‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 5)Chapitre 113 sur 147 · VOLCANIQUES · texte numérisé non relu

VOLCANIQUES

dans le fer, et dans toute autre matière fondue, que du repos et du temps pour qu’elle se cristallise ; et je suis persuadé qu’en tenant long-temps en fonte celle de nos verres factices il pourroit s’y former des cristaux fort semblables à ceux qui peuvent se trouver dans les laves des volcans.

Les laves , comme les autres matières vitreuses ou calcaires, doivent avoir leurs stalactites propres et produites par l’intermède de l’eau ; mais il ne faut pas confondre ces stalactiles avec les cristaux que le feu peut avoir formés; il en est de même de la lave noire scoriforme qui se trouve dans la bouche du Vésuve en grappes branchues comme des coraux, et que M. Ferber dit être une stalactite de lave, puisqu’il convient lui-même que ces prétendues stalactites sont des portions de la même matière qui ont souffert un feu plus violent ou plus long que le reste de la lave. Et quant aux véritables stalactites produites dans les laves par l’infiltration de l’eau, le même M. Ferber nous en fournit des exemples dans ces cristallisations en aiguilles qu’il a vues attachées à la surface intérieure des cavités de la lave, et qui s’y forment comme les cristaux de roche dans les cailloux creux. La grande dureté de ces cristallisations concourt encore à prouver qu’elles ont été produites par l’eau ; car les cristaux du genre vitreux . tels que le cristal de roche, qui sont formés par la voie des élémens humides, sont plus durs que ceux qui sont produits par le feu.

Dans l’énumération détaillée et très-nom breuse que cet habile minéralogiste fait de toutes les laves du Vésuve, il observe que les micas qui se trouvent dans quelques laves pourroient bien n’êire que les exfoliations des schorls contenus dans ces laves. Cette idée semble être d’autant plus juste que c’est de cette manière et par exfoliaiion que se forment tous les micas des verres artificiels et naturels, et les premiers micas ne sont, comme nous l’avons dit , que les exfoliations en lames minces qui se sont séparées de la surface des verres primitifs. Il peut donc exister des micas volcaniques comme des micas de nature, parce qu’en effet le feu des volcans a fait des verres comme le feu primitif. Dès lors on doit trouver parmi les laves des masses mêlées de mica : aussi M. Ferber fait mention d’une lave grise compacte avec quantité de lames de mica et de schorl en petits points dispersés, qui ressemble si fort à quelques especes de granités gris à petits grains, qu’à la vue il serait très-facile de les confondre.

Le soufre se sublime en flocons , et s’attache eu grande quantité aux cavités et aux faîtes de la bouche des volcans. La plus grande partie du soufre du Yésuve est en forme irrégulière et en petits grains. On voit aussi de l’arsenic mêlé de soufre dans les ouvertures intérieures de ce volcan; mais l’arsenic se disperse irrégulièrement sur la lave en petite quantité. Il y a de même dans les crevasses et cavités de certaines laves une plus bu moins grande quantité de sel ammoniac blanc ; ce sel se sublime quelque temps apres l’écoulement de la lave, et l’on en voit beaucoup dans le cratère de la plupart des volcans. Dans quelques morceaux de lave de l'Ktna il se trouve quantité de matière charbonneuse végétale mêlée d’une substance >aliiie; ce (pii prouve que c’est un véritable natrnn , une espèce de soude fon née par les feux volcaniques, et que c’est à la combustion des végétaux que cette substance saline est due; et à l’égard du vitriol, de l’alun, et des autres sels qu’on rencontre aussi dans les matières volcaniques, nous ne les regarderons pas comme des produits immédiats du feu , parce que leur production varie suivant les circonstances, et que leur formation dépend plus de l’eau que du feu.

Mais, avant de terminer cette énumération des matières produites par le feu des volcans, il faut rapporter, comme nous l’avons promis, les observations (pii prouvent qn’il se forme par les feux volcaniques des substances a»ez semblables au granité et au porphyre, d’où résulte une nouvelle preuve de la formation des granités et porphyres de nature par le feu primitif ; il faut seulement nous défier des noms, qui font ici, comme partout ailleurs, plus d embarras que les choses. M. Ferber a raison de d re « qu’en général il y a t res-peu de différence essentielle entre le schorl, le spath dur ( feld-spath ) , le quartz, et les grenats des laves. » Cela est vrai pour le schorl et le feldspath; et je suis comme lui persuadé qu’originairemenl ces deux matières n’en font qu’une, à laquelle on pourvoit encore réunir, sans se méprendre, les cristaux volcaniques en forme de grenats: mais le quartz différé de tous trois par son infusibilité et par ses autres qualités primordiales, taudis que le feld-spath, le schorl, soit eij grains ou en grenats, sont des verres également fusibles , et qui peuvent aussi avoir été produits également par le feu primitif et par celui des volcans. Les exemples swivaus confirmeront cette idée, que je crois bien fondée.

Les schorls noirs en petits rayons que l’on aperçoit quelquefois dans le porphyre rouge, j I et presque toujours dans les porphyres verts, sont de la même nature que le feld-spath, 1 à la couleur près.

Une lave noire de la Toscane, dans la- j 1 quelle le schorl est en grandes taches blan- ■' elles et parallélipipèdes, a quelque ressenti-. e blance avec le porphyre appelé Serpentine f nuire anticjne : le ve re de la lave remplace j S! ici la matière du jaspe, et le schorl celle du I I1!1 feld-spath. IJ ?l!

La lave rouge des montagnes de Rergame, Cûl contenant de petits grenats blancs, res- |Jja semble au vrai porphyre rouge. ^ (al

Les granités gris a petits grains, et qu’on

appelle gratiitelli, contiennent moins de feld-spath que les granités rouges; et dej af feld-spath, au lieu d’y être en gros cristaux !erhoiuhoïdaux, n’y paroi t ordinairement qu’eh ■ petites molécules sans forme déterminée, M1101 Néanmoins on commit une espèce de gra-j v“'r niie gris à grandes taches blanches' paralléjfj °'s lipipedes; et la matière de ces taches, di | , M. Ferber, tient le milieu entre le schorl é r fK le spath dur (feld-spath). Il y a aussi de J -f ^ granités gris qui renferment, au lieu de mie el,a)s ordinaire, du mica de schorl. ^

Nous devons observer ici que le granitij f>rai11 noir et blanc qtii n’a que peu ou point di ellï particules de feld-spath, mais de grandSlirt taches noires oblongttes de la nature

|c il

schorl, ne serait pas un véritable granit si le feld-spath y manque, et si, comme I croit M. Ferber , ces taches de schorl noi remplacent le mica; d'autant (pie les rayori de schorl noir - y sont, dit-il, en telle aboi

dance, si grands, si serrés qu’ils paroi!

sent faire le fond de la pierre. » Ft à l’égar l$(ll,ve du granité vert de M. Ferber, dont le fonljP est blanc verdâtre avec de grandes tachiij ces. noires oblongues , et qu’il dit être de même nature du schorl , et des prétendi |}P porphyres à fond vert de la nature du | C'ltr dont nous avons parlé d’apres lui, nqin,ie^ présumons qu’on doit plutôt les regard K &

Jisaiioi I cavités

te

comme de vrais granités ou de vrais pg pliyres de nature.

Les basaltes qu’on appelle antiques , ï ^ les basaltes modernes , ont également i produits par le feu des volcans, puisqqll^' ^ trouve dans les basaltes égy ptiens les mi'ni cristaux de scliorj en grenats blancs et’Jcf^s schorl noir en rayons et feuillets que da|H les laves ou basaltes modernes et réceS 3

que, de plus, le ba>alte noir, qu’on noi|li h mal à propos basalte oriental , est mêlé "f fai

I Cftélç

DES MATIÈRES

petites écailles blanches de la nature du scliorl , et que sa fraciure est absolument pareille à celle de la lave du Monte- Albn/io ; qu’un autre basalte noir antique, don! on a des statues, est rempli de petits cristaux en forme de grenats, et présente quelques feuilles brillantes du scliorl noir; qu'un autre basalte noir antique est mêlé de petites parties de quartz, de feld-spatli , et de mica, et seroit par conséquent un vrai granité si ces trois substances y éloienl remues, comme dans le granité de nature, et non pas nichées séparément comme elles le sont dans ce basalte; qu'enfui on trouve dans un autre basalte antique, brun ou noirâtre, des bandes ou larges raies de granité rouge à petits grains. Ainsi le vrai basalte antique n’est point une pierre particulière, ni différente des autres basaltes, et tous ont été | produits, comme les laves, par le feu des volcans Et à l’égard des bandes de granité observées dans le dernier basalte, comme elies paroissenî être de vrai granité, on doit présumer qu’elles ont été enveloppées par la lave en fusion, et incrustées dans son | épaisseur.

Puisque le feu primitif a formé une si

I grande quantité de granités, on ne doit pas être étonné que le feu des volcans produise quelquefois des matières qui leur ressemblent : mais comme au contraire il me paroit certain que c’est par la voie humide que les cristaux de roche et toutes les pierres précieuses ont été formées, je pense qu’on doit regarder comme des corps etranjjlgers toutes les cbrvsoütbes , hyacinthes,

! topazes , calcédoines, opales, etc. , qui se trouvent dans les différentes matières fpnjdues par le feu des volcans, et que toutes ■ces pierres ou cristaux ont été saisis ou en- I veloppés par les laves et basaltes lorsqu ils Icouloient en fusion sur la surface des ro- I chers vitreux , dont ces cristaux ne sont que des stalactites que l’ardeur du feu n’a pas dénaturées. Et quant aux autres cristallisations qui se trouvent tonnées dans les cavités des laves, elles ont été produites par i’inliltration de l’eau, apres le refroidissement de ces mêmes laves.

Aux observations de M. Ferber et de M. le baron de Dietrich, sur les matières volcaniques et voleanisées, nous ajouterons celles de MM. Desmai est , Faujas de Saint- Fond, et de Gensanne, qui ont examiné les volcan^ éteints de l’Auvergne, du Vélay, du rVivarais , et du Languedoc; et quoique j’aie déjà fait mention de la plupart de ces volcans éteints , il est bon de recueillir et de

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