‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 4)Chapitre 99 sur 103 · BUFFO^I. UI · texte numérisé non relu

BUFFO^I. UI

t-il pas été nécessaÎFemeiit snifi d'une commotion qui se sera communiquée et fait sentir très loin par un tremblement plus ou moins violent f Quoique cent lieues carrées ne fassent que la deux cent soii^ante millième partie de la surfoce de la terre, la chute de cette masse n'a pu manquer d'^ranler toutes les terres adjacentes, et dé fidre peut-être écroule^ en même témps les cavernes voisines : il ne s^est donc fait aucun afFaissèment un peu considérable qui n'ait été accompagné de violentes secousses de tremblement de terre , dont le mckivement s*est communiqué par la force du ressort dont toute matière est douée, et qui a dû se propager quelquefois très loin par les routes que peuvent offrir les vides de la terre dans lesquels les vents souterrains , excités par ces commotions , auront peut-être allumé les feux des volcans; ensorté que d'une seule cause, c'est-à-dire de l'affaissement d'une caverne, il a pu résulter plusieurs effets , tous grande et la plupart terribles : d'abord l'abaissement de la mer, forcée de courir à grands flots pour remplir cette nouvelle profondeur, et laisser par conséquent à découvert de nouveaux terrains ; 2^ l'ébranlement des terreè voisines par la commotion de la cbute des matières solides qui formoient les voûtes de la caverne, et cet ébranlement feit pencher les montagnes, les fend vers le sommet, et en détache dés masses qui roulent jusqu'à leur base; 3^ le même mouvement produit par la commotion , et propagé par les vents et les feux souterrains , soulève au loin la terre et les eaux, élève des tertres et des mornes, forme des gouffres et des crevasses, change le cours des rivières, tarit les anciennes sources, en produit de nouvelles, et ravage en moins de temps que je ne pnis le dire tout ce qui se trouve dans sa direction. Nous devons donc cesser d'être surpris de voir en tant de lieux l'uniformité dfe l'ouvrage horizontal des eaux détruite et tranchée par des fontes inclinées, des éboulements irréguliers, et souvent cachée par des déblais informes accumulés sans ordre, non plus que de trouver de si grandes contrées toutes recouvertes de matières rejetées par les volcans : ce désordre , causé par des tremblements de terre , ne fait néan*

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moins que masquer la nature aux yeux de ceux qui ne la voient qu'en petit, et qui, d'un effet accidentel et particulier, font une cause générale et constante. (7est Teau seule qui, comme cause générale et subséquente à celle du feu primitif, a achevé de construire et de figurer la surfoce actuelle de la terre; et ce qui manque à l'uniformité de cette construction UDÎverselle n'est que l'effet particulier de la cause accidentelle des tremblements de terre et de l'action des volcans.

Or, dans cette construction de la surface de la terre par le OMMiyement et le sédiment des eaux , il faut distinguer deux périodes de temps. La première a commencé après l'établissement de la mer universelle, c'est-à-dire après la dépuration parfoite de l'atmosphère par la chute dfô eaux et de toutes les matières volatiles que Tardeur du globe y tenoit reléguées : tette période a duré autant qu'il étoit nécessaire pour multiplier les coquillages, au point de remplir de leurs dépouilles toutes nos collines calcaires, autant qu'il étoit nécessaire pour multiplier les végétaux , et pour former de leurs débris toutes nos mines de charbon , enfin autant qu'il étoit nécessaire pour convertir les scories'du verre primitif en argiles, et former les acides, les sels, les pyrites , etc. Tous ces premiers et grands effets ont été produits ensemble dans les temps qui se sont écoulés depuis l'établissement des eaux jusqu'à leur abaissement. Ensuite a commencé la secoqde période. Cette retraite des eaux ne s'est pas faite tout à coup , mais par une longue succession de temps, dans laquelle il faut encore saisir des points différents. Les montagnes composées de pierres calcaires ont certainement été construites dans cette mer ancienne, dont les différents courants les ont tout aussi certainement figurées par angles correspondants. Or l'inspection attentive des côtes de nos vallées nous démontre que le travail partie calier des courants a été postérieur à l'ouvrage général de la mer. Ce fait, qu'on n'a pas même soupçonné, est trop important pour ne le pas appuyer de tout ce qui peut le rendre sensible à tous les yeux.

Prenons pour exemple la plus haute montagne calcaire de

la France, celle de Langres, qui s'élève au-dessus de (oulec; les ler^es de la Champagne , s étend en Bourgogne ju^u'à Mobtbard , et même jusqu'à Tonnerre, et qui, dans la direction opposée , domine de même sur les terrés de la Lorraine et de la Franche-Comté Ce cordon continu de la montagne de Langres , qui , depuis les sources de la Seine jusqu'à celles de la Saône , a plus de quarante lieues de longueur, est entièrement calcaire, c'est-à-dire entièrement composé des productions de ta mer; et c'est par cette Maison que je Tai choisi pour nous sci^ir d'exemple. Le point le plus élevé de cette chaîne de montagnes est très voisin de la ville de Langres, et Ton voit que , d'un côté , cette même chaîne verse ses eaux dans l'Océan par la Meuse , la Marne , la Seine, etc. , et que , de l'autre côté, elle les verse dans la Méditerranée par les rivières qui aboutissent à la Saône.. Le point où est situé Langres se trouve à peu près au milieu de cette longueur de quarante lieues, et les collines vont en s'abaissaut à peu près également vers les sources de la Seine et vers celles de la Saône. Enfin ces collines, qui forment les extrémités de cette chaîne de montagnes calcaires, aboutissent également à des contrées de madères vitrescibles;, savoir, au-delà de TArmanson, près deSemur, d'une part; et au-delà des sources de la Saône et de la petite rivière de Côney, de Tautre part.

En considérant les vallons voisins de ces montagnes, nous reconnoitrons que le point de Langres étant le plus élevé, il a été découvert le premier^ dans le temps que les eaux se sont abaissées : auparavant, ce sommet étoit recouvert, comme tout le reste , par les eaux , puisqu'il est composé de matières calcaires ; mais au moment qu'il a été découvert , la mer ne pouvant plus le surmonter, tous ses mouvements se sont réduits à battre ce somn^et des deux côtés , et par conséquent à creuser, par des courants constants , les vallons et les vallées que suivent aujourd'hui les ruisseaux et les rivières qui coulent des deux côtés de ces montagnes. La preuve évidente que les vallées ont toutes été creusées par des courants réguliers et cons-

« Voyez la carte ci -jointe.

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fënts, c'est que leurs angles saillaots correspondent partout à des angles rentrants : seulement on (^serve que les eaux ayant suivi les pentes les plus rapides ^ et n'ayant entamé d'abord que les terrains les moins. splides et les plus aisés à divisçr, il se tfmive souvent une différence remarquable entre tes deux €0teaux^ qui bordent la vallée. On voit quelquefois un escar^ pemait mnsidérs^le et des rodiers à pic d'un c6(é, tandis que, de Vautre, les bancs de pierre sont couverts de pierres en pente douce; et cela est arrivé nécessairement toutes les fois que la force du courant s'est portée plus d'un c&té que de l'autre, et aussi toutes les fois qu'il aura élé troublé ou secotidé par un antrç courant.

Si l'on suit le cours d'une rivière ou d'un ruisseau voisin des montagnes d'oi^ descendent leurs sources, on reconnottra aisément fa figure et même la nature des terres qui forment les coteauXc de la vallée. Dans les endroits où elle est étroite, la direction de la rivière et l'angle de son cours indiquent au premier coup d'œil le côté vers lequel se doivent porter ses eaux, et par conséquent le c6té où le terrain doit se trouver en plaine, tandis que, de l'autre côté, il continuera d'être en montagne. Lorsque la vallée est large, ce jugement est plus difficile : cependant on peut , en observant la direction de la rivière, deviner assez juste de quel côté les terrains s'élargiront ou se rétréciront. Ce que nos rivières font en petit aujeurd'hui, les courants de la mer l'ont autrefois fait en grand : ils ont creusé tous nos vallons, ils les ont tranchés des deux côtés; mais, en transportant ces déblais, ils ont souvent formé des escarpements d'une part et des plaines de Tautre. On doit aussi remarquer que dans le voisinage du sommet de ces montagnes calcaires, et particulièrement dans le sommet de Langres, les vallons commencent par une profondeur drculaire, et que de là ils vont toujours en s'élargissant à mesure qu'ils s'éloignent du lieu de leur naissance; les vallons paroissent aussi plus profbnds à ce point où ils commencent, et semblent aller toujours en diminuant de profondeur à mesure qu1ls s'élargissent et qu'ils s'éloignent de ce point. : mais c'est une ^p-

parence plutôt qu'une réalité; car, dans rorigiae, la portknn du valloo la plus voisine du sommet a été la plus étroite et la moins profonde; le mouvement des eaux a commencé par y former une ravine qui s'est élargie et creusée peu à peu; les déblais sfyant été transportés et entraînés par le courant des eaux dans la portion inférieure de la vallée , ils en auront comblé le fond , et c'est par cette raison que les vallons paroîssent plus profonds à leur naissance que dans le reste de leur cours, et que les grandes vallées semblent être moins profondes à mesure qu'elles s'éloignent davantàge du sooimet auquel leurs rameaux aboutissent ; car Von pçut Considérer une grande valr lée comme un tronc qui jette des branches par d'autres vallées, lesquelles Jettent des rameaux par d'autres petits vallons qui s'étendent et remontent jusqu'au sommet auquel ils aboutissent.

En suivant cet objet dans l'exemple que nous venons de pré* senler, si l'on prend ensemble tous les terrains qui versent leurs eaux dans la Seine , ce vaste espace formera une vallée du premier ordre , ç'est-à-dire de la plus grande étendue ; ensuite ^ si nous ne prenons que les terrains qui portent leurs eaux à la rivière dTonne, cet espace sera une vallée du second ordre; et^ contiduant à remonter vers le sommet de la chaîne des montagnes, les terrains qui versent leurs eaux dans l'Armandon, le Serin et la Cure, formeront des vallées du troisième ordre ; et ensuite la Brenne , qui tombe dans l'Armansén , sera une vallée du quatrième ordre; et enfin l'Oze et l'Ozerain , qui tombent dans la Brenne , et dont les sources sont voidnes de celles de la Seme, forment des vallées du cinquième ordre. De même, si nous prenons les terrains qui portent leurs eaux à la Marne, cet espace sera une vallée du second ordre; et continuant à remonter vers le sommet de la chaîne des montagnes de Langres, si nous ne prenons que les terrains dont les eaux s'écoulent dans la rivière de Rognon , ce sera une vallée du troisième ordre ; enfin les terrains qui versent leurs eaux dans les ruisseaux de Bussière et d'Orguevaux forment des vaU^ du quatrième ordre.

Cette disposition jest générale dans tous les continents ter-

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resilres. A mesure que Ton remonle et qu'on s'apprôobe du «ommet des ctialnes de montagnes, on voit évidemment que les vallées sont plus étroites ; mais , qncMqu'elles paroisisent aussi phis profondes, il est, certain néanmoins que Tancien fond des vallées \{ifériepres étoit iMfaucoup plus bas autrefois qu^ ne Test actuellement celui des vallons supérieurs. Nous avpns dit que dans la vallée de la Seine , à Paris , Tpn a trouvé des bois travaillés de main d*homme à soixante-quinze pieds de profondeur : le premier fond de cette vallée éloit donc autrefois bien plus bas qu'il ne Test aujourd'hui ; car audessous de ces soixante-quinze pieds on doit encore trouver les déblais pierreux et terrestres entraînés par les courants depi^ le sommet général des montagnes , tant par les vallées de la Seine que par celles de la Marne , de LTonne et de toutes les rivières qu'elles reçoivent lu contraire , lorsqu'cm creuse dans les petits vallons vmsijis du sommet général , on ne trouve aucuns déblais , mais des bancs solides de pierre calcaire posée par lits horizontaux, et des argiles au-dessous à une profondeur plus ou moins grande. J'ai vu , dans une gorge asseï voisine de la crête de ce long cordon de la montagne de Langres, un puits de deux cents pieds de profondeur creusé dans la pierre calcaire avant de trouver l'aigle ^

Le premier fond des grandes vallées formées par le fou primitif, ou même par les courants de la mer, a donc été recouvert et élevé successivement de tout le volume des déblais entraînés par le courant à mesure qu'il déchiroit les terrains supérieurs : le fond de ceux-ci est demeuré presque nu, tandis que celui des vallées inférieure» a été chargé de toute la matière que les autres ont perdue ; de sorte que quand on ne voil que superficiellement la surfoce de nos continents , on tombe dans Terreur en la divisant en bander sablonneuses , mamen* ses , schisteuses, etc. : car toutes ces bandes ne sont que des déblais superficiels qui ne prouvent rien, et qui ne font, comme je Tai dit , que masquer la nature , et nous tromper sur la vraie théorie de la terre. Dans les vallons 'supérieurs on ne

> Au château de Rochefort , prèe d'Anières, en Charopa^jne.

456 DES ÉPOQUES DE LA NATUBrC.

troaye d'aatrés déblais qae ceux qui sont descendus longtemps après la retraite des mers par Feffèt des eaux pluviales; et ces déblais ont formé les petites couches de terre qui recouvrent actueUemènt le fond et lés coteaux de ces vallons. Ce même effot a eu lieu dans les grsmdes valléqi , mais avec cette différence que dans le» petits vallons les terres, les graviers et les autres détriments amenés par les eaux pluviales et par les ruisseaux , se sont déposés immédiatement sur un fond nu et balayé par les courants de la mer ; au lieu que dans les grandes vallées ces mêmes détriments, amenés par les eaux pluviales , n\>nt pu que se superposer sur les couches beaucoup plus épaisses^ des, déblais entraînés et déposés précédemment par mêmes courants : c'est par cette raison que, dans toutes les plaines et les grandes vallées, nos observateurs croient trouver la nature en désordre, parce qu'Us y voient les matières calcaires mélangées avec les matières vitrescibles, etc. Mais n'estce pas vouloir jù^er d*un bâtiment par les gravois, ou do toute autre construction par les recoupes des matériaux ?

Ainsi, sans nous aitêter sur ces petites et dusses vues^ sui- V^ notre objet dans l'exemple què nous avons donné.

Les trois grands courants qui se sont formés au-dessous des sommets de la montagne de Langres nous sont aqjonrd'bHf représentés par tes vallées de la Meuse, de la Marne et de la Vingeanne ^ Si nous examinons cés terrains en détail , nous observerons que les sources de la Meuse sortent en partie des marécages du Bassigny, et d'autres petites vallées très étroites et très escarpées ; que la Manee et la Vingeanne, qui toutes se jettent dans la Saône, sortent aussi des vallées très étroites de l'autre côté du sommet; que la vallée de la Marne, sous Langres , a environ cent toises de profondeur ; que dans tous ces premiers vallons les coteaux sont voisins et escarpés ; que dans les vallées inférieures, et à mesure que les courants se sont éloignés du sommet général et commun, ils se sont éten- (lus en largeur, et ont par consécpient élargi les vallées , dont

\ Voyez la carte ci-jointe.

QUATRIÈME ÉPOQUE. 457 les côtes sont aussi moins escarpées, parce que le mouvement des eaux y étpit plus libre et moins rapide que dans les vallons étroits des terraôns voinns du sommet.

L'on doit encore remarquer que la direction des courants a varié dans leur cours, et que la déclinaison des coteaux a changé par la même cause. Les courants dont la pente étoit vers le midi , et qui nous sont représentés par les vallons de la Tille, de la Venelle , de la Vingeanne^ du Saulon et de la Mance, ont agi plus fortement contre les coteaux tournés vers le sommet de Langres et à Taspect du nord. Les courants , au contnûre, doùt la pente étoit vers le nord, et qui nous sont représentés pir les vallons de l'Anjou , de la Suize , de la Marne et du Rognon , ainsi que par ceux de la Meuse , ont plus fortement agi contre les coteàux qui sont tournés vers ce même sommet de Langres, et qui se trouvent à Taspect du midi.

Il y avoit donc, lorsque les eaux ont laissé le sommet de Langres à découvert, une mer dont les mouvements et les courants étoient dirigés vers le nord , et , de Vautre côté de ce sommet, une autre mer dont les mouvements étoient dirigés vers le midi : ces deux mers battoient les deux flancs opposés de cette chaîne de montagnes, combe Ton voit dans la mer actuelle les eaux battre les deux flancs opposés d'une longue lie ou d'un promontoire avancé. Il n'est donc pas étonnant que tous les coteaux escarpés de ces vallons se trouvent également ties deux côtés de ce sommet général des montagnes ; ce n'est que Teffet nécessaire d'une cause très évidente.

Si l'on considère le terrain qui environne Tune des sources de la Marne près de liangres , on reconnoitra qu'elle sort d'un demi-cercle coupé presque à plomb ; et en examinant les lits de pierre de cette espèce d'amphithéâtre, on se démontrera que ceux des deux côtés et ceux du fond de l'arc de cercle qu'il présente étoient autrefois continus, et nefaisoient qu'une seule masse que les eaux ont détruite dans la partie qui forme aujourd'hui ce demi-cercle. On verra la même chose à l'origine des deux autres sources de la Marne; savoir, dans le vallon de Balesme et dans celui de Saint-Maurice : tout ce terrain étoit

continu avant rabaissement de la mer ; et cette espèce de promontoire à Teitrémité duquel la yille de Langres est sitiiée étoit , dans ce même temps, contina non-seulement avec ces premiers terrains , mais avec Ceux de Bréuvone , de Peigney , de Noidan-le-Rocbeux , etc. Il est aisé de se convaincre par ses yeux que la continuité de ces terrains n'a été détruite que par le mouvement de Faction des eaux.

Dans cette chaîne de la montagne de Langres, on trcave plusieurs collines isolées, les unes en forme de cAne tronqué, comme celles de Montsaugeon, les autres en forme elliptiqae, comme celles de Montbard , de Montréal ; et d'autres tout aussi remarquables autour des sources de la Meuse, vers Glémoat et Montigny-le-Roi, qui est situé sur un monlicule adhérent au continent par une langue de terre très étroite. On voit encore une de ces collines isolées à Andilly^ une ^utre auprès dUeuilly-CIoton, etc. Nous devons observer qu'en général ces collines calcaires isolées sont mpins hautes que celles qui les environnent, et desquelles ces qoUinessont actuellement séparées parce que le courant , remplissant toute la largeur du vallon , passoit par-dessus ces collines isolées avec un mouvement direct, et lesdétruisoit par le sommet, tandis qu'ilnefaisoitque baigner Iç terrain des coteaux du vallon , et ne les altaquoit que par un mouvement oblique ; en sorte que les montagnes qui bordent les vallons sont demeurées plus élevées que les collines isolées qui se trouvent entre deux. A Montbard, par exemple, la hauteur de la colline isolée au-dessus de laquelle sont situés les murs de l'ancien château n'est que de cent quarante pieds ; tandis que les montagnes qui bordent le vallon des deux c6tés , au nord et au midi, en ont plus de trois cent cinquante, et il en est de même des autres collines calcaires que nous venons de citer : toutes celles qui sont isolées sont en même temps moins élevées que les autres , parce qu'étant au milieu du vallon et au fil de l'eau elles ont été minées sur leurs sommets par le courant, toujours plus violent et plus rapide dans le milieu que vers les bords de son cours. I^orsqu'on regarde ces escarpemcnls . souvent élevés à pic à

QDATRÈME ÉPOQUE. iS9 pUsneon tofeesdehaatenr, lorsqu'on les^voit composés dahant en W de bancs de pierres calcaires très massives et fort dures, on est émerveiUé du temps prodigieux qull faut supposer pour que les eaux aiént oaveK et creusé ces énormes tfan<^ées. Mais deux circonstances ont concouru à J'accélération de ce grand ouvrage: Tune de ces circonstances est que , dans toute» les coltines et montagnes calcaires , les lits supérieurs sont les moins compactes et les plus tendres, en sorte que les eaux ont aisément entamé la superficie du terrain, et formé la première ravine qui a dirigé leur cours; la seconde droonstànce est que , quoique ces bancs de matière calcaire se sdent formés el même séchés et pétrifiés sous les eaux de la mer, il est néanmoins très certain qu'ils n'étoient d'abord que des sédiments superposés de matières molles , lesquelles n*ànt acquis'^de la dureté que successivement par Faction de la gravité sur la masse totale, et par Texercicede la force d'affinité de leurs parties constituantes. Mous sommes donc assurés que ces ma-: tières n'av(Ment pas acquis toute la solidité et la dureté que nous leur voyons aigourd'bui , et que , dans ce temps de Tac-t tkm des courants de la mer, elles dévoient lui céder avec moins de résistance. Cette considération diminue Ténormité de la durée du temps de ce travail des eaux, et explique d'autant mieux la correspondance des angles saillants et rentrants des collines, qui ressemblent parfaitement à la correspondance des bords de nos rivières dans tous les terrains aisés à diviser.

Cest pour la construction même de ces terrains calcaires, et non pour leur division, qu'il est nécessaire d'admettre une très longue période de temps; en sorte que, dans les vingt mille ans, j'en prendrois ^u moins les trois premiers quarts pour la multiplication des coquillages, le transport de leurs dépouilles, et la composition des masses qui les renferment, et le dernier quart pour la division et pour la configuration de ces mêmes terrains calcaires : il a fallu vingt mille ans pour la retraite des eaux, qui d'abord étoient élevées de deux mille toises an-dessus du niveau de nos mers actuelles; et ce n'est que vers la fin de cette longue marche en retraite que nos

vallons ont été créasés, nos plaines -établies et nos collines déconyertcs : pendant toot ce temps le globe n'étoit peoplé que de poissons et d'animaox à coqiiilles; les sommets des montagnes et quelques terres élevées, que les eaux n'avoient pas siirmontés, ou qu'elles avoient abandonnés les premiei^, étoient aussi couverts de végétaux; car leurs détriments en volume immense ont formé les veines de diarbon, dans le même temps que les dépouille? des coquillages ont formé les lits de nos pierres calcaires. U est donc démontré par inspection attentive de ces monument» authentiques de la nature , savoir^ les coquilles dans les marbres, les poissons dans les ardoises , et les vitaux dans les mines de charbon , que tous ces êtres organisés^t existé long-temps avant>les animaux terrestres; d'autant qu'on ne trouve aucun indice, aucun vestige de Texistence de ceuxH» dans toutes les couches anciennes qui se sont formées par le sédiment des eaux de la mer. On n'a trouvé les os, les dents, les défenses des animaux terrestres que dans les couches superficielles , ou bien dans ces vallées et dans ces plaines dont nous avons parlé, qui oiit été comblées de déblais entrahiés des lieux snpériéurs par les eaux courantes ; il y a seulement quelques exemples d'ossements trouvés dans des cavités sous des rochers, prè^ des bords de la mer, et dans des terrains bas : mais ces rochers sous lesquels gisoient ces ossements d'animaux terrestres sont eux-mêmes de nouvelle formation , ainsi que toutes les carrières calcaires en pays bas , qui ne sont formées que des détriments des andennes couches de pierres, toutes situées au-dessus de ces nouvelles carrières ; ^t c'est par cette raison que je les ai désignées par le nom de carrières parasiies, pgrce qu'elles se forment en effet aux dépens des premières.

Notre globe, pendant trente-cinq mille ans, n'a donc été qu'une masse de chaleur et de feu , dont aucun être sensible ne pouvoit approcher; ensuite, pendant quinze ou vingt mille ans, sa surface n'étoit qu'une mer universelle : il a fallu cette longue succession de siècles pour le refroidissement de la terre et pour la retraite des eaux, et ce n'est qu'à la fin de

QATRIÉME ÉPOQUE. iCA

cette seconde période que ta surface de noft continents a été bgarée. '

Mais ces derniers effets de Faction des courants de ta mer ont été précédés de quelques autres effets encore pins généraux , lesquels ont influé sur quelques traits de la face entière de la terre. Nous avons dit que les eaux , venant en plus grande quantité du pôle austral, avoient aiguisé toutes les pointes àidfi continents ; mais après la chute complète des eaux , lorsque Ta mer universelle eut pris son équilibre ^ le mouvement du midi au nord cessa, et la mer n'eut plus à obéir qu'à la puissance constante de la lune , qui, se combinant avec celle du soleil , produisit les marées et le mouvement constant d'orient en occident. Les eaux, dans leur premier avènement, avoient d'abord été dirigées des pôles vers Téquateur, parce que les parties polaires, plus refroidies que le reste du globe, les avoient reçues les premières; ensuite elles ont gagné successivement les régionsde Féquateur ; et lorsqueces régionsont été couvertes comme toutes les autres par les eaux , le mouFcment d'orient en occident s'est dès-lors établi pour jamais; car nonseulement il s'est maintenu pendant cette longue période de ta retraite des mers , mais il se maintient encore aujourd'hui. Or ce mouvement général de la mer d'orient en oecident a produit sur la surfoce de la masse terrestre un effet tout aussi général; c'est d'avoir escarpé toutes les côtes occidentale» des continents terrestres , et d'avoir en même temps laissé tous les terrains en pente douce du côté de l'orient.

A mesure que le« mers s'abaissoient et décduvroient les pointes les plus élevées des continents, ces sommets, comme autant de soupiraux qu'on viendrait de déboucher, commencèrent à laisser exhaler les nouveaux feux produits dans Tintérieur de ta terré par l'effervescence dies matières qui servent d'aliment aux volcans. Le domaine de la terre, sur la fin de cette seconde période de vingt mille ans , étoit partagé entre lè fèu et l'eau ; également déchirée et dévorée par la fureur de ces deux éléments, il n'y avoit nulle part ni sûreté ni repos : mais heureusement ces anciennes scènes, les plus épouvan-

m D£S ÉPOQUES m LA NATURE.

ïaMes de la nature , n'ont point eu de spectateurs , et ce n'est qu'après cette seconde période entièrement révolue que Ton peut dater la naissance des animaux terrestres; les eaux étoient alors retirées , puisque les deux grands continents étoient unis vers le nord, et élément peuplés d'élépbants; le nombre des volcans étoit aussi beaucoup diminué, parce que leurs éruptions ne pouvant s'opérer que par le conflit de Teau et du feu, elles a voient cessé dès que la mer, en s'abaîssant, s'en étoit éloignée. Qu'on se représente encore l'aspect qu'offiroit la terre immédiatement après cette seconde période, c'est-àdire à cbquante-cinq ou soixante mille ans de sa formation : dans toutes les parties basses , des mares profondes , des courants rapides et des tournoiements d'eau ; des tremblements de terre presque continuels , produits par l'afiaissement des cavernes et par les fréquentes explosions des volcans, tant sous mer que sur terre; des orages généraux et particuliers; des tourbillons de fumée et des tempêtes excitées par les violentes secousses de la terre et de la mer ; des inondations , des dâwrdements, des déluges occasionés par ces mêmes cora"motions ; des fleuves de verre fondu , de bitume et de soufre, ravageant les montagnes et venant dans les plames empoisonner les eaux; le soleil même presque toijgou^ offusqué non^seulement par des nuages aqueux , mais par de5 masses épaisses de cendres et de pierres poussées pair les volcans; et noiis remercierons le Créateur de n'avoir pas rendu rhomme témoin de ces scènes effrayantes et terribles qui ont précédé^, et pour ainsi dire annoncé, la naissance de la nature intelligente et sensible.

Lorsque (es éléphants et les autt^ animcaix du midi (mi habUê les terres du nord.

Toat ce qui existe aujourd'hui dans la nature vivante a pu ^ter de mènie dès que la températtire de la terre s'est trouvée la même. Or les contrées septentrionales du globe ont joui pendant long-temps du même degré de chaleur dont jouissent aiyourdliui les terres méridionales; et dans le temps oi!^ ces contrées du nord jouissoient de cette température , les terres avancées vers le midi étoient encore brûlantes et sont demeurées désertes pendant un long espace de temps. Il semble même que la mémoire s'en soit conservée par la tradition; car les anciens étoient persuadés que les terres de la zone torride étoient inhabitées : elles étoient en effet encore inhabitables long-temps après la population des terres du nord ; car en supposant trente-cinq mille ans pour le temps nécessaire au refroidissement de la terre sous les pôles seulement, au point d'en pouvoir toucher la surface sans se brûler, et vingt ou vingt-cinq mille ans de plus, tant pour la retraite des mers que pour Tattiédissemept nécessaire à Texistence des êtres aussi sensibles que le sont les animaux terrestres, on sentira bien qu'il faut compter quelques milliers d'années de plus pour le refroidissement du globe à l'équateur, tant à «cause de la plus grande épaisseur de la t^rre que de l'accession de la chaleursolaire, quiest considérable sous féquateur et presque nulle sous le p61e.

Et quand même ces deux causes réunies ne seroient pas suffisantes pour produire une si grande différence de temps entre ces deux populations, l'on doit considérer que l'équateur a reçu les eaux de l'atmosphère bien plus tard que les pôles, et que par conséquent cette cause secondaire du refroidissement agissant plus promptement et plus puisse m-

ment que les deux premières causes, la chaleur des terres du nord se sera considérablement attiédie par la chute des eaux , tandis que la chaleur des terres méridionales se maintenoit et ne ponvoit diminuer que par sa propre déperdition. Et quand même onm'objecteroit que la chute des eaux, soit sur Téquateur, soit sur les p61es, n'étant que là suite du refroidissement à un certain degré de chacune de ces deux parties da globe, elle n'a eu lieu dans Tune et dans Tautre que <iuand la température de la terre et celle des eaux tombantes ont été respectivement les mêmes, et que par conséquent cette chute d'eau n'a pas autant contribué que je le dis à accélérer le refroidissement sous le pôle plus que sous l'équaieur , on sera forcé de convenir que les vapeurs, et par conséquent les eaux tombant sur l'équateur , avoient plus de chaleur à cause de l'action du soleil, et que, par cette raison, elles ont refroidi plus lentement les terres de la zone torride, en sorte que j'admettrois au moins neuf à dix mille ans entre le temps de la naissance des éléphants dans les contrées septentrionales et le temps où ils se sont retirés jusqu'aux contrées les plus méridionales : car le froid ne venoit et ne vient encore que d'en haut; les pluies continuelles qui tomboient sur les parties polaires du globe en accéléroient incessamment le refroidissement, tandis qn^aucune cause extérieure ne coptribuoit à celui des parties de l'équateur. Or cette cause qui nous parott si sensible par les neiges de nos hivers et les grêles de notre été, ce froid qui des hautes régions de l'air nous arrive par intervalles , tomboit à plomb et sans interruption sur les terres septentrionales, et les a refroidies bien, plus promptement que n'ont pa se refroidir les terres de l'équateur , sur lesquelles ces ministres du froid , l'eau, la neigie et la grêle, ne pouyoient agir ni tomber. D'ailleurs nous devons faire entrer ici une considération très importante sur les limites qui bornait la durée de la nature vivante : nous en avons établi le premier terme possible à trente-cinq mille ans de là formation du globe terrestre, et le dernier terme à quatre-vingt-treize mille ans à dater de ce jour; ce qui fait cent trente-deux mille ans pour la da-

CINQUIÈME ËPOQOt. M uSe absolee de cette bçlle oatnre ^ Voilà les KtBîtes les plas éloignées et la plus g^ande étéodae de dorée que nous ayoDS données, d'aprèr nos hypothèses, à la vie de la nature sensible : cette vie aura pu cooimencer trente-cinq ou treQt^-six mille ans, parce qu^aloi^ le globe étoit assez refttHdi à ses parties pplàn^ pour qu^on p6t le toucher sans se brûler, et elle pourra ne finir que dan^qnatre-vingt-tréize mille ans, lorsque le globe sera plus froid que la glacé. Mais, entre ces deux limiies si éloignées , il fout en admettre d'autres plus rapprochéës. Les eaux et -toutes les matières qui sont tombées de ratmpspjbère nVmt cessé d'être dans en état d*ébullition qn'ao moment où on poovoit les toadïer sans se brûler : œ n'est donc que longtemps après cette période détrentcrsix mille ans, que les êtres doués d'une sensibilité pareijle^â eellè que tiious leur connoissons^ont pu naître «t subsister; car si la terire, Taîr et Teau prenoient tout à coup ce degré de chaleur qui ne noûs |)ermettroit de pouvoir les toucher sans enêti^ vivement of^sés , y auroit-il un seul des être^ «etîiels capablè de résister à cette chaleur mortelle, puisqu'elle excèderoit dé beaucoup 4a chaleur vitalè de leur corps? il a pu exister alors dés végétaux, des coquillagi^ et des poissons d'une nature moins sensible à la chaleur, dont les espèces ont été anéanties par le refroidissement dans lés âges subséquents, et ce soiit ceux dont nous troiivons les dépûoilles et les détriments ilans les mines dé charbon, dans les ardoises, dans les schistes^ et dans les couches d'aigle, aussi bien que dans les bancs de marbre et des autres matières calcaires; mais toutes les espèces "plus sensibles, et particulièrement les /animaux terrestres, n'ont-pu naître et se multiplier que dans des temps postérieurs et plus voisins du nûtre.

El dans quelle contrée da nord lés premiers animaux terrestres auront-ils pris naissance? N'est-il pas probable que c'est das^ les terres les plus élevées , puisqu'elles ont été refroidies avant les autres? Et n'est-il |>as également probable que

■ Voyez les tableaux dan» la TOlume de cette HUtoire naturelle. . ■mon m. ■

m DES ÊPOeCES DE LA. NATURE.

lté éléphaal» et les aalres animaux actadVeniéiat habitant lia tamdaiûçUsoiaiiésle$|MreiDim qa*iteootoc^ cupé ces terres du nord pendant quelques milliers d'années, et kmg-temps avant la naissanoedet reonesqui babiteat aiyourd*hni ces mènes terres dn nord

Dans oe lempa* n'^ éloigné do nôtre qoe de quinze mille a(QS, les éléphants, les rhinocéros, les hippopotames, et probablement toutes les espèces qui ne peuvent se mukiplièr actuellement que sous la zone torride , vivoient doocet se Budtiplioîent dan» les terres du nord, dont b chaleur étmt an mèmedegré, et par conséquent tout aussi convenable à leur nature; ils^y éKnent en grand nombr^.; i(s y ont sQonrpé lolig-temps; la quantité d'ivoire et de leurs autres dépouilles que Ton a découvertes et que Ton découvre^ous ks jours dans ces contrées septentrionales nous démontre^videm» ment qn'dles ont été leur patrie , leur pays patal et certainement la première terre qu'ils aient occupée : mais„ de plus, ils ont existé en même temps dans les contrées septentrionales de nSarope, de l'Asie et de l'Amérique; ce qui nous bit counoitre que les deux continents itoieni alor» contins, et qu'ils n'ont été s^rés que dans des temps subséquents. J'ai dit que BOUS avions an GdiiiletdH Roi des défcnser d'éléphants troutées en Russie et en Sibérie, et d'autres qui ont été trouvées au Canadn, prto de la rivière d'Obio. Les grosses dents molaires de Phippopotame et de l'énorme animal dont l'espèce est perdue noos sont arrivées du Canada, et d'autres toutes semblables sont venues dt Turlarie et de Sibérie. On ne peut donc pas douter qpe ces animaux , qui n'habitent ai^ounlliui qoe les terres flu «midi de notre oaptinent , n'existassent aussi dans les terres septentrionales de l'antre, et d#ns le même temps, car la terre étoit ^lemaircfaaude ou refroidie au mèmed^gré dans tous deux. Et ce n'est pas seulement dans les terres dn nord qu'on à trouvé ces dépouilles des animaux du midi , mais elles se trouvent encore dans tous les pays tempérés, en France, en Allemagne, en Italie, en Angleterre, etc. Nous avons sur celadq; monumeois auihemiqucs, c'est-à-dire des défenses

GIROOitll» tPOQDE.. 487

d'Mphaott c« d'aotret qMOMBt» de ces atti^

plasiairs provinces de l^Eon^

Ehns les temps précédeols^ees mèmeft tente sepicatiîoiialet étoieot TeeoQvertes par les eata^ dé b mer , lesquettes, par leor moovement, y ont produit les oièiiies effccs que partout i^leors ; elles tmt figàré les-coUines , elles les ont composées de coures horizoatales, elles ont déposé les argiles el les matières ealcairer en> forme de sédimeot; ear on trouve daos ces terres du nord; comme dans nos oontrées , les co^aillages et les débris des antres prodocâons marines enfouis à d'assez grandes profondeurs dans llntérieur de la terré; tandis que ee n'est. pom" ainsi dire qu'à sa superficie, c'est-à-dire à quelques pieds de profondeur, que Ton trouve les squelettes d'éléphants, de rMnoeéros, et les antres dépouilles des animaux terrestres.

D parott oième que des premiers anitnanx terrestres étoient, comme |es premiers animaux mafbs, pUis grands qb'ilsiie le sont aajourd'buL Nous avons parlé de ce» énormes dents carrées à pcmtes mousses qui ont appartenu à un animal phis grand que l'éléphant, et dont l'espèce ne subsiste plus : nous avons indiqué ces coquill^^ en volutes qui ont jusqu'à huit pieds de diamjfctre sur un pied d'épaisseur ; et nous avons vu de mèiQe des défenses, Ûe» dents , des omoplates, des fémurs tfél^rtiants d'une taille supérieure à celle des^éléphants actneHearait existants. Nous avons reconnu, par la comparaison immAKate djes dents màchdièries des bippq>otames d'aujourdliui avec les grosses dents qui nous sont venues detaSîbérie et du Canada, que les anciens hippopotames auxquels ces grosses dents on^ autreftâs appartenu étoient an moins quatre fois phis volumineux que ne le sent les hippopotames actuellement existants. Ces grands ossements et ces énormes dents sont des témoins subsistants de h grande Inrce de la nature éBM cesjùmMPS àgea. Mm, pour ne pas per objet principal , suivons nos éléphants dans leur marche pt)gressive du nord au midi.

Nous ne pouvons douter qu'apris avoir occupé les parties

468 tiES ÉPOOOES DE LÀ NATURE.

sepleBtribuales'^e la Rassis et de la Sibérie jusqQ*aa 60^ degré ■ , où Tou a trouvé leurs dépouilles en grande quantité ^ ils n'aient ensuite gagné les terres moins septentrionales, puisqu'on trott?e èncDre de ces mêmes dépouilles en Moscoyie, en Pologne, en Allemagne, en Angleterre , «en France, en Italie ; en sorte qu'à mesure que les terres du nord se refirôidissoient ces animaux cherchoient des terres plus chaudes; et il est dair qur tous les climats , depuis le nord jusqu'à Téquateur, ont successivement joui du degré dé chaleur conyeùable à teur nature. Ainsi, quoique de mémoire d'homme l'espèce de l'éléphant ne paroisse avoir occupé q«e Tes climats actutiièment le» plus chauds dans notre continent, c'est-à-dire les terres qui s'étendent à peu près à 20 degrés des deux cAtés de l'équateur , et qu'ils y paroissent confinés depuis plut^rs siècles, les monuments de leurs dépouilles trouvées dans toutes Jes parties tempérées de ce même continent cKmontrent qu>'ils ont aussi habité pendant ^tant de ëiècles les différents di- •mats de ee même continent ; d'al>ord du 60^ an ^ degré , puis du au 40^, ensuite du 40^ ao SO*, et du 30? au 20», enfin dû 20^ à l'équateur et aurdelà à la même distancé. On poorroit même présumer qu'en disant des recherdies en Laponie, dans les terres de l'Europe ^t de TAsie qui sont au-delà du 60^ degré , on pourroit trouver de même des défenses et des ossements d'éléphants, ainsi que des autres animaur du midi, à.moins qu'on. ne veuille supposer (ce qui n'est pas sans vraisemblance ) que , la surface de la teire étant rjéeUeiiMnt fùcore plus élevée en Sibérie que dans toutes les provinces qui f avoisinent du c6té du nord r ces mêmes terres de la Sibérie ont tté les premières aThandonnées par les eaux, et par conséquent lespremières où lesjanimaux terrestres aient pu s'éiablir. Quoi nu^'û en soit , il est certain que les éléphants ont técu , produit , multiplié 4>endant plusieurs siècles dans cette même Sibérie et dans Je nord de la llussie^ qu'^isuite ils ont gagné

■ On a trouvé cette année même (1776) des défenseï et de» OManents d'éléphants près de Saint-Pétersbonrg, qui, comme Ton sait, est à uis peu près 1008 cette btitude de 60 degrés.

CINQUIÈME tPOQm. 409

les terres da 60^ an 40" degré, et qu'iléy ont subsisté plus longtemps que dans leur terre natale, et encore plus long-lemps dans les contrées du au 30^ degré, etc., parce que le refMdiéstinerit sà^^ globe a toujours été plus lent» mesure que les climats se sont trouvés plus voisins dé V^^^ leur, tant par la plus foite épaissettr jd^^ grande cfaaleqr du solël. ' , ' V ' < iJî/i

Nous avons flié^ d*après Jios hypothèses , le premier tei^uit» goiiibie du commencement de nature vivante à irenfc-cinq où Crénte-six milte ans, à dater de la fo'rmation du globe, parce que ce n'est qu'à cet instant qu'on auroit pu commencér à le toucher sàns,^, brûler : en donnant vingt-cinq mille ans de plus pour acbevèr rouvrage immense de la construction 4e nos montagnes calcaires, pour leur figuration fdt èeiffiek éà^^ et rentrants, pour rabaissement des mers, pour les ravages îièsTolcansetpour lé dessèchement de la surface de la terre, poâs ne compterons qu'environ quinze fniBe ads^^is/te temps où. la terre, après avoir essuyé, éprouvé tant de boulc- Tmements et de changements, «'est enfin trouvée dans un état plus caime et assez fixe (jour que les causes de destrnc^ M fussent pas plus puissantes et plus générales que celles de la production. Qonnant donc quinze mille ans d'ancienneté à la i^tpre vivante, telle qu'elle nous est parvenue, c^est4*^re ipioze mille ans d'ancienneté aux espèces d'animaux terrestres nées dans li» terres du nord et aauellement existantes dans eell(|S^o midi, nous pourrons supposer qu'il y a peut-ètfe cinq mille ans que les éléphants sont confinés dans la zone torride, et quils ont séjourné tout autant de temps dans les climats qui forment aujourd'hui les zones témpérées, et peut-être autant dans les climats du nord, où ils ont pris naissance.

Hais cette marche régulière qu'ont suivie les plus grands , les premiers animaux de notre continent, parolt avoir souffert âes^tades dai^ l'autre, il est très certain qu'on a trouvé, £t ff est très proÙble qu'on trouvera encore, des défenses et des ossements d'éléphant en Canada , dans le pys dés Illinois , w Relique, et dans qtfdaues autres endroits* de rAmériquf

septentrionale; mab nous n'avons tiK»ine obaemtkm, aocnn monument qni nous indiquent le même feit pour les ierres de TAmMque méridionale. D'aillears fespèoe même de Téléphant qui s'est Conservi^ dans Tancien oontinent ne subsiste plus dans Tautre : non*senlement cette espèce ni aucune antre de toutes . celles des animaux terrestres qui occupent actuellement les terres méridionales de notre continent ne se sont trouvées dans les terres méridionales du Nouveau-Monde , mais même il paroft quils n'ont existé que dans les contrées septentrioi^àlés dé ce nouveau continent; et cela dans le même temps qu'ils existoient dans celle de notre continent. Ce fait ne démonttre-t4) pas que Fancien et le nouveau continent n'étoient pas alors séparés vers le nord, et que leur séparation ne s'est falite que postérieurement au temps de l'existence des éléphants dans l'Amérique septentriopalë, où leur espèce s'est probablement éteinte par le refroidissement , et à peu près dans le temps de cette séparation des continents, parce que les animaux n'auront pu gagner les régions de l'équateur dans ce nouveau continent comme ils l'ont fiiit dans l'ancien , tant en Asie qu'en Afrique ? En effet , si l'on considère la surhce de ce nouveau continent, on voit que les parties méridionales voisineè de l'isthme de Panama sont occupées par de très hautes montagnes : les éléphants n'ont pu fianchir ces barrières invincibles pour eux , à cause du trop grand froid qui se fait sepûr sur ces hauteurs; ils n'auront donc pas été au-delà des terres de l'isthme, et n'auront subsisté dans l'Amérique seplèhtrionale qu'autant qu'aura duré dans cette terre le degré de chaleur nécessaire à leur multiplication. Il en est de même de tous les autres animaux^jdes parties méridionales de notre continent; aucun ne s'est trouvé dans les parties méridionales de l'autre. J'ai démontré cette vérité par un si grand nombre d'ex^ples qu'on ne peut la révoquer en doute*.

Les animaux , au contr^re, qui peuplent actuellement nos régiona tempérées et froides se trouvent également dans les

• Voya lei trois Ditcourt sur les animaux dei deux oonflncBtt» dans lei totumet tulfiDts.

ClNQU^tME tPOOQK. 47t

ptrtks toptentrioDilea des d«ix contiiieiiU; Ui y iwt nés po^éricoreiBent mi premiers et 8*y sont conservés , pirce qye leur nature n'exige pas qne anssi grande chaleur. Les rennes ec les antres animaux qui ne peuvent subsi^er que dans les dimals les plus fimds^sont venus les demiers^et qui sait si, par succession de temps, lorsque la terre sera refr^ie, il ne paroltra pas de nouvelles espèces dont le tempiirament diffè^r rera de celui du renne, autant que la nature du renne diffère à cet égard de celle de Téléphant? Quoi qu'il en soit, il est certain qn*aueun des animaux propres ét particuliers aui terres méridionales de notre continent ne s^est trouvé dans les terres méridionales de Tautre , et que même , dan^ le nombre des animaux communs à notre continent et à celui de l'Amérique septentrionale, dont les espèces, se sont conservées dans tous tes deux , à peine en peut^n citer une qui soit arrivée à TAmérique méridionale. OHte partie du monde n'a donc pas été peuplée <;omme tontes les autres ni dans le même tempes; elle est demeurée pour ainsi dire isolée et séparéedu reste de la terre par la oser et par ses hautes montagnes. Les premiers animaux terrestres nés dans les terres du nord n'ont donc pu s'étabKr, par communication, dans ce continent méridional de F Améri((|De , ni subsister dans son continent septentrional ,qu'autant qu'il a conservé le degré de dHleur nécessaire à leur propagation ; et cette terre de l'Amérique méridionale, réduite à se^ propres fèrces ,^ n'a enfiainté que des animailx plus foihies et b^ucoup phis petits que ceux qui sont venus du nord pour peupler nos contrées du midi.

dto que les animaux qui peuplent aujourd'hui les terres du midi de notre continent y sont venus du nord , et je crois pouvoir l'affirmer avec tout fondéinent : car, d'une part , les monuments que nous venons d'exposer le démontrent; et, d'autre o6té, nous ne oyonoissons aucune espèce grande et principale^ actuellement sulmistante dans ces terres du midi, qui n'ait existé précédemment dans les terres du nord, puisqu'on y trouve des défenses et des ossements d'éléphants, des squelettes de rhinocéros, dés dents d'hippqKKames et des

tèCjes mmistrjieaMS de bœçfs , qui ont frappé par leur grandeur, et qull est plo^ que probable qn'on y a trouvé de même des , débris de plusieurs autres espèces moins remarquables; en sorte que si Ton veut distinguer dans les terres méridionales de notre continent les animaux qui y sont arrivés du nord, de ceux que cette même terre a pu produire par jses propres forces , on reconnottra que tout ce qu'il y a de colosàal et de grand dans la nature â été formé dans les terres du nord; et que si eblles de Téquateur ont prbduit quelques animaux , ce sont des espèees inférieures bien plus petites que les premières.

Mais ce qui doit faire douter de cetie production, c'est que ces espècès que nous supposons ici produites par les propres forces des terres méridionales de notre continent, ^uroîeni dû ressembler aux animaux des .terres, méridionales de notre continent , lesquels n'ont de même été produits que par la forcé de cette terre isplée: c'est néànmoins tout le contraire, car aucun des animaux de l'Am^ique méridionale ne ressemble asseraux unimaux des terresdu midi de notre continent pour qu'on puisse les r^rder comme de la même espèce- ifs sont,- pour la phipart, d'une forme si différente , que ce n'est qu aprts un long examen qu'on peut les soupçonner d'être les représentants de quelqu^-iins de ceux de notre continent OniÉte^Ufifenee de l'élépbant au tapir, qui cependanl est de tous le seul qn on puisse luicompare^ mais qui s'^n éloigne d^ beaucoup par la fi^re et prodigieusement par la grandeur! car ce tapir, c0t éléphant du Nouveau-Monde, n'a ni irompe ni défenses, et n'est guère plus gi'and qu'un âne. Aucun animal de rAmérique méridionale ne ressemble au rhinocéros , aucun à rhippopotame, aucun à la girafe : et quelle dîfBërence encore entre le lama et le chameau, quoiqu'elle soit moins grande qu'entre le tapir et l'éléphant!

L'établissement de la nature vivante, surtout de celle des animaux terrestres, s'est donc fait dans l'Amérique méridionale bien postérieurement â son séjour déjà fixé dans les terres du nord ; et peut-être la différence du temps est-dle de plus de quatre ou cinq mille ans. Nous avons exposé une i>artie

CINQUltME ÉPOQUE. 473

de8 fiÉks et desuraisoBs i|tti doivent faire pemer que le t!louimaTMoode, sortoat dam m partie» méAdionales, est aoe terre p>BS récemmeat peuplée qae celle deiiofrecçntmeiit; qoe biBatare bjen lôin d'y ^e d^^oérée par vétosté, y est aa contraire née«tard, et n'y a jamais existé avee les mêmes forces^ la même poissaiice activeque dans les contrées septeo^ trîonales ; car on ne peut douter^ après ce qui vient d'être dit ^ que lesffraiides et premi^ formations des êtres animés ne se soknt faites dans les terres élevées du nord , d'où elles ont successivement passé dans les contrées dn^nidi sous la même forme , et sans avoir rien perdu que suriesdimennons de leur grandeur. Nos éléphants et nos |iipp(^tames, qui nous par rcMSsent.si gros, ont eu des ancêtres plus grands dans les teoips qu'ils habitoient les terres septentrion^^ q& JIs ont laissé leurs dépouille^ : les cétacés d^aajojard'hui sont aussi moiu^gros quHls ne Téloient anciennement; mais c'est peut* être par une autre raison.

hd& baleines, lesgibbars^ molars^ cactdiots, narwals et autres grands eétaç^s, appartiennent aux mers septentrion^ies, tandis que l'on ne trouve dans les mers tempérées et méridionales que les lamantins^ les dugons, les marsouins, qui tous sont inférieurs aux premiers én grandeur. 11 semble dpnc, au premier coup d'eeil, que la nature ait opéré d'une mianière contraire et par une Accession inverse , puisque tous Jes plus grands animaux terrestressetrouventactuellement dans les contrées du midi, tandis q^e tous les plus grands animaux ' marins n'habitent que )es régions de notre pêïe. Et pourquoi ces grandes et presque monstrueuses espèces-paroissent-eUes confinées dans ces mers froidj^ Pf^ourquoi n'ont-elles pas gagné successivement, comme les éléphant^, les régions les plus diaudes? En un mot, pourquQi ne se trouvent-elle^ ni dans les mers tempérées ni daus celles du midi? car, à Texcéption de qmelques cachai qui viennent assez souvent autour des Âçores, et quelquefois échouer sur nos cAtes, et dont l'espèce parott la plus vagabonde de ces grands cétacés , toutes les aotres^sont demeurées et ont encore Jeur séjour constant

474 DES ÉPOQOES DE LA 11 ATUEE

dansks mm boréales desikn contkieiits. On a bien remarq«é, àtpm qn^m a coomencé ta pècbe on pkitôi la chaane de ces grands aniltiaai, qnUs ae sont rêliféadea endroiia oft lliQmmè alleit les inqméler. On a de plus (riMmé que ces premières bàleines , c'esl-à-dire celles que ro& pèchoit il y a cent doqiianle et deux cénis ans, éloientbeaoccMip plus grosses que celiês d^aujourdliui : (^Ùes avoient jusqu*! cent pieds de longueur, tandis que les plus grandes que Vm prend actui^ teraeht n'en ont que sotîante. On pourroit même expliquer d^une manière asset satMaisante les raisons de cette diffi£rence de grandeur; car M baleiner, ainsi que tous les autres cétacés , èt même U plupart des poissons , yWent , sans comparaison, bien plus long-temps qu'auiïun des aninîàui terrestres ; et dès lors leur entier aceroisiiement demande aussi un temps beaucoup plus long. Or, quand on a commencé la pèdie des baleines , il y a cent cinquante ou deux cenis ans, on a trouvé les plus âgées et celles qui avoient pris lettr entier a(icroissement; on les a poursuivies, chassées de préférence; enfin on les a détruiies, et il île reste aujourd'huidans les mers fréquentées par nos pécheurs que celles qui n'ont paa encore atteint tocrtés leurs dhnensioiis; car, comme nous l'avons dit ailleurs, nne baleine peut bien vivre mille am , puisqu'une carpe én vit phis de deut cènts.

La permanence dn séjour de ces grands animaux dans les mers boréales semble fournir une nouvelle preuve de la continuité des Continents vers les régions dé notre nord, et nous indiquer que cet état de continuité a subsisté long-temps; car m ces animaux marins , que nous supposerons pour un moment nés en même tem|)s que les éléphants , eussent trouvé la route ouverte, ils aqroient gagné les mers du midi, pour peu que le refroidissement des eaux leur èût été contraire; et cela seroit arrivé s'ils eussent pris naissance dans le temps que la mer étoit encore chaude. On doit donc présumer que leur existence est postérieure i celle des éléphants et des autres animaux qui ne peuvent subsister que dans les climats du midi. Cependant il se pourroit aussi que la difKrence de température fût pour

ciRouiim «POQUC m ■iwi iirr wiifff rrnfr nn lirmirnup ihnini imiiWr int inimun a^oatkiii» ipi^m amoMn terres^. Le froid et le chaud sur U smfîce de la teire et de b mer «livent k la Vérité Tordre des ctimats, et la cl^aienr de riàtériewr do gl(^ eit la même dans lesehi de la mer et dans celui de la terre à la jnème profondeur ; mais les variatmiè de température, qui sont si grandes à la turéacede la terre, sont beaucoup moindres, et presque Bulles , i quehiues. loises de profondeur, sous les eaux. Les injures d^ r«r ne s'y font pas sentir, cC ces grands cétacés ne les éprouvent pas, ou du moins peuvent s*al garantir : d'ailleurSi par la nature même de leur organisation^ ils paroisseot êtf« phitèt mufus contre le que contre la grancle chaleur; car qumque leur sang soit à peu près ausot chaud que celui des ' ammaux qùadrupèdes , Ténorrae quantité de lard et d'huile qui recouvre leur corps^ en les'privant du sentiment vif qu'ont les autres animaux , les défènd en même temps de toutes les impressions extérieures : et il est à présumer qulls restent où ils sent , parce qu'ils n'ont pas le même sentiment qui pourroit les conduire vers une température plus douce, ni l'idée de se trouver mneux'^iHenrs; car il faut de Tinstinct pour se mettre à son aise, il eu but pour se déterminer i dianger de demeure^ et il y a dcSi animaux, et même des hommes , éi bruts, qu'ila préflteilt de languir dans leur ingrate terre natale i la peine qtfihftiudroit pretidre pour se gtter plus commodément ailleurs^ 11 est donc très prfrfMd>le que ces cacbalols que nous

> Je puis en citer uo exemple frappant :. les Maillés, petite nation sauvage is la^ulane, à peii de dirtaoce de Pembouchùre de la rivière Ouassa , n*ODt pas d^otre domidle que les arbres, au-dessus desquels ils se tiennent tonte l^anpée, parce que leur terrain est toujours plus pu moins couvert d'eau; Us ne descendent de ces art>res que pour aller en canots ChehÂier leur subsistaboe. VoUà un siosulier exemple du stupide attachement à la terre naUle; car il ne tiendrait qu*4 ces sauvages d'aller comme les autres habiter sur la terre, ea s'Munant de quelqiiès Beues des savanes noyées où Us ont pris uaitsinceet où Us veulent meurlr. Ce fait, dté par qwelqnes voyageors,m'a été confirmé par phuieuntémoms, qui oùt vu récemment cette petite natàm, cttaposée de tmos ou quatre cents sauvages : ils se tiennent en éffti sur les arbres au-dessus de rean. Us y,demera«nt toute ramife; lenr terrain eut une grande nappe d'eau pendant les huit ou neuf mois de pluie ; et, pendant les quatre mois d'été, Uterre n'est qu'one boue fangeuse , sur laqueUeUse

vtffoos de taaps ta temps arrhrer des mert sepCeelrioiiales 8or DM côtes, ne 86 décident pas à fsm œ royage pour jon* d'âne température plus douce, .mais qolls y sont détemiBés par les coloiiiies de harengs, de maquerean eid^antres peiks poliaoïis, qvlls sairent et avalerit par milliers >.

Toutes ces coosidératîoiis doos font présumer que les ré- (pons de notre nord, smt de la Aier, soit delà terre, cet nonseulement été les premières fécondées, mais que c'est encore dans ces mêmes régions que la nature vivantes'est élevée à ses plus grandes dimenskifis. Et comment expliquer cette supériorité de force et cette siîpérkiritëde formation donnée à cette ^ région du nord exclusivement à foutes les athres parties de la terre? car noos^ voyons par ^exemple de FAmérique méridionale, dans les terres de laquelle ii ne se trouve que de petits animaux , et dans les mers le seul lamantin ^ qui est aussi petit en comparaison de la baleine que letapir Test en comparaison de réiéphant ; nous voyons , dis-je , par cet exemple frappant , que la nature n*a Jamais prodoit dans les terres du midi des animaux comparables en grandeur aux animaux du nord; èC nous voyons de même , par un second exemple tvé des monuments, que, dans les terres méitdionales de notre continent, les plus ^nds animaux sont ceux qui sont vmus du nord , et que sll s'en est produit dans^ ces terres de nptre midi , ce ne sont que des espèces très inférieures aux premières en grandeur et en force. On doit même croire qull ne s'en ést prckluit aucune dans les terres méridionales de Tancién continent ; quoiqu'il s'en soil formé dans celles du nouveau ; et. vôici les motift de cette présomption.

Toute production , toute génération , et même tout accroissement^ tout déveioppeinent , supposent le concoui^ et la réu-

forme une petite croûte de cinq on six pouoet d^iigear, composée dlierbes plutôt que de terre , et soiu lesquellet oo trouve uoe graiide épaitleur d'en croupimiile et fort iofècte. (^i/d.

* fUm n'igooroos pas qu'en général lee cétacés ne te tiennent point aud0U du 78 ou 79^ d^^ré, et nous savons qu'ils ^lescendent en hivâ* S quelques degré* au-dessous ; mais Ut ne viennent jamais en nombre dant les mart tempéréet Ou chaudes.

GINOOltME ÉPOQUE. 477

nion d'une gran^ quantité de moléeales cliniques vivantes; ces ipolécales , qui animent tous les corps organisés , sont suc* ces«ir«ment employées à la nutrition et à la génération de tops les êtres. Si toot^à coup la plus grande partie de ces ètfes étoit supprimée, on venroit pareltre des espèces nouvelles, parce que ces molécules organiques , qui sont indestructibles et toujours actives, se réuniroient pour coœi)oser d'autres corps organisés; mais étant fièrement absorbées par les moules intérieurs des êtres eiistants, il ne peut se foi;mer d'espèces nouvelles, du moins. dans les premières classes de la nature, telles que celles des grands animaux. Or ces grands animaux sont arrivés du nord sur les tetres du midi ; ils s'y sont nourris , reproduits, multipliés, et ont par conséquent absorbé les molécules vivantes , en sorte qu'ils n'en ont point laissé de superflues qui auroient pu former des espèces nouvelles; tandis qu'au contraire dans les terres de l'Amérique méqdionale, o^ les grands animaux dvL nord n'ont pu pénétrer, les mofécidea organiques vivantes ne se trouvant absorbées par aucun moule animal déjà subsistant , elles se seront réunies pour former des espèces qui ne ressemblent point aux autres, et qui toutes sont inkrieures , tant par la force que par la grandeur, à celles des apimaux venus du nord.

Ces deux formations , quoique d'un temps dîFFêrent ^ se sont fiiites de la n^ème mapîère et par les mêmes moyens; et si les premières sont supérieures â tous égards aux dernières, c^est qge la fécondité de la terre, c'est-à-dire la quantité de la matière t)rganique vivante t étoit moins abondante dans ces cli^ mats méridionaux que dans celui du nord. On peut en donner la raison , sans la chercher ailleurs que dans notre hypothèse; car toutes les parties aqueuses, huileuses et ductiles, qui dévoient entrer dans la composition des êtres organisés, sont tombées avec 1^ eaux sur les parties septentrionales du gkbt bien plus tôt et en bien plus grande quantité que sur les parties méridionales. C'est dans ces matières aqueuses et diictiles qi^e Içs molécules organises vivantes ont commencé à exercer leiur

47S Dta fl'OOUES DE LA NATORE.

piiisa9HM« |NW mdder et dévelof^ CM^^vusés ; et

cooMMlet noiéculee organiqaet ne sont prodailes qoe par la duteior sar les matières ductiles, elles étoîent aussi plas aboQdhnies dans les terres dn nord qu'elles n'oot pu Tétre daos les terres du midi, où ces mêmes matières étpient en moiodre quantité : il n'e^ pas étonnant que les pranières, les plus fortes et les plus grandes prodoctidns de la nature virante se soient ftites dans œs mêmes ^terres du nord ; tandis qoe dans celles de Kéquateur, et particulièrement dàns ceHes de l'Amérique méridionale , où la quantité-de ces mêmes matières ductiles étoit bien moindre, il ne s'est formé que des espècea inférieures plus petites et plus foibles que celles des terres du nord<

Maïs revenons i l^objet principal de notre époque. Dans ce même temps où les éléphants habitoient nos teiires seplentnonales, les aabres et les plantes qui couvrent actudlemenl nos contrées méridionales existoient' aussi dans ces mêmes terres du nord. Les monuments semblent le démontrer; car tonles les impressions bien avérées des plantes qu'on a trouvées dans nos ardoises et nos charbons présentent la figure de plantes qui n'existent actuellement que dans les granctes Indes ou dans les autres parties du midi. On (KNirra m'objecter, malgré la certitude du foit par l'évidence de ces preuves, que les arbres et les plantes n'ont pu voyager cdmme les animaux , ni par conséquent se transporter du nord au midi. A cela je réponds, 1* que ce transport ne s'est pas foit tout à coup , mais soecessivement : les espèces dé végétaux se sont semées de proche en proche dans les terres dont la température leur devenoit convenable; et ensuite ces mêmes espèces, après avoir gagné jusqu'aux contrées de l'équateur, auront péri dans celles du nord , dont elles ne ponvoient plus supporter le froid. S*^ Ce tnm^port on plutôt ces accriies successives de bois ne sont pas même nécessaires pour rendre raison de l'existence de ces végétaux dfhs les pays méridionaux; car en gépéral la même tèmpératuré« c'est-à-dire le même degré de chaleur, produit

GlIfOUlillB ÉPOODB* »

|K jrloQt les mtem ^otcttans qu'ellesy tiolété traaspbriéci. La popalatipn des terres mérkKonales' par |^ végétaux caC donc encore plus simple que parlesanimaax.

Il reste celle de Vhomme : a-t-elle été contemporaine à œUe des animaoi? t>es moiîft niajenrs et des raisons très solides se j(Mgnent ici.poar prouver qu'elle s'est fûle postérieurcflient à toutes nos époques^ et que rhomme est en effet le gmd et dernier oeuvre de la eréatiofi. On ne manquera pas de nous dire que l^analogie semble démontrer que Tespèce humaine a suivi la même marche et qu'elle date du même temps que les autres espèces ; qu'elle s'est même plus umversellemaiu répandue, et que, si l'époque de sa (création est postérieure i celle des animaux , Hen ne prouve que l'homme n'ait pas au mohis subites mêmes Imsde la nature, les mêmes altérations, les mêmes changements. NoCis conviendrons que l'espèce humaint ne diffère pas essenticHementdes autres espèces par ses Acuités corporelles, et qu'à cet égard son sort eût été le même à peu près que celui des autres espèces : mais pouvons - noua douter que nous ne différions prodigieusement des aniraaus par le rayon divin qu'il a phi au souverain Être de nous départir? Ne voyons-nous pas que dans l'homme la matière est conduite par l'esprit? U a donc pu modifier les effets de la nature; il a trouvé le moyen de résister aux intempéries des climats; il a créé de la chaleur, lorsqile le froid Ta détruite : la découverte et tes usages de l'élément du fcu, dus i sa seule intelligence, l'ont rendu plus fort et plus rc^Miste qu'aucm des ammaux, et l'ontmisen état de hraver les tristes effets du refroidissement. D'autres arts, c'est-à-dire d'autres traits de son intelligoAce, lui ont fourni des vêtements, des armes, et bientôt i) s'est trouvé le maître du domaine de la terre : ces mêmes arts lui ont donné les^ moyens d'en parcourir toute la mmhm et des'babituer par^Mit, parce qu'avec plus ou moins de pr^ cautions tous lesdimats loi sont devenus pour amsi dire ignx. Il n'est doqe pas étonnant que , q^uoiqu'll n'exisle^ aucun dea animaux du midi jde itotre continent dan^ l'autre, Vbmmt seul, c'est-à-dire son espèce, se trouve également dans cecie

m DES «POQHKS DE lA tîAtURE.

terre bolée de rAmèrique méridionafe qui parott n'aroir èn aucune part aux premières formations des animaux ^ et aussi dans toutes les parties* froides ou chandes^de la smfs€e de la terre : càr , quelque part et qu^que loin que Ton ait pénétré depuis la perfection de Tart de lé nayigatîon , rhomme a trouvé partout des hommes; les terres les plus disgraciées, les tto les plnâ isolées, les plus éloignées des continents, se sont presque toutes trouvées peuplées; et Von ne peut pas dire que ces hommes, tels que ceux des tl» Marianes, ou ceux d*Otahiti et des autres petites lies situées dans le milieu des mers à de ai grandes distances de toutes terres habitées, ne soient néanmoins des hommes de notre espèce, puisqu'ils, peuvent produire avec nous , et que les petites différence»» qu'on remarque dans leur nature ne sont que de légères variétés causées par rinfluence du climat et de la nourriture.

Néanmoins, si Ton considère que Thon^me, qui peut se munir aisément contre le -froid , ne peut au contraire se défendre par aucun moyen contre la chaleur trop grande, que même il souffre beaucoup dans lès climats que les animaux du midi cherchent de préférence, on aura une raison de plus pour croire que la créatioo'de Thomme a été postérieure à celle de ces grands animaux. Le souvrain Être n'a pas répandu le soufBe de la vie dàns le même instant sur toute la surface de la terres il a commencé par féconder les mers, et ensuite les terres les plus élevées ; et it a voulu- donner tout le temps nécessaire à la terre pour se consolider, se refroidir, sedécouvrir, se sécher, et arriver enfin à Tétat de repos et de tranquillité où rhomme pouvoit être le témoin intelligent, Tadmirateur paisible du grand spectacle de la nature et des merveilles de la création. Ainsi nous nous sommes persuadés , indépendamment de rautorité des Kvres sacrés, qiie Thomme a été créé le dernier, et qu'il n'est venu prendre le sceptre de la terre que quand eUe s'est trouvée digne desonempire.H parott néanmoins que son premier s^our a d'abord été., comme celuf des animaux terrestres, dans les hautes terres de TAsie; que c'est dans^ mêmes terras où sont nés les arts de premièrê

CIN^UIJÈIIË ÉPOQUE. 461

nécettité , et bieotôt après les sciences ^ également nécessaires à l'eieitice de la puissance ^e Thomme, et sans lesquelles il n'auroit pu former de sociéié, ni compter sa vie, ni commander aux animaux , ni se servir autrement des végétaux que pour les brouter. Mais nous nous réservons d'exposer dans notre dernière époque les prindpaux foits qui ont rapport à r&îstoire des premiers bomities.

«JFFoif. m. 31

Longue s'est faite la séparation des continetùs.

Le, tmp8 de la séparation des coDtinents est certamement postérieur au temps où les éléphants babîtoient les terres du nord, puisqu^alors leur espèce étoit également subsistante en Amérique , m Europe et en Asie. Gela nous est démontré par les monuments qui sont les dépouilles de ces animaux trouvées dans les parties septentrionales du nouveau continent , comme dans celles de Tancien. Mais comment est-il arrivé que cette séparation des continents paroisse s^ètre faite en deux endroits par deux bandes de mer qui s'étendent depuis les contrées septentrionales, toujours en s^élargissant, jusqu'aux tx)ntrées les plus méridionales ? Pourquoi ces bandes de mer ne se trouvent-elles pas, an contraire, presque parallèles à Téquateur , puisque le mouvement générait des mers sè fait d'orient en occident ? N'est-ce pas une nouvelle preuve que les eaux sont primitivement venues des pMes, et qu'elles n'ont gagné les parties dé l'équateur que successivement ? Tant qu'a duré la chute des eaux , et jusqu'à l'entière épuration de l'atmosphère, leur mouvement général a été dirigé des pôles i Féquateur ; et comme elles venoient en plus grande quantité du pôle austral , elles ont formé de Tastes mers dans cet hémisphère , lesquelles vont en se rétrécissant de plus en plus dans l'hémisphère boréal , jusque sous le cercle polaire ; et c'est par ce mouvement dirigé du sud au nord , que les eaux ont aiguisé toutes les pointes des continents : mais, après leur entia^ établissement sur la surface de la terre, qu'elles surmontoiént partout de deux mille toises , leur mouvement des pôles ^ l'Equateur ne se sera-t-il pas combiné, avant de cesser ^ avec le mouvement d'orient en occident? et lorsqu'il a cessé tout-âfail , les eaux entraînées par le seul mouvement d'orient en occident n'ont-elle^pas es(^pé tous les revers occidentaux des continents terrestres , quand elles se sont successiremeni

SIXIÈME £POQ0E. 493 «baissées ? et epfin n'est-ce pas après le«r reiraite qae toos les coDliûents ont paru , et que leurs contours oui pris leur dernière forme ?

Nous observerons d'abord que Tétendoe des terres dans lliémisphère boréal, en le prenant du cercle polaire à féquateur, ést si grande en comparaison de Fétendue des terres prises de même dans Thémisphère austral, qu'on pourrait regardèr lè premier comme l'hémisphère terrestre » et le second comme Thémisphère maritime. D'ailleurs il y a si peu de distance entre les deux continents vers leé régions de notre pôle, qu'on ne peut guère douter qu'Us ne fassent continus dans les temps qui ont succédé à la retraite des eaux; Si TEuropé est aujourd'hui séparée du Groenland, c'est probablement parce qu'il s'est fait un affaissement considérable entre les terres du Groenland et celles de Norwègeet de la pointe de rÉcosse, dont les Orcades, l'Ile de Schetland , celles de Féroé, de llslande, et de Hola , ne nous montrent plus que les sommets des terrains submergés ; et si le continent de l'Asie n'est plus contigu I celui de l'Amérique vers le nord , c'est sans doute en conséquence d'un effet tout semblable. Ce premier affaissement que les volcans de l'Islande paraissent nous indiquer a non-seulement été postérieur aux aflaissements des contrées dé l'équatèur et i la retraite des mers , mais postérieur encore de quelques siècles à la naissance des grands animaux terrestres daps les contréeli septentrionales; et l'on ne peut douter que la sét^iration des continents vers le nord ne soit d'un tepops assez moderae en comparaison de la division de ces mêmes continents vers les parties de Téquateur.

Nous présumons encore que, non-éeulement le Groenland a été jointe la Norwège et â rfcosse, mais au^ que le Canada pottvoit l'être à l'Espagne par les bancs de Terre-Neuve, les Âçores et les autres Ues et hauts-fonds qui se trouvent dans cet intervalle dè mer; ils semblent nous présenter aujourd'hui les sommets les plus^élevés de ces terres affaissées sous les eaux. La subniersion en est peut-être encore plus moderne que celle du continent de llslande, puisque la tradition parott s'en être

484 DES ÉPOgUES DC LA NATDRE.

çoDservée ; rhistoire de Ttl^ Atlantide, rapportée par Diodore et Ptaton , De peût s^appligaér qu'à une très grande terre qui s'étendoit fort au loin à roccident de TEspagne ; cette terre Atlantide étoit très peuplée, gouyernée par des rois puissants qui commapdoient à plusieurs milliers de combattants, et cela nous indique assez positivement le voisinage de TAmérique avec ces terres Atlantiques situées entre les deux continents. Nous avouerons néanmoins que la seule chose qui soit ici démontrée par le fait, c'est que les deux craiio^ti étoient réunis dans le temps de Texistence des éléphants dans les contrées septentrionales de Tun et de Tautre; et il y a, selon moi , beaucoup plus de probabilité pour MVé,e$f^6aébt de FAmérique avec TAsie qu'avec TEurope. Void II» téàti^lÙm observatipns sur lesquels je fonde cette opinion. \:' -»

1^ Quoiqu'il soit probable que les terres du Groenland tiei^nent à celles de l'Amérique, Ton n'en est pas assuré ; car cette terre du Groenland en est séparée d'abord par le détroit de Davis, qui ne laisse pas d'être fort large, et ensuite par la baîc^ de Baffin, qui l'estencore plus, et cette baie s'étend jusqu'au 78^ degré ; en sorte que ce n'est qu'au-delà de ce terme que le Groenland et l'Amérique peuvent être contigus.

T Le Spitzberg parolt être une continuité des terres .de k côte orientale du Groenland, et il y a un assez grand intervalle de mer entre cette côte du Groenland et celle de la Caponie : aii^i l'on ne peut guère imaginer que les éléphants de Sibérie ou de Russie aient pu passer au Groenland. Il en est de même de leur passage par la bande de terre que l'on peut supposer entre la Norwègè, TÉcosse, l'Islande et le Groenland : car cet intervalle nous présente des mers d'une largeur assez considérable ; et d'ailleurs ces terres , ainsi que celles du Groenland , sont plus septentrionales que celles où l'on trouve les ossements d'éléphants , tant au Canada qu'en Sibérie : il n'est donc pas vraisemblable que .ce soit par ce chemin, actuellement détruit de fond en comble, que ces anim^iux aient communiqué d'un continent à Tautré.

3^ Quoique la distance de l'Espagne au Canada soit beau-

SIXIÈME fPOQDR. 485

coQp plos grande qiMf celle de TÉcosse au Grœfiland , cette roate me parottroH la plus naturrilë de toutes , si nous étions forcés d'admettre le passage des éléphants d'Europe en Amé- ^ rique : car ce grand intervalle de mer entre l'Espagne et les terres voisines du Canada est prodigieusement raccourci par les bancs et les Iles dont il est semé; et ce qui pourrait donner quelque prob^faitité de phis à cette présomption, c'est la tradUlon de la submerstop de TAtlaotide;

3^ L'on voit que de cesirois cheniin8, les deqx premiers paraissent impraticables , et le dornier si long , qu'il y a . peu de VEaîsemblance que les éléphants aiént pu passer d'Europe • en Amérique. En raèniie temps il y a des raisons, très fortes qui me portent il croire (;pie cette communication dés élépbapts d'un continent à l'autre a dû se faire par les contrées septentrionales de l'Asie, voisines de l'Amérique. Nous avons observé qu'en général toutes les c6tes, tontes les* pentes des tçrres, spnt plus rapides vers les mers à l'occident, lesquettes, par cette raison, sont ordinairement plus profondes que les mers à l'orient Nous avons vu qu'au contraire tous les contiuents s'étendent en longues pentes douces vers ces mers de^ l'orient. On peut donc présumer avec fondement que 1^ mers orientales au-<leli et au-de^s de Kamtschatka n'ont que peu de profondeur ; et l'on a déjà reconnn qu'elles sont semées d'une très grande quantité d'Iles, dont quelques-unes forment des terrains d'une vaste étendue ; c'est un archipel qui s'étend depuis Kamtschatka jusqu'à, moitié de la distance de l'Asie à l'Ajnérique , seus le 60^ d^^, et qui Semble y toucher sous le cerclé polaire par les tles d'AnacUr et pat* là pointe du continent de l'Asie. '

D'ailletu*s les voyageurs qui ont également fréquenté les cètes occidentales du nord de l'Amérique et les terres orientales depuis Kamtschatka jusqu'au nord de célte partie de l'Asie conviennent que les naturels de ces deux contrées d'Amérique et d'Asie se ressemblent si fbrt, qu'on ne peut guère douter qu1l« ne soient issus les uns des autres : non-seulement ils sq ressemblent par la taille, par la forme des trails, la coujeuç

des cheveax , et la eonformation du corps et des membres , mais encore par les moeurs et même par le langage. Il y a donc 9 une trës grande probabilité que c'est de ceâ terres de T Asie que TAmérique a reçu ses premiers habitapts de toute espèce, à moins qu'on ne voulût prétendre que les éléphants et tous les autres animaux , ainsi que les végétaux , ont été créés en grand nombre dans tous les climats où la température pouvoit leur convenir ; supposition hardie et plus que gratuite ^ puisqu'il suffit de deux individus ou même d'un seul , c^est-à-dire d'un on dbux moules une fois donnés, ^t doués de la fecultéde se • reproduire, pour qu'en un certain nombre de siècles la terre se soit peuplée de tous les êtrés oi^nisés dont la refuroduction suppose ou non le concours des sexes.

En réfléchissant sur la tradiction de la submersion de l'Atlantide, il m'a parù que les anciens Égyptiens, qui nous Tant transmise , avoient des communications de commerce par le Nil et la Méditerranée jusqu^en Espagne et en Mauritsmie, et que c'ést par cette communication qu'ils auront été informés de ce fait, qui, quelque grand et quelque mémorable qu'il soit, ne seroit pas parvenu à leur connoissance s'ils n'étoiènt pas sortis de leur pays , fort éloigné du Ueu de l'événement. U sembleroit donc que la Méditerranée et même le détroit qui la joi^t à rOcéan existoient avant la submersion de l'Atlantide t néanmoins l'ouverture du détroit pourroit bien être de la même date. Les causes qui ont produit TafFaissement suivit de cette vaste terre ont dû sYtendre aux environs^ la même commotion qui l'a détruite a pu faire écrouler la petite portion de montagnes qui formoit autre^is le détroit ; les treHiblements de terre qui , même de nos jours, se font encore sentir si violemment aux environs de Lisbonne, nous indiquent assez qu'ils ne sont que les dermers effets d'une ancienne et plus puissante cause , h laquelle on peut attribuer Talfaissement de cette portion de montagnes.

Mais qu'étoit la Méditerranée ^vaût^ la rupture de cette barrière du côté de l'Océan, et de celle qui fèrmoit le Bosphore à son autre extrémité vers la mer Noire?

SIXIÈME ÉPOQUE. 187 Pour répondre à cette question d^one manière satisfoisantè, il fiiat réunir sons on même çoap d'(£tl TAsie^ l'Europe et TAfriq^, ne lee regarder que comme un seul continent^ et ^ ^ représenter la forme en relfeFde la surface de tout ce continent, avec le cours de ses fleuves : il est certain que ceux qui tombent dans le lac Aral et dans la mer Caspienne ne fournissent qii*aotant d'eau que ces faos en perdent par Févaporaiîon; il est encore certain que la mer Moire reçoit^ en proportion de son étendue, beaucôup plus d'eau par les fleuves <iue n'en r^it la Méditerranée : aussi la mer Noire se décbargé-t-elle par le Bosphore de ce qu'elle a de trop, tandis qu'au contraire la Méditerraùée, qui ne reçoit qu'une petite quantité d'eau par les flenyes, en tire de FOcéaû et de la mer Noire. Ainsi, malgré x:ette comoronication avec l'Océan, la mer Méditerranée et ces autres mers intérieures ne doivent être regardées que comme des lacs dont l'étendue a varié , et qui ne sont pas aujourd'hui tels qu'iU étoient autrefois. La mer Caspiome devoit être beaue(^ plus s^rande et la Méditerranée plus petite avant l'ouverture des détroit^ du Bosphore et de Gibraltar; le lac Aral et la Caspienne ne f assoient qu'un seul grand lac, qui étott le^réceptacle commun du Wolga, du JaSk^ du Sirderoias, de l'Oxus, et de toutes les autres éaux qui lie pouvoient arriver à l'Océan : ces fleuves ont amené siiccessiyeipent les limons et les sables qui séparent aiqourd'hni la Caspienne de FAral; le volume d'eau a diminué daçs ces fleuves à mesure que les montagnes dont ils entraînent les terres ont diminué de hauteur : il est donc très probaUe que ce grand lac, qui est au centre de l'Asie^ étoit anciennement encore plus grand , et qu'il communiquoit avec la mer Noire avant la rupture du Bosphore ; car dans cette supposition , qui me parett bien fondée ^ la mer Noire, qui reçoit aujourd'hui

^ < Ea parcourant, dit M. PaUas, les immenses désert» qui s'étendent entre le Wolga, le Jaîk, la mer Caspienne et le Don, j'ai ronanpié que oes steppes^ ou déserts sablonneux, sont de toutes parts envintmiés d'une côte élevée, qui embrasse mie grande partie du Ut du Jaîk, dn Wolga et du Don, et que ces rîTières, très profondes avant que d^avoir pénétré dai)8 cette enceinte, son^

486 DES ÉPOQUES i)E LA NATURE.

plus d'eao qu'elle ne jNmrroit en perdre par l'^vaporatioii, étant alors jointe avec la Gaspienne, qui n'en reçoit qu'autant qu'dle ea perd, la surfttee de ces^deuxmers réunies étoit assez étendue pour que toutes 1e^ eaux émanées par les fleuves fussent enlevées par révaporation. "

. D'aiileursle Don et le Wolga sont si voisins Tun de Tautre au nord de ces deux mers ^qu^m ne peut guère douter qu'elles pe fùssent réunies dans le temps où le Bosphore encore fermé ne donnmt leurs eaux aucune issue vers la Méditerranée : «nsi celles de la mer Noireet de ses dépendances éu^talprs répandues sur toutes les terres basses qui avoisioent le Don , le Donjec , etc., et cellelBi de la mer Claspiame couvrdent les terres voisines du Wolga, ce qui fiinrmoit un lac plus long que large, qui réunissoit ces deux mers. Si Ton compare Vétoidue actuelle du lac Arâ, de la mer Caspienne et de la mer Noire, avec rétêndue que nous leur supposons dans le temps de leur continuité , c'est-à-dire avant l'ouverture du Bosphore, on serà convaincu que la surface de ces eaux -^ant alors plus que double de cè qu'elle est aujourd'hui, l'évaporatton^ule suiBscât pour ea maintenir l'équilibre sans débordement.

€e bassin, qui étoit alors peut-être aussi grand que l'est acgourd'hni celui de la l^féditerranée, recevoit et contenoitles eaux de tous les fleuves de l'intérieur du continent de l'Asie^ iestpelles, par la position des montagnes, ne pouvoient s'écouler d'aucun côté pour se i*endre dans l'Océan : ce grao^d bassin étoit le réceptacle commun des eaux du Danube, du Don, du Wolga , du Jaik , du Sii^deroias , et de plusieurs antres

remplies d'Iles et de bas-fDods dès qu'elles conuçenoeDt à tomber dans les steppes, où la grande rivière de Kuban va se perdre elfe-méme dans les sables. De ces observatioas réuniés, je conclus que la mer Ckupiènne a cou-^ yert autrefois lous^es déserts; qu'elle o'a eu aocienneineDt d'antres bords que ces mêmes côtes élevées qui les environnent de toutes parts, eC qu'elle a communiqué, moyen du Don, avec la mer Noire, supposé même que èette mer» ainsi que celle d'Azoff, n'en ait pas fiiit parée. >

M. Pallas est sans cofttredît l'un de nos plus savanu naturali^; et c'est avec la phis granc^ satis£wtion que je le vois ici entièrement dé mon avis sur l'ancienne étendue de la mer Caspienne, et sur la probabilité Uen fmdée ffu'elle oommuniquoit autrefois avec la mer Noire. ( Add. Buff. )

SIXIÈME ÉPOQUE. ,489 fWièies tfès considérables qui arriveiu â ces fleuves, oa.qtû tombent îmmédiiateineQl dam ces jners intérieures. Ce basnn^ situé au OQjBtre diii continent , recevoit les eaux des terres de j l'Europe dont Içs pentessontiUrig^ vers le cours du Danube, c'est^-dire de la plus grande partie de TAIIemagne, delà Moldavie, de l'Ukraine et de la Turquie d'Europe; il recevoit deménie les eaux d\uie plus grande partie des terres de l'Asie au nord , par le Don> leDoi^jec , le Wolga , le Jaîk , etc., et an midi par leSirderoias et i'Oxus, cequi présente une trè$^ vaste étendue de terre dont toàtes les eaux se versoient daîis ce réceptacle commun; tandis que le ba^in de la Méditerranée ne recevoit alors que .celles du Nil, du Rbtoe, du Pô«tde quelques autres rivières : de sorte qu'ai comparàat l'étendue des terres qui fournissent les eaux à ces démiers fleuves , cm recoonottra évidemment que cette étendue est de moitié plus petite. rSous sommes donc bien fondés à présumer qu'avant la rupture du Bosphore et celle du détroit de Gibraltar, la mer Moire réunie avec la mer Gaq^ienne et l'Aral formoitun bassin d'une étendue double de ce qu'il en reste; et qu'au contraire la Méditerranée étoit dans le même tempsde moitié plus petite qu'elle ne l'est a<:Ùourd*hui. v ' *

Tant que 1^ barrières du Bosphore et de Gibraltar oïit subsisté, la Méditerranée n'étoit donc qu'un lac d'assez médiocre étendue, dont révaporatioa sursoit à la recette des eaux du Nil, du Rhône et des autrés rivières qui lui appartiennent; rw» en supposant , comme les traditions semblent l'indiqtier , que le Bosphore se soit «ouvert le firemier^ la Méditerranée aura dès-lors considérablement augmenté, et en mèmeproportîpn que 1^' ba^io' supérieur de la ma* Noire et de la Oa»* pienne aura diminué. Ce grand effet n'a rien que de très naturel : car les es^x xle la lùer Noire , supérieures à ceHes de la Méditerranée, agissant conttnuellemént par leurs poids et par leur mpuvement contre les terres qui formoient le Bosphore, ellés .les auront minées par la ba^e, elles en aurooi attaqoé les endroits les plus (bibles; ou peut-être auront-elles été amenées par quelque afiaissement causé par un trembie-

ment de terre, et s'éunt qne fois ouvert celte issue ^ elles auront inondé foutes les terres inférieures, et causé lé plus ancien déluge de notre continent : car il est nécessaire qoe cette rupture du Bosphore ait produit tout à coup une grande inondation permanente, qui a noyé, dès ce premier temps, toutes les plus basses terres*de la Grèce et des provinces adjacentes; et cette inondation s'est en même temps étendue sur les terres qui environnoient anciennement le bassin de la MédKerranée, laquelle s*est dès-lors élevée de plusieurs pieds, et aura couvert pour jamais les basses terres de son voisinage, eucore plus du côté de TAfrique que de celui de FEurope : car les côtes de la Mauritanie et de la Barbarie sont très basses en comparaison de celles de FEspagne^ de la France et de Tlialie, tout le long de.cette mer. Ainsi le continent a perdu en Afrique et en Europe autant de terre qu'il en gagnoit, pour ainsi dire, en Asie, par ta retraite des. eaux entre la mer Noire, la Caspienne et TAral.

Ensuite il y a eu un second déluge lorsque la porte du détroit de Gibraltar s'est où verte; les eaux de TOcéan ont dô produire dans la Méditerranée une seconde augmentation, et ont achevé d'inonder les terres qui n'étoient pas submergées. Ce n'est peut-être que dans ce second temps que s'est formé le golfé Adriatique, ainsi que la séparation de la Sicile et des antres lies. Quoi qu'il en soit ; ce n'est qu'après ces deux grands événementsque Féquilibre de ces deux mers intérieures a pu s'établir, et qu'elles ont pris leurs dimensions à peu près telles^^ne nous les voyons aujourd'hui.

Au reste, l'époque de la séparation des deux grands continents, et même celle de la rupture de ces barrières de l'Océan et de la mer Noire , paroissent être bien plus anciennes que la date des déluges dont les honiilies ont conservé la mémoire : celui de Dcucalion n'est que d'environ quinze cents ans avant Tère chrétienne, et celui d'Ogygès de dix-huit cents aiis; tous deux n'ont été que des inondatiotis particulières ; dont la première ravagea la Thessalie, et la seconde les terres de l'Attîque; tous deux n'ont été produits que par une cause particu-

lière et passagère coipme leurs effets ; quelques secousses d'un tremblement de terre ont pu souleyer les eaux des mers voisines et les Faire refluer sur les terres , qui auront été inondées pendant un petit temps sans être submergées à demeure. Le déluge de TArménie et de FÉgypte, dont la tradition s'est conservée chez les Egyptiens et les Hébreux, quoique plus ancien d'environ cinq siècles que celui d'Ogygès , est encore bien récent en comparaison des événements jdont nous venons de parler, puisque Ton tie compte qu'environ quatre mille cent années depuis ce premier déluge, et qu'il est très certain que 1^ temps où les éléphants habitoient les terres du nord étoit bien antérieur à cette date moderne : car nous sommes assurés par les livres les plus anciens, que Tivoire se tirbit des pays qiéridionaux ; par conséquent nous tie pouvons douter qu'il n'y ait plus de trois mille ans que les éléphants habitent les terres où ils se trouvent aujourd'hui. On doit donc regarder ces trois déluges, quelque mémorables qu'ils soient, comme des inondations passagères qui n'ont point changé la surface de la terre, tandis que la séparation des deux continents du côté de l'Europe n'a pu se faire qu'en submergeant à jamais les terres qui les réunissoicnt. Il en est de même de la plus grande pariie des terrains actuellement couverts par les eaux de la Méditerranée; ils ont été submei'gés pour toujours dès les temps où les portes se sont ouvertes aux deux extrémités de cette mer intérieure pour recevoir les eaux de la mer Noire et celles de l'Océan.

Ces événements, quoique postérieurs à rétablissement des animaux terrestres dans les contrées du nord, ont peut-être précédé leur arrivée dans les terres du midi ; car nous avons démontré , dans Tépoque précédente, qu'il s'est écoulé bien des siècles avant que les éléphants de Sibérie aient pti venir en Afrique on dans les parties méridionales de Tlnde. Nous avons compté dix mille ans pour cette espèce de migration, qui ne s'est faite qu'à mesure du refroidissement successif et fbrt lent des différents climats depuis le cercle polaire à l'équateur. Ainsi la séparation des continents, la submersion des

4tt2 , DES ÉPOQUES DE LA NATURE,

terres qui les ri^unissoient, celle des (errâias adjacents i Tapcien lac de la Méditerranée , et enfin la séparation de la mer Noire, de la Gaspiem^e et de TAral, quoique toutes postérieures â rétablissement de ces animaux dans les contrées do nord, pourroient bien être aatérienres à la population des terres du midi , dont là chaleur trop grande alors ne permettoit pas aux êtres sensibles de s'y habituer , ni même d'en approcher. Le soleil étoit encore Teonemi dé la nature dans ces régions brûlantes de leur propre chaleur , et il n*çn est devenu le père que quand cette chaleur intérieure de la terre s'est assez attiédie pour ne pas offenser la sensibilité des êtres qui lïous ressemblent. H n'y a peut-être pas cinq mille ans que les terres de la zone torride sont habitées, tandis qu'on en doit compter au moms quinze mille depub INÎtablissement des ani« maux terrestres dans les contrées du nord.

Les hautes montagnes , quoique situées dans tes crimats les plus chauds, se sont refroidies peut-être aussi' promptement que celles des pays tempérés, parce qu'étant plus élevées que ces dernières , elles forment des pointes plus éloignées de la masse du globe; Ton doit donc considérer qu'indépendamment du refroidissement général et successif de la terre depuis lés pôles i l'équateur, il y a eu des refroidissements particuliers plus ou moins prompts dans toutes les montagnes et dans les terres élevées des différentes parties du globe, et que, dans le temps de sa trop grande chaleur, les seuls lieux qui fussent convenables à la nature vivante ont été les sommets 'des mon^ tâgnes et d'autres terres élevées, telles que celles de la Sibérie et de la haute Tartane.

Lorsque toutes les eaux ont été établies sur le globe, leur mouvement d'orient en occident a escarpé les revers occidentaux de tous les contments pendant tout lé temps qu'a duré rabaissement des mers : ensuite ce même mouvement d'orient en occident a dirigé les eaux contre les pentes douces ^ies ievtes orientales, et TOcéan s>st emparé de leurs anciennes côtes; et, de plus, il paroît avoir tranché toutes les pèintes des continents terrestres, et avoir formé les détroits deMa-

SIXIÈME ÉPOQUE. 483 gdlan à la poiiite de rAmériqiie, de Geylaà à la potote de

. Ilnde, de FodHsber à celte da Groenland, etc.

Cest. à la date d'environ dix mille ans , k compter dece jour, en arrière, que je placerois la séparation de l'Europe et de FAmérique; et c^est à peu près dans ce même temps que TAa-

. gleterré a été séparée de la France, llrlande de l'Angleterre, la Sicilç de Tltalie, la Sardaigne de la Corse, et toutes dçux du continent de TAfirique : c'cist.peut-^tre aussi dans ce même temps que les Antilles, Saint-Domingue et Cuba ont été sé- . parés du continent de TAmérique. Toutes ces divisions particulières sont contemporaines ou de peu postérieures à la grande séparation des deux continents; la plupart même ne paroissent être que les suites nécessaires de cette grande division , laquelle ayant ouvert une large route aux eauxxle TOcéanleur aura permis de refluer sur toutes les terres basses, d'en attaquer par leur mouvement les parties les moins solides, de les miner peu à peu , et de les trancher enQn jusqu'à les séparer des continents voisins.

On peut attribuer la division entre TEurope et l'Amérique à raidissement des terres qui formoient autrefois l'Atlantide; et la séparation entre l'Asie et TAmérique (si elle existe réelle-

■ ment) supposerait un pareil affaissement dans les mers septentrionales de l'orient : mais la tradition ne nous a conserv^que la mémoire de la submersion de la Taprobane, terre ûtdée dans le voisinage de la zone torride, et par conséquent trop éloignée pour avoir influé sur cette séparation des continents vers le nord. L'inspection du globe nous indique, à la vérité, qu'il y a eu des bouleversementSLplus grands et plus fréquents dans l'Océan indien que dans aucune autre partie du monde %

* La phïi aDcie&oe tradition qui reste de ces affaissenoents dans les terres du midi est celle de la perte de. la Taprot^oe, dont or croit 911e les Maldi?es et les Laquedires ont fait aatrefois partie. Ces lies, ainsi que les écueils et les bancs qui régnent depuis Bladagascar jusqu'à' la pointe de rinde,.seœbl^ indiquer les^ sommets des terres qui réunissoient l'Afrique avec TAsie; car ces lies ont presque toutes, du côté du nord, des terres et des bancs qui se , protongent très loin sous Jes eaux.

U parolt aussi que les lies de Madagascar et de Geylan étoient autrefois

et qoé Don-senldiifnt il s'est fait de grands changements dans ces contrées par l'affiiissement descatemes, les tremblements de terre et Faction des volcans ^ mais encore par Teffèt codtinael du mouvement général des mers, qoit constamment dirigées d*orient en occident, ont gagné une grande étendue de terraiii sur les c6tes anciennes de l'Asie, et ont formé les

unies aux oontinenu qui les avoisioeDt Cet «éparaliooi et ces grands boafeyenemeoli dans let*nien du midi ont la plupart été produits par Tafhiiiement des cayemes, par les tremblements de terre et par TexplotîoD des fieux souterrain»; niais i( y J^eu aussi beaucoup de terres envahies par le mouvement lent et successif de la mer d'orient en occident. endroits du monde où cet effet est le' plus sensible sont les r^ons du Japon, de la Chine et de toutes les parties orientales derAsie. Ces mers situées à l'ocddept de la Chhie et du Japon ne sont pour ainsi dire qu'accidentelles, et peut-être encore plus récentes que notre Méditerranée.

. Les tles de la Sonde, les Iloinqufs et les Philippines ne présentent que des terres bouleversées , et sont encore pteinesde volcans : il y en a beaucoup aussi dans les tles du Japon , et Ton pi^tend que c'est l'endroit de l'univers le plus sujet aux tremblements de terre ; on y trouvé quantité de fiDOtaines d'eau chaude. La plupart des autres tles de l'Océan indien ne nous offrent aussi que des pics ou des aoounetsde montafpaes isolées qui vomissent le feu. L'Ilenle-Franoe et 111e de Bourbon paroissént deux de ces sommets , presque entièreroeut couverts de matières rejette par les volcans : ces deux tles étoient inhabitées lorsqu'on en a feit la découverte.

Les côCte de la Guiaiie françoise sont si basses , que ce sont plutôt des grèvies toutes couvertes de Tase en pente très douce, qui commence dans les terres et s'étend sur leiqnA de la mer à une très graiMle dlstancti. Les gros navire ne peuvent approcher de la rivière de Cayenné sans toucher , et les vaisseaux de^juerre sont obligés dé rester deux ou trois lieues eu mer. Ces vases en pente douce s'étendent , Unit lé long des rivages, depuis Cayenne jusqu'à la rivière des Amazones; Ton ne trouve dans cette grande éCaMhie que de la vase et point de sable, et tous les bords de la mer sont couverts de palétuviers : mais à sept ou huit lieues au-dessus de Cayenne, du côté du nord-ouet « Jusqu'au fleuvé Marony , ou trouve quelques anses dont le fond est de sable et de rpcbers qui forment des brisants; la vase cependant ks recouvre pour la plupart, aussi bien que les couches de sable, et cette vase a d'autant plus d'épaisseur qu'elle s'éloigne davantage du bord de la mer : les petits rochers n'empêchent pas què ce terrain ne soit en pente très douce à plusieurs lieues d'ét^ndtte dans les terres. Cette partie de la Giiiane qui est au pord-ouest de Cayenne est une coiitréé plus élevée que celles qui sont au sud-cf t : on en a une preuve démonstrative; car tout le long des bords de la mer oh trouve de grandes savanes noyées qui bordent ta côte , ét dont Is plupart sont desséchées dans U partie du nord-ouest , tandis qu'elles sont toutes couvertes dès eaux de la mer dans les parties du sud-est. Outre «es terrains noyés actuellement par la mer, il y en a d'autres plus éloignés, et

SIXIËMÊ ÊPOQOE. 405

petites mers intérieures de Kamtscbatka , de la tîorée, de la Chine, etc. Ilparott même qu'elles ont aussi noyé toutes les terres basses qui étoient à l'orient de ce^ntinent; car si Ton tire une ligne .depuis r^xtrémité septentrionale de TAsie, en passant par la pointe de Kanitsdiatka, jiisqn'à la Nouvelle- Ûttfnée, c'est-à-dire depuis le cercle polaire jusqu'à Téquateur^

qoi de méiBe éloiettt noyés autrefSoii. Oq troinre auMi en quelques oulroîu des safanes d'eau douce; mais oeUes-d ne produisent iMwit de palétuTten, et seulement beaucoup de pa)i|iier»-tataniers. On ne troure pas une seule pierre sur toutes ces côtes basses : la marée ne laisse pas d'y monter de sept ou huit (Meds de hauteur, quoique les courants lui soient opposé! ; car ils sont tous dirigés Ters les Ifes Antilles. La marée est fort sensible lorsque les eaux des fleufes sont basses, et on s*en aperçoit alors jusqu'à quarante et même cinquante lieues dans ces fleuves; mais en hiver, c'est-A-dlre dans la saison des pluies, lorsque les fleuves sont gonflés, la marée y est>à peine sensible à une ou deux lieues, tant le courant de ces fleuves est rapide , et il devient de la plus ^nde Impétuosité à rheure du reflux.

Les grosse^ tortues de mer viennent déposer leurs crafi sur le fond de ces anses de sable, et on ne les voit Jamab fréquenter les terrains vaseux; en sorte que, de|>uis Cayenne jusqu'à 1» rivière^ Amazones, il n'y a point de tortues, et on va les pécher depuis la rivière Gourou jusqu'au fleuve Marony. U semble que la vase gagne tous les jours du terrain sur les S2d)fes, et qu'avec le temps cette côte nord-ouest de Cayenne en sera recouverte comme la c6te sud-est; car les tortues, qui ne veulent que du sabl^pour y déposer leurs oeufs, s'éloignent/ peu à peu de la rivière Corou, et depuis quelques années on est obligé de les aller chercher phis loin du côté du fleuve Marony, dont les sables ne sont pas encore couverts.

Au-delà des savanes, dont les, unes sont sèches et les autres novées, s'étend un cordon de collines, qui sont toutes couvertès d'une grande épaisseur de terre plantée partout de vieilles forêts : communément ces collines ont 350 ou 400 pieds d'élévation : mais en s'éloignant davantage on en trouve de plus élevées , et peUt-étre de plus du double en s'avançant dans les terres Jusqu'à dix ou douze lieues. La phipart de ces montagnes sont évidemment dWiens volcans éteints. U y en a pourtant une, appelée la GabricHe, au sommet de laquelle on trouve une grande mare ou petit lac, qui nourrit des caïmans en assez grand nombre , dont apparemment L'espèce s'y est conservée depuis le temps où la mer couvrait cette colline.

Au-delà de cette montagne Gahrielle, on ne trouve que de petits vallons , des terres, des mornes, et des ipatières volcanisées qui ne sont pohit ea grandes masses, mais qui sont brisées par petitr blocs. La pierre la plus commune , et dont les eaux ont entraîné fies blocs jusqu'à Cayenne , est celle que l'on appelle la ^rre à ravels , qui , comme nous l'avons dit , n'est point une pierre, mab une laVe de volcan : on Ta nommée pierre à ravets, parce qu'elle est trouée, et que les insectes appelés ravets , se logent dans les trous de cette tave.(^^.^ii/7:}

m DES ÉPOQUES DE LA NATURE.

OU verra que tes Ue8 Marianes et Celles des Callauos, qui se trouvent dans la direction de <^e ligne sur une longueur de plusrde deux cent cinquante Beires , sont leè restes ou pAnt6t les anciennes côtes de ces vastes terres envsliies par la mer : en^ suite si Ton considère les terres » depiiis celles du Japon à Formose , de Formose aux Philippines ,-âes PbUippines à la Ihrafvelle-Guinée , on sera porté à croire que le continent de l'Asie , étoit autrefois contigu avec celui de {a Mouvelle-HoUande , leqnel^aiginse et aboutit en pointe vers le midi , comme tous les autres grands continents.

Ces bouleversements, si multipliés et si évidents dans les mers méridionales, renvahissement tout aussi évident des anciennes terres orientales par les eaux de ce même Océan , nous indiquent assez les prodigieux changements qui' sont arrivés dans cette vaste partie du monde , surtout dans les contrées voisipes de Téquateur : cependant ni Time ni l'autre de ces grandes causes n'a pu produire la séparation de l'Asie et de TAmérique vers le nord; il semblerait au contraire que si ces continents eussent été séparés au lieu d'être continus, les^ffaissements vers le midi , et rirrnption des eaux dans les terres de l'orient, auraient dû attirer celles du nord, et par conséquent découvrir la terre de cette région entre l'Asie et l'Amérique. Cette considération confirme les raisons que j'ai données ci-devant pour la continuité réelle des deux continents vers le nord en Asie.

' Après la séparation de l'Europe et de l'Amérique, après la rupture des détroits, leâ eaux ont cessé d'envahir de grands espaces; et dans la suite la terre a phis gagné sur la mer qu'elfe n'9 perdu : car, Indépendamment des térrams de l'intérieur de l'Asie nouvellement abandonnés parles eaux, tels que ceux

,qui environnent la Caspienne et l'Aral, indépendamment de toutes les côtes en pente douce que cette dernière retraite des eaux laissoit à découvert, les grands fleuves ont presque tous formé des lies et de ^nouvelles contrées près de leurs embouchures! On sait que le Delta de l'Ëgypte, dont l'étendue ne laisse pas d'être considérable, n'est qu'un atterrissement pro-

doit par les dépôts da Nil. Il ai est de mèmç de la grande Ile ù Ventrée da fleuye Amour, dans la mer orientale ^e la Tartane chinoise. Ea Amérique, la partie méridionale de la Louisiane, près du fleuye du Mississipi, et la partie orientale situéeé Tembouchure delarivièredes Amazones, sontdes terres nouvellement formées par le dépôt de ces grands fleuves. Mais nous ne pouvons choisir un exemple plus ^ana d'une contrée récente, que celui des vastes terres de la Guiane; leur aspect nous rappellera Tidée delà nature brute, et nous présentera le tableau nuancé de la formation successive d'une terre nouvelle.

Dans une étendue de plus de cent vingt lieues, depuis Tembottcbure de la rivière de Gayenne jusqu'à celle d^ Amatones, la mer, de niveau avec la terre, n*a d'autre fond que de la vase, et d'autres côtes qu'une couronne de bois aquatiques, de mangles ou palétaviers, dont les racines, les tiges et les branches courbées trempent également dans l'eau ssdéè , et ne présentent que des halliers aqueux qu'on ne peut pénétrer qu'en canot et k hache à la main. Ce fond de vase s'étend en pente douce à plusieurs lieues sous les eaux de la men Du côté de la terré, au-delà de cette large lisière de palétuviers, dont les branches , plus inclmées vers l'eau qu'élevées vers le ciel, forment un fort qui sert de repaire aux animaux immondes, s'étendent encore des savanes noyées, plantées de palmiers latarders , et jonchées de leurs dÂris : ces lataniers sont de grands arbres, dont, à la vérité, le pied est encore dans l'eau, mais dont la tète et les branches élevées et garnies de fruits invitent les oiseaux à s'y percher. Au-delà des palétuviers et des lataniers l'on ne trouve^ncore que des bois mous, des cornons, des pineaux, qui ne croisseàt pas dans l'eau, mais dans les terrains bourbeux auxquels aboutissent les savanes noyées; ensuite commencent des forêts d'une autre essence : les terres s'élèvent en pente douce, et marquent pour ainsi dire leur élévation par la solidité et la dureté des bois qu'elles produisent. Enfin, après quelques lieues de chemin en ligne directe depuis la mer, on trouve des collines

BFFFOIf. III. 32 •

496 DES ÉPOgDES DE LA I^ATURE.

doDt les coteaux , quoique rapides « et même les sommets, sont également garnis d'une grande épaisseur de bonne terre ^ plantée partout d*arbres de tout âge, si pressés, si serrés les uns coiltre les autres, que leurs cimes entrelacées laissent à peine passer la lumière du soleil , et sons leur ombre%paisse entretiennent nne humi(fité si froide, quie le voyageur estobligé d'allumer fin feu pour y passer la nuit; tandis qu'à quelque distance de ces, sombres forêts, dans les lieux défrichés, la chaleur, excessive pendant le jour, est encore trop grande pendant la nuit. Cette vaste terre des côtes et de Tintérieur de la Guiane n'est donc qu'une forêt tout aussi Vaste, daas laquelle des sauvages, en petit nombre, ont fiiit quelques clairières et de petits abatis pour pouvoir s'y domicilier saas perdre la jouissance de la chaleur de la terre et de la lumière du jour.

La grande épaisseuf de terre végétale qui se trouve jusque sur le sommet des collines démontre la formation récente de tonte la côntrée; elle l'est en effet an point qu'au-dessus de l'une de ces collines , nommée la GabrièUe, on voit un petit lac peuplé de crocodiles caïmans quç la mer y a laissés à cinq ou six lieues de distance et à six ou sept cents pieds de hauteur au-dessus de son niveau. Nulle part on ne trouve de la pierre calcaire : car on transporte de France la chaux nécessaire pour bâtir à Gayenne : ce qu'on appelle pierre à ravets n'est point une pierre , mais une lave de volcan , trouée comme les scories des forges ; cette lave se présente en blocs épars ou en monceaux irréguliers dans quelques montagnes où l'on voit les bouches des anciens volcans qui sont actuellement éteints, parce que la mer s'est retirée et éloignée du pied de ces montagnes; Tout concourt donc à prouver qu'il n'y a pas longtemps que les e^ux ont abandonné ces coHines, et encore moins de temps qu'elles ont laissé paroitreles plaines et les terres basses; car celles-ci ont été presque entièrement formées par le dépôt des eaux courantes. Les fleuves, les rivière?, les ruisseabx, sont si voisins les uns des autres, et en même temps si larges, si gonflés, si rapides dans la saison des

plaies, qu'ils entratneiit incessamment des Hmoos immenses, lesquels se déposent sur toutes le^ terres basses et sur le fénd de la mer en sédiments vaseux. Ainsi cette terre nouvelle s'alccroltra de siècle en siècle^ tant qu'élle ne sera pas peuplée ; car on doit compter pour rien le petit nombre d'hommes qu'on y rencontre : ils sont encore, tant au moral qu'au physique, dans rétat de pute nature; ni vêtements, ni religion, ni so* dété, qu'entre quelques familles dispersées à de grandes distances, peut-être au nombre de trois ou quatre cents carbets , dans une terre dont Vétendne est quatre fois plus grande que celle de la France.

Ces hommes, ainsi que la terre qu'ils habitent, paroissent être les plus nouveaux de Tunivers : ils y sont arrivés des pays plus élevés et dans des temps postérieurs à rétablissement de Tespèce humaine dans les hautes contrées du Mexique , du Pérou et du Chili ; car , en supposant les premiers hommes en Asie, ils auront passé par la même route que les éléphants, et se seront, en arrivant, répandus dans les terres de r Amérique septentrionale et du Mexique; ils auront ensuite aisément franchi les hautes terres au-delà de Tisthme, et se seront établis dans celles du Pérou, et enfin ils auront pénétré jusque dans les contrées les plus reculées de l'Amérique méridionale. Mais n'est-il pas singulier que ce soit dans quelques-unes de ces dernières coùtrées qu'existent encore de nos jours les géants de l'espèce humaine, tandis qu'on n'y voit que des pygmées dans le genre des animaux ? car on ne peut douter qu'on n'ait rencontré dans l'Amérique méridionale des honmies en grand nombre, tous plus grands, phis carrés, plus épais et plus forts que ne le sont tous les autres hommes de la terre, Les races de g^ts, autrefois si communes èn Asie, n'y subsistent plus. Pourquoi se trouvent-elles en Amérique aujour- ^d'bui? ne pouvons-nous pas croire que quelques géants, ainsi que les éléphahts, ont passé de l'Asie en Amérique, oC^ s'étant trouvés pour ainsi dire seuls , leur race s'est conservée dans ce continent désert , tandis qu'elle a été entièrement détruite par le nombre des autres hommes dans les contrées peuplées? Une

flOO DES ÉPOQUES DE LA NATURE.

circonstance me parolt avoir concoaru au maintien de cette anciienne race de géants dans le continent du Nouyeau-ftfonde; ce sont les hautes montagnes qui le partagent dans toute sa longueur et sous tods les climats. Or on sait qu'ai général les habitants des montagnes sont plus grands et plus forts que ceux des^ vallées ou de» plaines. Supposant donc quelques couple» de géants passés en Amérique, où ils auront trouvé la liberté, la tranquillité, la paix, ou d'autres avantages que peut-être ils n'àvoient pas chez eux , n'auront-ils pas choisi dans les terres de leur nouveau domaine celles qui leur convenoient le mieux, tant pour la chaleur que pour la salubrité de Tair et des eaux? Ils auront fixé lair domicile à une hauteur médiocre dans les montagnes; ils se seront arrêtés sous le climat le plus favorable à leur multiplication; et comme ils avoient peu d'occasions de se mésallier, puisque toules les terres voisines él oient désertes, ou du moins tout aussi nouvellement peuplées par un petit nombre d'hommes bien inférieurs en force, leur race gigantesque s'est propagée sans obstacle et presque sans mélange : elle a duré et subsisté jusqu'à ce jour, tandis qu'ils a nombre de siècles qu'elle a été détruite dans les lieux de son origine en Asie,- par la très grande et plus ancienne population de cette partie du monde Mais autant les hommes >8e sont multiplié dans les terres

* Oa ne peut pas douter <|ull n'y ait eudeilD4ividQi8éaDtid»istoiis1et cHmaU de la terre, puisque de not jours ùiitm joit encore naître en tout pays,eC que rfoemmeat on en a vu un qui était ué sur les confins de la Lapooie, du côté delà Finlande. Maison n*eit pas également sûr quil y aK en des races constantes^t moins encore des peuples entiers de fshntM : cependant le témoignage de plusieurs auteurs anciens, et ceux de l'Écriture sainte, qot est encore plus ancienne, me paroissent Indiquer assez daireipent quil y a eu des races de géants en Asie; et nous croyons devoir présenter ici les passageiif les pins positi^A ce si^et. Il est dit, Nombres, diap. XUl, verset 34 : « Nous avons tu les géants de la race d*Hanak, aux yeux desquels nous ne « devions paraître^ plus grands que des cigales.» Et par une autre version il ert dit : « Mous avons vu des monstres de la race d*Ênac, auprès desquels • nous n'étions pas plus grands que des^uterelles. » Quoique œd ait l'air dW exagéraUon , assez ordinaire dans le style orienul , cela prouve néan« moins que ceS géants étpient très grands.

Dans le seooDd livre des HoU, chapitre XXI , verset 20, U est parlé d*mi

SIXIÈME ÉPOQIIE. 501

qui sont actoellemetit chandes et tempérées^ autant leur nombre a dimmué daos celles qui sont devenues tMp froides. Le nord du Groenland, de la Diponie, du Spitd)erg, de^a ?Ioavellè- Zemble , de la terre des Sanioièdès, aussi bien qu'une partie de celles^qoi avoisinent la mer Glaciale jusqu'à rextrémité de TAsie au nord de Kamtscbatka, sont actuellement désertes, ou

bomme très ^rand «de la race d*Ârapha, <{i2i aroUsix doigtn aux pied« et aux « matiii ; > et Vtm Toit parle Tertet 18 que cette race d'Arapba étoit de génère giganium.

On trouve encore dant le Deutéronome pluRieurt pamaget qui prourent l'existence des géants et leur destruction. « Un peuple nombreux , e&t-il dit, et « d'une grande hauteur , cemoie ceux d'Énacim , que le Seigneur a détruits. • ( Chapitre N , Tcrset ^1. ) Et il est dit , Terspts f9 et !20 : « Le pays d'Aromon « est réputé pour un jMys de géants , dans lequel ont autrefîns habité les géants « que ks Ammonites afi^Nent Zomzcmmim. «

Oans Josué, duipitre. XI , verset 22, il est dit :« Les sente géants de la « race d*Éna<îim qui soient restés parmi les «nfints d'Israël étotent dans les «•villes de Caza, de <«eth et d*AMt ; ton» les amres géants de cette race ont «étédétrtits.»

PhikHi , saint CvgUe, et plusieurs autres auteurs , semblent croire que le mot de géants n'inHue que des hommes superbes et impies, et non pas di« honnnés d'une grandeur de corps extraordinaire; mais ce sentiment ne peut pas se soutènh*, puisque souvent il est question de la hauteur et de la fbrce de corps de ces mêmes hommes.

Dans le prophète Amos, tl est dit que le peuple des Amorrfaérns étnit si haut , qu'on les a comparés aux cèdres , éans donner d'autres mesures à leur grande hauteur.

Og, rôideBasan, avoit la hauteur de neuf coudées, et Goliath, de dix coudées et un palme. Le Ut dt)g avait neuf coudées de longueur, c'est-à-dire treize pieds et demi , et de largeur quatre coudées , qui font six pieds.

fie corselet de Goliath pesÀ 20$ livres i onces , et le fei de sa lance pesi^it 25 livres. •

€es témoigoatfes me paroissent suffisants poor qu'on puisse croire avec quelque fondement qu'il a autréfois existé daus le ^tinent de l'Asie nonseulement des individus , mais des races de géants, qui ont été détruits, et dont les derniers snhsistoient encore du temps de David. Et quelquefois la nature, qui ne pefd Jamais ses droits, semble remonter à ce même point de force de production et de développement; car , dans presque tous les dlmats de la terre, il parott de temps en temps des hommes d'une grandeur extraordinaire , c'est-'à-dire de sept pieds et demi, huit ,^ même neuf piods : car , Indépendamment des géants bien avérés , et dont nous avons déjà foit mention , nous pourrions citer un nombre infini d'autres exemples, rapportés par les auteurs anciens et modernes , des géants de dix , douze , quinze , dix-huit pieds del^niteur, et même encore au-delà; mais je suis bien persuadé qu'il faut beaucoup rabattre de ces dernières mesures. On a souvent pris des os d*élë* pbaut pour des os humaius : et d'ailleurs la nature , telle qu'elle nous est coi|

plutôt dépeuplées depnb un teapa «ssez moderne. On voit même, par les caries russes, que depuis les embpoduires des fleuves CHeneck, Lent et Jana, sous les 78 et 7$^ degrés, h Toute , tout le long des c6tes de cette mer Gladale jusqu'à la terre des Tschutschis , étoit autrefois fort fréquentée , et qu'actuellement elle est impraticable , ou tout au moins si difficile ,

nue, ne nous ottn dans aucuoe etpèn det ^Htproportioos losii gnodet. <pLceptépeut-^dans Teipècede nii|>popotame,dont teadebUtrcmyées d^ le aeio de la terre sont au moins quatre fbis pins grosses que les denUiles hippopotaioes actuels. ,

ûs (M du prétendu rol JhMobodbm, trouvés en Danphiné, odt Mit le si^ d*ooe dispute entre HabUxjt, diirurgien de Parts , et Rtolân , di^^ médecine, câëbre analomiste. HaMcolaécrit, dans nn petit oumoe qui a pour titre Gigantostéoiogie, que ces osétoient dans un sépulcre de bfiqtie à 18 piedsdetenre, entouré de sablon: Une donne qlla description exacte, ni llte dimensions, ni le nombre de oss os ; U prétend <pie ees os étoîent Yraiinent des os humains , d'autant , dit-il, qu^ucun animal n*en possède de tels. 1 1 ajoute que ce sont dçs maçons qui , tra?aiHant chez le seisnenr de Laogon , I^Ulhomme du Daujphiné, trouTèrent, le 11 Janvier 1613, oe tombeau, proche les masures du château de Chaumontrque ce tonneau étoît de brique; qu'il avoit 20 pieds de lon^ieur , 12 de largeur, et 8 deWondeur, én comptant le chapiteau, au milieu duquel étott une pierre gnse sur U^ieUeétoir Oravé Theiaohôchus rfa;;quecetombeau ayant été ouvert, on vit un squelette humain de 25 pieds Vt ^ longueur, 10 de lar^nir à l'endroit des épaules, et 5 pieds d'épaisseur; qu'ayant de toucher ces os, on mesura la téte, qui avoit 5 pieds de longueur et 10 en rondeur. (Je dois obsenrer que la proportion de la longueur de la téte humaine ayec celle du corps n*est pas d'un doquième , niais d'un septième et demi ; en sorte que cette téte de 5 pieds suppo- Reroit un corps humain de 37 pieds % de hauteur. ) Enfin il dit que la mâchoire inférieure avOit 6 pieds de tour, les oii)ites>d^ yeux 7 pouces détour , chaque clavicule 4 pieds de long, et que la plupart de ces ossements se mirent e poudre après SToir été frappés dej'air.

Le docteur Riolan publia, la même année I6|13, un écrit, sons le nom d0 Ciganlomachie , dam lequel U dit que le diirurgîenHabicbt a donné, dans sa Gigantostéologie , des mesures fausses de la grandeur du corps et des os du prétendu géant TheUtobocbus ; qiie lui , Riolan^ a mesuré l'os de la cuiase^ celui de la jambe, ayec l'astragale joint au cakanéum, et qu'U ne leur a troufé que 6 pieds Vt, y compris l'os pubis; ce qui ne ferait que 13 piediau lieu de 25 pour la hauteur du géant

Il donne ensuite les raisons qui lui font douter que ces os soient des os linmains; et il conclut en disant que ces ps présentés par Habicot ne sont pas des oi^ humains , mais des os d'éléphant.

Un an ou deia après la publication de la Giganiostéologie d^Habioot, et de la Gigantomachie de Riolan , il parut une brochure sous le titre de l'/mposture découverte des os humains supposés, et faussement attribués (ta roi Jheulobochus , dans laquelle o:i ne trouve autre chose sinon que ces

ifi'ent est abandonnée. Ces mêmes carte» nous moptrenl que des trois vaisseaux partis en 16f48 jde j'emboocbure commune des fieuyes^ de Kolima et Olomon , sous le 73® d^prt , un seul a doublé le cap de la terre des Tsdiutschis sooji le 76^degré , et seul est arrivé, disent les mêmes cartes, aux tles d'Anadir, voisines de l'Amérique soos le cercle polaire. Mais autant je

Ci De tODt pat des ot faumaiùs, mail des ot féMte eD^^

\% terre; et encore un autre Ihrreti saut oom d'auteur, dan laiiuél U eit dit qu'à la téritéil y a parmi ces ét desMhumaiDf, mais quil y eu afvoit d'au* trei qui n'éioieut pas bumaioft.

EoBuite» SQ 1618, lUolao publia uo écrit, sousle Domde Gigàniotpgie^ où il préCetad non-seulement que les ns en question ne sont pas des otiiunriaioft , mais ciK»re que les hommes en général n'ont janMÉi^ qu'ils ne le sont aujourd'hui

Habicot répondit à Riolan dans ta même année 1618 ; et U dit qnll a attétt ^ roi Louis XIII sa €igatUostéoiogie,ei qifen 1613» sur ta fin de jUiNet. on exposa aux yeux du pubUe les os énooeésdans cet ouirnge » et que ce sont ▼l'aiment des oi humains : U cite un grand nombre d'eieraples, tirés desauieuni anciens et modernes, pour prourer qnll y a eu des hommes d'une grandeur excessife. U pendste à dire que les os calcÉi»éum , tlUa et fémur , du géant Tbeutobochns, éunt johits les uns âfpc les autses, portoient phis de tl pieds de baitfeur. -,

Il doune ensuite les letties qui hii ont été écrites dans le temps de ta déoNiTerte de ces ot, et qui semblent oonfirmer ta réalité du faft du tombean «t des ns du géant Tbeutoboohus. U paroit par ta lettre du seigneur de Lanipn , datée de Saint-Maroellin en Oauphiné , et par une autre du sieur Masorier, chirurgien à Beaurepaire, qu'on aroit trouré des monnoies d'argent a?ec les os. La première lettre est conçue dans les termes suirants :

«Comme sa majesté désire d*aTolr le reste des os du roi Theutobocbus^ avec ta monnaie d^rgent qui s'y est tvourée, je puta tous dire d'arance que vos parties adrerses sont très mal 4bn<fées, et que s'itasaroient leur métier , ils ne dooteroient pas que ces os ne soient Téritablement des os hnmains. Les docteurs en médedne de Montpellier se sont transportés id, et aurolent bien voulu avoir ces os pour de f aiî^ent M. te maréchal de Lesdiguières les a fiiit porter à Grenobte pour les voir, et les médecins et chirurgiens de Grenobta les ont reconnus pour os humains; de sorte qu'il n!y a que les ignorants qui puissent nier teite vérité , etc. ^

•Sigfié, Lauooh. »

Au reste, dans cette dispute, Riotan et Habicot, Vm médedn et l'autre chirurgien, se sont dit plus d'injures qu'ita n'ont écrit de foits et de raisons : ni l'un ni l'autre n'ont eu assez de sens pour décrire exactement les os dont il est question ; mais tons deux , emportés par l'esprit de corps et de parti , ont écrit-d'une manière à ôter toute confiance. U est donc très difficile de prononcer affirmativement sur l'espèce de ces os ; mais s'ito ont été en effîst trouvés dans un tombeau de brique, avec un couvercle de pierre , sur lequel

504 DE8 ÉPOQUES bfi LA NATURE

suis persuadé de la vérité de ées premiers ftlts , autant je doute de ceTIe du dernier; car cette même carte, qui présente par une suite de points la route de ce vaisseau russe autour de la terre des Tscbutschis, porte en même temps en toutes lettres qu'on ne connott pas réten^ue de cette terre : or, quand même on auioit , en 1648 , parcouru telte mer et fait le tour de cette

éloit llmçriptfoD Theutohochus ress; tUsM tuNnédes momioîetdantce UMobeau^sIl ne conteiMitquVosettlGadamde 2Iûu 25^piedt delooguw^ si laiettredufdgia^deLaD^coiitîeotU ne pourroit guère

douler du fiiit enenUel » c'eit-à-dire de rexisteqoe d'un g&nt de 24 pieds de hauteur, % moins de supposer un conopurt fort extraordinaire de drconetaûces mensongères ; mais aussi le &it n'est pat prouTé d'une manièra asset positife pour qu'on ne doiTé pas en douter beaucoup. 11 est miqneplusieuni auteurs, d'ailleurs dignes de foi, ont parlé de géants aussi grands et encore plus grands. Pline rapporte <Hie , par un tremblement de terre en (>ète , montagne s'étadt entr'ouTeite» on y trouva un corps de 16coud<et, que les uns ont dit are lacovps d^Otus,et d'autres cdid d'Orioo. Lee 16 coudées donnent 34 pieds 4b longutor, c'est^S-direlamémequecâledu roiTbentobochtts.

On trouw dons un Mémoire de M. Le Cat, académicien de Rouen, une éauméraiion de plusieuES géSQts d'une grandeur ezcessiTe; saroir, deux géants dont les squelettes fiirent trouvés par les AUiéniens près de leur ville, run de 36 et l'autrede 34 pieds de hauteur ; un autre de 30 pieds , trouvéen Sicile, près de P^lerme, en 1548; un autre de 33 pieds, trouvé de mSme en SîcOe en 1550; encore un autte trouvé de même en SicUe près de Mazarh^ qui avoit 30 pieds de hauteur.

Malgré tous ces tÀqoijgnages, je crois qu'on aura bien de la suadèr qu1I<Mtjamaif existé des hommes de 30 ou 35 pieds de hauteur,' ce «eroit dëja bien trop que 4e ne pas se rcftisec S croire qu^l y en a eu de 24 : cependant les témoignagnes se multiplient, deviennent plus posiâSi, et vont pour ainsi dve par nuance d^accrolssement à mesure que l'on descend. M. Le Cat rapporte que l'on trouva en 17a5'près des bords de la rivière Morderi, au.pied de la montagne de Grussol , le squelette d'un géant de 22 pieds '/i de hauteur, ét que les Dominicains de Valence ont une partie de sa jambe avec l'articulation du genou.

Platerus, médecin célèbre, atteste qu'a a vu à Lucemç l&squelelte d'un homme 4e 1 9 pieds.au moins de hauteur.

U géant Fèrragus , tué par Roland, neveu de Quorlemagne, avoit 18 pieds de hauteur.

Dsns les mernes sépulcrales de 111^ de Ténériffe, on S trouvé le squelette d'un Guanche qui avoit 15 pieds de haoteur,et dont la téte avoit 80 deots. Ces trois faiu sont rapportés, comme les précédenU, dans le Mémoire dé M. I^Gat sur les géante. Il cite encore un .squelette, trouvé dam^ fossé près du Couvent des l>omiDi(»nns de Rouen, dont le crâne tenait un boisseau deblé,etdont l'os de la jambe avoit environ 4 iwsds de longuear; ce qui donne pour la hauteur du corps entier 17 à 18 pieds. Sur la tombe de ce géant

pointe de TAsie, il çst sOr que dqHiis ce tempe les Rasse^, quoique trè$ intéressés à cette navigation ponr arriver k Kamtschatka , et de là an Japon et à la Chine , Font entiirement abandonnée; mais peut-être aussi se sont-ils réservé ponr eux seuls la connoissance de cette route autour de cette terre des Tschutschis, qui forme l-extrémité la plua septentrionale et la plus avancée du continent de TAsie.

Quoi qu'il en soit, toutes les régions septentrionales au-delà dq 76^ d^ré, dqmis le nord delà Norwège jusqu'à rextrémité de FÂsie , sont actuellement dénuées d'habitants, à l'exception de quelques mathenreiix que les Danois et les Russes ont établis pour la pèche, et qui seuls entretiennent un reste de population et de commerce dans ce climat glacé. Les terres du nord, autrefois assez chandés. pour ladre multiplier les éléphants ét

éloit .une inscriptioD graTée, où ou liMUt : Ci-gU noble et puissant seigneurie cheuaUer Ricon de Falmon et ses os,

Qp tronredalit le Journal littéraire de l'abbé Nazari dam labanle Calabre, au moia de juin 1665, qd déterra dans les jardios du teicpaenr de TiYoli un squelette de 18 pieds romains de loogueur; que la tèCe avoit 2 pieds ^; que dnqne dent molaire pesoitenriron une once et un tiers, et les autres dents tnois quarts d'once^ et qneoe squelette étoit ooucbé sur une masse de bitume.

Hector Boétius, dans son ffistoire de Vicosse^ lit. Vil , rapporte qne Ton oottserre encore quelques os d'un homme, nommé par oontre-Térité le Petit-Jean, qu*bn croit ayotr eu 14 pieds de faauteur, c'est-à-dire 13 pieds 2 pouces 6 lignes de France.

On trouTe dana le Journal des ^<wants, année 1072 , une lettre du P. Gentil , prêtre de l'Oratoire, profiesseur de philosophie ) Angers, où il dit qu'ayant eu avis de la déoouyerte quf s'étoit foite un cadavre gipantesque dans le bourg de Lassé , à neuf lieues de cette nlle , il fut lui-même sur les lieux pour slnfèrroer, du foit. Il apprit que le curé du lieu ayant f^it creuser dans son jardin , on avoit trobyé un sépiulcre qui renfiermoit un corps de 17 pieds 2 pouces de long , qui n'avoit plus de peau. Ce cadavre avoit d'autres corps entre ses bras et ses jambes, qui pouvoient être ses enfants. On trouva dans le même lieu quatorze ou quinze autres sépulcres, les uns de 10 pieds, les autres de 12. et d'autres même de 14 ineds, qui renfermoieiit des corps de même longueur. Le.sépolcre de ce géant resta exposé S l'air pendant plus d'un an ; mais comme cela aUiroit trop de visites au curé, il Ta fait recouvrir de terre, et pjaoter trois arbres sur la place. Cet sépulcres sont d'une pierre semblable à la craie.

Thomas Molineux a vu , aux écoles de médecine de Leyde, un os frontal humain prodigieux : sa hauteur , prise depuis sa joncUon aux ok du uez jusqu'à la suture sagiUale, étoit de 9 pouces, sa largeur de 12 Mo

les bippopoUmes , s'étant déjà refrddfes au point de ne poavoir oonrrir que des ours blancs et des rennes, seront, dans quelquesmilliera d'années, emièrement dénuées et disertes par les seuls effets du refroidissement. Il y a même de très fortes raisons qui me portent à croire que la r^pon de notre pôle qui n*a pas été reconnue ne le sera jamais : car ce refroidissement glacial me parott s'être emparé du pôlç jusqu'à la distance de sept ou huit degrési, et il est plus que probable que toute cette plage polaire, autrefois terre ou mer, n'est aiyourd'bui que {^ce ; et si cette présomption est fondée , le circuit et Télendue de ces glaces, loin de diminuer, ne pourra qu'aug* menter avec le refroidissement de la terre.

Or s» nous considérons ce qui se passe sur les bautes montagnes, mém dans nos climats, nous j trouverons une noa- Telle preuve démonstrative de la réalité de ce refroidissement, et nous en tirerons en même temps une comparaison qui me parott frappante. On trouve au-dessus des Alpes, dans une longueur de plus de soixante lieues sur vingt et même trente de largeur en certains endroits, depuis lesmontagnes de Ja Savoie

pouce» , son épaiaieur d'ùn demi-pouce; c'est-à-dire que chacune de ces dimensions étoit double de la dimension correspondante à l'ov frontal , tel qull est dans les hommes de taille ordinaire; en sorte que l*hoamie à qui cet 00 gigantesque a appartenu étoK probablement une fois plus grand que les hommes ordinaires , c'est-d-dire qk'il ayoit 1 1 pieds de haut. Cet os étoit très cer^ tainement un os frontal humain; et il ne parott pas qu'il eût acquis ce vçlume par un Tioe morbifique , car son épaisseur étoit proportionnée à èes autres dimensions, ce qui n'a pas lieu dans les os fîdés.

Dans le cabinet de Witreu, à Amsterdam, M. Klein dit a?oir tu un os frontal d'après lequel il lui parut que l'homme auquel il avoit appartenu avoit ;18 pieds 4 pouces de hauteur, c'estrà-dire environ 12 pieds Vt ^ France.

D'après tous les faits que je Tiens d'exposer, et ceux que j'ai discutés cidevant au sujet des Patagons , je laisse à mes lecteurs le même embarras où je suis , pour pouvoir prononcer sur l'existence réelle de ces géapts de 24 pieds ; je ne puié me persuader qu'en aucun tem^ et par aucun moyen , aucune circonstance, le corps humain ait pu s'élever à des dimensions aussi {démesurées ; mais je crois en même temps qu'on ne peut guère douter qifû n'y ait eu des géants de 10, iX, et peut-être. de 15 pieds de hauteur, et qu'il tOKt presque certain que , dans les premiers âges de la nature vivante, U a existé non-seulement des individus gigantesques en grand nopnbre, mais même quelques races coustantes et successives de géants, dont celie des Patagons est la seule qui se soit conservée. {Jdd. Buff.)

SIXIÈME ÊPOQDE m et du canton de Berne josqy'à celles du Tyrol , une étendue immense et presque continue de ?allées , de plaines et d'éminencesde glaces ^ la plupart sans mélange» d'aucune autre

. * Voici ce que M. Grouner etqiieknisssutittbomolMehrstennettéiDoini oculaires rapportent à ce sujet

Daps les plus hautes régions des Alpes, les eaux provenant ammeHement de la fonte des neiges se gèlent dans tous les aspect et à tous les points de ces montagnes, depuis leur base jusqu'à leur sommet, surtOMt dans les vallons et sur le penchant de œUes qui sont groupées ; en sorte que les eaux ont dans ces vallées formé des montagnes qui ont des roches pour noyau, et d'autres montagnes qui sont entièrement de glace , lesquelles ontsix,septà huit ligues d'étendue en longueur, sur une lieue de largeur, et souvent mille I douze cents toisee de hauteur : elles rejoignent les autres montagnes par leur sommet Ces énormes amas de glace gagnent de fétendoe en se proleogeant dans les vallées; en sorte qu'il est démontré que toutes les gtadèrss s'accroissent successivement, quoique, dans les annéeschaudes et phivisuses, noQ-seulement leur progression soit arrétée„raais même leur masse immense diminuée....

La.hauteur de la congélation fixée à 2440 toises sous réqnateur y poor les hautes montagnes isolées , n'est point une règle pour les groupes de tnontagnes gelées depuis leur hase jusqu'à leur sommet ; elles ne dégèlent jamais. Dans les Alpes , la hauteur do d^ de congélation pour les montagnes isolées est fixée S lâOO toises d'élévation, et toute la partie au-dessous de cette hauteur se dégèle entièrement, tandis que celles qui soiît entaMées gèlent à une moindre hauteur, et ne dégèlent Jamais dans aucun point de leur élévation depuis leur hase, tant le degré de firoid est auginenté par les masses de matières congelées réunies dans un même espace....

Toutes les montagnes glaciales de la Suisse , réunies , occupent une <lendoe de 06 lieues du levant au condumt uKsurée en ligne droite, depuis les bornes occidentales du canton de Vallis , vers la Savoie, jusqu'aux bornes orientales du canton de Bendner , vers le Tyrol ; ce qui forme une chaîne taiterrompoe, dont plusieurs bras s'étendent du midi an nord sur une longueur d'environ 36 lieues. Le grand Gothard , le Fourk et le Grfansel sont les montagnes les plus élevérs de cette partie : eHes occupent le centre de ces chaînes qui divisent la Saisse en deux parties ; elles sont toujours couvertes de neiges et de glace ce qui leur a ftit donner le nom générique de glacières.

L'on divise les gladères en montagnes glacées, vallons de glace, champs de glace on mers glaciales, et en gletchers ou amas de glaçons.

Les montagnes glacées sont ces grosses niasses de rochers qui s'élèvent jtntqU'aux nues , et qui sont toujours couvertes de neige et de glace.

Les Talions de glace sont des enfoncements qui sont beaucoup plus élevés entre les montagnes que les vallons inférieurs ; ils sont toujours remplis de i»«'ige qui s'y accumule et forme des monceanx de glace qui ont plusieurs lieues d'étendue, et qui rejoignent les hautes montagnes.

Les champs de glace , ou mers çladales, sont les terrains en pente douce, qui sont dans le circuit des montagnes; ils ne peuvent être appelés vallons, parce qulls n'ont pas assez de profondeur : ils sont couverts d'une neige

matière, presque louta permanentes^ et qui ne fondent jamais en entier. CSes grandes plages iibglace,lomdediminaer dans leur circuit, augmentent et s'étendent déplus en plus ; elles

épaiiie. Ces champs nçoiTcnt l'eau de la fbnte des neiges qui descendent des montagnes et qui ngèlent : la suifKe de œs glaœs fond et gèle alteroatnement, et tous ces endroits sont conwts de eoncbes épaîMes de neige et déglace.

Las gletckers sont des amas de glaçons formés par les glaces et lesneiges qui sont précipitées des mont^;nes : ces neiges se regHent et s'eotasient en différentes manières; ce qui Saitqu'on dlfiie In gletchenea monts, en re- Tétements et en murs de glace.

Les monis de glace s'élèvent entre les sommets des bautes montagnes; ils ont eux-mêmes la forme de montagnes; mais H n'entre point de rodieft dans leur structure : ils sont composés entièrement de pure c^ace, qui a qoelquefiDis plusieurs lieues en longueur , une lieue de largeur , et une demi-lieo^ d'épaisseur.

Les revétemenls de glacoos sont formés dans les yallées supérieures et sur les côtés des montagnes, qui sont reoourertei^ comme des draperies de glaces taillées en pointes; eUes versent leurs eaux superflues dans lesvadlées inférieures. " ' ^

Les murs de gjbce sont des revétsnents escarpés qui terminent les vallées de glaœ qui ont, une fioirme aplatie , et qui paroisssnt de loin comu^ agitées, dont les flôts ont été sains et glacés dans le moment de leur agitttion. Ces mure ne sont point hérissés de pointes de glace ; mtent ils formel des colonnes, des pyramides et des tours énor^nes par leur hauteur et leur grosseur, taillées à plusieunfàce^qnei^uefbis hexagones et de couleur bleue ou vert céladon.

n s% forme aussi sur les côtés et au pied des montagnes, des amas de neige quisont ensuite arrosés par l'eau des ne%es fondues et recouvertes de nouvelles neiges. L'on voit aussi des glaçons qui s'accumulent en tas, qui ne tiennent ni aux vallons ni aux hm»u de glace ;Jeur position est ou horizontale ou inclinée : tous ces amas détachés m nommeai lUs w couches de glaces....

La chaleur intérieure de la terre ndde plusieurs de ces montagnes de paiHlettoa^ , et y entretient des courants d'eau qui fondent leurs surfiaoes infiérieures; alon les masses s'afi^aissent insensiblement par leur propre poids, et leur hauteur est réparée par les eaux, les neiges et les glaces qui viemient successivement les recouvrir : ces affoisseroeUts oiccasionent souvent des craquements horribles ; les crevasses qui s'ouvrent dans l'épaisseur des glaces forment des précipices aussi eftâieux qu'ils sont multipliés. Ces abîmes sont d'autant plus perfides et funestes , qu'ils sont ordinairement recouverts de nei^ : les voyageun, les curieux et les chasseure qui courent les daims, les chamois, les bouquet, ou qui finit la recherche des mines de cristal , sont souvent engloutis dans les gouffires, et rejetés sur la surfiioe par les flots qui s'élèvenrdu fond de ces abîmés.

Les pluies douces fondent promptement les neiges : mais toutes les eaux qui en proviennent ne ie pn^cipitcnt pas dans les abluies inférieurs par les cre-

gagnent de Fespace 8ur les terres voisines les plos basses : ce (ait est démontré par les cimes des^;rands arbres, et même par une pointe de clocher, qui sont ^enveloppés dans ces

▼usa: une grande partie se regèle , et , tombant sur la soifMe des glaces, en augmente le volume.

Lét vents chauds du midi, qni régnent ordinairement dans le mois de HMr, •olit les agents les pins pnisnntt qui détruisent les neiges et les glaces; alors leur fonte, annoncée par le bruissement des lacs glacés et par le fracas épouvantable des pierres et des glaces qpii se précipitent confusément du haut des montagnes, porte de tontes parts dans les vallées inférieures les eaux des torrents, qui tombent du haut des rochers de pins de 1200 pieds de hauteur.

Le soleil n*a que peu de prise sur les neiges et sur les glaces pour en opérer la fonte. L'expérieiice a prouvé que ces glaces formée» pendant un laps de temps très long, sous des fiutleaux énormes, dans un degré de froid si multiplié et d*eau si pure; que ces glaces, dis-je, étaient d*une matière si dense et si purgée d*air , que de petits glaçons exposés au soleil le plus ardent dans la plaine, pendant un jour entier , s'y fondoient à peine.

Quoique la masse de ces glacières fonde en partie tous les ans dans les trois mois de l'été; que les phiies, les vents et la chaleur, plus actife dans certaines années , détruisent les progrès que les glaces ont faits pendant plusieurs autres années, cependant U est prouvé que ces glacières prennent un accroissement constant, et qu'elles s'étendent; les annales du pays le prouvent ; des actes authentiques le démontrent, la tradition est invariable sur ce sujet Indépendamment de ces autorités et des observations jointialières, cette progression des glacières est prouvée par des fàréts de méléxes qui ont été absorbées par les glaces, et dont la cime de quelques-uns de ces arbres surpasse encore la surface des glacières; ce sont des témoins irréprochables qui attestent le progrès ides glacières , ainsi que le haut des clochers d'un village qui a été englouti sous les neiges , et que Ton aperçoit lorsqull se foit des fontes extraordinaires. Cette progression dengladères ne peut avoir d'autre cause que Taugmentation de l'intensité du froid , qui s'toccroit dans les montagnes glacées en raison des masses de glaces; et il eft prouvé que, dans les gladères de Suisse, le firoid est aujourd'hui plus vif, mais moins long que dans l'Islande, dont les glacières, ainsi que ceUes de tlorwège,ont beaucoup de rapport avec celles de la Suisse. >

Le massif des montagnes glacées de la Suisse est composé comme celinde tontes les hautes montagnes : le noyau est une roche vitreuse qui s'étend jusqu'à leur sommet; la partie au-dessous, à commencer du point où elles ont été couvertes des eaux delà mer, est composée en revêtement de pierre calcaire, ainsi que tout le massif des montagnes d'un (nrdre inférieur qui sont groupées sur la basé des montagnes primitives de ces glacières; enfin cen masses calcaires ont pour base des schistes produits par le dépôt du limoa des eaux.

Les masses vitreuses sont des rocs ytfSi, des granités, des quartz; leurs fontes sont rempUes de métaux, de demî-métaux, de substances minérales et de cristaux.

Les muses calcinables sont des pierres a chaux, des marbres de toutes les

MO DES ÉPOQUES DÉ Là NATURE.

masses de glaces, et qui ne paroissent que dans certains étés très chaads ; pendant lesquels ces glaces diminoent de qaelqaeii pieds de hauteur; mais la masse iolérienre, qni, dans certains endroits, est épaisse de cent toises, ne s'est pas fondue de mémoire dliomme* Il est donc évident que ces forêts et ce clocher enfouis dans ces glaces épaisses et permanentes étoient ci-devant situés dans des terres découvertes , habitées ^ et par conséquent moins refroidies qu'elles ne le sont ai^ourdliui; il est de même très certain que cette augmentation successive de glace ne peut être attribuée à Faugmentation de la quantité de vapeurs aqueuses, puiscjpie tous les sommets des montagnes qui surmontent cesr glacières ne sont point élevés , et se sont au contraire abaissés avec le temps et par la chute d'une infinité de rochers et de masses en dâ>ris, qui ont roirié soit au fond des glacières, soit danft les vallées inférieures. Dès-lors l'agrandissement de ces contrées de glace est déjà, et éera dans la suite la preuve la plus palpable du refroidbsement successif de la terre, duquel il est plus aisé de saisir les degrés

espèce» en eoateun et mlétéi» des craiei, des gypMS, des spaths et des albâtres, etc.

Les masses scliisteases sont des ardoises dè différentes qualités et oçulenrs, qui contiennent desplanteset des b6tsscMis,et qui sont sou^ hauteurs assez oonsidérables : leur lit n*est pas toujours horizontal; il est «ou- ^nt ikicliné; même sinueux, et perpendiculaire en quelques endroits.

L'on ne peut Héfoquer en doute rancien séjour des ^ux de la mer sur les montagnes qui forment aujourd'hui ces glacières ; llmmensë quantité de coquilles qu*ori y trouTO l'atteste , ainsi que les ardoises et les autres pierm de ot genre. Les coquilles y sont ou distribuées par fomilles , ou bien dies sont mêlées les unes stoc les autres, et Von y en trouve à detrèsgraùdes hauteurs.

U y a lieu de penser que ces montas^ n'ont pas fbrmé des glacières continues dans la hante antiquité^ pas même depcds que les eaux de la mer les ont abandonnées, quoiqu'il paroisse, par leur très grand âoignement des mers, qui est de près de cent lieues, et par leur exeessive hauteur, qu'elles ont été les premières qui sont sorties dès eaux sur les continents de l'&irope. Elles ODt eu anciennement leurs Tolcans ; il parott que le dernier qui s'est éteint étoit celui de la montagne de MyssenbeTg , dans le canton de Schwits : ces deux principaux sommeui, qui sont très hauts et isolés , sont terminés conlquement, comme toutes les bouches de Tolcan ; et l'on voit encore le cratère de l'un de ces cônes, qui est creusé à une très grande profondeur.

M. Bourrit, qui eut le courage de flûre un grand nombre de courses dans les glacières de Savoie, àà, < qu'on ne peut douter de l'accroissement de toutes les glacières des Alpes ; que la quantité de neige qui y est tombée pendant les

SIXIÈME É^OQtE. 511

dans ces pointes aYancées da globe que partout ailleurs : si ToD contmue donc d'observer les progrès de ces gladères per^ manentcsdes Âlpes, on saura, dans quelques siècles^ combien il fiiut d'années pour que le froid gladal s'empare d'une terre actuellement habitée , et de là on pourra conclure si j'ai compté trop ou trop peu de temps pour le refinridissement du globe.

Maintenant^ si nous transportons cette idée sur la région du p6le, nous nous persuaderons aisément que nonseulement elle est entièremmit glacée , mais même que le circuit et l'étendue de ces glaces augmente de siècle en siècle, et continuera d'augmentçr avec le refroidissement du globe. Les terres du Spitzbei^, quoiqu'à 10 degrés du pMe^ sont presque entièrement glacé», même en été : et par les nou- Telles tentatives que l'on a faites pour approcher du pôle de plus près, il parolt que Von, n'a trouvé que des glaees, que je regarét comme des appendices de la. grande glacière qui cpuvre cette région tout entière depuis le pôle jusqu'à 7 ou 8 de-

hlTen Ta emporté sur la quantité fondue pendaiH tei étés ; que non-èeblemeot la même cause subsiste, mais que ces amas de glace déjà formés doivent Tausmenter toujours plus, puisqull en résulte et plus deneiffe et moins de fonte... Ainsi il n'y a pas de doute que les glacières n'iâllent en augmentant, et même dans une progression croissante. >

Cet observateors infetigable a fait lin grand nombre de courses dans les glacières ; et en parlant de celles du Glatchfrs ou glacières des Bossons, il <fit « qu'il parott s'augmenter tous les jours ; que le sol qull occupe présentement étoit, il y a qudques années, uà dunnp cultivé, et que les glaces augmentent encore tous lés joott. Il rapporte que Taocroissement des glaces parott démontré non-seulement dans cet endroit^ mais dans plusieurs autres ; que l'on a encore le souyenir d'une communication qull y avoit autrefois de Cbamooniàla VaNTAost, et que les glaces l'ont absolument fermée; que ies glace» en général doirent s'être accrues en s'étendant d'abord de sommité en sommité, et ensuite de lallée en vallée, et que c'est ainsi que s'est foite ta coomninlcation des glaces du Mont-Blanc avec celles des autres montagnes des glacièrn du Yalab et de la Suisse. H parolt , dit-il ailleurs , que tous ces pays de montagnes n'étoient pas andennement aussi remplis de neiges et de glaces cp'ils le sont aujourd'hui... L'on ne date que depuis quelques sièdet les désastres arrfrés par raocroissement des neiges et des gTaces, par leur accumulation dans plusieurs vallées, par la chute des montagnes elles-mêmes et des rochers : ce sont ces accidents presque continuels et cette augmentation annuelle des glaces qui peuyent seuls rendre raison de ce que l'on sait de l'histoire de ce paya touchant le peuple qui rhabttoit anciennement. »

grés de distance. Les glaces immenses reccmnues par le caiâtaine Phipps à 80 et 81 d^prés , et qui partoat Font cmpèdidd'ayaneer plus loin, semblent prouver la vérité de ce faitimportant; car Ton ne d(Ht pas présumer quil y ait sous le pMe des sources et des fleuves d'eau douce qui puissent produire et mènera ces glaces, pmsqu'en toutes saisons ces fleuves seraient ^acés. U parait donc que les glaces qui ont empècbé c& navigateur intr^ide de pénétrer au-delà du 82^.dqppé, sur une longueur de plus de 24 d^prés de longitude; il parott , dis^e, que ces glaces continues forment unepartiedelacirconfifrence de rimmense glacière de notre pôle , produite par le refrCMdissemént successif du globe; et si Ton veut supputer la surfece de cette zone glacée,depuis le p6le jusqu'au 82" degré de latitude, on verra qu'eUe est de plus de cent trente iniHe lieues carrées « et que par conséquent ^oilà déjà la deux centième partie du globe envahie par le refroidissement et anéantie pour la nature vivante ; et comme le froid est plus grand dans les r^fions du pèle austral, Von doit présumer que renvabissementdes glaces y est aussi plus grand, puisqu'on en rencontre dans quelques-unes de ces plages australes dès le 47® degré. Mais pour ne considérer id que notre hémisphère boréal , dont nous présumons que la glace a déjà envahi la centième partie , c'està-dire toute la surface de la portion de sphère qui s'étend depuis le pôle jusqu'à 8 degrés ou deux cents lieues de distance, l'on sent bien que s'il étoit possible de déterminer le temps où ces glaces ont commencé de s'établir sur le point du pôle , et ensuite le temps de la progression succesmve de leur envahissement jusqu'à deux cents lieues, on pourrait en déduire celui de leur progression à venir , et connottre d'avance quelle sera la durée de la nature vivante dans tous les climats jusqu'à celui de Téquateur. Par exemple, si nous supposons qu'il y ait mille ans que la glace permanente a commencé de s'établir sous le point du même pôle, et que, dâns la succession de ce mihier d'années, les glaces se soient étendues autour de ce point jusqu'à deux cents lieues, ce qui foit la centième partie de la surface de l'hémisphère depuis l'équa-

tear. on peat présumer qiill s'écoulera encore quatre-vingts dix-tienf mille ana ayant qu'elles puisseiit l'envahir dans toute cette étendue, en supposant uniforme la'progression du froid glacial; comme Test celle du refiroidissemeht du globe *i&t ceci s*accorde assez avec la durée de quatre-vingt-treize mille ans que nous avons donnée à la nature vivante, à dater de ce jour, et que nous avons déduite de la seule loi du refroidissement. Quoi qu'il en Soit, il &t certain que les gla<^ se présentent de tous côtés., à 8 d^prés du pôle, comme des barrières et des obstacles insurmontables; car le capitaine Phipps a parcouru phis de la quinzième partie de cette circonférence vers le nordest ; et avant lut, Baffin et Smitb en avoient reconnu tout autant vers le Jiord-ooest, et partout ils n^ont trouvé que glace. Je suis donc persuadé que si quelques autres navigateurs aussi courageux entreprennent de reconnaître le r^te de cette cir*' conférence, ils la troaveront de même boméé partout par des glaces qu'ils ne pourront pénétrerni franchir, et ^ue par conséquent cette région du pôle est entièrement et à jamais perdue pour nous. La brume continuelle qui couvre ces climats, et qui n'est que de la neige glacée dans l'air, s'arrètant ainsi que toutes les autres vapeurs contre les parois de ces côtes de glaces, elle 7 forme de nouvelles couches et d'autres glaces, qui augmentent incessamment et s'étendront toujours de plus en plus, à mesure que le globe refroidira davantage.

Au reste, la surface de l'Jiémisphère boréal présentant beaucoup plus de terra ((ue celle de l'hémisphère austral , cette différence suffit, indépendamment des autrés causes ci-devant indiquées, pour que ce dernier hémisphère soit pJus froid que le premier :.aussi trouve-t-on des glaces dès le 47 ou 60^ degré dans les mers australes, au lieu qu'on n'eii rencontre qu'à 20 degrés plus loin dans l'hémisphèreboréal. On voit d'ailleurs que, sous notre cercle polaire, il y a moitié plus de terré que d'eauy tandis que tout est mer sous le cercle antarctique : l'on voit qu'entre notre cercle polaire et le tropique du Cancer il y

arplps.de deux tiers de terre sur un tiers de mer; au lieu BUFFoif. ni. 33

514 DES ÉPOQUES OË LÀ NàXURE.

qu'entre le cercle polaire antarctique et le tropique du Capricorne il y a peut-être quinxe fois plus de mer que de terre. Cet hémisphère austral a donc été de tout temps, comme il Test encore aujourd'hui, beaucoup plus aqueux et plus froid que le nôtre; et il n'y a pàs d'apparence que passé le 50* degré Ton y trouve jàmais des terres heu^uses et tempérées. U est donc presque certain que les glaces ont eayàbi une plus grande étendue sous le pôle antarctique, et que leur circonférence s'étend peut-être beaucoup plus loin que celle des glaces du pôle arctique. Ces immenses glacières des deux pôles, produites par le refroidissement , iront comme la gladère des Alpes toujours en augmentant. La postérité ne tardera pas à le savoir, et noos ^ous croyons fondés à le présumer d'après kiotre théorie, et d'après les faits 4ue nous venons d'exposer , auxquels nous devons ajouter celui des glaces permanentes qui se sent formées depuis quelques siècles contre la côte orientale du Groenland ; on peut encore y joindire l'aïq^entation deé glaces près de la Nouvelle-Zemble , dans le détroit de Waigats , dont lé passage est devenu plus difficile et presque impraticable; et enfin l'impossibilité où l'on est de parcourir la mer Glaciale au nord de l'Asie; car*, malgré ce qu'en ont dit les Russes, il est très douteux que les côtes de cette mer les plus avancées vers le nord aient été reconnues, et qu'ib aient Mt Je tour de la pointe septentrionale de l'Adie K

" M. Engel, qui regarde comme impoêsiHe le jaimgfi au nord-ouett par l€S, baies d'Uudson et de Baffin, paroît au contraire persuadé qu'où trouTera un passage plus court et plus sûr par le nord-est; et il ajoute, aux raisons af^ez (bibles qu'il en donne, un passage de M. Gmelin , qui, partant des teiitatiTfis faites p^ les Russes pour trourer ce passage au nord-est, dit que c la ipauiëre dont on a procédé à ces découvertes fera en son temps le • sujet du plus gi^nd étonneinent de tout le monde, loi^'on en aura la «relation authentiqua; ce qui dépend uniquement, ajoute-t-il, de la haute «volonté de l'impératrice. > «Quel sera donc, dit M. Engel , ce sujet d*étOL*nement, si ce n'est d'apprendre qué le passage regardé jusqu'à présent comme impossible est ùi» praticable? Voilà le seul foit, ajoule-t-il, qui puisse surprendre ceitx qu'on a tâché d'efftayer, par des relations pubUées * dessein de rebuter les navigateurs, etc. »

Je remarque d'abord qu'il faudroit être bien a^ré des choses avant de faire à la natiou rossé bette imputation. ïsï second lieu, elli iDe paroit

SIXIÈME ÉPOQUE. 5(ô

Nous voUè, comme je me le suis proposé^ descendas du sommet de Téchelle da temps jusqu'à des siècles assez voisins du oètre; nous avons passé du chaos à la lumière, de rincandescence du globe à son premier refroidissement, et cette période de temps a été de vingt-cinq mille ans. Le second degré de refiroidissement a permis la chute des eaux , et a produit

mal fondfe, et let ptrotot de M. Gnieliii pourroient bien sf^nifier tout le cootnire de llnterprétation que leur donne M. Engel, c'est-à^ire mi'im tera fort iétomiélortque Ton- faofa qu'il n'existe point de patsase praticab!e au nord-est ; et ce qui mt confirme dans celte opinion , indépendamment des raiKons générales que feu ai données , c'est que les Russes eux-mêmes n'ont nouvellement tenté des décourertes qu^en remontant de Kamtsclialka et point du tout en descendant de la pointe de PAsie. Les capitaines Bdiring et TscbirikQw ont, en 1741, reconnu des parties de côtes de l'Amérique jusqu'au 59® degré; et ni l'un ni l'autre ne sont venus par la mer du Nord le~long des côtes de l'Asie : cela prouve assez que le passage n'est pas aussi praticable qne le suppose M. Engel; ou, pour mieux dire, cela prouve que les Rus^ savent qu'il n'est pas praticable, sans quoi ils eussent préféré d'envoyer leurs navigateurs par cette route, plutôt que de les faire partir de Kamtscbatka pour foire la découverte de l'AUiérique occidentale.

M. Huiler , envoyé avec M. Gmelhi par Timpératrice en Sibérie, est d'un avis bien diflérent de M. Engel : après avoir comparé toutes les relations, M. Muller conclut par dire qu'il n'y a qu'une très petite séparation entre l'Asie et l'Amérique , et que ce détroit offre une ou' plusieurs Iles qui servent de route ou de stations communes aux habitants âes deux continents. Je crois cette opinion bien fondée, et M. Muller rassemble un grand nombre de Faits pour l'appuyer. Dans les demeures souterraines des habitants de l'tle Kara^a, on voit dUes pMtre^BsItesdaLgrands arbres de sapin, que cette tie ne produit point, non plus que les terres de Kamtscbatka, dont elle est très voisine : les habitants disent que ce bois leur vient par un vent d'est qui l'amène sfir leurs côtes, dellet de Kamtachatka reçoivent, du même côté, de» t;'aces que la mer orientale y poqsse en hiver deux d trob jours de suite : on y voit en certaine temps des volt d'oiseaux, qui, après un séjour de quelques mois, retournent à l'est , d'où ils étoient arrivés. Le continent opposé à relui de l'Asie ver» le nord descend donc jusqu'à la latitude de Karotschatka : ce continent doit être celui de l'Amérique occidentale. M. Muller, après avoir donné le précis de cinq ou six voyages tentés par la mer du Nord pour doubler la pointe septentrionale de l'Asie, finit par dire que tout annonce l'impoasOriiité de cette navigation ; et il le prouve par les raison5i sui vantent : cette navigation devrait se foire dans un été ;or l'intervalle depuis Archannel à rOby , et de ce fleuve au Jéniséik , demande une belle saison tout entière. Le passage du Waigatsa coûté des peines infinies aux Anglois et aux Hollandois : au sortir de ce détroit glacial , on rencontre dés Iles qui ferment le chemin; ensuite le continent qui fôrme un cap entre les fleuves Piasidn nt Chatanga , s'avançant au-delà du 70^ degré de latitude , est de même l)oi dé d'une diahie d'Iles qui laissent difficilement un pas$a{;e à la navigation. Si

516 DES ËPOgOE» DE LA NATURE,

la dépuration de raCmospbtare, depuis yingt-cinq ft trentemille ans. Dans la troisièiiie époque s*est fait, FétabUssement de la irier ooiverselle, laproductioii des preHÛers coquillages et des premiers végétaux , la constructioD de la surface de la terre par lits horizontaux, ouvrage de quinze ou vingt autres piil- Uers d'années. Sur la fin de la troisième époque et au commen-

Ton TMt Wloîfpner descMetet gsgMr la tante mer Tert le pôle, let mn»tagnet deglaoes préique immoibiletqu'Mi troafe m Groenlaiidet au Spitiberg n'amioooeo^eUet pas une continuité de glaeea jnqn'aa pôle? SI l'on TeoC longer let côtéi, cette navigiUion est moins tàsée qu'elle ne fétoU il y a cent ans4 Teau de lX)oéaf( y a diminoé inaentibleiDeot : on Toit encore foin des bords que iNôgne to mer Glaciale let Iwia <|a'dle a jetés ^ qui jadis lui ser? oient de rivage ; «s bords y sont si peu profonds , c^'ôn ne pourrait y employer qoé des bateaui très plats, qui, trop foibles pour rélister aux gUioes, ne sauroient Fournir une longue naTi^^ttion, ni se cfaari^ dis proTisioiis qu'elle exige. Quoique les Russes aient des rAsourœs eC des ïnoyens que n'ont pas la phipart des autres nations ^européennes pour fréquenter ces mers froides , on voit que les Toyages tentés sur la mer Glaciale n'ont paa^encore ouyert une loote de l*£urope et de l'Asie à l'Anoérique ;.et ce n^est qu'eu partant de Kamtscbatka, ou d'un autre point de l'Asie la plus orientale, qu'on a déCQurert quelques côtes de l'Amérique ocddeetale.

Le capitaiiie Behring partit du port d'A yatacha en Kamtschafta le 4 juin 1741. Après avobr couru au sud«st , et remonléau nk>rd-est , il aperçut, le 18 du moU suiyant, le continent de l'Amérique | ô8 degrés ag* de latftnde; deux jours après ,. il mouUla près d'une lie enfoncée- dans une baie; de 11, Toyant deux caps, il appela l'un à rorient Saint'Élie , et l'autre jhi eoucbant Saint' Uermogénei ensuite II dépécba Chitrou , l'un de ses offiâers« pour reconnottre et visiter le golfe où il venoit d'entrer. On le tioura coupé eu parsemé d'Iles : une entre antres ofifHt des çd>anes désectes ; elles étoient de planches bien unies et mémeéchancrées. On conjectura que cette lie pouvoit aroir été habitée par <^lquespeuples du continent de l'Amérique. M. SteUer, ' envoyé pour fiûre des observations sur ces terres nouvellement découvertes, trouya une cave où l'on avoit mis une provislen de saumon fùmé, et laiaé des cordes, des nieublesa des ustensiles : plus loin , il vit fùir des Américains à son aspect Bienti^ on aperçut du feu sur une colline assez éloignée: les sauvages sans doute s'y étoientreUrés^uA rocher escarpé y couvrait leur retraite.

D'après l'exposé de ces fiilts, il est aisé de jugpr que ce ne sera jamais qu'en partant de Kamtscbatka que let Russes pourront faire le commerce de la Chineet du Japon, et qu'il leur est aussi difficile, pour ne pas dire impossible , qu'aux autres nations de l'Europe de passer par les mers du Bord-ouest, dont la phis grande partie est entièrement glacée : je ne crabis donc pas de répéter que le seul passage possible est par le nord-ouest, au fbod delabaied'Hudson, et que c'est l'endroit auquel les naVigatenn doivent s'attacher pour trourer ce passage si désiré et si évidemment utUe.

Gomme j'aTois déjà livré à llmpression toutes les feuUles précédentes ds

SlXtÈMfi ÉPOQUC Sir rxmtni tle la quatrième «^est faite la retraite des eaux; les courants 4e la mer OHt creusé nos vallons , et les fèux souterrains ont<:ommencé de ravager la terre par leurs explosions. Tous ces derniers mouvements ont duré dix mille ans 4e plus; et en somme totale ces grands événements, ces opérations et ces constructions supposent au moins une succession de soixante

ceToUne, fai reçu de la part 46 M. !• comte de Scbouialeff, cegraDd homme d'4Ut que toute TEurope ettiitte et respecté ; j'ai reçu , dia-je, en date du 27 octobre 1777, un eiceHent mémoire composé par M. de Domatebeneff, ^^réaident de la aociété impériale de Péterabourg, etauquel Hmpératrioe a conié, à juate titre, le département de tout ce qui. a rapport aux tciencea et aux act». Ge^ illuatre urant m'a «n OEiéme teonpa enf oyé uoe copie fiiile à la main de la cafte du pUote Otcheredin , dans laquelle aont 'représentée» Jea routes, et les déoowrertes qu'il a fûtes, en 1770 et 1773, entre Kamtschatka rt le-contiDent de l'Amérique. M. de Domascheneff obaer?e dans son «néinoire que 4etle carte du pilote Otcheredin est la pCus exacte de toute* , et <iue celle qui a été donnée en 1773 par l'Acadéqiie de.Pétersbour^ doit ^tre réfbrmée en plusieurs points, et notamment sur la poi^tion des Iles et le prétendu archipel qu'on y a représenté enire les Iles Alrutes ou AléouCes et «elle d'Anadir, autrement appelées fles d'Andrien. La carte du pilote Otcheredin semble démontrer en effet que ces deux groupes des lies Aleutes et des Iles Andrien sont séparés par une mer libre de plut de cent lieues d'étendue. M. de Domascheneff assure que la grande carte générale de l'empire de Russie, qu'on Tient de publier cette année 1777 , représente exactement les côtes de toute l'extrémité septentrionale de l'Asie babiiée par les Tschutscbis. Il dit ifue cette carte a été dressée d'après les eoonoissances les plus récentes acquises par la dernière expédition du major Pawluzki coi.tre ce p^ple. •«Cette côte, dit M. de Domattcheneff, termiiie la grande.chalne de montagnes, laqu^ sépare toute la Sibérie de J'Asie méridiouale, et finit en se partageant entre la cbaine qui parcourt Kamtscbatka et celles qui remplissent toutes les terres entre les fleuves qui coulent à l'-est du Lena. Lps Iles ireconnuea entre les côtes de Kamtscbafka et celles de TAmérique sont montagneuses , ainsi que les côtes de Kamtscbatka et celles du continent de l'Amérique : il y a donc une continuation^ bien marquée aitre les chaînes de montag^ et cer deux continents , dont les interniptions, jadis peut-être moins considérables, peuvent avoir été élargies par le dépéri^iement de la coche, par les courants continuels qui entrent de la mer Glaciale vers la grande mer du Sud, et par les catastrophes du globe. »

Mais cette chaîne sous-marine qui joint les terres de Kamtscbatka avec celles de l'Amérique est plus méridionale de 7 ou 8 degrés que celle des iirs Anadir ou Andrien, qui, de temps immémorial, ont senri de passage aux Tschutscbis pour aller en Amérique.

M. de DomaachenefF dit quil est certain que cette trayersée de la pointe de l'Asie au contineut de l'Amérique sé foit à la rame, et que ces peuples y vont trafiquer des fierraiUea russes avec les Américains; que les Iles qui aont sur ce passage sont si firéquentes, qu'on peut coucher toutes kinults

mille aimées , après quoi la nature , dans son {Nremier momenC de repos, a donné ses productions \es plus oobles ; la onquième époque nous présente la naissance des animaux terrestres. Il est yrai que ce repos n'étoit pas absolu; la terre n'étoit pas encore tout-à-fait tranquille, puisque ce n'est qu'après la naissance des premiers animaux terrestres que s'est fàite la sépa-

à terre, et que le oontineot de l Amérique où les Ttchoticlitt commerceot est moiUagnciiT et oouyert de forêts peuplées de renards, de martres et de xibelines, dont Us rapportent des fiDumirès de qualités et de couleurs toute» différentes de celles de Sibérie. Ces lies septentrionales situées entre les deux oontiuen& ne sont çufcve connues que des Tscfautscbis ; elles iforment une chaîne, entre la pointe la plus orientale de TAsie et le continent de TAmériqué, solus lé 64^ degré : et cette chaîne est séparée par une ner ourerte de la seconde chaîne plus méridionale dont nous Tenons de ^Mkr, située sous le 56'' degré entre Kamtschatka et rAniérIque : ce sont les lies de cette seconde chaîne que les Russes et les habitants de Kamtichatka fréquentent pour la chasse des loutres marines et des renards noirs, dooC les fourrures sont très précieuses. On avoit connoissance de ces Iles , même des plus orientales dans cette dernière chaîne , avant Tannée 1750 : rnoede ces Iles porte le nom du commandeur Behring, une autré assea voisine s'appelle Vile Medenoi; ensuite, on trouve les quatre Iles Aleutesou Aléoutes, les deux premières situées uu peu au-dessus et les dernières un pea au-deseom du 55* degré; ensuite on. trouve environ au 56^ degré les Iles Aticou et Arolaigh, qui sont les premières de la chaîne àe% Iles aux Renards, laquelle s'étend vers le nord-est jusqu'au 61*^ degré de latitude : le nom de ces Ues est venu du n'ombre prodigieux de renards qu'on y a trouvés. Les deux Iles du commandeur Rehriiis et de Medenoi étoieot inhabitées lorsqu'on en fit la découverte : mais on a trouvé dans les Iles Aleutes, quoique plus avancées vers l'orient , plus d'une soixantaine de familleà dont la langue ne se rapporte ni à celle de Kamtschatka ni à aucune de celles de l'Asie orientale, et n'est qu'un dialecte de la langue qu'on parle dans les autres Iles voisines de l'Amérique, ce qui sembleroit indiquer qu'elles ont été peuplées par les Américaist, et ifon par les Asiatiques.

Les Iles non^mées par Péquipage de Behring VU,e Saint- Julien^ Saini- Théodore, Saint- Abraluim, 9oni les mêmes que celles qu'on appeHe aujourd'hui les tles Ateides ; et de même IHIe de Choromaghii^,de Saint-Dohnat, indiquées par ce navigateur , font partie de celles qu'on appeUe Ues xmx Renards, " •

«La grande distance, dit M. de Domascheneff , et la mer ou verte et profV»nde qui se trouve entre les Iles Aleutes et les Iles aux Renards, JoiÎBles au gisement différent de ces dernières , peuvent faire présumer que cet Ues lie forment pas une chaîne marine continue; mais que les premiièret, avec relies de Medenoi et de Behring, fbnt uhe chaîne marine qui vient de KamtM<1iatka, et que le» tirs aux Renards en représentent 4ine autre issue de l'Amérique r que l'une et l'autre de ces chaînes vont géiiéraleroent se perdre flans la profondeur de la gi-aodc mer, et sont des promontoires des deui

SIXIÈME ËPOQDE.

ratioQ des «ontineiits, et que soat arrivés les grands changements qne je viens d'expqser dans cette sixième époque.

Au reste, j'ai fait ce que j'ai pu pour proportionner dans chacune de ces périodes la durée du temps i la grandeur des ouvrages; j'ai tâché, d'après mes hypothèses, de tracer le taMe^u successif des grandes révohitions de la nature, sans

<x>Qtiiieiits. La «uite éa^ tien aux Renards, dont quelques-uBes sont d'une grande étendue, est eotreinélée d'écueiU et de brisuitf , et secontioue taiân interruption jHsqu^au contipest de VÂm^que; mais celles qui sont Tes plus voisibes de ce continent sont très peu fréquentées par les barques des diaaseurs russes , parce qu'elfeps sont fort peuplées , et qu'il seroit dangereux 4*y séjourner. 11 y a plusieurs de ces lies voisines de la (erre-ferme de rAmérique, qui ne sont pas encore bien reconnues. Quelques navires ont cependant pénétré jusqu'à l'Ile de Kadjak, qui est très voisine du continent ^de rAmérique ; l'on en est assuré tant sur le rapport des insulaires que par d'autres raisons r une de ces raisons est qu'au lieu que toutes les lies pins occidaitales ne produisent que des arbrisseaux rabougris et rampants, que les vents de pleine mer empêchent de s'élever ; l'Ile de Kadjak; au contraire, et les petites Iles voisines, produisent des bosquets d'aunes, qui semblent indiquer qu'elles se trouvent moins A découvert, et qu'elles sont garanties au nord et à l'est par un continent voisin. De plus on y a trouvé des loutres d'eau douce qui -ne se voient point aux autres lies, de même qu'une petite espèce de marmotte, qui parott être la marmotte du Canada, enlin l'on y a remarqué des traces d'ours et de loups, et les habitants sont vêtus de peaux de rennes qui leur viennent du continfntdei'Aménqne » dont lie sont très voisins. «

On voit , par la relation d'un voyagé poussé jusqu'à l'Ile de Kadjak , sous la conduite d'un certain Géottof , que les insulaires nomment Makthan le continent de l'Amérique : ils disent que cette grande terre est montagneuse et toute couverte de forêut ; ils placent cette grande terre au nord de leur lie, «t nomment l'embouchure d'un grand fleuve, Jlag^chak , qui s'y trouve... D'autre part , l'on né sauroit douter que Behring , aussi bien que Tschiricow, n'ait effiectivement touché à ce grand continent, puisqu'au cap Ëlie, où sa frégate mooUla , l'on vit des bords de la mer le terrain s'élever en montagne continue/et toute revêtuç d^épaisses forêts : le terrain y étoit d'une nature toute différente de celui de Kantschatka ; nombre de plantes américaines y furent recueilUes par SIelier. >

M. de Doroascheneff dbserve de plus que toutes les lies aux Renards, ainsi que les Iler Aleotes et celle de Behring, sont montagneuses; que leurs côlet sont, poor la plupart, hérissées de rochers, coupées par des précipices , et environnées d'écueils jusqu'à une assez grande distance ; que le, tebtain s'é- ]èft depuis les côtes jusqu'au milieu de ces lies en montagnes fort roides, qui forment de petites chali^ dan» le sens de la longueur de chaque uè; au reste, UyaeuetUya encore des volcans dans plusieurs de ces Iles , et celles où ces volcans sont éteints ont des sources d'eau chaude. On ne trouve point de métaux dans ces Mes à volcans, mais seulement des calcédoines ef

620 DES ËPOgDES DE LA NATDRE.

néanmoins avoir prétendu la sainr à Mm origine, et encore moins l'tvdr embrassée dans toute son étendne; et meslqrpo* thèses fassent-elles contestées, et mon^abkaune fùt-ilqn'uie esquisse tris imparCûted^ cdoi de la nature Je sois oonvaincn

qpekioet aiitm piemi ooloite, de pea de

ces Uet que tel tiget ou branches d*arbfo HpC^ ^ la mer, et qui n'y arriTent pat en grande quantMé; il s'en trom plui sur nie Behring H sur ifps Àleotes : U^parott que œi bok flottés Tiennent, p^ méridionales ; car, on y a obterré le lM>is de cemplire du Ja^^

Les habitants de ces lies sont aeaei D0Bibreiiz;1nais, oomine ^ une Tie errante, se transportant dhinellel Vautre^il n'est pas possible de fixer leur nonibre. On a généralenient obserré que pins les ties sont gran plus elles sont toisines de T Amérique, et plus eUes sont peuplées. U pantt aosil que tous les insulaires des lies aux Renards sont d*Dne même nation , I laquelle les habitants des Aleutes et des lies d^Andrien peorent aussi se rapporter, quoiqulls en diffèrent par qudques coutumes. Tout ce peuple a une très grande ressemblance pour les mœurs, la façon deTîrreetdese nourrir, a?ec les Esquimaux et les Groenlandois. Le nom de Kanaghist, dont ces insulaires s'appellent dans leur langue, peut-être corrompu pv les marins, est encore très ressemblant I celui de KaralU, dont les Esquimaux et leurs frères les Groenlandois se nomment On n'a trouvé aux habitants de toutes ces.lles, entre l'Asie et l'Amérique r d'autres outils que des haches de pierre, des cailloux taillés en scalpd , et des omoplates d'antanaux aiguisées pour couper l'herbe; ils ont aussi des dards» qu'ils lancent de la main à l'aide d'une palette, et desqueb la pointe est armée d'un caUkw pointu et artislement taillé : aujourd'hui ils ont beaucoup de iprraillesTolées ou en- ICTéesanx Russes, ils fbnt des canob et des espèces de pirogues comme les Esquimaux : il y en a d'assez grandes pour contenir ringt penonnes; la Charpente en est de bois léger, reoouyert partout de peaux de phoques et d'autres animaux marins.

11 parok par tous ces foits , que de temps fanmémorial les Tldnitachis qui habitent la pointe la plus orienUle de l'Asie, entre le ^« et le 70* degré, ont eu commerce afèc les Américains , et que ce commerce étolt d'autant plus £Kile pour ces peuples accbutumés I la rigueur du fi:oid, que l'on peut ftiire le voyage, qui n'est peutrétre pas de cent lieues, en se reposent tous les jours d*Ue en lie, et dans de siBDples canots^ conduits I la 'ramé en été, et peut-être sur la glace en hifcr. L'Amérique a donc pu être peuplée par l'Asie ; sous ce parallèle ; et tout eemble indiquer que , (tboiqull y ait aujourdimi r des interruptions de mer entre les terres de ces Iles, dles ne foisoientautre- . fois qu'un même continent, par lequel rAmériqiie étoit jolnieâ l'Asie : cela semble indiquer au^ qu'au-dri& de ces lies Anadir ou Andrien , c'est-ft-<fire entre le 70^ et le 75* degré, les deux continents sont absolument réuni» par uo terrahi où il ne se^rouye phM de mer , eub qui est peut-être entièrement courert de glaœ. La reoonnoissanoe de c^ plages ao-ddà du 70* degré est une entreprise digne de l'attentioa de la grande souferaine de là Russie, H \\ foudroit la confier à un navigateur aussi courageux que M. Pbipps. Je

SIXIÈME ÉPOQUE. M que tous ceux qui de bonne foi voudront examiner cette esquisse et la comparer avec le modèle trouveront assez de ressemblance pour pouvoir au moins .satisfaire leurs yeux et fixer leurs idées sur les plus grands objets de la philosophie naturelle.

toitbîeD penoadé qu'oc trooTsroit les daoxoohUiw^

antremeot, et qa\\ y ait mie mer otmrte au-deU des Uet Andrien» il me

parait certain qu'oD troaferoU les appendioeà de ta ^

81 oa S2 degrés, eomme M. Pbipps les a trQvréi à ta méoie hauteur entre le

SfMtxbers et le Groenland. [JdtL Buff. )

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