PARTIE EXPÊRIMEINTALË
courber la glace plu» en moins , çt par conséquent elle brûlera à de plus et moins grandes distances.
Il y anrdt encore un autre moyen : ce seroit d'Ater rétamage dans le centre de la glace, de la largeur de neuf ou dix lignes, façonner avec une molette cette partie du centre en portion de sphère, comme un verre convexe d'un pouce de foyer, mettre dans le tambour une petite mèche soufrée; il arriveroit que quand on présenteroit ce miroir au soleil, les rayons transmis à travers cette partie du centre de la glace et réuuis au foyer d'un pouce allumeroient la mèche soufrée dans le tambour; cette mèche, en brûlant, absorberoit de Tair, et par conséquent le poids, de l'atmosphère feroit plier la glace plus ou moins, selon que la mèche soufrée brûleroit plus ou moins de temps. Ce miroir seroit fort singulier, parce qu'il se courberoit de lui-même à l'aspect du soleil, sans qu'il fût nécessaire d'y toucher ; mais l'usage n'en seroit pas fadie, et c'est pour cette raison que je ne Fai pas fait exécuter, la seconde manière étant préférable à tous égards.
Ces miroirs d'une seule pièce à foyer mobile peuvent servir à mesurer, plus exactement que par aucun autre moyen, la différence des effets de la chaleur du soleil reçue dans des foyers plus ou moins grands. Nous avons vu que les grands foyers font toujours proportionnellement plus d'effet que les petits., quoique l'intensité de chaleur soit égale dans les uns et les autres: on auroit ici, en contractant successivement les foyers , toujours une égale quantité de lumière ou de chaleur, mais dans des espaces successivement plus petits; et au moyen de cette quantité constante , on pourroit déterminer , par l'expérience, le minimum de l'espace du foyer, c'est-à-dire l'étendue nécessaire pour qu'avec la même quantité de lumière on eût le plus grand effet : cela nous conduiroit en même temps à une estimation plus précise de la déperdition de la chaleur dans les autres substances, sous un même volume ou dans une égale étendue.
A cet usage près , il m*a paru que ces miroirs d'une seule pièce à foyer mobile étoient plus curieux qu'utiles : celui qui
BiTFFo?r. ii;. 5
C6 MINÉRAUX. HNTRODDCTION.
agU seul et se courbe à Taspect du soleil , est assez iogénieuse* meut conçu pour avoir place dans un cabinet de physique.
II. Miroirs d'une seule pièce pour brâier très vivement à des distances médiocres et à de petites distances.
J'ai cherché les moyens de courber régulièrement de grandes glacés; et, aprè^ avoir fait construire deux fourneaux différents qui n'ont pas réussi, je suis parvenu à en faire un troisième ^ dans lequel j'ai courbé très régulièrement des glaces circulaires de trois, quatre et quatre pieds et demi de diamètre ; j'en ai même £siit courber deux de cinquante-six pouces : mais quelque précaution qu'on ait prise pour laisser refroidir lentement ces grandes glaces de cinquante-six et cinquantequatre pouces de diamètre, et pour les manier doucement, elles se sont cassées en les appliquant sur les moules sphériques que j'avois fait construire pour leur donner la forme régulière et le poli nécessaire; la même chose est arrivée à trois autres glaces de quarante-huit et cmquante pouces de diamètre, et je n'en ai conservé qu'une seule de quarante-six poucc^ et deux de trente-sept pouces. Les gens qui connoissent les arts û'en seront pas surpris : ils savent que les grandes pièces de verre exigent des précautions infinies pour ne pas se fêler au sortir du fourneau on les laisse recuire et refroidir : ils savent que plus elles sont minces, et plus elles sont sujettes à se fendre, non-seulemenl par le premier coup de l'air, mais encore par ses impressions ultérieures. «Tai vu * plusieurs de mes glaces courbées se fendre toutes seules au bout de trots,.quatreetcinq mois, quoiqu'elles eussent résisté aux premières impressions de l'air, et qu'on les eût placées sur des moules de plâtre bien séché, sur lesquels la surfoce concave de ces glaces portoit également partout; mais ce qui m'en a fait perdre un grand nombre, c'est le travail qu'il falloit faire pour leur donner une forme régulière. Ces glaces , que j'ai achetées toutes polies à la manufacture du faubourg Saint-Antoine, quoique choisies parmi les plus épaisses , n'avoicnt que cinq lignes d'épaisseur :
* Voyez la planche l.fig. 1,2/3, 6 et e.
PABTIE EXPÉRIMENTALE.
en tes courtMQi, le feu leur fojsoit perdre eu parlie leur poli. Lear épaisseur d'ailleurs n'éloit pas bien ëgâle partout, et néanmoins^il étoit nécessaire, pour l'objet auquel je les destincns, de rendre les deux surfaces concave et convexe parfaitement concentriques, et par conséquent de tes travailler avec des molettes convexes dans des moules creux, ^t des molettes concaves^ sur des mm\^ convexes. De vingt^piatre glaces que j'avois courbées et dont j'en avois livré quinze à feu M. Passemant pour les faire travailler par ses ouvriers, je n'en ai conservé que trois; toutes les autres, dont les moindres avoient au moins trois pieds de diamètre, se. sont cassées , soit avant d*étre travaillées, soit après. De ces trois glaces que j'ai sauvées, Tune a quarante-six pouces de diamètre, et les deux autres trente-sept pouces; elles^ient bien trnvi^iUées, leurs sorfiices bien concentriques, et par conséquent l'épaisseur bien égalé : il ne s'agissoit plus que de les étamer sur leur surface convexe, et je fis pour cela plusieurs essais et uri assez grand nombre d'expériences qui ne me réussirent point. M. de Bernières, beaucoup plus habile que moi dans cet art de l'étamage, vint à mon secours, et me rendit en effet deux de mes glaces étamées ; j'eus l'honneur d'en présenter au roi la plus grande, c'est-à-dire celte de quarante-six poiices, et de fairt devant sa majesté les expériences de la force de ce miroir ardent qui fond aisément tous les métaux; on l'a déposé au château de la Muette, dans un cabmet qui est sous la direction du P. Noël : c'est certainement le plus fort miroir ardent qu'il y ait en Europe \ J'ai déposé au Jardin du Roi , dans te cabinet d'histoire naturelte, la glace de trente-sept pouces de diamètre, dont te foyer est beaucoup plus court que cehii du miroir de <piarante-six pouces. Je n'ai pas encore eu le temps d'essayer la force de,ce second ipiroir, que je crois aussi très bon. Je fis aussi, dans te temps, quelques expériences au ch^eau de la Muette , sur la lumière de la hme reçue par le miroir de qua-
* On m*a dit que rétamage de ce miroir, qui a été fail il y a plut de ringt aiMt, t*é(oH sâté; il faudroil le remettre entre len maiw de M. de BemièreM, qui aeul a le tecret de cet ëtaraa^, pour le bien réparer.
C8 MINÉRAUX. INTRODtJCTlON.
ran(e-sîx pouces, et réfléchie sur un thermonoèlre ttès scih sible : je crus d'abord m'apercevoir de quelque mouyement ; mais cet effet ne se soutint pas, et depuis je n*ai pas en occasion de répéter Texpérience. Je nesab même si l'on obt^éndroit un degré de chaleur sensible en réunissant les foyers de plusieurs miroirs, et les faisant tomber ensemble sur un ther^iomètre aplati et noirci; car il se peut que la luné nous envoie du froid plutôt que du chaud, comme nous Terpliquerons ailleurs. Du reste, ces miroirs sont supérieurs à tous les miroirs de réfleiiondônt on avoit connoissance :ils servent aussi à voir en grand les petits tableaux , et à en distinguer toutes les beautés et tous les défauts; et si Ton en fait étamer de pareils dans leur concavité , ce qui seroit bien plus aisé que sur la convexité, ils serviroient à voir les plafonds et siutres peintures qui sont trop grandes et trop perpendiculaires sur la téte pour pouvoir être regardées aisément.
Mais ces miroirs ont Tinconvénient commun à tous les mi« roirs de ce genre, qui est de brûler en haut ; ce qui fait qu'on ne peut travailler de suite à leur foyer, et qu'ils deviennent presque inutiles pour toutes les expériences qui demandent une longue action du feu et de&opérations suivies. Néanmoins, en recevant d'abord les rayons du soleil sur une glace plane de quatre pieds et demi de hauteur et d'autant de largeur, qui les réfléchit contre ces miroirs concaves, ils sont assez puissants pour que cette perte, qui est de la- moitié de la chaleur, ne les empêche pas de brûler très vivement à leur foyer, qui par ce moyen se trouve en bas comme celui des miroirs de réfraction, et auquel par conséquent on pourroit travailler de suhe et avec une égéle fadlité: seulement il seroit nécessaire que la glace plane et le miroir concave fussent tous deux montés parallèlement ^r un même support, où ils pourroient recevoir également les mêmës mouvements de direction et d*inclinaison, soit horizontalement,^soit verticalement. L'effet que le miroir de quarante-six pouces de diamètre feroit en bas, n'étant que de moitié de celui qu'il produit en haut , c'est comme si la surface de ce miroir étoit réduite de moitié, c'est-à-dii^ comme s'il
PARTIE EXPÉRIMEINTALE. m n'avoii qu'un peu plus de trente-deux pouces de diaoïèire au tieu de quarante-six ; et cette dimension de trente-deux pouces de diamètre pour un foyëc de six pieds ne laisse pas de donner une chaleur plus grande que celle des lentilles de Tschirnaûs ou du sieur Segard, dont je me suis autrefois servi, et qiii sont les Dïeilleures que Ton <:onnoisse.
Enfin, par la réunion de ces deux miroirs, on auroit aux rayons du soleil une chaleur immense à leur foyer commun, surtout en le recévant en haut, qui ne seroit diminuée que de mœâé en le recevant en bas , et qui par conséquent seroit beau coup plus grande qu'aucune autre chaleur connue, et pourroit produire des effots dont nous n'avons aucune idée.