VOLCANIQUES. 3SS
présenter ici les différentes substances que ces observateurs ont reconnues aux environs de ces mêmes volcans, et qu’ils ont jugé avoir été produites par leurs anciennes éruptions.
M. de Gensanne parle d’un volcan dont la bouche se trouve au spmniet de la montagne qui es) entre Lunas et Lodève, et qui a dû être considérable, à ep juger par la quantité des laves qu’on peut observer dans tout le terrain circonvoism. Il a reconnu trois volcans dans le voisinage du fort Brescou , sur l’un desquels M. l’évêque d’Agde (Saint-Simon-Samli ieourt ) a fait, en prélat citoyen, des défrichemens et de grandes cultures en vignes qui produisent de bous vins. Ce vieux volcan , stérile jusqu’alors, est couvert d’une si grande épaisseur de laves, (pie le fond du puits que M. l'évêque d’Agde a fait faire dans sa vigne est a cent quatre pieds de profondeur, et entièrement taillé dans ce banc de laves, sans qu’on ait pu en trouver la dernière couche , 'quoique le fond du puits soit à trois pieds au dessous du niveau de la mer. M. de Gensanne ajoute qu’il a compte dans le seul bas Languedoc dix volcans éteints, dont les bouches sont encore très- visibles.
M. Desmaresl prétend distinguer deux sortes de basaltes : il dit avoir comparé le basalte noir dont on voit plusieurs momimens antiques à Rome avec ce qu’il appelle le basalte noir des environs de Tulle en Limosiri ; il assure avoir vu dans cette pierre des environs de Tulle les mêmes lames, les mêmes taches et bandes de quartz ou de feld-spatli et de zéolilhe que dans le basalte noir antique ; néanmoins ce prêt ndu basalte de Tulle n’en est point un; c’est une pierre argileuse, mêlée de mica noir et de scliorl, qui n’a pas, à beaucoup près, la dureté de la lave compacte ou du basalte, et qui ne porte d’ailleurs aucun carac tère ni aucun indice d’un produit de volcan; au contraire, les basaltes gris, noirs, et \erdàtres des anciens , sont , de l’aveu même de eet académicien, composés de petits grains assez semblables à ceux d’une lave compacte et d’un tissu serré, et ces basaltes ressemblent entièrement au basalte d’Antrim en Irlande et à celui d’Auvergne
i. « On distingue trois substances qui sonl renfermées dans les laves : tes points quartzeux , et même les granités entiers ; le sehort ou gnbbro , le» matières calcaires, celles qui sont de la nature, de la zc olitbe, ou de la base de l’alun : ces deux dernières substances présentent dans tes laves toutes les matières du travail de l’eau, depuis la stalactite simple jusqu’à l’agate et la calcédoine. Ces sub-
MINÉRAUX
M. Faujas de Saint-Fond a très-bien observé toutes les matières produites par les volcans; ses recherches assidues et suivies pendant plusieurs années, et pour lesquelles il n’a épargné ni soins ni dépenses, l’ont mis en état de publier un grand et bel ouvrage sur les volcans éteints, dans lequel nous puiserons le reste des faits que nous avons à rapporter, en les comparant avec les précédées.
U a découvert dans les volcans éteints du Yivarais les mêmes pouzzolanes grises, jaunes, brunes, et roussâtres , qui se trouvent au Vésuve et dans les autres terrains volcanisés de l’Italie : les expériences faites dans les bassins du jardin des Tuileries , et vérifiées publiquement, ont confirmé l’identité de nature de ces pouzzolanes de France et d'Italie, et on peut présumer qu’il eu est de même des pouzzolanes de tous les autres volcans.
stances étrangères existaient auparavant dans le terrain où la lave a coulé, elles les a entraînées et enveloppées ; car j’ai observé que dans certains cantons couverts de laves compactes, ou d’autres productions du feu , on n’y trouve pas un seul vestige de ces cristaux de gabbro , si les substances qui composent l’ancien sol n’en contiennent point elles-mèines. »
Mais nous devons observer qu’indépendamment de ces matières vitreuses ou calcaires saisies dans leur état de nature, et qui sont plus ou moins altérées par le feu, on trouve aussi dans les laves des matières qui , comme nous l’avons dit , s’y sont introduites depuis par le travail successif des eaux. «Elles sont, comme le dit M. Desmarest , le résultat de l’infiltration lente d’un fluide chargé de ces matières épurées, et qui a même souvent pénétré des masses d’un tissu assez serré ; elles ne s’y trouvent alors que dans un état cristallin et spathique.... Elles ont pris la forme de stalactites en gouttes rondes ou allongées , en filets déliés , en tuyaux creux ; et toutes ces formes se retrouvent au milieu des laves compactes comme dans les vides des terres cuites. »
A ce fait , qui ne m’a jamais paru douteux , M. Desmarest en ajoute d’autres qui mériteroient une plus ample explication. « Les matériaux , dit-il, que le feu a fondus pour produire le basalte, sont les granités. » Les granités ne sont pas les seuls matériaux qui entrent dans la composition des basaltes, puisqu’ils contiennent peut-être plus de fer, ou d’autres substances , que de matières graniteuses. « Les granités, continue cet académicien, ont éprouvé par le feu différens degrés d’altération qui se terminent au basalte ; on y voit le spath fusible (feld-spath) , qui dans quelques-uns est grisâtre, et qui dans d’autres forme un fond noir d’un grain serré ; et, au milieu de ces échantillons , on démêle aisément le quartz, qui reste en cristaux ou intacts , ou éclatés par lames, ou réduits à une couleur d’un blanc terne , comme le quartz blanc rougi au feu et refroidi subitement. » Le quartz n’est point en cristaux dans les granités de nature, c’est le feld-spath qui seul y est en cristaux rhomboidaux : ainsi le quartz ne peut pas rester en cris * taux intacts, etc., dans les basaltes.
Cet habile naturaliste a remarqué dans une lave grise, pesante, el très -dure, des cristaux assez gros, mais confus, lesquels, réduits en poudre , ne faisoient aucune effervescence avec l’acide nitreux, mais se convertissoient , au bout de quelques heures, en une gelée épaisse; ce qui annonce, dit - il , que cette matière est une espèce de zéolithe : mais je dois observer que ce caractère par lequel on a voulu désigner la zéolithe est équivoque; car toute autre matière mélangée de vilreux et de calcaire se réduira de même en gelée : et d’ailleurs cetie réduction en gelée n’est pas un indice certain , puisqu’en augmentant la quantité de l’acide on parvient aisément à dissoudre la matière en entier.
Le même M. de Saint-Fond a observ é que le fer est très-abondant dans toutes les laves, et que souvent il s’y présente dans l’état de rouille, d’ocre, ou de chaux. On voit en effet des laves dont les surfaces sont revêtues d’une couche ocreuse produite par la décomposition du fer qu’elles contenoient , et où d’autres couches ocreuses. encore plus décomposées, se convertissent ultérieurement en une terre argileuse qui happe à la langue ».
Ce même naturaliste rapporte, d’après M. Pazumot , qu’on a d’ubord trouvé des zéolithes dans les laves d’Islande; qu’ensuite on en a reconnu dans différens basaltes en Auvergne , dans ceux du Vieux-Brisaeh en Alsace , dans les laves envoyées des îles de France et de Bourbon, et dans celles de l’ile de Féroé. M. Pazumot est en effet le premier qui ait écrit sur la zéolithe trouvée dans les laves, et son opinion est que cette substance n’est pas un produit immédiat
t. 11 m’a remis, pour le Cabinet du Roi , une très- belle collection en ce genre, dans laquelle on peut voir tous les passages du basalte noir le plus dur à l’état argileux. Les différens morceaux de cette collection présentent toutes les nuances de la décomposition: l’on y reconnoît, de la manière la plus évidente, non seulement toutes les modifications du fer, qui en se décomposant a produit les teintes les plus variées; mais l’on y voit jusqu’à des prismes bien conformés, entièrement convertis en substance argileuse , de manière à pouvoir être coupés avec un couteau aussi facilement que la terre à foulon , tandis que le schorl noir, renfermé dans les prismes, n’a éprouvé aucune altération.
Un fait digne de la plus grande attention , c’est que, dans certaines circonstances, les eaux s’in fil- ; tranl à travers ces laves à demi décomposées ont entraîné leurs molécules ferrugineuses , et les out déposées et réunies sous la forme d’hématites dans les cavités adjacentes ; alors les laves terreuses , dépouillées de leur fer, ont perdu leur couleur, et ne se présentent plus que comme une terre argileuse et blanche , sur laquelle l’aimant n’a plus d’action.
DES MATIÈRES
du feu , mais une reproduction formée par l’intermède de l’eau et par la décomposition de la terre volcanisée. C’est aussi le sentiment de M. de Saint -Fond : cependant il avoue qu’il a trouvé de la zéolithe dans l’iniérieur du basalte le plus compacte et le plus dur. Il n’est donc guère possible de supposer que la zéolithe se soit formée dans ces basaltes par la décomposition de leur propre substance , et M. de Saint - Fond pense que ces dernières zéolithes étoient formées auparavant , et qu’elles ont seulement été saisies et enveloppées par la lave lorsqu’elle étoit en fusion. Mais alors comment est -il possible que la violence du feu ne les ait pas dénaturées, puisqu’elles sont enfermées dans la plus grande épaisseur de la lave où la chaleur étoit la plus forte P Aussi notre observateur convient -il qu’il y i a des circonstances où le feu et l’eau ont pu produire des zéolithes , et il en donne des raisons assez plausibles.
Il dit , après l’avoir éprouvé par comparaison, que le basalte noir du Vivarais est plus dur que le basalte antique ou égyptien I. Il a trouvé sur le plus haut sommet de la montagne du Mézine en Yélay un basalte gris blanc un peu verdâtre, dur et sonore, qui se rapproche, par la couleur et par le grain , du basalte gris verdâtre d’Égypte, et dans lequel on remarque quelques lames d’un feld-spath blanc vitreux , qui a le coup d’œil et le brillant d’une eau glacée. Ces lames sont souvent formées en parallélogramme, et il y a des morceaux où le feld-spath renferme lui-même de petites aiguilles de schorl noir.
Enfin il remarque aussi très -bien que les dendrites qu'on voit à la superficie de quelques basaltes sont produites par le fer que
i. Il observe quelques différences dans la pâte de ce basalte égyptien, d’après les belles statues de cette matière que M. le, duc de Cbaulnes a rapportées de son voyage d’Égypte ; elles présentent les variétés suivantes : i° un basalte noir, dur, et compacte, dont la pâte offre un grain serré, mais sec et âpre au toucher dans les cassures , et néanmoins susceptible d’un beau poli ; 2° un basalte d’un grain semblable, mais d’une teinte verdâtre ; 3° un basalte d’un gris lavé tirant au vert. Au reste. M. Faujas de Saint-Fond ne regarde pas comme un basalte, ni même comme un produit des volcans , la matière de quelques statues égyptiennes, qui , quoique d’une belle couleur noire, n’est qu’une pierre argileuse mêlée de mica et de schorl noir en très-petits grains ; et cette pierre est bien moins dure que le basalte. Notre observateur recommande enfin de ne pas confondre avec le basalte la matière de quelques statues égyptiennes d’un gris noirâtre , qui n’est qu’un granité à grain fin ou une sorte de granitdlo.