ALUN
endant la manipulation ne prouve pas qu’il ait de la terre calcaire dans la pierre d’am. . . . , et que la chaux qui produit la sémite peut très-bien provenir des eaux avec squelles on arrose la pierre après l’avoir alcinée. » Mais quelque confiance que puismt mériter les observations de cet habile linéralogiste , nous ne pouvons nous emêcher de croire que la terre dont on retire alun ne soit composée d’une grande qualité d’argile et d’une certaine portion de îrre limoneuse et de terre calcaire. Nous e croyons pas qu’il soit nécessaire d’insister ur les raisons que nous venons d’exposer , t qui me semblent décisives : l’impuissance e l’acide vitriolique sur les matières vitriables suffit seule pour démontrer qu’il n’a u former l’alun avec l’argile pure. Ainsi acide vitriolique a existé long-temps avant alun, qui n’a pu être produit qu’après la laissance des coquillages et des végétaux , misque leurs détrimens sont entrés dans sa imposition.
La nature ne nous offre que très-rarement, t en bien petite quantité , de l’alun tout ormé. On a donné à cet alun natif le nom 'alun de plume, parce qu’il est cristallisé m filets qui sont arrangés comme les barbes l’une plume. Ce sel se présente plus souvent ie®n efflorescence déformés différentes sur la urface de quelques minéraux pyriteux ; sa laveur est acerbe et styptique, et son action rès-astringente. Ces effets , qui proviennent Ile l’acide vitriolique , démontrent qu’il est dus libre et moins saturé dans l’alun que ,e Jans la sélénite, qui n’a point de saveur sena lible ; et en général le plus ou moins d’action 0 le toute matière saline dépend de cette différence : si l’acide est pleinement saturé par ■a matière qu’il a saisie, comme dans l’argile et le gypse , il n’a plus de saveur ; et 5 moins il est saturé , comme dans l’alun et es vitriols métalliques , plus il est corrosif. P1- Cependant la qualité de la base dans chaque
el influe aussi sur sa saveur et son action; :ar plus la matière de ces bases est dense et ^'pesante, plus elle acquiert de masse et de |el puissance par son union avec l’acide, et e plus la saveur du sel qui en résulte a de s(l force.
Il n’y a point déminés d’alun proprement j dites , puisqu’on ne trouve nulle part ce sel en grandes masses, comme le sel marin, ni même en petites masses , comme le vitriol ;
ne
“ mais on le tire aisément des argiles qui portent le nom de terres alumineuses, parce ! qu’elles sont plus chargées d’acide, et peut- -être plus mélangées de terre limoneuse ou
calcaire que les autres argiles. Il en est de même de ces pierres d’alun dont nous venons de parler, et qui sont argilo-calcaires : on le retire aussi des pyrites, dans lesquelles l’acide vitriolique se trouve combiné avec la terre ferrugineuse et limoneuse. La simple lessive à l’eau chaude suffit pour extraire ce sel des terres alumineuses ; mais il faut laisser effleurir les pyrites à l’air , ainsi que ces pierres d’alun , ou les calciner au feu et les réduire en poudre avant de les lessiver pour en obtenir l’alun.
L’eau bouillante dissout ce sel plus promptement et en bien plus grande quantité que l’eau froide ; il se cristallise par l’évaporation et le refroidissement. La figure de ces cristaux varie comme celle de tous les autres sels. M. Bergman assure néanmoins que quand la cristallisation de l’alun n’est pas troublée, il forme des octaèdres parfaits 1 , transparens et sans couleur, comme l’eau. Cet habile et laborieux chimiste prétend aussi s’être assuré que ces cristaux contiennent trente-neuf parties d’acide vitriolique, seize parties et demie d’argile pure, et quarante-cinq parties et demie d’eau. Mais je soupçonne que dans son eau , et peut-être même dans son acide vitriolique, il est resté de la terre calcaire ou limoneuse ; car il est certain que la base de l’alun en contient. L’acide , quoique en si grande quantité relativement à celle de la terre qui lui sert de base , est néanmoins si fortement uni avec cette terre, qu’on ne peut l’en séparer par le feu le plus violent : il n’y a d’autre moyen de les désunir qu’en offrant à cet acide des alcalis, ou quelques matières inflammables avec lesquelles il ait encore plus d’affinité qu’avec sa terre. On retire par ce moyen l’acide vitriolique de l’alun calciné; on en forme du soufre artificiel, et du pyrophore qui a la propriété de s’enflammer par le seul contact de l’air.
L’alun qui se tire des matières pyriteuses s’appelle dans le commerce alun de glace ou alun de roche : il est rarement pur, parce qu’il retient presque toujours quelques parties métalliques , et qu’il est mêlé de vitriol de fer. L’alun connu sous le nom d'alun de Rome est plus épuré et sans mélange sensible de vitriol de fer, quoiqu’il soit un peu
i. M. Desmeste dit, avec plus de fondement ce me semble , « que ce sel se cristallise en effet en octaèdres rectangles lorsqu’il est avec exeès d’acide, mais que la forme de ces octaèdres varie beaucoup ; que leurs côtés et leurs angles sont souvent tronqués , et que d’ailleurs il a vu des cristaux d’alun parfaitement cubiques , et d’autres rectangles. »
382 MINÉRAUX
rouge : on le tire en Italie des pierres alumineuses de la carrière de la Tolfa. Il y a de semblables carrières de pierres d’alun en Angleterre, particulièrement à Whitby, dans le comté d’York , ainsi qu’en Saxe , en Suède , en Norwège , et dans les pays de Hesse et de Liège, de même que dans quelques provinces d’Espagne. On extrait l’alun dans ces différentes mines à peu près par les mêmes procédés qui consistent à faire effleurir à l’air, pendant un temps suffisant, la terre ou [lierre alumineuse , à la lessiver ensuite , et à faire cristalliser l’alun par l’évaporation de l’eau T. L’alun de Rome est celui qui est le plus estimé, et qu’on assure être le plus pur. Tous les aluns sont, comme l’on voit , des productions de notre art , et le seul sel de cette espèce que la nature nous offre tout formé est l’alun de plume, qui ne se trouve que dans les cavités où suintent et s’évaporent les eaux chargées de ce sel en dissolution. Cet alun est très-pur; mais nulle part il n’est en assez grande quantité pour faire un objet de commerce, et encore moins pour fournir à la consommation que l’on fait de l’alun dans plusieurs arts et métiers.
Ce sel a en effet des propriétés utiles, tant pour la médecine que pour les arts , et surtout pour la teinture et la peinture. La plupart des pastels ne sont que des terres d’alun teintes de différentes couleurs. Il sert à la teinture en ce qu’il a la propriété d’ouvrir les pores et d’entamer la surface des laines et des soies qu’on veut teindre, et de fixer les couleurs jusque dans leur substance; il sert aussi à la préparation des cuirs, à lisser le papier, à argenter le cuivre , à blanchir l’argent , etc. ; mis en suffisante quantité sur la poudre à canon , il la préserve de l’humidité et même de l’inflammation ; il s’oppose aussi à l’action du feu sur le bois et sur les autres matières combustibles , et les empêche de brûler si elles en sont fortement imprégnées : on le mêle
i. Dans quelques-unes de ces exploitations on fait griller le minerai ; mais , comme le remarque très-bien M. Jars, cette opération n’est bonne que pour celles de ces mines qui sont très-pyriteuses , et seroit pernicieuse dans les autres , où la combustion détruiroit une portion de l’alun , et qu’il suffit de laisser effleurer à l’air, où elles s’échauffent d’elles-mêmes.
avec le suif pour rendre les chandelles pl fermes : on frotte d’alun calciné les forn qui servent à imprimer les toiles et papiei pour y faire adhérer les couleurs; on frotte de même les balles d’imprimerie po leur faire prendre l’encre , etc.
Les Asiatiques ont, avant les Européen, fait usage de l’alun ; les plus anciennes briques de ce sel étoient en Syrie et a environs de Constantinople et de Smyrn dans le temps des califes , et ce n’est q vers le milieu du quinzième siècle que 1 Italiens transportèrent l’art de fabriqut l’alun dans leur pays , et que l’on découvi les mines alumineuses à' Ischia , de Yiterbi etc. Les Espagnols établirent ensuite , da . le seizième siècle, une manufacture d’ali près de Carthagène, à Almazaran , et 4' établissement subsiste encore. Depuis temps, on a fabriqué de l’alun en Angî; terre , en Bohème, et dans d’autres provi ces de l’Allemagne ; et aujourd’hui on < connoît sept manufactures en Suède, do la plus considérable est celle de Garphyttù dans la Noricie.
Il y a en France assez de mines pyrites ses et même assez de" terres alumineuse pour qu’on pût y faire tout l’alun dont < a besoin sans l’acheter de l’étranger; I néanmoins je n’en connois qu’une seule p ! tite manufacture en Roussillon , près d Pyrénées : cependant on en pourroit fabi quer de même en Franche-Comté, où il a une grande quantité de terres alumineusis à quelque distance de Norleau. M. de Ge sanne , qui a reconnu ces terres , en a aiui trouvé en Vivarais, près de la Gorce. « Pl sieurs veines de cette terre alumineuse soc dit-il, parsemées de charbon jayet, et IM y trouve par intervalles de l’alun natif. » y a aussi près de Soyons des mines de coi perose et d’alun. On voit encore beaucoi j de terres alumineuses aux environs de PM quefort et de Cascastel ; d’autres près < Cornillon, dans le diocèse d’Uzès, dans h quelles l’alun se forme naturellement : nu combien n’avons-nous pas d’autres richess que nous foulons aux pieds, non par déda ni par défaut d’industrie , mais par les o] stades qu’on met ou le peu d’encourag ment que l’on donne à toute entrepri nouvelle!
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