‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 4)Chapitre 23 sur 103 · Lentilles ou miroirs à Veau · texte numérisé non relu

Lentilles ou miroirs à Veau

Au moyen des glaces courbées et travaillées régulièremènt dans leur concavité et sur leur convexité, on peut Faire un miroir réfringent , en joignant par opposition deux de ces glaces , et en remplissant d'eau tout l'espace qu'elles contiennent.

Dans cette vue> j'ai ftdt courber deux glaces de trente-sept pouces de diamètre, et les ai fait user de huit à neuf lignes sur les bords pour les bien joindre. Par ce moyen, l'on n'aifra pas besoin de mastic pour empêcher l'eau de fuir.

Au zénith du miroir, il faut pratiquer un petit goulot *, par lequel on en remplira la capacité avec un entonnoir; et comme les vapeurs de Tq^u échauffée par le soleil pourroieut ^aire casser les glaces, on laissera ce goulot ouvert pour laisser (échapper les vapeurs; et, afin de temr le miroir toujours absolument plein d'eau , on ajustera daqs ce goulot une petite boutetHe pleine d'eau, et cette bouteille finira élle-mème.en haut par un goulot étroit, afin que, dans les différentes inclinaisons du miroir, Teau qu'elle contiendra ne puisse pas ^ répandre en trop grande quantité.

Cette lentille, composée de deux glaces de trente-sept pouces, chacune de deux pieds et demi de foyer, brûlerbit à cinq pieds , si elle étoit de verre : majs Teau ayant uûe moindre réfraction

' VoYCK la planche II , (îg;. 8.

70 MINÉRAUX. INTRODDCTION.

que le verre, le foyer sera plus éloigné; il ne laissera pas néaur raoios de brûler vivement : j'ai supputé qu'à la distance de cinq pieds et demi cette lentille à Teau produiroit au moins deux Rns autant de chaleur que la lentille du Palais-Royal, qiiî est de verre solide , et dont le foyer est, à douze pieds.

J'avois conservé une assez forte épaisseur aux glaces, afin que le poids de Teau qu'elles dévoient renfermer ne pût en altérer la co&rbure : on pourroit essayer de rendre Teau plus ré* fringente en y faisant foodïre des sels; comme Teau peut successivement fondre plusieurs sels,' et s'en charger en plus grande quantité qu'elle ne se chargerpit d'un seul sel, il iàndroit en fondre de plusieurs espèces, et op rendroit par ce moyen la réfraction de Teau plus approchante de celle du verre.

Tel étoit mon projet : mais après avoir travaillé et ajusté ces glaces de trente-sept pouces, celle du dessous s'est cassée dès la première expérience ; et comme il ne m'en restoit qu'une, j en ai foît le miroir concave de trente-sept pouces doni j'ai parlé dans l'article précédent.

Ces loupes composées de deux glaces spbériquement courbées et remplies d'eau brûleront en bas, et produiront de plus grands effets que les loupes de verre massif, parce que l'eau laisse passer plus aisément la lumière <pie le verre le plus transparent ; mais l'isxécution ne laisse pas d'en être difficile, et demande des attentions infinies. L'expérience m'a fait connottre qu'il ialloit des glaces ép^^iisses de neuf ou huit lignes au moins, c'est-à-dire des glaces faites exprès : car on n'en coule point aux manufactures d'aussi épaisses, à beaucoup près ; toutescelles qui sont dans le commerce n'ont qu'environ la moitié de cette épaisseur. H faut ensuite courber ces glaces dans un fourneau pareil à celui dont j'ai donné la figure plancheV^ et suivantes; avoir attention de bien sécher le fourneau , de ne pas presser le feu, et d'employer au moins trente heures à l'opération. La glace se ramollira et pliera sous le poids sans se dissoudre , et s'affaissera sur le nioule concave qui lui donnera sa forme. On la laissera recuire et refroidir par degrés dans ce fourneau , qu'on aura soin de boucher au moment qu'on aura vu la glace bien

afFiaissée partout également Deui jours aff^rès, toraquf le four- Beau aura perdu toute sa diatear, on eo tirera laglace^qui ne sera que légèrement dépolie; on examinera, avec un grand compas courbe, si son épaisseur est à peu près égale partout; ^ si cela n'étoit pas, et qu'il y eût dans de certaines parties de la glace une inégalité sennble , on commencera par Tatté* nuer avec une molette de même sphère que la courbure de la fflmx. Oa continuera de travailler de même les deui surfaces concave et convexe, qu'il fiiut rendre parfaitement concentriques, en sorte qne la glace ajt partout exactem^t la même épaisseur; et pour parvenir à cette précision , qui est absolument nécessaire, il faudra feire courber de plus petites glaces de deux ou trois pieds de diamètre , en observant de foire ces petits moules sur un rayon de quatre ou cinq lignes jfrius long qne ceux du foyer de la grande glace. Par ce moyen, on aura des glaces courbes dont on se servira , au lieii de molettes, pour travailler tes deux surfoces concave et convexe, ce qui avancera beaucoup le travail : car ces petites glaces, en frottant contre la grande, ruseront, et s'useront élément; et comme leur courbure est plus fbrte de quatre lignes , c'est-àdire de moitié de l'épaisseur de la grande glace, le travail de ces petites glaces, tant au dedans qu'au dehors, rendra concentriques les deux surfîices de la grande glace aussi préciséaneot qu'il a été possible. C'est làle point le plus diftldle ; et j'ai souvent vu que , pour l'obtenir , on étoit obligé d'user la gUce de plus d'une ligne et demie sur chaque surface, ce qui la rendoit trop mince , et dès lors inutile, du moins pour notre objet. Ma glace de trente - sept pouces que le poids de l'eau , joint à la chaleur du soleil , a fait casser, avoit néanmoins, toute travaillée , plus de trois lignes et demie d'épaisseur ; et c'est pour cela que je recommande de les tenir encore plus épaisses.

J'ai observé que ces glaces courbées sont plus cassantes que les glaces ordinaires; la seconde fusion ou demi-fusion que le verre éprouve pour se courber est peut-être la cause de cet effet , d'autant que, pour prendre la fiorme sphérique^ il est nécessaire qu'il s'étende inégalement dans cfaaaine de ses par-

ties , et que leur acBiérence aitre elles change dans des proportion$ inégales ^ et même difiFérentes pour chaque point de la courbe , relativement au plan horizontal de la glace, qui sV baisse successivement pour prendre la courbe sphérique^

En général , le verre a dn ressort , et peut plier sans se casser , d'environ un pouce par pied , surtout quand il est minçp ; je Tai même éprouvé sur des glaces de deux et trois ligbes d'épaisseur et de cinq pieds de hanteu|r : on peut les faire plier de plus de quatre pouces sans leà rompre , surtout en ne les comprimant qu'en un sens; mais si on les courbe en deux sens à la fois , comme pour produire une surface spbérîqiie, elles cassent au moins d'un demi-pouce par pied sous cette double , flexion. La glace inférieure de ces lentilles à l'eau obéissant donc à la pression causée par le poids de l'eau , elle cassera on prendra une plus forte courbure, à moins qu'elle ne soit fort épaisse, ou qu'elle ne soit soutenue par |ine croix de fer ; ce qui fait ombre au foyer, et rend désagréable Faspect de ce miroir. D'ailleurs le foyer de ces lentilles ft Teau n'est jamais franc , ni bien terminé, ni réduit à sa plus pe^ tite étendue; les différentes réfractions que souffre la lumière en passant du verre dans l'eau et de l'eau dans le verre, causent une aberration des rayons beaucoup plus grande qu'elle ne l'est par une réfraction simple dans les loupes de verre massif. Tous ces incopvénittits m^ont fait tourner mes vues sur les moyens de perfectionner les lentilles de verre, et je crms avoir enfin trouvé tout ce qu!on peut faire de mieux en ce genre, comme je l'expliquerai dans les paragraphes suivants.

Avant de qilitter les lentilles à l'eau , je crois devoir encore proposer un moyen de construction nouvelle qui seroit sujette à moins d'inconvénients , et dont l'exécution seroit assez facile. Au lieu de courber, travailler et polir de grandes glaces de quatre ou cinq pieds de diamètre , il ne faudroit que de petit)» morceaux carrés de deux pouces, qui ne coûteroient presque rien , et les placer dans un châssis de fer traversé de verges minces de ce même métal , et ajustées comme les vitres en

plomb. Ce châssis et ces verges de far , auxquelles on donneroit la courbure sphérique et quatre pieds de diamètre ; contiendroieot chacun trois cent quarante - six de ces petits morceaux de deux pouces ; et en laissant quarante-six pqur Téquivalent de Tespace que prendroient les verges de fer, il y auroit tot^jours trois cents disques du soleil qui coïncidercMent au même foyer, que je suppose à dix pieds; chaque morceau laisseroU passer un disque de deux pouces de diamètre, amiuel, ajoutant la lumière des punies du carré circonscrit à ce cerçle de deux pouces de diamè re, le foyer n'aoroit à dix pieds que deux pouces et demi ou deux pouces trois quarts,' si la monture de ces petites glaces étoit régulièrement exécutée. Or , en diminuant la perte que souffre la lumière en passant à travers Teau et les doubles verres qui la contiennait, et qui seroit ici à peu près de moitié, on auroit encore au foyer de ce miroir , tout com*posé de facettes planes , une chaleur cent cinquante fois plus grande que celle du soleil. Cette constmction ne seroit pas chère , et je n'y vois d'autre inconvénient que la fiiite de Teau qui pourrœt peréer les joints des verges de fer qui contiendroient les petits trapèzes de verre. H foudroit prévenir cet inconvénient en pratiqfuant de petites rainures de chaque ^té dans ces verges, et enduire ces ramures de mastic ordinaire des vitriers , qui est impénétrable à reau.

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