruire ce qui lui nuit et faire éclore tout ce qui lui convient.
M DES f POOtICS DK LA ff ATURC
Heureuses les cootrées où tons les éléments de la teiDpâratiire se troayent balancés , et assez ayanlagensement combinés poor n'opérer qne de bons effets! Mais en est-il aucune qui, dès son origine, ait eu ce privilège? aucune où la puissance de lliomme n'ait pas secondé celle de la nature , soit en attirant ou détournant les eaux , soit en détruisant les herbes inutiles et les végétaux nuisibles ou superflus, soit en se conciliant les animaux utiles et les multipliant? Sur trois cents espèces d'animaux quadrupèdes et quinze cents espèces d'oiseaux qui peuplent la surÂce de la terre , lliomme en a dioisi dix-neuf ou vingt ' ; et ces vingt espèces figurent seules plus grandement dans la nature, et font plus de bien sur la terre que toutes les autres espèces réunies. Elles figurent plus grandement, paroe qu'eUes sont dirigées par l'homme, et qu'il les a prodigieusement multipliées : elles opèrent de concert avec lui lout le bien qu'on peut attendre d'une sage administration de forces de puissance pour la culture- de la terre, pour le transport et le commerce de ses productions^ pour l'augmentation des subsistances ; en un mot, pour tous les besoins, et même pour les plaisirs d'un seul maître qui puisse payer leurs services par ses soins.
Et dans ce petit nombre d'espèces d!ammaux dont l'homme a hk dioix , celles de la poule et du cochon , qui sont les plus fécondes, sont aussi les plus généralement répandues , comme si l'aptitude à la plus grande multiplication étoit accompagnée de cette vigueur de tempérament qui brave tous les inconvénients. On a trouvé la poule et le codion dans les parties les moins fréquentées de la terre, à Otahiti , et dans les autres Iles de tout temps inconnues et les plus éloignées des continents : il semble que ces espèces aient suivi celle de l'homme dans toutes ses émign^ions. Dans le continent isolé de l'Amérique méridionale, où nul de nos animaux n'a pu pénétrer, on a trouvé le pécari et la poule sauvage, qm , quoique plus petits
■ L'éléphant , le chameau , le cheral » rêne, le boeuf, la brehit , la dièvre, leeoebon» lechieo, le chat, le lama, la Tigogne, le buffle. Let poulet, les oies, letdiodm, leicaoaitto,lei paoDt, leafaiiamylespigec^
SEPTIÈME tPOQtJE. 541
et un peu différents da cochon et de la poule de notre continent, doivent nànmoins être regardés comme espèces trës voisines y qu'om poumût de même réduire en domestièité : mais lliomme sauvage n'ayant point d'idée de la société n'a pas même dierché celle des animaux. Dans toutes les terres > de TAmérique méridionale les sauvages n'ont point d'animaux domestiques; ils détruisent indifféremment les bonnes espèces comme les mauvaises; ils ne font choix d'aucune pour les élever et les multiplier : tandis qu'une seule espèce féconde, commecdle du hocco^y qu'ils ont sous la main, leur foumiroit sans peine, et seulement avec un peu de soin, plus de subsistance qu'ils ne peuvent s'en procurer par leurs chasses pénibles.
Aussi le premier trait de l'honune qui commence à se civiliser est l'empire qu'il sait prendre sur les animaux ; etee premier trait de son intelligence devient ensuite le plus grand caractère de sa puissance sur la nature : car ce n'est qu'après se les être soumis qu'il a , par leur secours , changé la foce de la terre, converti les déserts en guérets et les bruyères en épis. En multipliant les espèces utiles d'animaux , l'homme augmente sur la terre la quantité de mouvement et de vie; il ennoblit en même temps la suite entière àes êtres, et s'ennoblit lui-même, en transformant le végétal en animal, et tous deux en sa propre substance, qui se répand ensuite par une nombreuse multiplication : partout il produit l'abondance , toujours suivie de la grande population ; des millions d'hommes existent dans le même espace qu'occupoient autrefois deux ou trois cents sauvages, des milliers d*ahimauxoù il yavoit à peine quelques individus; par lui et pour lui les germes précieux sont les seuls développés, les productions de la classe la plus noble les seules cultivées; sur l'arbre immense de la fécondité les branches à fruits seules subsistantes et toutes perfèctimnées.
Le grain dont l'homme foit son pain n'est point un don de la nature, mais le grand, l'utile firuit de ses recherches et de ,
* Gros oitettu trèt fécond, et dont la chair est aimi bonne que celte du faitaiL
son iQtdlîgence dans le premier des arts; nulle part sur la terre on n'a trouvé du blé sauvage, et c'est évidemment une herbe perfectionnée par ses soins : il a donc^allu reconnoitre et choisir entre mille et mille autres cette herbe précieuse; il ,a follu la semer, la recueillir nombre de fois pour s'apercevoir de sa multiplication, toujours proportionnée à la culture et à Tengrais^es terres. Et cette propriété, pour ainsi dire unique^ qu'a le froment de résister*, dans son premier âge, au froid de Mshivers , quoique soumis , comme Umtes lesplantes a&iNielle», à périr après avoir donné sa graine ; et la qualité merveilleQse de cette graine, qui convient à tous les hommes, à tous les ammaux , à presque tpus les climats, qui d'ailleurs se conserve long-temps sans altération, sais perdre la puissance de ^ reproduire; tout nous démontre que c'est la plus heureuse ^écouverte que l'homme ait jamais faite , et que , quelque ancienne qu'on veuille la supposer, elle a néanmoins été précédée de l'art de l'agriculture, fondé sur la sciaice et perfécti(»né par l'observation.
,Si l'on veut des exemples plus modernes et même récents de la puissance de l'homme sur la nature des végétaux, il n'y "a qu'à comparer nos légumes, nos fienrs et nos fruits, avec les mêmes espèces telles qu'elles étaient il y acent cinquante ans : cette comparaison peut se faire immédiatement et très précisément en parcourant des yeux la grande collection de dessins coloriés commencée dès le temps de Gaston d'Orléans, et qui se continue encore aujourd'hui au Jardin du Roi : on y verra peut-être avec surprise que les plus belles fleurs de ce temps, renoncules, œillets,, tulipes, oreille»-d'ours, etc., seroient rcyetées aujourd'hui, je ne dis pas par nos fleuristes, mais par les jardiniers de village. Ces fleurs, quoique d^à cultivées alors, n'étoient pas encore bien loin de leur état de nature : un simple rang de pétales, de longs pistils et des couleurs dures ou fausses, sans velouté, sans variété, sans ^ nuances, tous caractères agrestes de la nature sauvage. Dans jes plantes potagères, une seule espèce de chicorée et deux sortes de laitues, toutes deux assez mauvaises; tandis qu'au-
SEPTlftME ÉPOQUE. 543 joardliiii BOas pooyons compter plus de cinquante laitues et chicorées, toutes très bonnes au goût Nous pouvons de même donner la date très moderne de nos meilleurs fruits à pépin et i noyau , tous différents de ceux des anciens, auxquels ils ne ressemblent que de nom. D'ordinaire les choses restent, et les noms changent avec le temps ; ici c'est le contraire, les noms sont demeurés et les choses ont changé : nos pèdies, nos abricots, nos poires, sont des productions nouvelles auxquelles on a conservé les vieux noms des productions antérieures. Pour n'en pas douter, il ne faut que comparer nos fleurs et nos fruits avec les descriptions ou plutôt les notices que les auteurs grecs ou latins nous en ont laissées; toutes leurs fleurs étoient simples, et tous leurs arbres fruitiers n^étoient que des sauvageons assez mal choisis dans chaque genre, dont les petits fruits , âpres ou secs, n'avoient ni la saveur ni la beauté des nôtres.
Ce n'est pas qu'il y ait aucune de ces bonnes et nouvelles espèces qui ne soit originairement issue d'un sauvageon; mais combien de fois n'a-t-il pas follu que l'homme ait tenté la nature pour en obtenir ces espèces excellentes! combien de milliers de germes n'a-t-il pas été obligé de confier à la te<*re pour qu'elle les ait enfin produits! Ce n'est qu'en semant, élevant, cnhivant, et mettant à fruit un nombre presque infini de végétaux de la même espèce , qu'il a pu reconnottre quelques individus portant des fruits plus doux et meilleurs que les autres : et cette première découverte, qui suppose d^ tant de soins , serait encore demeurée stérile à jamais s'il n'en eût fait qne seconde , qui suppose autant de génie que la première exigeoit de patience; c'est d'avoir trouvé le moyen de multiptierparla greffeces individus précieux, qui malheureusement ne peuvent fiiire une lignée aus» noble qu'eux, ni propager par eux-mêmes leurs excellentes qualités : et cela seul prouve que ce ne sont en effet que des qualités purement individuelles, et non dès propriété» spécifiques; car les pépins ou noyaux de ces excellents fruits ne produisent , comme les autres , que de «mples sauvageons , et par conséquent ils ne forment pas des
espèces qui en uAeat essentiellement diffiSrentes : mais, an moyen de la greffe, Thomme a, pour ainsi dire, créé des espèces secondaires qu'il peut propager et multiplier à son gré. Le bouton ou la petite branche qu'il joint au sauvageon renferme cette qualité individuelle qui ne peut se transmettre par la graine, et qui n'a besoin que de se déyelopper pour produire les mêmes fruits que l'individu dont on les a séparés pour les unir au sauvageon , lequel ne leur communique aucune de ces mauvaises qualités , parce quHl n'a pas contribué à leur formation, qu'il n'est pas une mère , mais une simple nourrice qui ne sert qu'à leur développement par la nutrition;
Dans les animaux, la plupart des qualités qui paroissent individuelles ne laissent pas de se transmettre et de se pro- v pager par la même voie que les propriétés spécifiques : il étoit donc plus facile à l'homme d'influer sur la nature des animaux que sur celle des végétaux. Les races, dans chaque espèce d'animal, ne sont que des variétés constantes qui se perpétuent par la génération; au lieu que, dans les espèces végétales , il n'y a point de races , point de variétés assez constante pour être perpétuées par la reproduction. Dans les seules espèces de la poule et du pigeon , l'on a foit naître très récemment de nouvelles races en grand nombre, qui toutes peuvent se propager d'elles-mêmes : tous les jours , dans les autres espèces , on relève, on ennoblit les races en les croisant; de temps en tçmps on acclimate, on civilise quelques espèces étrangères on sauvages. Tous ces exemples modernes et récents prouvent que l'homme n'a connu que tard l'étendue de sa puissance, et que même il ne la connott pas encore assez; elle dépend en entier de l'exerdce de son intelligence : ainsi plus il observera, plus il cultivera la nature, plus il aura de moyens pour se la soumettre , et de facilités pour tirer de son sein des richesses nouvelles, sans diminuer les trésors de son inépuisable fécondité.
Et que ne pourroit-il pas sur lui-même , je veux dire sur sa propre espèce, si la volonté étoit toujours dirigée par l'intelligence! Qui sait jusqu'à quel point l'homme pourroit perfec-
tionner sa nature, soit au moral , soit au physique ? T a-t41 une seule nation qui puisse se vanter d'être arrivée au meilleur gouvernement possible, qui seroit de rendre tous le hommes non pas également heureui, mais moins également malheureux, en veillant à leur conservatiop , à l'épargne de leurs sueurs et de leur sang par la paix , par Tabondance des subsistances , par tes aisances de la vie et les facilités pour leur propagation? Voilà le but moral de toute société qui cherche à s'améliorer. Et, pour le physique, la médecine et les autres arts dont l'objet est de nous conserver sont-ils aussi avancés , aussi connus , q^e les arts destructeurs enfontéspar la guerre? Il semble que de tous temps l'homme ait fait moins de réflexions sur le bien que de recherches pour le mal : toute société est mêlée de l'un et de l'antre ; et comme de tous les sentiments qui afBectent là multitude, la cramte est le plus puissant , les grands talents dans l'art de iinre du mal ont été les premiers qui aient frappé l'esprit de l'homme ; ensuite ceux qui l'ont amusé ont occupé son cœur; et ce n'est qu'après un trop long usage de ces deux moyens de faux hoùneur et de plaisir stérile qu'enfin il a reconnu que sa vraie gloire est la science , et la paix son vrai bonheur.
BUFidsi. in.
Cette carte représenté les deux parties polaires do glp|)e depuis le 45® degré de latitude; on y a marqué ta glaces tant flottantes que fixes , aux points où elles ont été reconnues par les navigateurs.
Dans celle du p6le arctique, on voit les glaces flottantes trouvées par Barents à 70 degrés de latitude, près du détroit de Waigats , et les glaces immobiles qu'il trouva à 77 et 78 degrés de latitude à Fou^t de ce détroit, qui est aujourdlïui entièrement obstrué par les glaces* On a aussi indiqué le grand banc de glaces immobiles reconnues par Wood, entre le Spitz^ berg et la Nouvelle-Zemble, et celui qui se trouve entre leSpitz* berg et le Groenland, que les vaisseaux de la pècbe de la baleine rencontrent constamment à la hauteur de77 ou 78 d^prés, et qulls nomment le banc de V Ouest, en le voyant s'étendre sans bornes de ce côté, et vraisemblablement jusqu'aux côtes du vieux Groenland, qu'cm sait être aujourd'hui perdues dans les glaces. La route du capitaine Phij)ps est marquée sur cette carte avec la continuité des glaces qui l'ont arrêté au nord et à l'ouert du Spitzbei^.
On a aussi tracé sur cette carte les glaces flottantes rencon • trées par Ellis dès le £8 ou 59^ degré , à l'est du cap Farewell ; celles qpe Forbisber trouva dansson détrdt, qui est actuellement obstrué , et celles qu'il vit à 62 d^és vers la c6te de Labrador ; celles que rencontra Baffin dans la baie de son nom par les 73 et 73® degrés , et celles qui se trouvent dans la baie dHodson dès le 63^ degré, selon Ellis, et dont le Wehome est quelquefois couvert ; celles de la baie de Bepulse, qui en est remplie, selon Middleton. On y voit aussi celles dont presque en tout temps le détroit de Davis est obstrué, et celles qui
548 EXPLICATION soavent assiégeât celui dlittdaoo , quoique plus meridioual de 6 ou 7 degrés. L'tle Baéren\ ou Ue aux Vurs, qui est audessous du Spitzberg à 74 degrés, se voit ici au milieu de» glacés flottants. L'Ile Jean de Majren^ située près du vieux Groenland à 70 degrés 7 9 ^t engagée dans les glaces par ses côtes occidentales.
On a aussi désigné sur cette carie les glaces fk)ttantes le long des côtes de la Sibérie et aux embouchilres de tontes les grandes riviâ*es qui arrivent à cette mer glaciale, depuis l'/rtffcA joint k jusqu'au fleuve KoUma: 'et% glaces flottantes incommodent la navigation , et dans ipielques endroits la rendent imipraticable. Le banc de la glaçe scrfide du {)ôle descend d^à à 76 àqprés sur le cap Piasida, et engage cette pointe de terre , qui n'a pu être doublée ni par Touest du côté de rQby,.ni par l'est du côté àtHLena, dont les bouches sont semées de glaces flottantes ; d'autres glacés immobiles au nord-est de l'embouchure de la Jana né laissent aucun passage ni à l'est ni au nord. Les glaces flottantes devant l'Ô/enek et le Chatanga descendent jusqu'aux 74 et 73® d^rés : on les trouve à la même hauteur devant llndigirka et vers les embouchures do KoUma , qui parott être le dernier terme où aient atteint les Russes par ces navigations coupées sana cesae par lea glaces. C'est d'après leurs expéditions que ces glaces ont été tracées sur potre carte : il est plus quç probable que des glaces pèrmuientes ont engagé le cap Snlaginsld, et peut-être aussi la côte nord-est de la terre des Tscbutschis; car ces dernières côtes n'ont pas été découvertes par la navigation, mais par des expéditions sur terre, d'après lesquelles on les a figurées. Les navigations qu'on prétend s'être faites autrefois autour de ce cap et de la terre des Tscbutschis ont toujours été suspectes, et vraisemblablement sont impraticables aujourd'hui; sans cela les Russes, dans leurs tentatives pour la découverte des terres de l'Amérique, seroient partis des fleuves de la Sibérie, et n'auroient pas pris la peine de fiûre par terre la traversée immense de ce vaste pays pour s'embarquer à Kamtschatka, où il est extrêmement difficile de cona-
Inlke des vaisseaux, faute de bois, de fèr, et de presque tout ce qui est nécessaire pour Téquipement d'un navire.
Ces glaces qui viennent gagner les côtes du nord de l'Asie; <:elles qui ont d^à envahi les parages de la Zemble, du Spitzt>ei^ et du vieux Groenland ; celles qui couvrent; en partie les baies de Baffin, dlfudson et leurs détroits, ne sont que comme les bords on les appendices de la glacière de ce pôle, qui en occupe toutes les régions adjacentes jusqu'au 80 ou ^1*^ degré,€omine nous l'avons représenté en jetant une ombre sur cette portion de la terre à jamais perdue pour nous.
La^rarie du pôle antarctique présente la reconqoissance des glaces faites par plusieurs navigateurs, et particulièrement par le célèbre capitaine Gook dans ses deux voyages, le premier en 1769 et en 1770, et le second en 1773, 1774 et 1776. La relation de ce second voyage n'a été publiée en françois que cette aupée 1778, et je n'en ai eu connoissance qu'au mois de juin, après l'impression de ce volume entièrement acl^evée; nuds j'ai vu avec la plus grande satisfaction mes coujectures confirmées par les faits. .On vient de lire, dans plusieurs endroits de ce volume, les raisons, que j'ai donnée» du froid plus grand dans les régions australes que dans le$ boréales ; j'ai dit et répété que la portion de sphère depuis le pôle arctique jusqu'à 9 degrés de distance n'est qu'une régioo glacée, une calotte lie glace solide et contînae, et que, selon toutes les analogies, la portion placée de même dans les régions australes est bien plus considérable, et s'étend à 18 ou 20 degrés. Gette présomption étoit donc bien fondée, puisque M. Gook, le plus grand de tous les navigateurs, ayant fait le tour presque en^ tier deeette zone australe , a trouvé partout des glaces , et n'a pu pénétrer nulle part au-delà du 7P degré, et cela dans un seul point au nord-ouest de l'extrémité de l'Amérique. Les appeur dices de cette immense glacière du pôle antarctique s'étendent mëjne jusqu'au 60^ degré en plusieurs lieux, et les énormes glaçons qui s*en détachent voyagent jusqu'au 60^, et même jusqu'au 48® degré de latitude en certains endroits. On verra que les glaces les plus avancées vers l'équateur se trouvent
vM-^vii les mers Tes plus étendues et les teites les plus éloignées du p6le : ontn trouve au 48, 49, 50 et 61^ d^^^, sur une éiendue de 10 degrés en longitude à Touest, et de 35 de longitude à l'est, et tout Tespace entre le 60^ et le 60* degré de latitude est rempli de glaces brisées, dont ^pelques-unes forment des lies d'une grandeur considérable. On voit que sous ces mêmes longitudes les glaces devioment encore plus fréquentes et presque continues aux 60 et 61* degrés de latitude, et enfin que tout passage est fermé par la continuité de la glace aux 66 et 67* degrés , où M. Gook a Ait une autre pointe, et s'est trouvé forcé de retourner pour ainsi dire sur ses pas, en sorte que la masse continue de cette glace solide et permanente qui couvre le pôle austral et toute la zone adjacente s'étend dans ces parages jusqu'au-delà du 66* d^ré de latitude.
Oa trouve de même des lies et des plaines de glaces dés le 49^ degré de latitude, à 60 degrés de longitu<|le est * , et en plus grand nombre à 30 et 90 degrés de longitude sous la latitude de 58 degrés , et encore en plus grand nombre sous le 60 et le 61* d^^ de latitude, dans tout l'espace compris depois le 90^ degré jusqu'au 145* degré de longitude est.
De l'autre côté, c'est-à-dire à 30 degrés environ de longitude ouest , M. Gook a fait la découverte de la terre Sandwich à 59 degrés de latitude, et de IHIe Géorgie sous le 55* , et il a reconnu des glaces au 59* degré de latitude, dans une étendue de 10 ou. 12 degrés de longitude ouest, avant d'arriver à la terre Sandwich, qu'on peut regarder comme le Spîtdierg des régions australes, c'est-à-dire comme la terre la plus avancée vers le pôle antarctique : il a trouvé de pareilles glaces en beaucoup plus grand nombre aux 60 et 61* degrés de latitude, depuis le 29* degré de longitude ouest jusqu'au 51* ; et le capitaine Furneaux en a trouvé soûs te 6à^ d^ré , à 65 ^ 60 degrés de longitude ouest.
' Ces pofiition» données par te capitaine Cook sur le méiidiea de IxMMlret «ont réduite» sur la carte à celui de Paris, et doivent s Y rapporter, par le chznQvmunt facile de deux dec^ et demi en moins du côté de Test, et en film du oôté de l'oueit
DE LA CARTE GÉOGRAPHIQUE. «51 On a aussi marqué les glaces iBunobiles que Davis a vues 60US le 66^ et 66^ degrés dé latitude vis-à-vis du cap Tlora, <t celles dans tesqueUes le capitaine Gôok a fait une pointe jusqu'au 71® degré de latitude : ces glaces s'étendent depuis le 110® degré de longitude ouest jusqu'au 120®. Ensuite on voit les glaces flottantes depuis le 130* degré de longitude ouest jusqu'au 170^ sous les latitudes de 60 à 70 degrés; en sorte que, dans toute Tétendue de la circonférence de cette grande zone polaire antarctique , il n'y a qu'environ 40 ou 46 degrés en longitude d^ l'espace n^ait pas été reconnu, ce qui ne Ait pas la buitièitie partie de cette immense calotte de glace : toute le reste de ce circuit a été vu et bien reconnu par M. Gook , dont nous ne pourrons jamais louer assez la sagesse, l'intelligence et le courage; cai: le succès d'une pareille entreprise suppose toutes ces qualités réunies.
On vient d'observer que le^ glaces les plus avancées du côté de Téquateur dans ces régions australes se trouvent sur les mers les plus éloignées des terres , comme dans les mers des Grandes-Indes et vis-à-vis le cap de Bonne-Espérance, et qu'au contraire les glaces les moins avancées se trouvent dans le voiûoage des terres, comme à la pointe de l'Amérique et des deux côtés de cette pointe, tant dans la m^ Atlantique que dans la mer Pacifique. Ainsi la partie la moins froide de cette grande zone antapctique est vis-à-vis Te^^trémité de l'Amérique , qui s'étend jusqu'au 66® degré de latitude ; tandis que la partie la plus froide de cette même zone est vis-à-vis de la pointe de l'Afrique, qui ne Vavance qu'au 34® degré, et vers la mer de llnde, où il n'y a point de terre. Or s'il en est de même du côté du pôle arctique, la région la moins froide seroit celle du Spitzberg et du Groenland, dont les terres s'étendent à peu près jusqu'au 80® degré , et la région la plus fr<Hde seroit celle de la partie de mer entre l'Asie et TAméri** que, en supposant que cette région soit en effét une mer.
De toutes les reconnoissances faites par M. Gook, on doit inférer que la portion du globe envahie par les glaces depuis le pôle antarctique jusqu'à la circonférence de ces régions glf-
66i EXPLICATION cées est, en superficie , au moins dnq ou six fois plus étendue que l'espace «ivahi par les glaces autour du pôle arctique ; ce qui provient de deux causes assez évidentes : la premi^ est le séjour du soleil^ plus court de sept jours trots quarts par an dans lliéinisphère austral que dans le boréal; la seconde et plus puissante cause est la quantité de terres infiniment plus graùde dans cette portion de rhémisphère boréal que dans la portion égale et correspondante de lliémisphère austral; car les continents de l'Europe, de l'Asie et de l'Amérique s'étendent jusqu'au 70^ degré et au-delà vers lé pôle arctique, tandis que dans les régions australes il n'extete aucune terre depu» le 60^ ou même le 45^ degré que celle de la pointe de l'Amérique , qui ne s'étend qu'au 6G^, avec les tles Falkland , la petite lie Géorgie et celle de Sandwich , qui est moitié terre et moitié glace; en sorte que cette grande zone australe étant entièrement maritime et aqueuse, et la boréale presque entièrement terrestre , il li'est pas étonnant que le frmd soit beaucoup plus grand et que les glaces occupent une^ien plus vaste ébmdoe dans ces régions australes que dans les boréales.
Et comme ces glaces ne feront qu'augmenter par lé refroidissement successif de la terre, il sera dorénavant plus inutile et plus téméraire qu'il ne l'étoit ci-devant de dîercher à faires des découvertes au-delà dû 80^ degré vers lepôleboréal, et au-delà dû 65^ vers le pôle austral. La Nouvelle-Zélande, la pointe de la Nouvelle-Hollande , et celles des terres Magellaniques, doivent être regardées comme les seules et dernières terres habitables dans cet hénkisphère austral.
J'ai fait représenter toutes les tles et plaines de glaces reconnues par les diiFférents navigateurs, et notamn^ent par les capitaines Gook et Furneaux , en suivant les points de longitude et de latitude indiqués dans leurs x^rtes de navigation. Toutes ces reconnoissances des mers australes ont été foites dans les mois de novembre, décembre, janvier et févriar , c'està-dire dans la saison d'été de cet hémisphère austral ; car quoique ces glacesne soient pas toutes permanentes, «tqu'elles voyaient selon qu'elles sont entraînées par les courants ou poussées
par les vents , il est néanmoins presque certain que comme elles oDtétéToesdans cette saison d'étéelless'ytroQveroientdemème et en bien plBS grande quantité dans les autres saisons , el que par conséquent on doit les regarder comme permanent^, quoiqu'elles ne soient pas stationnaires aux làèmes points.!
Au reste , il est indifférent qu'il y ait des terres ou non dans cette vaste région australe, puisqu'elle est entib^ment couverte de glaces depuis le 60^ degré de latitude jusqu'au pôle; et l'on peut concevoir aisément que toiites les vapeurs aqueuses qui fornient les brumes et les ndges Ibc convertissant en glaces, elles se gèlent et s'accumulent sur la surfece de la.mer conime sur celle de la terre. Rien ne peut donc s'opposer à la formaften nTmème à l'augmentation successive de ces glacières polaires, et au contraire topt s'oppose à l'idée qu'on avoit cidevant de pouvoir arriver à l'un ou à Tautre pMe par une, mer ouverte ou par des terres praticables.
Toute la partie des côtés du pôle boréal a été réduite et figurée d'après les cartes les plus étendues , les plus nouvelles et les plus estimées. Le nord jde l'Asie, depui3 la Nouvelle- Zemble et Archangel au cap Szalaginsld, la côte des Tschutschis et du Kamtschatska, ainsi que les lies Aleutes, ont été rédn|tés sur la grande carte de l'empire de Russie, publiée Tannée dernière 1777. Les Iles aux Renards ' ont été relevées sur la carte manuscrite de l'expédition du pilote Otcheredin en 1774, qui m'a été envoyée par M. de DomaschenefF, président de l'académie de Saint-Pétersbourg;ceUesd'>//iaci/r,
< U est aussi foit mentk» de ces tlet aux Reoardt dam un Toyage HM eu 1776 par les Russes, sous la conduite de M. Solowiew : U nonune Una- UuiMa Tune de ces lies , et dit qu'elle est 4 dix-huit cents wersts de Kamtscbatk^, et qu'elle est longue d'environ deux cents wersts : la seconde de ces lies s'appelle Umnack; elle est longue d'euTiron cent cinquante ifrersts : une troisième, Akuten, a enTiron quatre-vingts wersts de longueur; enfin une quatrième, qui s'appelle Radjack ou KodH/ak, est la plus voisine de l'Aui^ue. Ces quatre tles sont accompagnées de quatre autres lies plus prtites : ce voyageur dit aussi qu'elles sont toutes assez peuplées, et il décrit \e% habitudes naturelles de ces insulaires, qui vivent sous la terre la pins grande partie de l'année. On a donné le nom d*Ues aux Renards 4 œs tles, parce qu'on V trouve beaucoup de renards bruns, noirs et roux.
M EXPLICATION diïiAq^eStachianiiadajgnDdttmehYe^ achis ceouiierceot, et les pdntes des côtes de rAmériqoe re connues par Tschirikow et Bebring, qui ne sont pas représentées dans la grande carte de Tempire de Rdssie , le sent ki d'api : ' celle qne l'académie de Pétersbourg a publiée en 1773 : mais il faut ayooer que la longitude de ces pointes est encore incertaine, et que cette o6te occidentale de TAmérique esc bien peu ceanue au-delà du cap Blanc, qui gtt environ sous le 43^ degré de latitude. La position de Kamtsdiatka esc aiyourdliui bien déterminée dans la carte rosse de 1777 , uais cdie des terres de rAmérique- vis-à-vis Kamtschatka n'est pas aussi certaine; cependant on ne peut guère douter que la grande terre désignée sous le nom de Stachtanitodk, et les terres découvertes par Behring et Tschirikow, ne soient des portions du continent de TAmérique. On assure que leroi d'Espagne a envoyé nouvellement quelques personnes ^r reconnottre cette côte occidentale de TAmérique depuis le cap Mendocin jusqu'au 66^ degré de tatitndfe : ce projet me parolt bien conçu; car c'est depuis le 43" au 56" degré qu'il esté présumer qu'on trouvera une communication de la mer Pacifique avec la baie dliudson.
La position et la figure du Spitzberg sont tracées sur notre carte d'après celles du capitaine Phipps; le Groenland, les baies de Baffin et d*Hudson, et les grands lacs de l'Amérique, le sont d'après les meilleures cartes des différents voyageurs qui ont découvert ou Fréquenté ces parages. Par cette réunion, on aura sous les yeux les gisements relatifs de toutes les parties des amtinents polaires et des passages tentés pour tourner par le nord et à l'est de l'Asie : on y verra les nouvelles découvertes qui se sont faites^ dans cette partie de mer, entre Vkàt et l'Amérique jusqu'au cercle polaire; et Ton remarquera qne la terre avancée de Szalagindci s'étrâdant jusqu'au 73 ou 74® degré de latitude, il n'y a nulle apparence qu'on puisse doubler le cap, et qu on le tenteroit sans succès soit en venant par la mer Glaciale le long des côtes septentrionales de l'Asie, soit en remontant de Kamtschatka et tournant autour de la
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itne des Tsdiatscbis; de sorlequil est plus qae probable que toute cette région aa-delà da 74^ degré est actuellement glacée et inabordable. D'ailleurs tout nous porte à croire que les deux continents de FAmérique et de TAsie peu^t être ccutigus à cette hauteur, puisqu'ils aont voisins aux environs du cercle polaire , n'étant séparés que par des bras de mer, entre les tles qui se trouvent dans cet espace , et dont Tune parolt être d'une très grande étendue.
J'observerai encore qu'on ne voit pas-sur la nouvelle carte de l'empire de Russie la navigation foite en 1646 par trois vaisseaux russes dont on prétend que l'un est arrivé à KamiKbatka par la mer Glaciale : la route de ce vaisseau est même tracée par des points dans la carte publiée par l'académie de PéterdMHirg én 1773. J'ai donné ci-devant les raisons qui me faisoîent regarder comme très suspecte cette navigation; et aujourd'hui ces mêmes raisons me paroissent bien confirmées, puisque, dans la nouvelle carte russe foité en 1777, on a supprimé la roule de ce vaisseau , quoique donnée dans la carte de 1773; et quand même, contre toute apparence, ce vaisseau unique auroit fait cette route en 1646 , Taugmentalion des glaces depuis cent trente- deux ans pourroit bien la rendre impraticable aujourd'hui, puisque, dans le même espace de temps, le détroit de Waigals s'est entièrement glacé, et que la navigation de la mer du nord de l'Asie, à commencer de Tembouchure de l'Oby jusqu'à celle de Kolîma, est devenue bien plus difficile qu'elle ne l'étoit alors, au point que les Russes l'ont pour ainsi dire abandonnée, et que ce n'est qu'en partant de Kamtschatka Qu'ils ont tenté des découvertes sur les côtes occidentales de l'Amérique : ainsi nous présumons que si Ton a pu passer autrefois de la mer Glaciale dans celle de Kamtschatka, ce passage doiMtre aujourd'hui fermé par les glaces. On assure que M. Cook a entrepris un troisième voyage, et que ce passage est l'un des objets de ses recherches : nous attendons avec impatience le résultat de ses découvertes, quoique je sois persuadé d'avance qu'il ne reviendra pas en Europe par la mer Glaciale de l'Asie ; mais ce grand
homme de mer fèra peut-être la découverte da passage as nord-ouest depuis la mer Pacifique à la baie dHudson.
Nous avons ci*devant exposé les raisons qui semblent prouver que les eaux de la baie dHudson communiquent avec cette mer; les grandes marées venant de l'ouest dans cette baie suffisent pour le démontrer : il ne s'agit donc que de trouver Ton verture de cette baie vers Tonest Mais on a jusqu'à ce jour vainement tenté cette découverte, par les <d)8tacles que les glaces opposent I la navigation dansle détroit d'Hudscm et dans la baie même; je suis donc persuadé que M. Gook ne la tentera pas de ce c6té-li , mais qu'il se portera au-dessus de la c6téde Californie, et qu'il trouvera, le. passage sur cette côte au-delà du 43» d^. Dis l'année 1692, Juan de Fuca, pilote espagnol V trouva une grande ouverture, sur cette c6te sous les 47 et 48» degrés, et y pénétra si loin qu'il crut être arrivé dans la mer du Nord. En 1^602 , d'Âguilar trouva cette c6(e ouverte sous le 43» degré; mais il ne pénétra pas bien avant dans ce détroit Enfin on voit , par une relation publiée en Anglois , qu'en 1640 l'amiral de Fonte , Espagnol , trouva sous le 54» degré un détroit ou large rivière,.et qu'en la remontant il arriva à un grand archipel , et ensuite à un lac de cent soixante lieues de longueur sur soixante de largeur, aboutissant à un détroit de deux ou trois lieues de largeur, où la marée portant à l'est étoit très violente, et où il rencontra un vaisseau venant de Boston : quoique l'on ait regardé cette relation comme très suspecte, nous ne la rejetterons pas en entier, et nous avons cru devoir présenter ici ces reconnois- ^nces d'après la carte de M. de l'Isle, sans prétendre les garantir; mais en réunissant la probabilité de ces découvertes de de Fonte; avec celles de d'Aguilar et de Juan de Fuca, il en résulte que la côte occidcHale de l'Amérique septentrionale au-dessus du cap Blanc est ouverte par plusieurs détroits ou bras de mer, depuis le 43» degré jusqu'au 64 ou 66», et que c'est dans cet intervalle où il est presque certain que M. Gook trouvera la communication avec la baie d'Hudson; et cette découverte achèveroit de le combler de gloire.
Ma pré8omption.à ce sajet e$t non-seulement fondée sur les reconnoissances faites par d*Âgiiilar, Juan de Fuca et de Fonte, mais encore sur une analogie physique qui ne se dément dans aucune partie du globe : c'est que toutes les grandes côtes des continents sont pour ainsi dire hachées et entamées du midi au nord, et qu'ils finissent tous en pmnte vers le midi La c6te nord-ouest de rAmériqtie .prés^te une de ces hachures, et c'est la mer Vermeille ; mais au-dessus de la Californie nos cartes ne nous <rfFrent sur une étendue de quatre cents lieues qu'une terre continue sans rivières et sans autres coupures que les trois ouvertures reconnues par d'Aguilar, Fuca eàde Fonte : or cette continuité des côtes, sans anfiractuositiif ni baies, ni rivières, est contraire à la nature; et cela seul suffit pour démontrer que ces côtes n'ont été tracées qu'au hasard sur toutes nos cartes, sans avoir été reconnues, et que quand elles le seront,.on y trouvera plusieurs golfos et bras de mer par lesquds on arrivera à là baie dHud^n ou dans les mers inférieures qui la précèdent du côté de l'ouest
m DU TROISIÈME VOLVMB.