‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 4)Chapitre 90 sur 103 · PARTIE HTPOTHÊTIQUI · texte numérisé non relu

PARTIE HTPOTHÊTIQUI

Bêle, mie petite namt de matière qm drealea¥ee les autres aaloar du soleil;. <^ Mtf€ de hmière et de feu ne soit plus dedonie cent mîtle fois plus gros qunie globe de la terres et que sa pirisiaiiee ne s^étende à tous les corps quHl fléchit autour de lui; en sorte que notre glcbe en étant éloigné de trente-trois millions de lieues m moins, la planète de Satané se trouTC à plus de trois cent trdze millions des mêmes Ken^ : d*oà Ton ne peut s'empècber de conclure que Tétendue de rempire do soleil , ce roi de la nature , ne soit mie spbère dont le diamètre est de rix cent vingt-sept raiHieos de lieues, tandis que celui de la terre n'est que de deux mtUe hait cent soixante-cinq; et si Ton prend le cube de ces deux nond)res, on se dénMmtrera que la terre est plus petite, relativement k cet espace, qu'un grain de saMe ne Test relativement au Totame entier du globe.

Néanmoins la planète de Saturne, quoique la plus éloignée du soleil^ n'e^t pas encore à beaucoup près sur les contes de son empire. Les limites en sont beaucoup plus reculéeè, puisque les comètes parcourent , au-delà de cette distance, des espaces encore plus grands, que Ton peut estimer par ta période du temps de leurs révolutions^ Une comète qui , comme eelle de Tannée 1680, circule autour du soleil en 676 «n, s'éloigne de cet asti^ 16 fois plus que Saturne n'efi est distant ; car le grand axe de son orbite est 138 foiis phis grand que la dîsânce de la terre an soleil. Dès-lors on doit augmenter encore rétendue de hi puissance solaire de 16 fois la distance dr soleil â Saturne, en sorte que tout l'espace dans lequel sont comprises les planètes n'est qu'une petite province du domaine de cet astre, dont les bornes doivent être posées au moins à 138 fois la distance du soleil à la terre, c'est-à-dire à 138 fois 33 ou 34 millions de lieues.

Quelle immensité d'espace, et quelle quantité ^e matière ! Car, indépendamment des planètes, il existe probablement quatre ou cinq cents comètes , peut-être plus grosses que la terre, qui parcourent en tous sens les différentes régions de cette vaste sphère , dont le globe terrestre ne fait qu'un point ^

288 MINÉRAUX. INTHODUCTIO^.

une unité sur 191,201,612,986,614,37^^, qnanliléqne cet nombres représentent , mais que Fimagination ne peut ai* teindre ni saisir. N'en yoilà-t-il pas assez pour nous rendre, nous, les nôtres et notre grand domicile^ plus petits que des atomes?

Cependant cette énorme étendue, cette sphère si ?aste, n'est encore qu'un très petit espace dans l'immensité 'des deux; diaqne étoile fixe est un soleil , au centre d'une sphère tout aussi vaste; et comme on en compte plus de deux mille qu'on aperçoit à la Yue simple, et qu'avec les lunettes on en dé-, couvre un nombre d'autant plus grand, que ces instruments sont plus puissants, l'étendue de l'univers entier parott ètre sans bornes , et le système solaire ne fiait plus qu'une province de l'empire universel du Créateur, empire infini comme lui.

Sirius, étoile fixe la plus brillante, et que par cette raison nous pouvons regarder comme le soleil le plusVoisin du nôtre, ne donnant à nos yeux qu'une seconde de parallaxe annuelle sur le diamètre entier de l'orbe de la terre , est à 677 170 millions de lieues de distance de nous, c'est-à-dire à 67672Ui millions des limites du système solaire, telles que nous les avons assignées d'après la profondeur à laquelle s'enfoncent les comètes dont la période est la plus longue. Supposant donc qu'il ait été départi à Sirius un espace égal à celui qui appartient à notre soldl , on voit qu'il faut encore reculer les limites de notre système solaire de 742 fois plus qu'il ne l'est dé^à jusqu'à l'aphélie de la comète, dont l'énorme distance an soleil n'est néanmoins qu'une unité sur 742 du demi-diamètre total de la sphère entière du système solaire

* DUUinre de la terre au soleil. ....... 83 raillions de Ueuet.

Dittanœ de Saturne au soleil 313 millionii.

Distance de Tapbéliede la comète au soleil. . . 4561 millionti.

Distance de Sirius au soleil 0771770 milUont.

Distance de Sirius au point de Taphélie de la

comète, en supposant qu'en remontant du'

toleil la comète ait pointé directement vent

Sirius ( supposition qui diminue la distance

autant qu'il est possible ) 6767216 iniDIODt.

Moitié de la distanoe de Sirius au aoleil, ou pro-

PARTIE HYPOTHÉ^TIQUE. 280 Ainsi, c|iiand même il existeroit des comètes dont la période de réyolution seroit double, triple, et même décuple de la période de 576 ans, la plus lon^equiiious soit connue { quand les cora^te^ en conséquence poqitoienjt s'enfoncer à une profondeur dix fois plus grande r il y auroit encore un espace 74 on 75 fois plus pnofond pour arriver aux derniers confins tant du système solaire que du système siriên ; ea sorte qu'en donnant à Sirius aiftaiit de grandeur et de puissance qu'en a notre soleil i et supposant dans son système autant ou plus de corps

foudeur du système solaire et du syitteiè

tirieD. 3385886 idîIÇqds it )mies.

Étendue au-delà des limites de Faphélie des

oomèlés. V . 3381331 milliont.

Ce qui étant divisé par lat dlttanoe de rapl^

de la comète dôbne. 742 environ.

On peut encore d'une autre manière se fbmïer une idée de cette distance immense de Sirius â néus ^ eu' te rappelant que le diitqtie du soleil forme S non yeul un ^ngle de 32 minutes, tandis que celui de Sirius n'en fait pas un d'une seconde; et Sirids étant un soleil comme le nôtre, que nouÀ supposerons d'une ^le grandeur, puisqu'il n'y S pas plus de raison de le supposer plus grand que plus petit, il noiis paroltreît aussi grand qi^ le soleil s'il n'étoît qù'à la même distance. Prenant donc deux nombres proportionnels an carré dé 22 minutes et au carré d'une seconde , on aura 3686400 pour la distance de la terre à Sirius, et 1 pour sa distanceau soleil , et comme cette unité vaut 33 millions de lieues, on voit à combien de milliards de lieues Sirius est loin de nous, puisqu'il faut multiplier ces 33 millions par 368640O; et si nous divisons l'espace entre ces deux soleils, voispns, qooiqtie si fbrt éloignés, DOBS verrons que les comètes pourroient. s'éloigner à une distance dixhuit cent qiille fois plus grandie que celle de la terre au soleil, sans sortir des limites de l'univert solaire , et sans subir par conséquent d'autres lois iqfue ceDè de notre soleil ; et de lè on peut coïklorequelé système solaire a t)our diamètre une étendue qui, quo^ue prodigieuse, ne fiait néartmoins qu'une très petite portion des deux ; et l'on en doit inférer une vérité peu connue, c'est que de tous les points de l'univers planétaire, c'est-â-dîre que àa soleil, de la terre , et de toutes les autres planètès , le del doit paroltre le même.

Lorsque dans une belle nuit l'on considère tous cet feux dont brille là voûte céleste, OD ima^^incnnî rju'en se transportant dans une autre planète phis 0 ! !) ifjTiée du so tei I q 'est la terre on verroit ces astres étinoelaots grandir ei répandre une linuici l |ilus vive, puisqu'on les verroit de plus près^ Néaninoins Tc-spèce de caku! que nous venokis de Saire-démontre que qHand nous serions placés dan;; Saturne , c'est-à-dire neuf ou dix fois plus loin de notre ]U)lei), et 300 millions de lieues plus^ dçSiHus, il ne ndus^porottrOit plus gros que d'une m\)2i^ pa^ie, augmenUtion qui seroit absokimetit Insen- %ib\e : d*aù Ton doit conclure que le ciel a , pour toutes les planètes, le même aspect que pour la terre.

MFFON. m. 19

eométaires qu'il ii'exisle de cpraètes daDa le système sotaire , Siriiis les régira comme le soleil régit les siens, et il restera de même un intervalle immense entre les confins des deai empires, intervalle qui ne parott être qu'un désert dans Tespace, et qui doit faire soupçonner qu'il exi^e des corps cornétaiit» dont les périodes sont plus longues et qui parviennent àiine beaucoup plus grande distance qne nous n'epoavons le déterminer par nos connoissances actuelles, tl se poorroit aussi que Sirius Rit un soleil beaucoup plus graod et plus puissant que le nôtre; et si cela éloit ^ il faodroit reculer d'autant les bornes de son domaine en lea rapprochant de nous, et rétrécit* jCn même raison la circonférence de celui du soleil.

On ne peut s'empêcher de présmner en effet que dans re très grapd nombre d'étoiles fixes, qui toutes sont autant de soleils, il n'y en ait de plus grands et de pîus petiu que le nôtre, d'antres plus ou moins lumineux, quelques-uns plie; voisins, qui nous sont représentés par ces astres que les astronomes appellent étoUesde la premièrè grandeur, et beaucoup d'autres plus éloignés qui, par cette raison, nous pal^oissent plus petits : les étoiles qu'ils appellent na>uleuses semblent manquer de lumière et de fe^, et n'être, pour ainsi dire , allumées qu'à demi ; celles qui pdrcàsseQt n Âspardàsàat alternativement sont peut-être dVme forme aplatie par la violence de la force centrifuge dans leur mouvement de rotation : on voit ces soleils lorsqu'ils monttent lair l^ndel&icèf et ih disparoissent toutes >les. fois qulls se présentent de côté. 11 y a dans ce grand ordre de choses , et dans la nat^ire des autres les mêmes variétés, les mêmes différents oi oonibré, grao-deur, espace, mouvement, ftiririe et diif»éç^'fe mêmes rapports, les mêmes degnis , le$ mêmes -Diîances qui se trouvent dans tous les autres actes de la création.

Chacun de cés soleils étant doué comme ie nôtre, et comme toute matièrê l'est, d'une puissance attractive qiyi s'étend à une distance indéfinie, et décroît comme l'espace augmente, ranaîogie nous conduit à crofa*e qu'il existe dans ^a sphère de chacun de ces astres lumineux un grand nombre de corps

PARThE HYPOTHÉTIQUE. 291

opâ<{ue8^ pranètes ou comètes, qui circulent autour d'eux, noais que nous n'apercevons jamais que par YqAï de Tesprit, poisqn'étant obscurs et beaucoup plds petits que les soleils qui leur servent de foyer , Us sont hors de lia portée de notre vue , et même de tous les arts qui peuvent l'étendre ou la fèctipnnner. -

On pourroiC donc imaginer qu'il passe quelquefois des comètes d'un système dans Tautre , et que sli Ven trouve sur les confins des deux empires , elles seront saisies par la puissance prépondérante, et forcées d'obéir aux lois d*un nouveau maître. Mais, par l'immensité de l'espace qui se trouve aùdelè de l'aphélie de nos comètes, il paroft que le souverain ordonnateur a séparé chaque système par des déserts mille èt mille fois pinâ vastes què toute l'étendue des espaces fré' quentés. Ces déserts , dont les nombres peuvent à peiné sonder la. profondeur , sont les barrières étemelles, invincibles, que toAtes les forces de la nature créée ne peuvent franchir ni surmonter. H' fiiudroit , pour qu'il y eût communication d'un système à l'autre, et pour que les sujets d'un empire pussent passer dans un autre, que le siège du trône ne fût pas immohâlé; car Fétoile fixe , ou plutôt le soleil , le roi de ce système, changeant de lieu , entratnerôit à sa suite tous les corps qui dépendent de lui , et pourroit dès-'lors s'approcher et même s'emparer du domaine d'un autre. Si sa marche se trouvoit diri^ vers un astre phislbible, il commencercfit pâr lui enlever les sujets de ses provmcesles plus éloignées, ensuite ceux des provinces intérieures ; il les forceroit tous à aug« menter son cortège en circi^lant autour de lui; et son voisin, dès-lors dénué de sessujets, n'ayant plus ni planètes ni comètes, perdroit en même temps sa lumière et son feu , que leur mouvement seul petit lexqter et entretenir : dès-lors cet astre isolé , n'étant plus maintenu dans sa place par l'équilibre des forces, seroit contraint de changer de liru en changeant de nature , et , devenu corps obscur, obéiroit comme les autres à la puissance du conquérant, dont Iç fèu augmenterott 9 proportion du nombre de ses conquêtes.

Car que peuuon dire sur la nature du soleil, sinon qoe e'ea un corps d'un prodigieux volume , une masse énorme de ma* tière pénétré^ de feu , qui parolt subsista sans aliment comme dans un mi^tal fondu , ou d«as on corps solide ai ifican'descence? et d'où peut venir cet état copstant d'incandescence^ cette production toujours renouvelée d'un feu dont la consommation ne parolt entretenue par aucun aliment, et dont la ciéperdiiion est nulle ou du moins insensible, quoique eonstante depuis un si grand nombre de siècles? Y a-t-il , peut-il même y avoir une autre cause de la^ production et du maintien de ce feu permanent y sinon le mouvement rapide de la forte pression de tous les corps qui circulent autour dt ce foyer commun, qui réchauffent et Terabrasent, comme une roue rapidement tournée embraseson essieuPLa pression qu'ils eiercent en vertu de leur pesanteur équivaut au fhxRtement, et même est plus puissante , parce que cette pression est une force pénétrante qui frotte non-seutement la surface extérieure, mais, toutes les parties intérieures de la masse; la rapidité de leur mouvefnent est si grande, que le frottement acquiert une force presque infinie, et met nécessatremenl toute la qnasse de l'essieu dans un état d'incandescence, de lumière, de chaleur et de feu^ qui dès-lors n'a pas besoin d'aliment pour être entretenu , et qui, malgré la déperdition qui s'en înAt chaque jour par l'émission de la lumière, peut durer des siècles de siècles sans atténuation sensible^ les autres soleils rèndant au nôtre autant de lumière qu'il leur en envoie, et le plus petit atome de feu ou d'une matière quelconque ne pouvant se perdre nuUe part dans un système où tout s'attire^ / Si cette esquisse du grand tableau des cieux , que je n ai tâché de tracer que pour me représenrer la pro|iortioD des espaces et celle du mouvement des corps qui lies parcourent; si de ce point de vue auquel je ne me suis élevé que pour voir plus clairement combien la nature doit èLre multipliée dans les differentes régions de fonivers , nous descendons à cette portion de l'espace qui nous est mieux connue, et dans laquelle le soleil exerce sa puissance, nous rtcmoxAxém ffm

• PARTIE ilYPOTHÉTlÇDE. 29.'^

t|Qll r^^iase par force tous les corps qui s'y trouvent, il o*a pas néanmoiiis la puissance de les vivifier, ni même celle d*y entretenir la végétation et la vie. '

Mercury, qui de tous les corps circulant autour du soleil en est le plus voisin, n'en reçoit néanmoins qu'une cl^aleur ^ fm plus grande que celle que la terre en reçoit^ ef cette chaleur V dé fois plus grande que la chaleur envoyée du soleil i la terre, bien loin d'être brûlante comme on l'a toujours cru, ne serait pas assez, ^nde pour nsainténir la pleine vigueur de la nature vivante; car la chaleur actuelle du soleil sur la terre n'étant que de celle de la chaleur propre du globe terrestre, celle du soleil sur Mercure est par conséquent ^ ou 1 de la chaleur actuelle de la terre. Or si Ton diminuoit des trois quarts et demi la chaleur qui fait aujourd'hui la température de la terre, il est sûi^que la nature vivante seroit au moins bien engourdie, supposé qu'elle ne fût pas éteinte. Et puisque le feu dii soleil ne peut pas seul maintenir la nature organisée dans la planète la plus voisine, combien, à plus forte raison, ne s'en fatit-il pas qu'il puisse vivifier telles qui en sont plus éloignées! U n'envoie à Vénus qu'une chaleur-^ fois plus grande que celle qu'il ebvoie à la térre; et cette chialeur -j^ fois plus grande que celle du soleil sur la terre, bien loin cTêtre assez fprte pour maintenir la nature vivante, ne suffiroit certainement pas pour entretenir la liquidité des eaux, ni peut-être même là fluidité de l'air, puisque notre température actuelle se Irouverdit refroidie à ^ ou à^^, ce qui est tout près du terme r,, que àoùs avons donné comme la limite extrême de la plus petite chaleur, rela tivemei^ à la nàture vivante. Et à l'égard de Mars, de Jupiter, de Saturne et de tous leurs satellites, la quantité de chaleur que le soleil, leur envoie est si petite en comparaison de cetle qui est nécessaire au maintien de la nature, qu'on .peurroit la regarder comme de nul effet, surtout dans les deux plus (grosses planètes , qui néanmoins paroissent être les objets essentiels du système solaire.

Toutes les planètes, sans mc^me en excepter Mercure,

m MINÉRAUX. INTRODUCTION. «

seroîçnt donc et auroient toujours été des volumes aussi grands qu'inuUlçs d une matière plus que brute , profondément gdée, et par conséquent des lieux inhabités de tous les temps , inhabitables à jamais si^lles ne renfermoient pas au dedans d'elles '•odémes des trésors d'un feu bien supérieur ' i celui qVeliès reçmvent du soleil. Cette quantité de chBleor que notre globe possède eo propre « et jqui est 60 fois plus grande que la chaleur qui lui vient du soleil , est , en ttfei le trésor de la nature, le vrai fonds du fou qui nous anime, aîpsi que tous , les êtres : c*est oette chaleur iptérieure de la terre qui fait tout germer, tout éclore ; c'est elle qui con^tue réiément du fou proprement dit, élément qui «eul donne le mouvement aux autres (éléments, et qui, s'il étoit réduit à Dé'pourroit vaincre leur résistance, et tomberoît loi* même dans Tinertie. Or cet élément, le seul actif, le seul qui puisse rendre Tab fluide^ Teau liquide et la terre pénétraMe, n*auroit41 été ddnné qu'au sent globe terre^re? L'analogie nous permet^le 4e douter que les autres planètes ne contiennent de même une quantité dejchaleur qùî leur apparCioU en propre, et qtii doit les rendre' capables de recevoir et de maintenir la nature vivante? N'est-il pas phis grande phis digne de l'idée que nous devons avoir du Créateur, de penser que partout il existe des êtres qui peuvent le comipitre et célébrer sa gloire, que de dépeupler l'univers, à l'exceptioade la terre, et de le dépouiller de tous êtres sensibles, en le réduisant à une profonde solitude, où l'on ne trouveroit que le désert de l'espace, et les épouvantables masses d'une matière entièrement inanimée?

U est donc nécessaire, puisque la chaleur du soldl est si petite sur la terre et sur. les autres planètes, que toutes possèdent une chaleur qui leur appartienne en propre; et nous devons rechercher d^où provient cette chaleur qui seule peut constituer l'élément du feu dans chacune des planètes. Qr où pourrons-nous puiser cette grande quantité de chaleur, si ce n'est dans la source même de toute chaleur, dans le soleil seul, de la matière duquel les planètes ayant été formées, et projetées

PAHTIE HYPOTHETIQUE 295

jfut tm^ et taésùe impoteion , auront touii» comervé leur mouTement dans le même sens , et leur chaleur ^ proportioa de leQrpt)S80ur et de leur densité ? Quiconque pèsera la valeur de ces analogies e^sentira la force de leurs rapports , ne pourra guère douter que les planètes ne soiient issues et sorties du soleil par le choc d'une comète, parœ qu'il n'y a dans le système solaire que les comètes qui soient des corps assez puissants et en a^sez grand mouvement pour pouvoir com* muaiipier upe pareille impulsion aux masses, ite matière qui composent les planètes. Si Ton réunit à tous lès ^its sdr lesquels j'ai fondé cette hypothèse^ le nouveau fait de la dialeur propre de la terre et de l'insuffisance de celle du soleil pour maintenir la nature , oo demeurera persuadé , comme je le suis, que, daps le temps de leur formation , les planSètes et la terre éloient dans un état de liquéEiction , ensuite dansiin éta^ d*in* candescence , et enfin dans un état successif , de chaleur toujours décroissante depuis l'incandescence jusqu'à la tempéracure actuelle.

Car y a-t-il moyen de concevoir autrement l'origine et la dur^ de cette c^leur propre de. la terre? Gomment imaginer que le feu qu'on appelle central pût subsister en effet ', au fond du globe , sans air, c'est-à-dire sans sonr premier alimaat? et d'où viendrait ce feu qu'on suppose renfermé dans le centre du globe ? Quelle source , quelle ^origine pqurroit-on ku trouver? Descartes a voit d^à pensé que la terre et les planètes p'étoieot que de petits soleils encroûtés ^ c'est-à-dire éteints; Leibnitz n'a pas hésité à prononcer que le globe terrestre devoit sa forme et la consistance de ses matières à l'élément .du feu; et néanmoins ces deux grands philosophes n'avoiént pas , à beaucoup près , autant de fiiits , autant d'obsçrvations qu'on en a rassemblé et acquis de nos jours : ces fûts sont actuellement en si grand non^bre et si bien constatés, qu'il me parott plus que probable que la terre, ainsi que les planètes, ont été projetées hors du soleil , et par conséquent

" Voyei, dans te premier votame de cet ouvrage, Tartictequi a pour titre :

A? la formation des planètes.

296 RIINÉRAUX. INTRODUCTION,

compèftéeide ia-mème matière^ quid'abordécant en liquéfiictkm a 6béi la^ce eentriftige , m même temps qdXIe se rastembloit paf celle de rattracUoo; ceqaia domié à toutes les planètes la forme renflée sous l'éqnateur, et aplatie sons les pôles , en raiion de la vitesse de leur rotation; qu'ensuite ce grand fèu s'étant peu à peu dissipé, rétatd!une température bénigne et convenable à la nature organisée a s|iccédé ou pli^s t6t ou plus tard dans les différentes planètes, suivant la différence de leur épaisseur et de leur densité. Et quand mèn^ il y auroiu pour la terre et pour les planètes, d'autres causes particulières de chaleur qui se combineroient avec celles dont nous avons calculé les effets, Dos résultats n'en sont pas moins curieux , et n*en seront que plus uUles à Tavancemênt des sciences. Nous parlerons ailleurs de ces causes particulières de chaleur; tout ce que nous en pouvons dire ici , pour ne pas compliquer les ol^ets , c'est que ces. causes particulières pourront prolonger encore le temps du refroidissement du «^lobe et la durée de la nature vivante au-delà des termes que nous avons indiqués.

Mais, me dira-t-on, votre théorie est-elle également bien fondée dans toiis 1^ points qui lui servent de base ? Il est vrai , d'après vos expériences, qu'uo globf gros comme la terre et composé des mêmes matières ne pourroit se refroidir, depuis l'incandescence à là température actuelle , qu'en 74 mille an.s, et que pour l'échauffer jusqu'à l'incandescence il feudrbit la quinzième partie de ce temps, c'est-à-dire environ cinq mille ans; et encore faudroit-il que ce globe fût environné pendant tout ce temps du feu le plus violent : dès-lôrs il y a , comme vous le dites , de foftes^résomptions que cette grande chaleur de la terre n'a pu lui être communiquée de. loin , et que par conséquent la matière terrestre a foit autrefois partie de la masse du soleil ; mais il m parott pas également prouvé que la chaleur de cet asthe sur la terre ne soit aujourd'luii que — de la chaleUr propre du globe. Le témoignage de nos sens semble se refuser à cette opinion que vous donnez comme une vérité constante ; et quoiqu'on ne puisse pas douter que la

PARTIE HYPOTHÉTigOE. 207 lerrè a'ait uoç chaleur propre qui nous est déiaoutrée par sa température toujours égale dans tous les lieux profonds où le froid de l'air ne peut communiquer, en résulte- t-il que cette cbalqur, qui ne nous parott être qu'une température médiocre, soit néanmoins cinquante .fois plus grande que la chaleur du soleil vqoi semble nous brûler?

Je puir satisfaire pleinement à ces objections^; mais il fout auparavant réfléchir avec moi sur la nature de nos sensations. Une différence très légère et souvent imperceptible, dans la réalité ou dans la mesure des causes qui nous affectent, en produit une prodigieuse dans leurs effots. Y a-tril rien.de plus voisin du très grand plaisir que la douleur? et qui peut assigner la distance entre le chatouillement vif qui nous, remue délicieusement le frottement qèd nous blesse , entre le feu qui noiis réchauffe et celui qui nous brûle, entre la lumière qui i^éjouit nos yeux et celle qui les offusque , entre la saveur qui flatte notre goût et celle qui nous déplaît , entre Todeur don|t une petite dose nous affecte agréablement d'a^rd , et bientôt nous donne des nausées? On doit 4onc cesser. d>tre étonné qu'une petite augmentation de chaleur telle que ir puisse nous parottre si soisible, et que les limitçs du plus grand chaud de l'été au plus grand froid de Thiver soient entre 7 et 8, comme l'a dit M. Amontons, ou mèpie entre 31 et 32, comme M. de Mairan Ta trouvé en prenant tous les résultats des observations faites sur cela pendant cinquantesix années consécutives. ;

Mais il faut avouer que si Ton youloit juger de la chaleur réelle du globe d'après les rapports que ce dernier auteur nous a donnés des émanations de la chaleur terrestre aux accessions de la chaleur solaire dans ce climat, il se trouveroit que leurs rapports étant à peu près : : 29 : 1 eu été, et : : 471 ou même : : 491 en hiver ; 1 ; il se trouveroit, dis-je, en joignant ces deux rapports , que la chaleur solaire nt^ seroit â la;chaleur terrestre que : : ^ : 2 , ou : : : ly Mais cette estimationseroit fautive , et Terreur deviendroit d'autànt plus grande que les climats seroient plus froids. U n'y a donc que celui de

298 MINÉRAUX. lNTRt)D!ICT10ff.

Téquatepr jusqu'aux Irof^iques où , la chaleur étant en toutes saisons presque égale, on puisse établir ayéc fondement la proportion entre la chaleur des émanations de la terre et des accessions de la chaleur solaire. Or ce rapport , dans tout ce raste climat , où les étés et les hivers sont presque égaux , est h très peu près : : 60 : 1. Cest par cette raison que j'ai adopté cette proportion , et que j*en ai fait la base du calcul de mes recherches.

Néanmoins je ne prétends pas assurer affirmativement que la chaleur propre de la terre soit réellement cinquante fois plus grande que ceHe qui lui Vient du soleil; comme cette chaleur du globe appartient à toute la matière terrestre, dont nous faisons partie, nous n'avons point de mesure que nous puissions en séparer, ni par conséquent d'unité sensible et réelle à laquelle nous puissions la rapporter. Mais, quand même ont voodroit que la chaleur flairé fClt plus grande ou plus petite que nous ne Tavôns supposée relativement à la chaleur terrestre , notre théorie ne (^angeroit que par la propbrtion des résultats.

Par exemple, si nous renfermons toute l'étendue de nos sensations du plus grand chaud au plus grand froid dans les limites données par les ob$inÉtions de M. Amontons , e'e»t-àdirc entre 7 et 8 otî dans | ,*et qu'en même temps nous supposions que la chaleur du soleil peut produire seule cette différence it nos sensations , oll aqra dès-lors la proportion de 8 à 1 de la chaleur propre du globe terrestre à celle qui lui vient du soleil , et par conséquent la compensation c^ue fait actuellement sur la terre cette diâleur du solèiî Mit de ét la compensation qu'eHe a faile dans le temps de rincandescence aura été ~. Ajoutant ces deux termes , on a , qui , muUipliés par 12 - , moitié de la somme "de ^ous les termes de la diiMnution de la chaleur, donnent H~ ou 1 f pour la compulsation totale qu'a faite la chaleur du soleil pendant la période dé 74047 ans du i*efroidisaeiiietit de la terre à la température actuélie ; et comme la perte lotate de la chaleur propre est A la compensation totale en môme raison que le temps de la^pé-

PARTIE HYPOTQfiTIQC^C M riode est i celui da refroidissement, on aura 25 : 1 f : : J4047 : 4813 r; ; en sorte que le refroidissement du globe de la terre , au lieu de n'avoir été prolongé ({ue de 770 ans^ Tauroit été de 4813 rs ans : ce qui , joint au prolongement plus loog que produiroit aussi la chaleur de la lune dans cette nippôsitiQn » doânermt plus de 5000 ans , dont il fàudroit encore reculer la date de la formation des planètes.

Si Ton adopte les limites données par M. de< Nbiran, qui sont de 31 à 32 , et qu'on suppose que la chaleur solaire n'est que 71 de celle de la terre, on n'aura que le qilart de jce prolongement, c'est-à-dire environ 1250 ans, au lieu de 770 que donne la supposition de tz que nous avons adoptée.

Mais au contraire, si Ton supposoit que la chaleur du soleil n'est que ^ de celle de la terre , comme cela parott résulter des observations faites au climat de Paris, on auroit pour la compensation dans le temps de Tincandesceoce ttu et ^ pour la compensation à la fin de la période de 74047,aps du refroi* dissement du globe terrestre à la température actuelle, et Ton trouveroit pour la compensatk^fa totale fiûtepar la ctialeur du solèil pendant cette pérkxk : ce qui ne donneroit que .154 ans , c'est-à-dire le dnquième de 770 ans pour le temps du prolongement da refroidissement. Et de mème« si, au lieu de t i^ous supposions que la chaleur solaire fût ri de la chaleur terrestre , nous trouverions que le temps du prolongement seroit cinq fois plus long, c'est-à-dire de 3850 ans; en sorte que plus on voudra augmenter la chaleur qui nous vient du soleil, relativement à celle jqui émane de )a terre, et plus on étendra la durée de la nature, et l'on reculera le terme de l'antiquité du monde : car, en supposant que cette chaleur du soleil sur la terre fût égale à la chaleur propre du globe , on trouveroit que le temps du prolongement seroit de 38504 ans; ce qui par conséquent donneroit à la terre 38 ou â9 mille ans d'ancienneté de plus. \

Si l'on jette les yeux sur 4a table que M. de Mairan a dressée avec grande exactitude, et dans laquelle il donne la proportion de la chaleur qui nous vient du soleil à celle qui émane

300 MINÉRAUX. INTRÛBOCTION.

de I» terre dans tous les cUmats , on y reconnottra d'abbrd on hit bien av^ , c'est que dans tous les climats où Ton a h\t des obserValions les étés sont égaux , tandis que les hivers sont prodigieusement inégaux. Ce savant physicien aflribue cette égalité constante de Tintensité de là chaleur pendant rété, dans tous les climats, à la compensation rédproqnie de la chaleur solaire , et de la chaleur des émanations du feu central : «Ce n'est donc pas ici (dit-il, page 263) Mne affaire de choix , de système ou de convenance , que cette marche alternativement décroissante et croissante des émanations centrales en inverse des étés solaires ; c'est le fait même , etc. > En sorte que , selon lui , les émanations de la chaleur de la terre croissent ou décroissent précisément dans la même raison que l'action de la chaleur du soleil décroît et crott dans les différents cliipats; et comme cette proportion d'accroissement et de décroissement çntre la chaleur terrestre et la chaleur solaire lui parott , avec raison , très étonnante suivant sa théorie , et qu'en même temps il ne peut pas douter dulait^ il tâche de l'expliquer en disant que « le globe terrestre étant d'abord une pâle molle àe terre et d'eau , venant â tourner sur son axe , et continuellemmt exposé aux rayons du soleil , selon tous les aspects annuels des cUmats, s'y sera durci vers la surface, et d'autant plus profondément que ses parties y seront plus exactement exposées. Et si un terrain plus dur, plus compacte , plus épais , et en général plus difficile â pénétrer, devient dans ces mêmes rapports un obstacle d'autant plus grand aux émanations du feu intérieur de la tièrre , comme il estëçidentque cela doit arriver, ne voilâ-t-il pas dès lôrs ces obstacles en raison directe des difKrehies chaleurs de l'été solaire, ^ les émanations centrales en inverse de ces mêmes chaleurs? Et qu'est-ce alors autre chose que régalitéuniverseiledesétés? car supposant ces obstacles ou ces retranchements de chaleur faits à rémanation constante et primitive, exprimés par les valeurs mêmes des étés solaires , c'est-à-dire dans la plus parfaite et la plus visible de toutes les proportionnalités , l'égalité, il est clair qu'on ne retranche d'un côté la même grandeur que ce

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