ALUN
L’acide aérien s’étant d’abord combiné avec les poudres du quartz et des autres verres primitifs, a produit l’acide vitriolique par son union avec cette terre vitrifiée , laquelle s’étant ensuite convertie et réduite en argile par cette action même de l’acide et de l’eau , cet acide vitriolique s’y est conservé et s’y manifeste sous la forme d’alun , et l’on ne peut douter que ce sel ne soit composé d’acide vitriolique et de terre argileuse. Mais cette terre de l’alun est-elle de l’argile pure , comme M. Bergman et d’après lui la plupart des chimistes récens le prétendent? Il me semble qu’il y a plusieurs raisons d’en douter, et qu’on peut croire avec fondement que cette argile qui sert de base à l’alun n’est pas pure, mais mélangée d’une certaine quantité de terre limoneuse et calcaire , qui toutes deux contiennent de l’alcali.
i° Deux de nos plus savans chimistes, MM. Macquer et Baumé , ont reconnu des indices de substances alcalines dans cette terre. « Quoique essentiellement argileuse , dit M. Macquer, la terre de l’alun paroît cependant exiger un certain degré de calcination , et même le concours des sels alcalis, pour former facilement et abondamment de î’alun avec de l’acide vitriolique ; et M. Baumé est parvenu à réduire l’alun en une espèce de sélénite , en combinant avec ce sel la plus grande quantité possible de sa propre terre. » Cela me paroît indiquer assez clairement que cette terre qui sert de base à l’alun n’est pas une argile pure , mais une terre vitreuse mélangée de substances alcalines et calcaires.
20 M. Fougeroux de Boridaroy, l’un de nos savans académiciens , qui a fait une trèsbonne description de la carrière dont on tire l’alun de Rome, dit expressément : « Je regarde cette pierre d’alun comme calcaire, puisqu’elle se calcine au feu. ... La chaux que l’on fait de cette pierre a la propriété de se durcir sans aucun mélange de sable ou d’autres terres , lorsque après avoir été humectée on la laisse sécher. « Cette observation de M. de Bondaroy semble démontrer que les pierres de cette carrière de la Tolfa, dont on tire l’alun de Rome, seroient de la même nature que nos pierres à plâtre , si la matière calcaire n’y étoit pas mêlée d’une plus grande quantité d’argile. Ce sont , à mon avis, des marnes plus argileuses que
calcaires , qui ont été pénétrées de l’acide vitriolique , et qui par conséquent peuvent ! fournir également de l’alun et de la sélénite. '!
3° L’alun ne se tire pas de l’argile blanche et pure, qui est de première formation,} mais des glaises ou argiles impures , qui sont de seconde formation , et qui toutes contien ! nent des corps marins , et sont par consé- i quent mélangées de substances calcaires , e souvent aussi de terre limoneuse.
4° Comme l’alun se tire aussi des pyrites et même en grande quantité, et que les py rites contiennent de la terre ferrugineuse fjJ limoneuse, il me semble qu’on peut en in I férer que la terre qui sert de base à l’alaiil! est aussi mélangée de terre limoneuse ; et j | ne sais si le grand boursouflement que ce sis prend au feu ne doit être atiribué qu’à 1 : réfraction de son eau de cristallisation , t |j si cet effet ne provient pas, du moins e f partie, de la nature de la terre limoneuse j qui, comme je l’ai dit, se boursoufle al! feu , tandis que l’argile pure y prend de ]
retraite.
5° Et ce qui me paroît encore plus décyjjjj'
sif , c’est que l’acide vitriolique , même plus concentré, n’a aucune action sur la teri vitrifiable pure , et qu’il ne l’attaque qu’ai tant qu’elle est mélangée de parties alcaline' Il n’a donc pu former l’alun avec la terni vitrifiable simple ou avec l’argile pure, pu qu’il n’auroit pu les saisir pour en faire base de ce sel , et qu’en effet il n’a saisi l’a
gile qu’à cause des substances calcaires limoneuses dont celle terre vitrifiable s’e trouvée mélangée.
Quoi qu’il en soit, il est certain que to I tes les matières dont on tire l’alun ne so ni purement vitreuses ni purement calcair ou limoneuses , et que les pyrites , les pie res d’alun , et les terres alumineuses , cc tiennent non seulement de la terre vitrifiai ou de l’argile en grande quantité, mais au de la terre calcaire ou limoneuse en pet quantité. Ce n’est que quand cette terre l’alun a été travaillée par des opérations c en ont séparé les terres calcaires ou limoni ses , qu’elle a pu devenir une argile pi sous la main de nos chimistes. Cependc M. le baron de Dietrich prétend « que pierre qui fournit l’alun et que l’on tire à Tolfa est une véritable argile qui ne contii point, ou très-peu, de parties calcaires; cj la petite quantité de sélénite qui se for ;
m jb