ALCALIS ET LEURS COMBINAISONS
C’est par la combinaison de l’acide man avec l’alcali minéral que s’est forme le sel arinou sel commun, dont nous faisons lin si and usage. Il se trouve non seulement disms dans l’eau de toutes les mers e4 de !ù sieurs fontaines, mais il se présente en- )re en masses solides et en très-grand amas ans le sein de la terre; et quoique l’acide ?. ce sel , c’est-à-dire l’acide marin , proenne originairement de l’acide aérien, >mme tous les autres acides, il a des proférés particulières qui l’en distinguent ; il ;t plus foïble que les acides vitrolique et itreux, et on l'a regarde comme le troiome dans l’ordre des acides minéraux, ette distinction est fondée sur la différence î leurs effets : l’acide marin est moins puisnt , moins actif que les deux premiers, iree qu’il contient moins d’air et de feu, d’ailleurs il acquiert des propriétés parculières par son union avec l’alcali ; et s’il oit possible de le dépouiller et de le sépa- >r en entier de cette base alcaline, peutre reprendrai t-il les qualités de l’acide viiolique ou de l’acide aérien, quj , comme ous l’avons dit, est l’acide primitif, dont forme ne varie que par les différentes )mbinaisons qu’il subit ou qu’il a subies en unissant à d’autres substances.
L’acide marin diffère de l’acide vitrioliue en ce qu’il est plus léger, plus volatil , u’il a de l’odeur, de la couleur, et qu’il prouit des vapeurs. Toutes ces qualités semîent indiquer qu’il contient une bonne uantité d’acide aérien provenant du détriment des corps organisés. Il diffère de l’aide nitreux par sa couleur qui est d’un lune mêlé de rouge , par ses vapeurs qui ont blanches , par son odeur qui tire sur plie du safran, et parce qu’il a moins d’afnité avec les terres absorbantes et les sels Icalis. Enfin cet acide marin n’est pas suspptible d’un aussi grand degré de conceni’ation que les acides vitriolique et nitreux, cause de sa volatilité qui est beaucoup plus rande.
Au reste , comme l’alcali minéral ou main et l’alcali fixe végétal sont de la même c ature, et qu’ils sont presque universelletli lent répandus , on ne peut guère douter D ue l’alcali ne se soit formé , dès les preo! hiers temps après la naisssance des végért aux , uar la combinaison de l’acide primi-
tif aérien avec lesdétrimens des substances animales et végétales. Il en est de même de l’acide marin , qui se trouve combiné dans des matières de toute espèce; car, indépendamment du sel commun dont il fait l’essence avec l'alcali minéral , il se combine aussi avec les alcalis végétaux et animaux fixes ou volatils, et il se trouve dans les substances calcaires, dans les matières nitreuses, et même dans quelques substances métalliques, comme dans la mine d’argent cornée; enfin il forme le sel ammoniac lorsqu’il s’unit avec l’alcali volatil par sublimation dans le feu des volcans.
L’alcali minéral et l’alcali végétal, qui sont au fond les mêmes, sont aussi tous deux fixes : le premier se trouve presque pur dans le natron, et le second se tire plus abondamment des cendres du tartre que de toute autre matière végétale. On leur donne la dénomination d 'alcalis caustiques lorsqu’ils prennent en effet une plus grande causticité par l’addition de l’acide aérien contenu dans les chaux terrreuses ou métalliques : par cette union ce? alcalis commencent à se rapprocher de l'acide. L’alcali volatil appartient plus aux animaux qu’aux végétaux; et lorsqu’il est de même imprégné de l’acide aérien, il ne peut plus se cristaliser, ni même prendre une forme solide; et dans cet état on l’a nommé alcali fluor .
L’acide phosphorique paraît être l’acide le plus actif qu’on puisse tirer des animaux. Si l’on combine cet acide des animaux avec l’alcali volatil , qui est aussi leur alcali le plus exalté, il en résulte un sel auquel les chimistes récens ont donné le nom de sel microcosmique, et dont M. Bergman a cru devoir faire usage dans presque toutes ses analyses chimiques. Ce sel est en même temps ammoniacal et phosphorique ; et lorsque l’acide du phosphore se trouve combiné avec une substance calcaire, comme dans les os des animaux, il semble que les propriétés salines disparaissent ; car ce sel phosphorique à base calcaire n’a plus aucune saveur sensible. La substance calcaire des os fait sur l’acide phosphorique le même effet que la craie sur l’acide vitriolique. Cet acide animal et l’acide végétal acèteux ou tartareux contiennent sensiblement beaucoup de cet air fixe ou acide aérien, duquel ils tirent leur origine.
SEL MARIN ET SEL GEMME
L’eau de la mer contient une grande quantité d’acide et d’alcali , puisque le sel qu’on en retire en la faisant évaporer est composé des deux : elle est aussi imprégnée de bitume ; et c’est ce qui fait qu’elle est en même temps saline et amère. Or le bitume est composé d’acide et d’huile; et d’ailleurs la décomposition de tous les corps organisés dont la mer est peuplée produit une immense quantité d’huile. L’eau marine contient donc non seulement les acides et les alcalis , mais encore les huiles et toutes les matières qui peuvent provenir de la décomposition des corps, à l’exception de celles que ces substances prennent par la putréfaction à l’air libre ; encore se formet-il à la surface de la mer, par l’action de l’acide aérien, des matières assez semblables à celles qui sont produites sur la terre par la décomposition des animaux et des végétaux.
La formation du sel marin n’a pu s’opérer qu’après la production de l’acide et de l’alcali, puisqu’ils en sont les substances constituantes. L’acide aérien a été formé , dès les premiers temps après l’établissement de l’atmosphère, par le simple mélange de l’air et du feu; mais l’alcali n’a été produit que dans un temps subséquent , par la décomposition des corps organisés. L’eau de la mer n’étoil d’abord que simplement acide ou même acidulé; elle est devenue plus acide et salée par l’union de l’acide primitif avec les alcalis et les aulres acides; ensuite elle a pris de l’amertume par le mélange du bitume; et enfin elle s’est chargée de graisse et d’huile par la décomposition des corps de tous les célacés, poissons, et amphibies, dont la substance est, comme l’on sait , plus huileuse que celle des animaux terrestres.
Et cette salure , cette amertume , et cette huile de l’eau de la mer, n’ont pu qu’augmenter avec le temps , parce que tous les fleuves qui arrivent à ce grand réceptacle des eaux sont eux-mêmes chargés de parties salines, bitumineuses, et huileuses, que la terre leur fournit, et que toutes ces matières étant plus fixes et moins volatiles que l’eau, l’évaporation ne les enlève pas ; leur quantité ne peut donc qu’augmenter, tandis que celle de l’eau reste toujours la même, puisque les eaux courantes sur la terre ramènent à la
mer tout ce que les vapeurs poussées par ! verts lui enlèvent.
On doit encore ajouter à ces causes 1 l’augmentation de la salure des mers quantité considérable de sel que les ea qui filtrent dans l’intérieur de la terre d solvent et détachent des masses pureme salines qui se trouvent en plusieurs lieu et jusqu’à d’assez grandes profondeurs. ( a donné le nom de sel gemme à ce sel fi sile. Il est absolument de la même nati que celui qui se tire de l’eau de la mer jj l’évaporation. Il se trouve sous une for* solide, concrète, et cristalisée en amas i menses, dans plusieurs régions du globe, notamment en Pologne, en Hongrie, Russie, et en Sibérie. On en trouve aui en Allemagne , dans les environs de Ha près de Saltzbourg, dans quelques prov ces de l’Espagne T, et spécialement en Ca
i. Près de Villena , à quelques lieues d’Alicar1 il y a un marais d’où l’on tire le sel pour la ci sommation des villages voisins, et, à quatre lie de là , une montagne isolée toute de sel gemu couvert seulement d’une couche de plâtre de dit rentes couleurs....
Il y a beaucoup de salines dans la juridiction Mingranitta ; on travaille à quelques-unes et i aux autres : le sel gemme qu’on en tire est» cellent, parce que cette espèce est toujours plus si que celle qui se fait par évaporation, y ayant ma d’eau dans sa cristallisation ...
A une demi-lieue de là , on descend un peu pi entrer dans un terrain de plâtre où sont quclq collines.... Au bas de la couverture de plâtre, i1 a un banc de sel gemme dont on ne sait point profondeur, parce que, quand les excavations p! sent trois cents pieds , il en coûte beaucoup p ' tirer le sel, et quelquefois le terrain s’enfonce oi remplit d’eau : alors on creuse de nouveaux pui ' car tout l’endroit est une masse énorme de sel in en certaines places avec un peu de plâtre , et, d d’autres, pur et rougeâtre, et le plus souvent et taliin.... Dans la mine de Cardona, au contraire n’y a point de plâtre, et cependant le sel en est dur et si bien cristallisé, que l’on en fait des s' tues, de petits autels, et des meubles curieux. C 1 de Mingranilla est dur aussi, mais moins que c de Cardona, parce qu’il se casse comme quelq spaths fragiles... Cette mine a dû être couv anciennement d’une épaisseur de plus de huit c^ pieds de matières étrangères, que les eaux ont à peu entraînées dans les lieux les plus bas....
Dans une montagne où est le village de Vallis on trouve une mine de sel gemme qui paroît h de terre; du côté de l’entrée, et environ vingt en dedans, on voit que le sel, qui est blan« abondant , a pénétré dans les couches de plât ‘ Cette mine peut avoir environ quaire cents pas : longueur ; et différentes galeries latérales en < ' plus de quatre-vingts , soutenues par des piliers ;
SEL MAKÏN ET SEL GEMME
Dgne, où l’on voit, près de la ville de Caroline1, une montagne entière de sel. En ’autres endroits les amas de sel gemme jrment des bancs d’une très-grande épaiseur sur une étendue de deux ou trois lieues n longueur, et d’une largeur indéterminée, omme on l’a observé dans la mine de Wie- Iska en Pologne, qui est la plus célèbre de i|[nites celles du Nord.
Les bancs de sel y sont surmontés de plu- Jeurs lits de glaises, mêlées, comme les au- ’es glaises, d’un peu de sable et de débris e coquilles et autres productions marines, ’argile ou glaise contient l’acide , et les arps marins contiennent l’alcali. On polirait donc imaginer qu’ils ont fourni l’alcali écessaire pour former avec l’acide ce sel assile : mais lorsqu’on jette les yeux sur l’éaisseur énorme de ces bancs de sel, on voit
1 qui la font ressembler à une église gothique : sel suit la direction de la colline, en penchant i peu au nord, comme les veines du plâtre; ce 1 n’a qu’environ cinq pieds de haut.... Il paroit roir rongé différentes couches de plâtre et de argue (marne) pour se placer où il est, quoiqu’il jste cependant assez de ces matières.
|Au bout de la principale galerie.... on voit que bande de sel descend jusqu’au vallon , et passe la colline qui est vis^à-vis — La voûte de cette
ine est de plâtre Ensuite il y a deux pouces
sel blanc, séparé du plâtre par quelques filons terre saline ; après il y a trois doigts de sel pur deux de sel de pierre , et une bande de terre ; suite une autre bande bleue suivie de deux pouces ; sel ; après quoi il y a des bandes alternatives de rre et de sel cristallin jusqu’au lit de la mine, li est de plâtre : descendant au vallon et montant x collines qui sont vis-à-vis, les bandes de terre rit d’un bleu obscur, et les lits de sel sont de uleur blanche. Cette mine est très-élevée eu égard la mer, parce que depuis Bayonne on monte touirs pour y arriver. ( Histoire naturelle d’Espagne , r M. Bowles, pages 376 et suivantes.)
1. La ville de Cardonne est située au pied d’une rnlagne de sel qui est presque coupée perpendilairement du côté de la rivière : cette montagne t une masse énorme de sel solide de quatre ou îq cents pieds de haut, sans raies ni fentes, ni uches , et il n’y a point de plâtre aux environs ; e a une lieue de circuit.... On ignore la proideur du sel , qui pour l’ordinaire est blanc; il y a aussi du rouge.... d’autre d’un bleu clair : mais ; couleurs disparoissent lorsque le sel est écrasé,
■ dans cet état il est blanc....
La superficie de la montagne est grande, cepeniit les pluies ne font pas diminuer le sel : la ière qui coule au pied est néanmoins salée ; et and il pleut, la salaison augmente et fait mourir poisson ; mais ce mauvais effet ne s’étend pas à as de trois lieues, après quoi le poisson se porte ssi bien qu’ailleurs. ( Histoire naturelle d’ Espagne, r M. Bowles, pages 4 10 et suivantes.) L<s anns ont parlé de ces montagnes de sel de l’Esjgne. Est , dit Aulu-Gelle , in his regio/iibus ( lits niee) mons ex sale mero magnus ; quantum demas , itum adrescit. (Aulu-Gelle, livre II, chap. 22,
|j Catone.)
que , quand même la glaise et les corps marins qu’elle renferme se seroient entièrement dépouillés de leur acide et de leur alcali, ils n’auroient pu produire que les dernières couches superficielles de ces bancs , dont l’épaisseur étonne encore plus que leur étendue. Il me semble donc que , pour concevoir la formation de ces masses immenses de sel pur, il faut avoir recours à une cause plus puissante et plus ancienne que celle de la stillation des eaux et de la dissolution des sels contenus dans les terres qui surmontent ces salines. Elles ont commencé par être des marais salans , où l’eau de la mer en stagnation a produit successivement les couches de sel qui composent ces bancs , et qui se sont déposées les unes sur les autres à mesure qu’elles se formoienl par l’évaporation des eaux qui arrivoient pour remplacer les premières , et qui laissoient de même déposer leur sel après l’évaporation ; èn sorte que, dans le temps où la chaleur du globe étoit beaucoup plus grande qu’elle ne l’est aujourd’hui , le sel a dû se former bien plus promptement et plus abondamment qu’il ne se forme dans nos marais salans : aussi ce sel gemme est -il communément plus solide et plus pur que celui que nous obtenons en faisant évaporer les eaux salées ; il a retenu moins d’eau dans sa cristallisation; il attire moins l’humidité de l’air, et ne se dissout qu’avec beaucoup de temps dans l’eau , à moins qu’on n’aide la dissolution par le secours de la chaleur.
On vient de voir , par les notes précédentes , que ces grands amas de sel gemme se trouvent tous ou sous des couches de glaise et de marne, ou sous des bancs de plâtre, c’est-à-dire sous des matières déposées et transportées par les eaux , et que par conséquent la formation de ces amas de sel est à peu près contemporaine aux dernières alluvions des eaux , dont les dépôts sont eu effet les glaises mêlées de craie et les plâtres, matières dont la substance est analogue à celle du sel marin, puisqu’elles contiennent en même temps l’acide et l’alcali qui font l’essence de sa composition. Cependant , je le répète , ce ne sont pas les parties salines contenues dans ces bancs argileux, marneux, et plâtreux, qui seules ont pu produire ces énormes dépôts de sel gemme , quand même ces bancs de terre auraient été de huit cents pieds plus épais , comme le dit M. bowles; et ce ne peut être que. par -des alternatives d’alluvion et de dessèchement, et par une évaporation prompte, que ces grandes masses de sel ont pu s’accumuler.
MINÉRAUX
Pour mieux faire entendre cette formation successive, supposons que le sol sur lequel porte la dernière couche saline fût alternativement baigné par les marées, et que pendant les six heures de Palluvion du flux la chaleur fût alors assez grande, comme elle l’étoit en effet, pour causer, dans cet intervalle de six heures, la prompte évaporation de quelques pouces d’épaisseur d’eau : il se sera dès lors formé sur ce sol une première couche de sel de quelques lignes d’épaisseur, et , douze heures après , cette première couche aura été surmontée d’une autre, produite par la même cause; en sorte que dans les lieux où la marée s’élevoit à une grande hauteur les amas de sel ont pu prendre presque autant d’épaisseur. Cette cause a certainement produit un tel effet dans plusieurs lieux de la terre, et particulièrement dans ceux où les amas de sel ne sont pas d'une très -grande épaisseur, et quelques-uns de ces amas semblent offrir encore la trace des ondes qui les ont accumulés; mais dans les lieux où ces amas sont épais de cinquante et peut-être de cent pieds , comme à Wielitska en Pologne, et à Cardonne en Catalogne, on peut encore supposer très-légitimement une seconde circonstance qui a pu concourir comme cause avec la première.
Cette circonstance s’est trouvée dans les lieux où la mer formoit des anses ou des bassins, dans lesquels son eau stagnante devoit s’évaporer presque aussi vite qu’elle se renouveloit, ou bien s’évaporoit en entier lorsqu’elle 11e pouvoit être renouvelée. On peut se former une idée de ces anciens bassins de la mer et de leur produit en sel par les lacs salés que nous connoissons en plusieurs endroits de la surface de la terre ; une chaleur double de celle de la température actuelle causeroit en peu de temps l’entière évaporation de l’eau , et laisserait au fond toute la masse de sel qu’elle tient en dissolution, et l’épaisseur de ce dépôt Salin serait proportionnelle à la quantité d’eau contenue dans le bassin et enlevée par l’évaporation ; en sorte, par exemple, qu’en supposant huit cents brasses ou quatre mille pieds de profondeur au bassin, on aurait au moins cent pieds d’épaisseur de sel après l’évaporation de cette eau , qui , comme l’on sait , contient communément un quarantième de sel relativement à son poids. Je dis cent pieds au moins , car ici le volume augmente plus que proportionnellement à la masse. Je ne sais si cette augmentation relative a été déterminée par des expériences ; ma»s je suis persuadé qu’elle est considérable , tant par la
quantité d’eau que le sel retient dans sa crû tullisation, que par les matières grasses » terreuses dont l’eau de la mer est toujoui chargée, et que l’évaporation ne peut enlevei
Quoi qu’il en soit, les vues que je vier de présenter sont suffisantes pour eonoevo la formation de ces prodigieux dépôts d sel, sur lesquels nous croyons devoir dot ner encore quelques détails importans. Voii l’ordre des différens bancs de terre et d pierre qu’on trouve avant de parvenir a sel dans les mines de Wielitska. « Le pr< mier lit , ceiui qui s’étend jusqu’à l’intériet de la mine, est de sable, c’est-à-dire u amas de grains fins arrondis, blancs , jauni très, et même rougeâtres. Ce banc de sab est suivi de plusieurs lits de terre argileu: plus ou moins colorée ; mais le plus ordirn rement ces terres ont la couleur de rouil de fer. Ces lits de terre , à une certaine pr fondeur, sont séparés par des lames de pier que leur peu d’épaisseur, jointe à leur co leur noirâtre, ferait regarder comme di ardoises; ce sont des pierres feuilletées. On descend d’abord dans le premier éta par une espèce de puits de huit pieds r carré, ayant deux cents pieds de France ■ profondeur, au lieu de six cents, comme < a voulu le dire... On y trouve une chape taillée dans la masse du sel, et qui peut ave environ trente pieds de longueur sur vinjij quatre de largeur et dix-huit de haute» Tous les ornemens et les images de ce chapelle sont aussi faits avec du sel... Il 1 a que neuf cents pieds de profondeur depi 1 le sommet de la mine jusque dans l’endr j
le plus profond Et il est étonnant qu’
ait voulu persuader le public qu’il y av dans cette mine une espèce de ville sout< raine , puisqu’il n’y a dans les galeries q 1 quelques petites chambres qui sont destim J à enfermer les outils des ouvriers lorsqu I s’en vont le soir de la mine... Plus on péi j tre profondément dans ces salines , plus | trouve le sel abondant et pur ; si l’on r» ! contre quelques couches de terre, elles n’t ordinairement que deux à trois pieds d paisseur et fort peu d’étendue. Toutes couches sont d’une glaise plus ou moins I bleuse.
« On n’a trouvé jusqu’à présent d;j ces mines aucune production volcaniqi j telle que soufre , bitume , charbon mi: j ral , etc. , comme il s’en trouve dans j salines de Halle, de la haute Saxe, et j comté de Tyrol. On y trouve beaucoup l coquilles , principalement des bivalves et ■ j madrépores....
S El. MARIN ET SEL GEMME.
« Je n’assurerai pas que ces mines aient, mme on le dit, trois lieues d’étendue en js sens.... Mais il y a lieu de croire qu’elles pmuniquent à celles de Boclmia (ville à Iq milles au levant de Wielitska) , où l’on pîoile le môme sel. Le travail de Wie- >ka a toujours été dirigé du côté de Roeht, et celui de Boclmia du côté de Wie- >ka, jusqu’en 1772, qu’on se trouva arrêté part et d’autre par un lit de terre maruse, 11e contenant pas un atome de sel.... iis l’administration ayant dirigé l’exploiion du côté du midi, on trouva du sel aucoup plus pur....
« On détache ce sel de la masse en blocs i ont ordinairement sept à huit pieds de igueur sur quatre de iargeur et deux d’éisseur; on emploie pour cela des coins de , et on opère à peu près de la manière ’on le fait dans nos carrières pour en tirer pierre de taille.... Lorsque ces gros blocs
Iit ainsi détachés, on les divise en trois quatre parties , dont on fait des cylindres jr en faciliter le transport.
* Les morceaux de sel que l’on trouve èlquefois dans cette mine de Wielitska se îcontrent par cubes isolés dans les couches glaise, sans affecter de marche régulière, quelquefois formant des bandes de deux rois pouces d’épaisseur dans la masse du “ ; mais celui qui se trouve en grains dans el glaise est toujours le plus beau, et on e iduit presque tout ce sel blanc dans l’en- 1 bit que l’on appelle la chancellerie , qui P un bureau où travaillent quatre commis \ ndant la journée. Tout ce qui orne cette kncellerie, comme tables, armoires, etc., en sel... Avec les morceaux de sel blanc plus transparens , on travaille de jolis 1 rrages qui ont différentes formes, comme * i crucifix, des tables, des chaises, des f ses à café , des canons montés sur leurs E1ûts, des monires, des salières, etc. «
Nous ne pouvons douter qu’il n’y ait en {ance des mines de sel gemme, puisque E js y connoissons un grand nombre de fon- “ îes salées , et dans nos provinces même c plus éloignées de la mer : mais la resérche de ces mines est prohibée, et même sage de l’eau qui en découle nous est inédit >ar une loi fiscale, qui s’oppose au '^it si légitime d’user de ce que la nature lis offre avec profusion ; loi de proscrip-
(n contre l’aisance de l’homme et la santé animaux , qui , comme nous , doivent ticiper aux bienfaits de la mère commune, }ui , faute de sel , ne vivent et ne se muliient qu’à demi; loi de malheur, ou plu-
tôt sentence de mort contre les générations à venir, qui n’est fondée que sur le mécompte et sur l’ignorance, puisque le libre usage de cette denrée, si nécessaire à l’homme et à tous les êtres vivans , feroit plus de bien et deviendroit plus utile à l’État que le produit de la prohibition; car il soutiendroit et augmenteroit la vigueur , la santé , la propagation , la multiplication des hommes et de tous les animaux utiles. La gabelle fait plus de mal à l’agriculture que la grêle et la gelée : les bœufs, les chevaux, les moutons, tous nos premiers aides dans cet art de première nécessité et de réelle utilité, ont encore plus besoin que nous de ce sel qui leur étoit offert comme l’assaisonnement de leur insipide herbage, et comme un préservatil contre l’humidité putride dont nous les voyons périr ; tristes réflexions que j’abrège en disant que l’anéantissement d’un bienfait de la nature est un crime dont l’homme ne se fût jamais rendu coupable s’il eût entendu ses véritables intérêts.
Les mines de sel se présentent dans tous les pays où l’on a la liberté d’en faire usage; il y en a tout autant en Asie qu’en Europe; et le despotisme oriental, qui nous paroît si pesant pour l’humanité , s’est cependant abstenu de peser sur la nature. Le sel est commun en Perse et ne paie aucun droit ; les salines y sont en grand nombre, tant à la surface que dans l’intérieur de la terre. On voit aux environs d’Astracan une montagne de sel gemme, où les habitans du pays, et même les étrangers, ont la liberté d’en prendre autant qu’il leur plaît. Il y a aussi des plaines immenses qui sont pour ainsi dire toutes couvertes de sel : on voit une semblable plaine de sel en Nalolie. Pline dit que Ptolémée , en plaçant son camp près de Péluse , découvrit sous le sable une couche de sel que l’on trouva s’étendre de l’Égypte à l’Arabie. La mer Caspienne et plusieurs autres lacs sont plus ou moins salés ». Ainsi, dans les terres les plus éloignées de l’Océan, l’on ne manque pas plus de sel que dans les contrées maritimes, et partout il ne coûte que les frais de l’extraction ou de l’évaporation. En Afrique , il y a peut-être encore
1. Pline, en parlant de rivières salées, qu’il place près de la mer Caspienne, dit que le sel forme une croûte à la surface , sous laquelle le fleuve coule, comme s’il étoit glacé; ce qu’on ne peut néanmoins entendre que des mers et des anses, où l’eau tranquille et dormante , et baissant dans les chaleurs , donnoit lieu à la voûte de sel de se former.... Sed el summa Jluminum duranlur in salem, amne reliquo velu.fi sub ge/u fluente , ut apud Caspias portas i quæ salis flumina appelantur.
3q6 MINERAUX.
plus de mines de sel qu’en Europe et en Asie : les voyageurs citent les salines du cap de Bonne - Espérance ; Kolbe surtout s’étend beaucoup sur la manière dont s’y forme le sel , et sur les moyens de le recueillir. En Abyssinie , il y a de vastes plaines tontes couvertes de sel , et l’on y connoîl aussi des mines de sel gemme; il s’en trouve de môme aux îles du cap Yert , au cap Blanc ; et comme la chaleur est excessive au Sénégal, en Guinée, et dans loutes les terres basses de l’Afrique, le sel s’y forme par une évaporation prompte et presque continuelle. Il s’en forme aussi sur la côte d’Or , et il y a des mines de sel gemme au Congo. En général , l’Afrique , comme la région lapins chaude de la terre, a peu d’eau douce, et presque tous les lacs et autres eaux stagnantes de cette partie du monde sont plus ou moins salés.
L'Amérique , surtout dans les contrées méridionales , est assez abondante en sel marin il s’en trouve aussi dans les îles , et notamment à Saint-Domingue et sur plusieurs râtes du continent, ainsi que dans les terres de l’isthme de Panama , dans celles du Pérou, de la Californie, et jusque dans les terres Magellaniques.
U y a donc du sel dans presque tous les pays du monde, soit en masses solides à l’intérieur de la terre, soit en poudre cristallisée à sa surface, soit en dissolution dans les eaux courantes ou stagnantes. Le sel en masse ou en poudre cristallisée ne coûte que la peine de le tirer de sa mine, ou celle de le recuellir sur la terre ; celui qui est dissous dans l’eau ne peut s’obtenir que par l’évaporation; et dans les^pays où les matières combustibles sont rares , on peut se servir avantageusement de 1 chaleur du soleil, et même l’augmenter par des miroirs ardens lorsque la masse de l’eau salée n’est pas considérable; et l’on a observé que les vents secs font autant et peut - être plus d’effet que le soleil sur la surface des marais salans. On voit , par le témoignage de Pline , que les Germains et les Gaulois tiroient le sel des fontaines salées par le moyen du feu ; mais le bois ne leur coûtoit rien, ou si peu, qu’ils n’ont pas eu besoin de recourir à d’autres moyens ; aujourd’hui, et même depuis plus d’un siècle, on fait le sel en France par la seule évaporation, eu attirant l’eau de la mer dans de grands terrains qu’on appelle des marais salans. M. Montel a donné une description trèsexacte des marais salans de Peccais dans le bas Languedoc. On ne fait à Peccais qu’une
récolte de sel chaque année, et le temp: nécessaire à l’évaporation est de quatre oi cinq mois, depuis le commencement de ma jusqu’à la fin de septembre.
Il y a de même des marais salans en Pro vence, dans lesquels on fait quelquefoii deux récoltes chaque année, parce que h chaleur et la sécheresse de l’été y sont plut grandes; et comme la mer Méditerranée n’î ni flux ni reflux, il y a plus de sûrelé ei moins d’inconvéniens à établir des marais salans dans son voisinage que dans celui de l’Océan. Les seuls marais salans de Pec cais, dit M. Montel, rapportent à la ferme générale sept ou huit millions par an. Poui que la récolte du sel soit regardée comme bonne, il faut que la couche de sel produite par l’évaporation successive, pendant quatre à cinq mois, soit épaisse de deux pom es et demi ou trois pouces. Il est dit dans la Gazette d’ agriculture « Qu’en 1775 il y a voit plus de quinze cents hommes employés]* recueillir et entasser le sel dans les mara» de Peccais : indépendamment de ces salin*: et de celles de Saint-Jean et de Roque maure, où le sel s’obtient par industrie, i s’en forme tout naturellement des quantité mille fois plus considérables dans les maraiji qui s’étenden jusqu’auprès de Martigue en Provence. L’imagination peut à peine s< figurer la quantité étonnante de sel qui s’j trouve cette année : tous les hommes , toè les bestiaux de l'Europe ne pourroient le consommer en plusieurs années , et il s’ef-i forme à peu près autant tous les ans.
«Pour garder, ce n’est pas dire conser | ver, mais bien perdre, tout ce sel, il y aurjij une brigade de gardes à cheval, nemméi dans le pays du nom sinistre de brig-aai noire , laquelle va campant d’un lieu à 11 1 autre, et envoyant journellement des die tachemens de tous les côtés. Ces gardes ont commencé à camper vers la fin de mai; i] iju resteront sur pied, suivant la coutumeji jusqu’à ce que les pluies d’automne aieu jt fondu et dissipé tout ce sel naturel. » I
On voit, par ce récit, qu’on pourro) 1 épargner le travail des hommes , et la dé a pense des digues et autres construction | nécessaires au maintien des marais salansïi si l’on vouloit profiter de ce sel que nou la, offre la nature ; il faudrait seulement l’en I1 tasser comme on entasse celui qui s’es déposé dans les marais salans , et le conser kr ver pendant trois ou quatre ans, pour h *ii faire perdre son amertume et son eau supei jÉs; fine. Ce n’est pas que ce sel, trop nouveau ^ soit nuisible à la santé, mais il est de mai ,|
SEL MARIN ET SEL GEMME
is goût ; et tout celui qu’on débite au iblic dans les greniers à sel doit , par les jlemens , avoir été facturé deux ou trois s auparavant.
Malgré l’inconvénient des marées, on i pas laissé d’établir des marais salans sur )céan comme sur la Méditerranée , surit dans le bas Poitou, le pays d’Aunis, Saintonge, la Bretagne, et la Normandie : sel s’y fait de même par l’évaporation de au marine. « Or on facilite celte évaporan, dit M. Guettard, en faisant circuler au autour de ces marais , et en la recent ensuite dans de petits carrés qui se forint au moyen d’espèces de vannes : l’eau , r son séjour, s’y évapore plus ou moins omptement, et toujours proportionnellemt à la force de la chaleur du soleil ; e y dépose ainsi le sel dont elle est charî. « Cet académicien décrit ensuite avec ictitude les salines de Normandie dans baie d’Avranches , sur une plage basse où mouvement de la mer se fait le moins itir, et donne le temps nécessaire à l’évaration. Voici l’extrait de celte descripn : On ramasse le sable chargé de ce îôt salin , et cette récolte se fait pendant Lif ou dix mois de l’année; on ne la disitinue que depuis la fin de décembre jus- ’au commencement d’avril .... On transite ce sable mêlé de sel dans un lieu sec, on en fait de gros tas en forme de spie; ce qui donne la facilité de monter tour pour les exhausser autant qu’on le je à propos : on couvre ces tas avec des ots , sur lesquels on met un enduit de re grasse pour empêcher la pluie de pérer. . . . Lorsqu’on veut travailler ce sable iu , on découvre peu à peu le tas; et à sure qu’on enlève le sable , on le lave is une fosse enduite de glaise bien battue 'evètue de planches, entre les joints desl’eau peut s’écouler. On met dans >sse cinquante ou soixante boisseaux ce sable salin , et on y verse trente ou nte-cinq seaux d’eau; elle pass à travers sable et dissout le sel qu’il contient : on conduit par des gouttières dans des cuves rées de trois pieds, qui sont placées dans bâtiment qui sert à l’évaporation ; on imine avec une éprouvette si cette eau assez chargée de sel ; et si elle ne l’est i assez , on enlève le sable de la fosse et y en remet de nouveau. Lorsque l’eau trouve suffisamment salée, on la transvase as des vaisseaux de plomb qui n’ont qu’un deux pouces de profondeur sur vingtpouces de longueur et vingt-deux de lar-
slles te f<
geur ; on place ces plombs sur un fourneau qu’on échauffe avec des fagots bien secs : l’évaporation se fait en deux heures. Oa remet alors de la nouvelle eau salée daitî les vaisseaux de plomb , et on la fait évaporer de même. La quantité de sel que l’on retire en vingt-quatre heures, au moyen de ces opérations répétées, est d’environ cent livres dans trois vaisseaux de plomb des dimensions ci-dessus. On donne d’abord jn feu assez fort , et on le continue ainsi jusqu’à ce qu’il se forme une petite fleur de sel sur l’écume de cette eau ; on enlève alors cette écume et on ralentit le feu. L’évaporation étant achevée, on remue le sel avec une pelle pour le dessécher; on le jette dans des paniers en forme d’entonnoir, où II peut s’égoutter. Ce sel, quoique tiré par le moyen du feu , et dans un pays où le bois est cher , ne se vend guère que 3 livres 10 sous les cinquante livres pesant. Il y a aussi en Bretagne soixante petites fabriques de sel par évaporation , tiré des vases et sables de la mer , dans lesquels on mêle un tiers de sel gris pour le purifier et porter les liqueurs à quinze sur cent.
On fait aussi du sel en grand dans quelques cantons de cette même province de Bretagne; on lire des marais salans de la baie de Bourgneuf seize ou dix-sept mille muids de sel , et l’on estime que ceux de Guérande et du Croisic produisent, année commune, environ vingt-cinq mille muids.
En Franche-Comté , en Lorraine, et dans plusieurs autres contrées de l’Europe et des autres parties du monde, le sel se tire de l’eau des fontaines salées. M. de Montigny, de l’Académie des Sciences , a donné une bonne description des salines de la Franche- Comté , et du travail qu’elles exigent. Voici l’extrait de ses observations. « Les eaux , dit M. de Montigny, de tous les puits salés, tant de Salins que de Montmorot, contiennent en dissolution , avec le sel marin ou sel gemme , des gypses ou sélénites gypseuses; des sels composés de l’acide vitriolique engagé dans une base terreuse; du sel de Glauber ; des sels déliquescens , composés de l’acide marin engagé dans une base tei reuse; une terre alcaline très-blanche, que l’on sépare du sel gemme lorsqu’on le tient long-temps en fusion dans un creuset; enfin une espèce de glaise très fine, et quelques parties grasses , bitumineuses , ayant une forte odeur de pétrole. Toutes ces eaux portent un principe alcalin surabondant.... Elles ne sont point mêlées de vitriols métalliques ....
MINÉRAUX
« Les sels en petits grains , ainsi que les sels en pain, se sont également trouvés chargés d’un alcali terreux .... Ainsi ces sels ne sont pas, comme le sel marin, dans un état de neutralité parfaite.
« Le sel à gros grains de Montmorot est le seul que nous ayons trouvé parfaitement neutre .... Ce sel à gros grains est tiré des mêmes eaux que le sel à petits grains; mais il est formé par une évaporation beaucoup plus lente : il vient en cristaux plus gros, très-réguliers , et en même temps beaucoup plus purs. ... Si les eaux des fontaines salées ne contenoient que du sel gemme en dissolution, l’évaporation de ces eaux, plus lente ou plus prompte, n’influeroit en rien sur la pureté du sel ... . On ne peut donc séparer les matières étrangères de ces sels de Franche-Comté que par une très -lente évaporation ; et cependant c’est avec les sels à petits grains , faits par une très-prompte évaporation, que l’on fabrique tous les sels en pain, dont l’usage est généra! dans toute la Franche-Comté. ... On met les pains de sel qu’on vient de fabriquer sur des lits de braises ardentes, où ils restent pendant vingtcinq, trente , et même quarante heures , jusqu’à ce qu ils aient acquis la sécheresse et la dureté nécessaires pour résister au transport T . . . . Le mélange du sel de Glauber, de gypse , de bitume , et de sel marin à base terreuse , qui vient par la réduction de ces eaux, est d’une amertume inexprimable....
« La saveur et la qualité du sel marin lont fort altérées par le mélange du gypse orsque les eaux ne reçoivent pas assez de ,‘baleur pour en opérer la séparation, et la piantité du gypse est fort considérable dans es eaux de Salins .... Le gypse de Salins rend le sel d’un blanc opaque, et le gypse de Montmorot lui donne sa couleur grise....
x. Nous devons observer que cette pratique de mettre le sel à l’exposition du feu pour te durcir, est très- préjudiciable à la pureté et à la qualité du sel :
i° Parce que pour mouler le sel, il faut qu’il soit humecté de son eau-mère que le feu ne fait que dessécher en agglutinant la masse saline , et cette eau-mère est une partie impure qui reste dans
le sel.
2° Dne partie du gypse se décompose; son acide vitriolique agit sur la base du sel marin , le dénature, et le rend amer.
3° Le sel marin le plus pur reçoit une altération très-sensible par la calcination ; il devient plus caustique ; -une partie de l’acide s’en dissipe , et laisse une base terreuse qui procède de la décomposition de l’acide minéral. La décomposition du sel est si sensible , que l’on ne peut rester dans les étuves du grillage , à cause des vapeurs acides qui affectent la poitrine et les yeux.
Lorsque les eaux sont foibles en salure comme celles de Montmorot, on a trouv< le moyen de les concentrer par une méthode ingénieuse et qui multiplie l’évapora tion sans feu. »
Ces fontaines salées de la Franche-Comté qui fournissent du sel à toute cette pro vince et à une partie de la Suisse , ne son pas plus abondanles que celles qui se trou vent en Lorraine, et qui s’exploitent dan les petiles villes de Dieuze, Moyenvic , | Château-Salins, toutes situées le long de l vallée qu’arrose la rivière de Seille. A Ro sières , dans la même province , étoit un saline des plus belles de l’Europe par l’éteh due de son bâtiment de graduation ; mai cette saline est détruile depuis environ ving ans. A Dieuze , non plus qu’à Moyenvic | à Château-Salins, on n’a pas besoin de et grands bâtimens ou hangars de graduatio pour évaporer l’eau, parce que d’elle-mèm elle est assez chargée pour qu’on puisse, 0 la soumettant immédiatement à l’ébullitiod en tirer le sel avec profit.
Il se trouve aussi des sources et fontaint salées dans le duché de Bourgogne et dar plusieurs autres provinces , où la ferme gè nérale entretient des gardes pour empêché le peuple de puiser de l’eau dans ces soui ces. Si l’on refuse ce sel aux hommes , 0 devroil au moins permettre aux animaux d s’abreuver de cette eau , en établissant djl bassins dans lesquels ces mêmes gardes ü laisseroient entrer que les bœufs et les moi tons, qui ont autant et peut-être plus besoi que l’homme de ce sel pour prévenir 1< maladies de pourriture qui les font p rir ; ce qui , je le répète , cause beaucot plus de perte à l’État que la vente du sel 1 donne de profit.
Dans quelques endroits ces fontaines s lées forment de petits lacs ; on en voit 1 aux environs de Courîezon , dans la prmi pauté d’Orange. « Des hommes, dit M. Gu< i tard , intéressés à ce qu’on ne fasse poi j d’usage de cette eau , ordonnent de trépign et mêler ainsi avec la terre le sel qui peu] dans la belle saison, se cristalliser sur l] bords de cet étang. L’eau en est claire j limpide , un peu onctueuse au touche !
d’un goût passablement salé. Ce petit lac < éloigné de la mer d’environ vingt lieu« jj S’il n’étoit dû qu’à une masse d’eau de m [ restée dans cet endroit, bientôt la seule év j poration auroit suffi pour le tarir. Ce 1 y ne reçoit point de riviere ; il faut donc nO cessairemenl qu’il sorte de son fond d j] sources d’eau salée pour renlretenir. » «j
SEL MARIN ET SEL GEMME
Dans d’autres pays où la nature, moins érale que chez nous , est en même temps tins insultée, et où on laisse aux habits la liberté de recueillir et de solliciter bienfaits, on a su procurer, et pour si dire créer, des sources salées là où il n existait pas , en conduisant , par de nds et ingénieux travaux, des cours d’eau avers des couches de terre ou de pierre Dues ou imprégnées de sel, que ces eaux solvent et dont elles sortent chargées, st à M. Jars que nous devons la connoisce et la description de cette singulière doitation, qui se fait dans le voisinage la ville de Halle en Tyrol. « Le sel, dit-il, mélangé dans celte mine avec un rocher la nature de l’ardoise, qui en contient îs tous ses lits ou divisions.... Pour exre le sel de cette masse, on commence ouvrir une galerie, en partant d’un enit où le rocher est ferme , et on l’avance ne vingtaine de toises; ensuite on en fait seconde de chaque côté d’environ dix es , et d’a-utres encore qui leur sont paèles , de sorte qu’il ne reste dans cet ese que des piliers distans les uns des res de cinq pieds, et qui ont à peu près mêmes dimensions en carré, sur six pieds hauteur , qui est celle des galeries. Pent qu’on travaille à ces excavations, d’autres riers sont occupés à faire des mises ou ailles de chaque côté de la galerie prinale , qui a été commencée dans le rocher ne, pour y placer des pièces de bois et eS >rmer une digue qui serve à retenir l’eau ; dans la partie inférieure de cette digue aisse une ouverture pour y mettre une de ou un robinet. Lorsque le tout est ctement bouché, on y fait arriver de u douce par des tuyaux qui partent du met de la montagne ; peu à peu le sel dissout à mesure que l’eau monte dans f Paierie.,.. Dans quelques-unes des excaons de cette mine l’eau séjourne cinq, et même douze mois avant que d’être rée ; ce qui dépend de la richesse de la îe de sel et de l’étendue de l’excavation ... n’est que quand l’eau est entièrement sae que l’on ouvre les robinets des digues r la faire couler et la conduire par des nix de bois jusqu’à Halle , où sont les idières d’évaporation. »
)ans les contrées du nord où l’eau de 1 f ner se glace, on pourroit tirer le sel de e eau en la recevant dans des bassins profonds, et la laissant exposée à la gele sel abandonne la partie qui se glace se concentre dans la portion inférieure
de l’eau, qui, par ce moyen assez simple, se trouve beaucoup plus salée qu’elle 11e l’étoit auparavant.
Il semble que la nature ait pris elle-même le soin de combiner l’acide et l’alcali pour former ce sel qui nous est le plus utile , le plus nécessaire de tous , et qu’elle l’ait en même temps accumulé , répandu en immense quantité sur la terre et dans toutes les mers; l’air même est imprégné de ce sel ; il entre dans la composition de tous les êtres organises; il plaît au goût de l’homme et de tous les animaux ; il est aussi reconnoissable par sa figure que recommandable par sa qualité; il se cristallise plus facilement qu’aucun autre sel, et ses cristaux sont des cubes presque parfaits 1 ; il est moins soluble que plusieurs autres sels , et la chaleur de l’eau, même boudante, n’augmente que très-peu sa solu billité : néanmoins il attire si puissamment l’humidité de l’air, qu’il se réduit en liqueur si on le tient dans des lieux très-humides; ii décrépite sur le feu par l’effort de l’air qui &• dégage alors de ses cristaux, dont l’eau s’évapore en même temps : et cette eau de cristallisation qui, dans certains sels, comme l’alun, paroît faire plus de la moitié de la masse saline , n’est dans le sel marin qu’cn petite quantité; car en le faisant calciner et même fondre à un feu violent, il n’éprouve aucune décomposition, et forme une masse opaque et blanche, également saline, et du même poids à peu près 2 qu’avant la fusion ; ce qui prouve qu’il 11e perd au feu que de l’air, et qu’il contient très-peu d’eau.
Ce sel , cjui ne peut être décomposé par le feu , se décompose néanmoins par les acides vitrioliques et nitreux, qui, ayant plus d’affinité avec son acide, s’en saisissent, et lui font abandonner sa base alcaline ; autre preuve que les trois acides, vil ri o-lique, nitreux, et marin, sont de la même nature au fond , et qu’ils ne diffèrent que par les modifications qu’ils ont subies. Aucun de ces trois acides ne se trouve pur dans le sein de la terre; et lorsqu’on les compare, 011 voit que l’acide marin ne diffère du vilriolique qu’en ce qu’il est moins pesant et plus volatil , qu’il saisit moins fortement Jes substances alcalines, et qu’il ne forme presque toujours avec elles que des sels déiiquescens : il ressemble à l’acide nitreux par cette dernière propriété , qui prouve que tous deux sont plus foibles que l’acide vi-
1. Les grains figurés en trémies sont de petits cubes groupés les uns contre les autres.
2. Le sel marin ne perd qu’un huibcentièine de son poids par la calcination.
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triolique, dont on peut croire qu’ils se sont formés, en ne perdant pas de vue leur première origine, qu’il ne faut pas confondre avec leur formation secondaire et leur conversion réciproque. L’acide aérien a été le premier formé ; il n’est composé que d’air et de feu. Ces deux élémens , en se combinant avec la terre vitrifiée, ont d’abord produit l’acide vitriolique; ensuite l’acide marin s’est produit par leur combinaison avec les matières calcaires; et enfin l’acide nitreux a été formé par l’union de ce même acide aérien avec la terre limoneuse et les autres débris putréfiés des corps organisés.
Comme l’acide marin est plus volatil que le nitreux et le vitriolique, on ne peut le concentrer autant. Il ne s’unit pas de même avec la matière du feu ; mais il se combine pleinement avec les alcalis fixe et volatil : il forme avec le premier le sel marin, et avec le second un sel très-piquant qui se sublime par la chaleur.
Quoique l’acide marin ne soit qu’un foible dissolvant en comparaison des acides vitriolique et nitreux , il se combine néanmoins avec l’argent et avec le mercure ; mais sa propriété la plus remarquable, c’est qu’étant mêlé avec l’acide nitreux ils font ensemble oe que l’acide vitriolique ne peut faire : ils dissolvent l’or , qu’aucun autre dissolvant ne peut entamer; et quoique l’acide marin soit moins puissant que les deux autres , il forme néanmoins des sels plus corrosifs avec les substances métalliques ; il les dissout pres-
que toutes avec le temps, surtout lorsqu’il e aidé de la chaleur, et il agit même plus e ficacement sur leurs chux que les autr acides.
Comme toute la surface de la terre a é long-temps sous les eaux , et que c’est p les mouvemens de la mer qu’ont été formé toutes les couches qui enveloppent le noyj du globe fondu par le feu, il a dû restei après la retraite des eaux, une grande quai tité des sels qui y étoient dissous : ainsi 1 acides de ces sels doivent être universelli ment répandus. On a donné le nom d 'acu méphitique à leurs émanations volatiles; c acide méphitique n’est que notre acide aérie qui , sous la forme d’air fixe , se dégage d' sels et enlève une petite quantité de le» acide particulier, auquel il étoit uni par l’ii termède de l’eau : aussi cet acide se man feste-t-il dans la plupart des mines sous forme d e moufette suffocante, qui n’est auli chose que de l’air fixe stagnant dans o profonds souterrains ; et ce phénomène off uue nouvelle et grande preuve de la pr<i duction primitive de l’acide aérien et de dispersion universelle dans tous les règn de la nature. Toutes les matières minéral i en effervescence et toutes les substances v gétales ou animales en fermentation peuveii donc produire également de l’acide mépbf tique ; mais les seules matières animales j végétales en putréfaction produisent ass de cet acide pour donner naissance au ; i de nitre.
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