‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 5)Chapitre 126 sur 147 · AUTRES COMBINAISONS · texte numérisé non relu

AUTRES COMBINAISONS

DE L’ACIDE YITRIOLIQUE.

rai Nous venons de voir que cet acide , le qms fort et le plus puissant de tous, a saisi eî i terres argileuses et calcaires, dans lesi]ii( elles il se manifeste sous la forme d’alun ivr de sélénite ; que l’argile et le plâtre , rb oique imprégnés de cet acide , n’ont néanilaibins aucune saveur saline, parce qu’il alu a excès de terre sur la quantité d’acide, c qu’il y est pleinement saturé : que l’alun, i ( contraire , dont la base n’est que de la gldre argileuse mêlée d’une petite portion fii terre alcaline, a une saveur styptique et I s effets astringens , parce que l’acide n’y loiit pas saturé; qu’il en est de même de tous ) vitriols métalliques, dont la base étant une matière plus dense que la terre viw mse ou. calcaire, a donné à ces sels plus ist masse et de puissance. Nous avons vu i te les terres alumineuses ne sont que des igiles mélangées et plus fortement imprépiiées que les autres d’acide viiriolique; que î( ilun , qu’on peut regarder comme un viiriiol à base terreuse, retient dans ses cris- I ux une quantité d’eau plus qu’égale à la sfjoitié de son poids, et que cette eau n’est s is essentielle à sa substance saline, puisis l’il la perd aisément au feu sans se dé- ’i) Imposer; qu’il s’y boursoufle comme la ilrre limoneuse, et qu’en même temps qu’il I laisse dépouiller de son eau , il retient fès-fixement l’acide vitriolique, et devient, ilirès la calcination, presque aussi corrosif jie cet acide même.

i Maintenant , si nous examinons les autres atières avec lesquelles cet acide se trouve imbiné, nous reconnoîlrons que l’alcali inéral ou marin, qui est le seul sel alcali ilurel, et qui est universellement répandu, t aussi le seul avec lequel l’acide vitriolile se soit naturellement combiné sous la jrme d’un sel cristallisé , auquel on a donné

I nom du chimiste Glauber. On trouve ce

II dans l’eau de la mer, et généralement ans toutes les eaux qui tiennent du sel pmme ou marin en dissolution ; mais la attire n’en a formé qu’une très-petite quan- Ité en comparaison de celle du sel gemme |n marin , qui diffère de ce sel de Glauber p ce que ce n’est pas l’acide vitriolique,

mais l’acide marin qui est uni avec l’aïcali dans le sel marin , qui , de tous les sels naturels, est le plus abondant.

Lorsque l’on combine l’acide vitriolique avec l’alcali végétal, il en résulte un sel cristalîisable, d’une saveur amère et salée, auquel on a donné plusieurs noms différons, et singulièrement celui de tartre vitriolé. Ce sel, qui est dur et qui décrépite au feu , ne se dissout que difficilement dans l’eau , et ne se trouve pas cristallisé par la nature, quoique tous les sels formés par l’acide vitriolique puissent se cristalliser.

L’acide vitriolique qui se combine dans les terres vitreuses, calcaires et métalliques, et sé présente sous la forme d’alun, de sélénite et de vitriol , se trouve encore combiné dans le sel d'Epsom avec la magnésie, qui est une terre particulière différente de l’argile , et qui paroît avoir aussi quelques propriétés qui la distinguent de la terre calcaire. En la supposant mixte et composée des deux , elle approche beaucoup plus de la craie que de l’argile. Cette terre magnésie ne se trouve point en grandes masses comme les argiles, les craies, les plâtres, etc. ; néanmoins elle est mêlée dans plusieurs matières vitreuses et calcaires : on l’a reconnue par l’analyse chimique dans les schistes bitumineux , dans les terres plâtreuses , dans les marnes , dans les pierres appelées serpentines, dans X ampel'ite ; et l’on a observé qu’elle forme à la surface et dans les interstices de ces matières un sel amer fort abondant. L’acide vitriolique est combiné dans ce sel jusqu’à saturation; et lorsqu’on l’en retire en lui offrant un alcali, la magnésie qui lui servoit de base se présente sous la forme d’une terre blanche, légère, sans saveur, et presque sans ductilité lorsqu’on la mêle avec l’eau. Ces propriétés lui sont communes avec les pierres calcaires imprégnées d’acide vitriolique, dont sans doute la magnésie retient encore quelques parties après avoir été précipitée de la dissolution de son sel ; elle se rapproche encore plus de la nature de la terre calcaire , en ce qu’elle fait une grande effervescence avec tous les acides, et qu’elle fournit de même

MINERAUX

une très -grande quantité d’air fixe ou d’acide aérien , et qu’après avoir perdu cet air par la calcination, elle se dissout comme la chaux dans tous les acides : seulement cette magnésie calcinée n’a pas la causticité de la chaux, et ne se dissout pas de même lorsqu’on la mêle avec l’eau; ce qui la rapproche de la nature du plâtre. Cette différence de la chaux vive et de la magnésie calcinée semble provenir de la plus grande puissance avec laquelle la chaux retient l’acide aérien , que la calcination n’enlève qu’en partie à la terre calcaire, et qu’elle enlève en plus grande quantité de la magnésie. Cette terre n’est donc au fond qu’une terre calcaire , qui , d’abord imprégnée , comme le plâtre, d’acide vitriolique, se trouve encore plus abondamment fournie d'acide aérien que la pierre calcaire ou le plâtre ; et ce dernier acide est la seule cause de la différence des propriétés de la magnésie et des qualités particulières de son sel : il se forme en grande quantité à la surface des matières qui contiennent de la magnésie; l’eau des pluies ou des sources le dissout et l’emporte dans les eaux dont on le tire par l’évaporation ; et ce sel formé de l’acide vitriolique à base de magnésie a pris son nom de la fontaine d 'Epsom en Angleterre , de l’eau de laquelle on le tire en grande quantité. M. Brownrigg assure avoir trouvé du sel d’Epsom cristallisé dans les mines de charbon de Whitehaven; il étoit en petites masses solides, transparentes , et en filamens blancs argentins, tantôt réunis, tantôt isolés, dont quelques-uns avoient jusqu’à trois pouces de longueur.

La saveur de ce sel n’est pas piquante ; elle est même fraîche, mais suivie d’un arrière - goût amer ; sa qualité n’est point astringente : il est donc en tout très -différent de l’alun ; et comme il diffère aussi de la sélénite par sa saveur et par sa solubilité dans l’eau , on a jugé que la magnésie qui lui sert de base étoit nue terre entièrement différente de l’argile et de la craie, d’autant que cette même magnésie combinée avec d’autres acides , tels que l’acide nitreux ou celui du vinaigre , donne encore des sels différens de ceux que l’argile ou la terre calcaire donnent en les combinant avec ces mêmes acides. Mais si l’on compare ces différences avec les rapports et les ressemblances que nous venons d’indiquer entre la terre calcaire et la magnésie, on ne pourra douter , ce me semble , qu’elle ne soit au fond une vraie terre calcaire, d’abord pénétrée d’acide vitriolique, et ensuite modifiée

par l’acide aérien , et peut - être aussi pi l’alcali végétal , dont elle paroît avoir pli sieurs propriétés.

La seule chose qui pourroit faire pensi que cette magnésie est mêlée d’une petil quantité d’argile , c’est que , dans les matin id res argileuses , elle est si fortement unie la terre alumineuse, qu’on a de la peine l’en séparer; mais cet effet prouve seulemci que la terre de l’alun n’est pas une argi pure, et qu’elle contient une certaine quai tité de terre alcaline. Ainsi , tout considér» je regarde la magnésie comme une sorte d plâtre; ces deux matières sont égalemei imprégnées d’acide vitriolique, elles ont l||j> mêmes propriétés essentielles ; et quoiqi| w la magnésie ne se présente pas en grand J m masses comme le plâtre , elle est peut-êt:( iti en aussi grande quantité sur la terre et dan jn l’eau ; car on en retire des cendres de toc « les végétaux , et plus abondamment d eaux-mères, du nitre, et du sel marii autre preuve que ce n’est au fond qu’m terre calcaire modifiée par la végétation la putréfaction.

L’acide vitriolique , en se combinant avi les huiles végétales, a formé les bitumes ; s’est pleinement saturé ; car il n’a plus aueuiipt action sur le bitume, qui n’a pas plus <L saveur sensible que l’argile et le plâtre dans lesquels cet acide est de même plein

ment sature.

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Si l’on expose à l’action de l’acide vitri «î; lique les substances végétales et animal ® dans leur état naturel , « il agit à peu pr comme le feu ; s’il est bien concentré , il 1 dessèche , les crispe , et les réduit presq à l’état charbonneux ; et de là on peut jug qu’il en altère souvent les principes même temps qu’il les sépare. » Ceci prou bien que cet acide n’est pas uniqueme L composé des principes aqueux et terreu:

comme Stahl et ses disciples l’ont prétend mais qu’il contient aussi une grande qua tité d’air actif et de feu réel. Je crois c voir insister ici sur ce que j’ai déjà dit ce sujet; parce que le plus grand nom}: des chimistes pensent que l’acide vitrioliq est l’acide primitif, et que, pour le prc ver , ils ont tâché d’y ramener ou d rapprocher tous les autres acides. Or h grand maître en chimie a voulu établir théorie des sels sur deux idées dont l’u est générale, l’autre particulière : la pi mière , que l'acide 'vitriolique est l’act universel et le seul principe salin qu’il y dans la nature , et que toutes les autres si stances salines, acides, ou alcalines.

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