‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 5)Chapitre 146 sur 147 · OR · texte numérisé non relu

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signe ne peut pas être un bien , et ne fait que du mal, puisqu’elle réduit à rien la valeui' de ce même métal dans toutes les terres et chez tous les peuples qui s’en sont laissé surcharger par des importations étrangères.

Autant il seroit nécessaire de donner de Fencoui’agement à la recherche et aux travaux des mines des matières combustibles et des autres minéraux si utiles aux ai ts et au bien de la société, autant il seroit s;ige de faire fermer toutes celles d’or et d’argent, et de laisser consommer peu à peu ces masses trop énormes sous lesquelles sont écrasées nos caisses, sans que nous en soyons plus riches ni plus heureux.

Au reste, tout ce que nous venons de dire ne doit dégrader l’or qu’aux yeux de l’homme sage, et ne lui ôte pas le haut rang qu'il tient dans la nature; il est le plus parfait des métaux , la première substance entre toutes les substances terrestres, et il mérite à tous égards l’attention du philosophe naturaliste : c’est dans cette vue que nous recueillerons ici les faits relatifs à la recherche de ce métal, et que nous ferons l’énumération des différeras lieux où il se trouve.

En France, le Rhin, le Rhône, l’Arve, le Doubs, la Cèse, le Gardon, l’Arriege, la Garonne, le Salai, charrient des paillettes et des grains d’or qu’on trouve dans leurs sables, surtout aux angles rentrans de ces rivières. Ces paillettes ont souvent leurs bords arrondis ou repliés; et c’est par là qu’on les distingue, encore plus aisément que par le poids, des paillettes de mica, qui quelquefois sont de la même couleur et ont même plus de brillant que celles d’or. On trouve aussi d’assez gros grains d’or dans les rigoles formées par les eaux pluviales dans les terrains montagneux de Fériés et de Bénagues. On a vu de ces grains, dit M. Guettard, qui pesoient une demi- once : ces grains et paillettes d’or sont accompagnés d’un sable ferrugineux. Il ajoute que des qu’on s’éloigne de ces montagnes seulement de cinq ou six lieues , on ne trouve plus de grains d’or, mais seulement des paillettes très-minces. Cet académicien fait encore mention de l’or en paillettes qu’on a trouvé en Languedoc et dans le pays de Foix. M. de Gensanne dit aussi qu’il y en a dans plusieurs rivières des diocèses d’Uzès et de Montpellier ; ces grains et paillettes d’or qui se trouvent dans les rivières et terres adjacentes viennent, comme je l’ai dit, des mines renfermées dans les montagnes voisines; mais on ne connoît actuellement qu’un très-petit nombre de ces

MINÉRAUX

mines en montagne *. Il y en a une dans les Vosges, près de Steingrahen, où l’on a trouvé des feuilles d’or vierge d’un haut titre, dans un spath fort blanc; une autre à Saint - Marcel-les-Jussey en Franche-Comté, que l éboulement des terres n’a pas permis de suivre. Les Romains ont travaillé des mines d’or à la montagne d'Orel en Dauphiné; et i’on connoît encore aujourd’hui line mine d’argent tenant or à l’Ermitage, au dessus dé Tain, et dans les montagnes du Pontel en Dauphiné. On en a aussi reconnu à Banjoux en Provence; à Londat, à Rivière et à la montagne d’Argentière , dans le comté de Foix; dans le Bigorre , en Limosin, en Auvergne, et même en Normandie et dans l’Ile-de-France. Toutes ces mines et plusieurs autres étoient autrefois bien connues, et même exploitées; mais l’augmentation de la quantité du métal venu de l’étranger a fait abandonner le travail de ces mines, dont le produit n’auroit pu paver la dépense, tandis que, anciennement, ce même travail étoit très-profitable.

En Hongrie il y a plusieurs mines d’or dont on tireroit un grand produit, si ce métal n’étoit pas devenu si commun. La plupart de ces mines sont travaillées depuis longtemps , surtout clans les montagnes de Crernenifz et de Schemnitz , où l’on trouve encore de temps en temps quelques nouveaux filons; il y en avoit sept en exploitation dans le temps d’Alphonse Barba , qui dit que la plus riche étoit celle de Cremenitz; elle est d une grande étendue, et l’on assure qu’on y travaille depuis plus de mille ans: on l’a fouillée dans plusieurs endroits à plus de cent soixante brasses de profondeur. Il y a aussi des mines d’or en Transylvanie, dans lesquelles on a trouvé de For vierge. Rzaczynski parle des mines des monts Kra packs, et entre autres d’une veine fort riche dont l’or est en poudre. En Suède on a découvert quelques mines d’or; mais le minerai n’a rendu que la trente-deuxième partie d’une once par quintal. Enfin on a aussi reconnu de l’or en Suisse, dans plusieurs endroits de la Valteline, et particulièrement dans la montagne de i’Oro , qui en a tiré son nom. L’on en trouve aussi dans le canton d’Underwald. Plusieurs montagnes dans les Alpes enroulent des paillettes; le Rhin dans le pays des Grisons, la Reuss, l’Aar et plusieurs autres, aux cantons de Lucerne, de

i. Le pays des Tarbelliens , que quelques-uns disent être le territoire de Tarbes, d’autres celui de Dax , produisoit autrefois de l’or, suivant le témoignage de Strabon.

Soleure, etc. Le Tage et quelques au fleuves d’Espagne ont été célébrés par anciens, à cause de l’or qu’ils roulent; n’est pas douteux que toutes ces paill* et grains d’or que l’on trouve dans les < qui découlent des Alpes, des Pyrénées des montagnes intermédiaires, ne prov nent des mines primitives renfermées i ces montagnes, ét que si l’on pouvoit su' ees courans d’eau chargés d’or jusqu’à source, on ne seroit pas éloigné du lieu les recèle : mais, je le répète, ces trac seroient maintenant très-inutiles, et produit bien superflu. J’observerai s< ment, d’après l’exposition qui vient di faite, que les rivières aurifères sont souvent situées au couchant qu’au levant montagnes. La France , qui est à l’ouesls Alpes, a beaucoup plus de cet or de tSi port que l’Italie et l’Allemagne , qui situées à l’est. Nous verrons, par l’exa des régions où l’on recueille l’or en paillé si celte observation doit être prése comme un fait général.

La plupart des peuples de l’Asie ont ! ciennement tiré de l’or du sein de la U soit dans les montagnes qui produises métal, soit dans les rivières qui en char! les débris. Il y en a une mine en Turc à peu de distance du chemin de Salonici Constantinople , qui, du temps du voya:

Paul Lucas, étoit en pleine exploitait affermée par le grand - seigneur. L’ili Thasos , aujourd hui Thaso , dans l’A pel, étoit célèbre chez les anciens, à < de ses riches mines d’or : Hérodote en j et dit aussi qu’il y avoit beaucoup d’on les montagnes de la Thrace, dont I’uivj boula par la sape des grands travaux < y avoit faits pour en tirer ce métal. Ce nés de l’île de Thaso sont actuellement données; mais il y en a une dans le ni de l’ile de Chypre , près de la ville de sie , d’où l’on tire encore beaucoup d’ Dans la Mingrélie, à six journées de b I il y a des mines d’or et d’argent; on en ti aussi dans la Perse, auxquelles il paroît qi $ 1 travaillé anciennement : mais on les a aba j 1 nées comme en Europe, parce que la dé I [ excédoit le produit ; et aujourd’hui tout 1 ! l’argent de Perse vient des pay s éiran, I Les montagnes qui séparent le Mo^j s la Tarlarie sont riches en mines d’or et ; gent : les habitans de la Bucharie reJ lent ces métaux dans le sable des torreil tombent de ees montagnes. Dans le Tll j au delà du royaume de Cachemire , il | | trois montagnes dont l’une produit de jr

DE L’OR

J h seconde des grenats , et la troisième du i ipis : il y a aussi de l’or au royaume de il; ’ipra et dans plusieurs rivières de la dépendu anee du grand-lama , et la plus grande parles e de cet or est transportée à la Chine. On^ ,ées reconnu des mines d’or et d’argent dans J i pays d’Azem , sur les frontières du Mogol.

^ e royaume de Siam esl l’un des pays du i Sl tonde où l’or paroît le plus commun ; mais na Jous n’avons aucune notice sur les mines de lieu Btte contrée. La partie de l’Asie où l’on haï ouve le plus d’or est l’ile de Sumatra : les et abilans d’Achem en recueillent sur le pen- I si îant des montagnes , dans les ravines creu-

I d1 ;es par les eaux; cet or esl en petits mornt îaux , et passe pour être très-pur. D’autres ra| pÿageurs disent au contraire que cet or d’Aiiesi hem est de très-bas aloi , même plus bas

tu lue celui de la Chine; ils ajoutent qu’il se jiii houve à l’ouest ou sud-ouest de l’île, et que Vxa luand les Hollandois vont y chercher le poiaillere, les paysans leur en apportent une bonne lèse uantité ; d’autres mines d’or dans la même e se trouvent dans les environs de la ville , e Tikon; mais aucun voyageur n’a donné ct’aussi bons renseignemens sur ces mines va |ue M. Hermann Grimm, qui a fait sur cela, iiît jomme sur plusieurs autres sujets d’histoire mq jaturelle , de très- bonnes observations.

)iii(i L’île de Célèbes ou de Macassar produit va ussi de l’or, que l’on tire du sable des riilioiiières. Il en est de même de l’île de Bornéo ; L’ilüt dans les montagnes de l’ile de Timor il se

II Ai |*ouve de l’or très-pur. Il y a aussi quelques , ic aines d’or et d’argent aux Maldives, à Cey- :i ]i an , et dans presque toutes les îles de la ’oc fier des Indes jusqu’aux îles Philippines, [îev’où les Espagnols en ont tiré une quantité iijlssez considérable.

O; Dans la partie méridionale du continent ut a Je l’Asie on trouve, comme dans les îles, emje très-riches mines d’or, à Camboye, à la JeîCIochinchine , au Tunquin, à la Chine, où d’i plusieurs rivières en charrient : mais, selon leles voyageurs, cet or de la Chine est d’assez nlraas aloi; ils assurent que les Chinois apportent à Manille de l’or qui est très-blanc, il* très- mou , et qu’il faut allier avec un cin- Jéjguième de cuivre rouge pour lui donner la ntl couleur et la consistance nécessaires dans les ;ang pris. Les îles du Japon et celle de Formose log sont peut-être encore plus riches en mines eiji’or que la Chine. Entm l’on trouve de l’or recjusqu’en Sibérie; en sorte que ce métal, tCd quoique plus abondant dans les contrées mé- ; j|i ridionales de l’Asie, ne laisse pas de se trouj| ver aussi dans les régions de cette grande je (partie du monde.

Les terres de l’Afrique sont plus intactes et par conséquent plus riches en or que celles de l’Asie. Les Africains en général, beaucoup moins civilisés que les Asiatiques , se sont rarement donné la peine de fouiller la terre à de grandes profondeurs; et quelque abondantes que soient les mines d’or dans leurs montagnes, ils se sont contentés d’en recueillir les débris dans les vallées adjacentes, qui étoient et même sont encore trèsrichement pourvues de ce métal. Dès l’année 1442, les Maures voisins du cap Baïador offrirent de la poudre d’or aux Portugais , et c’étoit la première fois que les Européens eussent vu de l’or en Afrique. La recherche de ce métal suivit de près ces offres ; car en 1461 on fit commerce de l’or de la mina (or de la mine), au cinquième degré de latitude nord, sur cette même côte qu’on a depuis nommée la côte d' Or. Il y avoit néanmoins de l’or dans les parties de l’Afrique anciennement connues , et dans celles qui avoient été découvertes long -temps avant le cap Baïador ; mais il y a toute apparence que les mines n’en avoient pas été fouillées, ni même reconnues ; car le voyageur Roberts esl le premier qui ait indiqué des mines d’or dans les îles du cap Vert. La côte d’Or est encore aujourd’hui l’une des parties de l’Afrique qui produit la plus grande quantité de ce métal : la rivière d’Axim en charrie des paillettes et des grains qu’elle dépose dans le sable en assez grande quantité pour que les Nègres prennent la peine de plonger et de tirer ce sable du fond de l’eau. On recueille aussi beaucoup d’or par le lavage dans les terres du royaume de Kanon , à l’est et au nord-est de Galam , où il se trouve presque à la surface du terrain. Il y en a aussi dans le royaume de Tombut, ainsi qu’à Gago et à Zaniara. Il y en a de même dans plusieurs endroits de la Guinée , et dans les terres voisines de la rivière de Gambra, ainsi qu’à la côte des Dents. Il y a aussi un grand nombre de mines d’or dans le royaume de Butna, qui s’étend depuis les montagnes de la Lune jusqu’à la rivière de Maguika , et un plus grand nombre encore dans le royaume de Bambouc.

Tavernier fait mention d’un morceau d’or naturel, ramifié en forme d’arbrisseau, qui seroit le plus beau morceau qu’on ait jamais vu dans ce genre , si son récit n’est pas exagéré. Pyrard dit aussi avoir vu une branche d or massif et pur, longue d’une coudée , et branchue comme du corail, qui avoit été trouvée dans la rivière de Couesme o-u Couama, autrement appelée rivière tfoire.

Buffon. If.

à Sofala. Dans l’Abyssinie, la province de Gojam est celle où se trouvent les plus riches mines d’or. On porte ce métal, tel qu’on le tire de la mine , à Gondar, capitale du royaume , et on l’y travaille pour le purifier et le fondre en lingots. Il se trouve aussi en Éthiopie, près d’Helem, de l’or disséminé dans les premières couches de la terre , et cet or est très-fin. Mais la contrée de l’Afrique la plus riche , ou du moins la plus anciennement célèbre par son or, est celle de Sofala et du Monomotapa. On croit, dit Marmol, que le pays d’Ophir, d’où Salomon tiroit P or pour orner son temple , est le pays même de Sofala. Cette conjecture seroit un peu mieux fondée en la faisant tomber sur la province du Monomolapa qui porte encore actuellement le nom A'Ophur ou Ofur. Quoi qu’il en soit, celte abondance d’or à Sofala et dans le pays d’Ofur au Monomotapa ne paroît pas encore avoir diminué , quoiqu’il y ait toute apparence que de temps immémorial la plus grande partie de l’or qui cirenloit dans les provinces orientales de l’Afrique , et même en Ai'abie, venoit de ce pays de Sofala. Les principales mines sont situées dans les montagnes, à cinquante lieues et plus de distance de la ville de Sofala : les eaux qui découlent de ces montagnes entraînent une infinité de paillettes d’or et de grains assez gros. Ce métal est de même très-commun à Mosambique. Enfin Pile de Madagascar participe aussi aux richesses du continent voisin : seulement il paroît que l’or de cette île est d’assez bas aloi , et qu’il est mêlé de quelques matières qui le rendent blanc et lui donnent de la mollesse et plus de fusibilité.

L’on doit voir assez évidemment, par cette énumération de toutes les teires qui ont produit et produisent encore de l’or , tant en Europe qu’en Asie et en Afrique, combien peu nous éloit nécessaire celui du Nouveau- Monde : il n’a servi qu’à rendre presque nulle la valeur du nôtre; il n’a même augmenté que pendant un temps assez court la richesse de ceux qui le faisoient extraire pour nous l’apporter. Ces mines ont englouti les nations américaines et dépeuplé l’Europe. Quelle différence pour la nature et pour l’humanité, si les myriades de malheureux qui ont péri dans ces fouilles profondes des entrailles de la terre eussent employé leurs bras à la culture de sa surface ! ils auroient changé l’aspect brut et sauvage de leurs terres informes en guérets réguliers, en riantes campagnes, aussi fécondes qu’elles étoient stériles et qu’elles le sont encore ; mais les conquérans ont-ils jamais entendu la voix de la sa-

gesse, ni même le cri de la pitié ! leurs seule vues sont la déprédation et la destruction ils se permettent tous les excès du fort cor I tre le foible ; la mesure de leur gloire ei j celle de leurs crimes , et leur triomphe l’o] | probre de la vertu. En dépeuplant ce noi j veau monde , ils l’ont défiguré et presqii ! anéanti; les victimes sans nombre qu’ils qjj immolées à leur cupidité malentendue auroj j toujours des voix qui réclameront à jama l contre leur cruauté : tout l’or qu’on a tii de l’Amérique pèse peut-être moins que j sang humain qu’on y a répandu.

Comme cette terre étoit de toutes la pli ! nouvelle, la plus intacte, et la plus réeen j ment peuplée, elle brilloit encore, il y trois siècles, de tout l’or et l’argent que i nature y avoit versés avec profusion : 1 j naturels n’en avoient ramassé que pour le î commodité , et non par besoin ni par cupidit tj ils en avoient fait des instrumens , des vase j des ornemens, et non pas des monnoies /) des signes de richesse exclusifs : ils en es moient la valeur par l’usage , et auroie préféré notre fer, s’ils eussent eu l’art l’employer. Quelle dut être leur surpri | lorsqu’ils virent des hommes sacrifier la i i de tant d’autres hommes et quelquefois leur propre, à la recherche de cet or q j souvent ils dédaignoient de mettre en œuvi Les Péruviens rachetèrent leur roi , que < pendant on ne leur rendit pas, pour pli sieurs milliers pesant d’or ; les Mexicains avoient fait à peu près autant, et furt ■ trompés de même : et pour couvrir l’hom j de ces violations, ou plutôt pour étouffer 1 germes d’une vengance éternelle, on fi , ar exterminer presque en entier ces m eureuses nations ; car à peine reste-t-il: millième partie des anciens peuples auxqu , 1 appartenoient ces terres, sur lesquelles le descendants, en très-petit nombre, langt sent dans l’esclavage, ou mènent une fugitive. Pourquoi donc n’a-t-on pas préf de partager avec eux ces terres qui faisoi j leur domaine? pourquoi ne leur en céden ! on pas quelque portion aujourd’hui, pi qu’elles sont si vastes et plus d’aux ti quarts incultes, d’autant qu’on n’a plus ij à redouter de leur nombre? Vaines ref sentations, hélas! en faveur de l’humanj le philosophe pourra les approuver; n les hommes puissans daigneront-ils les tendre ?

Laissons donc cette morale affligeante laquelle je n’ai pu m’empêcher de reven la vue du triste spectacle que nous préf j i tent les travaux des mines en Amérique

DE L’OR

n’en dois pas moins indiquer ici les lieux où elles se trouvent, comme je l’ai fait pour les autres parties du monde; et, à commencer par l’île de Saint-Domingue , nous trouverons qu’il y a des mines d’or dans une montagne près de la ville de San-Iago-de-los- Caballeros, et que les eaux qui en descendent entraînent et déposent de gros grains d’or ; qu’il y en a de même dans l’île de Cuba et dans celle de Sainte-Marie , dont les mines mt été découvertes au commencement du iècle dernier. Les Espagnols ont autrefois smployé un grand nombre d’esclaves au travail de ces mines : outre l’or que l’on tiroit du sable, il s’en trouvoit souvent d’assez gros ïnorceaux comme enchâssés naturellement dans les rochers. L’île de la Trinité a aussi des mines et des rivières qui fournissent de or.

Dans le continent , à commencer par isthme de Panama , les mines» d’or se trouent en grand nombre; celles duDarien sont les " plus riches, et fournissent plus que celles de Veragua et de Panama. Indépendamment du iroduit des mines en montagnes , les riviè- I «res de cet isthme donnent aussi beaucoup 1 id’or en grains, en paillettes, et en poudre , Ordinairement mêlé d’un sable ferrugineux iqu’on en sépare avec l’aimant. Mais c’est au '^Mexique où l’or s’est trouvé répandu avec “ [Ile plus de profusion. L’une des mines les ” plus fameuses est celle de Mezquital, dont 1S bous avons déjà parlé. La pierre de cette haine , dit M. Bowles , est un quartz blanc mêlé en moindre quantité avec un quartz 'couleur de bois ou de corne, qui fait feu Contre l’acier : on y voit quelques petites aches vertes, lesquelles ne sont que des ristaux qui ressemblent aux émeraudes en roupes, et dont l’intérieur contient de peits grains d’or. Presque toutes les autres rovinces du Mexique ont aussi des mines or, ou des mines d’argent plus ou moins [mêlé d’or. Selon le même M. Bowles, celle e Mezquital, quoique la meilleure, 11e 1(!'donne au quintal que trente onces d’argent net vingt-deux grains d’or et demi. Mais il y :'!Ja apparence qu’il a été mal informé sur la lS,j|naiure et le produit de celte mine; car si ref|elle ne tenoil en effet que vingt-deux grains aD)?d’or et demi sur trente onces d’argent par 1 quintal , ce qui ne feroit pas six gi ains d’or par marc d’argent, on n’en feroit pas le départ à la monnoie de Mexico, puisqu’il est réglé par les ordonnances qu’on ne séparera que l’argent tenant par marc vingt-sept grains d’or et au dessus, et qu’autrefois il falloit 'trente grains pour qu’on en fît le départ ; ce

qui est , comme l’on voit , une très petite quantité d’or en comparaison de celle de l’argent; et cet argent du Mexique, restant toujours mêlé d’un peu d’or, même après les opérations du départ, est plus estimé que Celui du Pérou, surtout plus que celui des mines de Sainle-Pécaque , que l’on transporte à Compostelle.

Les relateurs s’accordent à dire que la province de Garthagène fournissoit autrefois beaucoup d’or, et l’on y voit encore des fouilles et des travaux très-anciens ; mais ils sont actuellement abandonnés. C’est au Pérou que le iravail de ces mines est aujourd’hui en pleine exploitation. Frézier remarque seulement que les mines d’or sont assez rares dans la partie méridionale de ce royaume, mais que la province de Popayan en est remplie , et que l’ardeur pour les exploiter semble être toujours la même.

M. d’Ulloa dit que chaque jour on y découvre de nouvelles mines qu’on s’empresse de mettre en valeur, et nous ne pouvons mieux faire que de rapporter ici ce que ce savant naturaliste péruvien a écrit sur les mines de son pays. « Les pariidos ou districts de Celi , de Buga, d’ Almaguer , et de Barbocoas, sont, dit-il, les plus abondans en métal, avec l’avantage que l’or y est très pur, et qu’on n’a pas besoin d’y employer le mercure pour le séparer des parties étrangères. Les mineurs appellent minas de Caxa celles où le minéral est renfermé entre des pierres. Celles de Popayan ne sont pas dans cet ordre; car l’or s’y trouve répandu dans les terres et les sables... Dans le bailliage de Choco , outre les mines qui se traitent au lavoir, il s’en trouve quelques unes où le minerai est enveloppé d’autres matières métalliques et dé sucs bitumineux dont on ne peut le séparer qu’au moyen du mercure. La platine est un autre obstacle qui oblige quelquefois d’abandonner les mines : on donne ce nom à une pierre si dure, que, ne pouvant la briser sur une enclume d’acier ni la réduire par la calcination, on ne peut tirer le minerai qu’elle renferme qu’avec un Iravail et des frais extraordinaires. Entre toutes ces mines , il y en a plusieurs où l’or est mêlé d’un tombac aussi fin que celui de l’Orient, avec la propriété singulière de 11e jamais engendrer de vert-de-gris et de résister aux acides.

« Dans le bailliage de Zaruma au Pérou, l’or des mines est de si bas aloi , qu’il n’est quelquefois qu’à dix-huit et même à seize karats; mais cette mauvaise qualité est réparée par l’abondance.... Le gouvernement

MINERAUX

de Jaën de Bracamoros a des mines de la même espèce , qui rendoient beaucoup il y a un siècle.... Autrefois il y avoit quantité de mines d’or ouvertes dans la province de Quito, et plus encore de mines d’argent.... On a recueilli des grains d’or dans les ruisseaux qui tirent leur source de la montagne de Pitchincha ; mais rien ne marque qu’on y ait ouvert des mines.... Le pays de Pattactanga , dans la juridiction de Riobamba , est si rempli de mines, qu’en 1743 un habitant de cette ville avoit fait enregistrer pour son seul compte dix-huit veines d’or et d’argent toutes riches et de bon aloi. L’une de ces mines d’argent rendoit quatre-vingts marcs par cinquante quintaux de minerai, tandis qu’elles passent pour riches quand elles en donnent huit à dix marcs.... Il y a aussi des mines d’or et d’argent dans les montagnes de la juridiction de Cuença , mais qui rendent peu. Les gouvernemens de Quixos et de Macas sont riches en mines; ceux de Marinas et d ' Atamès en ont aussi d’une grande valeur... Les terres arrosées par quelques rivières qui tombent dans le Maragnon, et par les rivières de San-Iago et de Mira , sont remplies de veines d’or. »

Les anciens historiens du Nouveau-Monde, et entre autres le P. Acosta, nous ont laissé quelques renseignemens sur la maniéré dont la nature a disposé l’or dans ces riches contrées; on le trouve sous trois formes différentes ; i° en grains ou pépites , qui sont des morceaux massifs et sans mélange d’autre métal; 20 en poudre; 3» dans des pierres. « J’ai vu, dit cet historien, quelques unes de ces pépites qui pesoient plusieurs livres. L’or, dit-il, a par excellence sur les autres métaux de se trouver pur et sans mélange ; cependant, ajoute-t-il , on trouve quelquefois des pépites d’argent tout-à-fait pures : mais l’or en pépites est rare en comparaison de celui qu’on trouve en poudre. L’or en pierre est une veine d’or infiltrée dans la pierre , comme je l’ai vu à Caruma , dans le gouvernement des salines.... Les anciens ont célébré les fleuves qui rouloient de l’or; savoir, le Tage en Espagne, le Pactole en Asie, et le Gange aux Indes orientales. U y a de même dans les rivières des îles de Barloverito, de Cuba, Porto-Rico, et Saint- Domingue, de l’or mêlé dans leurs sables.... Il s’en trouve aussi dans les lorrens au Chili , à Quito , et au nouveau royaume de Grenade. L’or qui a le plus de réputation est celui de Caranava au Pérou, et celui de Valdivia au Chili, parce qu’il est très-pur et de vingt -trois karats et demi. L’on fait

aussi état de l’or de Veragua , qui est trèsfin : celui de la Chine et des Philippines, qu’on apporte en Amérique, n’est pas, à beaucoup près, aussi pur. »

Le voyageur Wafer raconte qu’on trouve de même une grande quantité d’or dans les sables de la rivière de Coquimbo au Pérou , et que le terrain voisin de la baie où se décharge celte rivière dans la mer est comme poudré de poussière d’or, au point , dit-il, que quand nous y marchions , nos habits en étoient couverts ; mais cette poudre étoit si , menue, que c’eût été un ouvrage infini de j vouloir la ramasser. « La même chose nous ! arriva, continue-t-il, dans quelques autres: lieux de cette même côte, où les rivières j amènent de cette poudre avec le sable; mais j l’or se trouve en paillettes et en grains plus 1 gros à mesure que l’on remonte ces rivière^ j aurifères vers leurs sources. »

Au reste, il paroit que les grains d’or quetj l’on trouve dans les rivières ou dans les terre; ! adjacentes n’ont pas toujours leur brillani jaune et métallique; ils sont souvent teints d’autres couleurs, brunes, grises, etc. : pat J exemple, on tire des ruisseaux du pays à’ Are j caja de l’or en forme de dragées de plomb j] et qui ressemblent à ce métal par leur cou leur grise; on trouve aussi de cet or gri j dans les torrens de Coroyeo : celui que le ! eaux roulent dans le pays d’Arecaja vien probablement des mines de la province ddt Carabaja, qui en est voisine; et c’est l’un i des contrées du Pérou qui est la plus abon dante en or fin, qu’ Alphonse Barba dit êtrlij de vingt-trois karats trois grains, ce qui seij roit à très-peu près aussi pur que notre c le mieux raffiné. j

Les terres du Chili sont presque aus | riches en or que celles du Mexique et dij Pérou. On a trouvé à douze lieues vers l’ecj de la ville de la Conception des pépites d’o dont quelques unes étoient du poids de lui ou dix marcs , et de très-haut aloi. On tire j autrefois beaucoup d’or vers Angol , à dix « : douze lieues plus loin, et l’on pourroit recueillir en mille autres endroits; car to cet or est dans une terre qu’il suffit de lave Frézier, dont nous tirons cette indication, 1 a donné plusieurs autres, avec un égal d cernement, sur les mines des diverses pr [ vinoes du Chili. On trouve encore de 1 dans les terres qu’arrosent le Maragnon, 1’ rénoque, etc. ; il y en a aussi dans quelqr \ endroits de la Guiane. Enfin les Porlug, 1 ont découvert et fait travailler depuis pi d’un siècle les mines du Brésil et du Pai j guay, qui se sont trouvées, dit-on, encc I

DE L’OR

lii-il

j)ï us riches que celles du Mexique et du Pérou. Les ruines les plus prochaines de Rio- Janeiro , où l’on apporté ce métal, sont à une assez grande distance de cette ville. M. Cook dit qu’on ne sait pas au juste où elles sont situées, et que les étrangers ne peuvent les visiter, parce qu’il y a une garde continuelle sur les chemins qui conduisent à ces mines: on sait seulement qu’on en tire beaucoup d’or, et que les travaux en sont difficiles et périlleux; car on achète annuellement, pour le compte du roi, quarante mille Nègres qui ne sont employés qu’à les exploiter.

Selon l’amiral Anson, ce n’est qu’au commencement de ce siècle qu’on a trouvé de l’or au Brésil. On remarqua que les naturels du pays se servoient d’hameçons d’or pour la pèche, et on apprit d’eux qu’ils recueilloient cet or dans les sables et graviers que les pluie et les torrens détachoienl des montagnes. « Il y a, dit ce voyageur, de l’or disséminé dans les terres basses, mais qui paie à peine les frais de la recherche, et les montagnes offrent des veines d’or engagées dans les rochers; mais le moyen le plus facile de se procurer de l’or, c’est de le prendre dans le limon des torrens qui en charrient. Les esclaves employés à cet ouvrage doivent fournir à leurs maîtres un huitième d’once par jour; le surplus est pour eux, et ce surplus les a souvent mis en état d’acheter leur liberté. Le roi a droit de quint sur tout l’or que l’on extrait des mines, ce qui va à trois cent mille livres sterling par an; et par conséquent la totalité de l’or extrait des mines chaque année est d’un million cinq cent mille livres sterling, sans compter l’or que l’on exporte en contrebande, et qui monte peut-être au tiers de cette somme. »

Nous n’avons aucun autre indice sur ces mines d’or si bien gardées par les ordres du roi de Portugal; quelques voyageurs nous disent seulement qu’au nord du fleuve Jujambi il y a des montagnes qui s’étendent de trente à quarante lieues de l’est à l’ouest sur dix à quinze lieues de largeur; qu’elles renferment plusieurs mines d’or; qu’on y trouve aussi ce métal en grains et en poudre, et que son aloi est communément de vingt-deux karats : ils ajoutent qu’on y rencontre quelquefois des grains ou pépites qui pèsent deux ou trois onces.

Il résulte, de ces indications, qu’en Amérique comme en Afrique, et partout ailleurs où la terre n’a pas encore été épuisée par les recherches de l’homme, l’or le plus pur se trouve pour ainsi dire à la surface du terrain,

en poudre, en paillettes, ou en grains, et quelquefois en pépites, qui ne sont que des grains plus gros et souvent aussi purs que des lingots fondus; ces pépites et ces grains, ainsi que les paillettes et les poudres, ne sont que les débris plus ou moins brisés et atténués par le frottement de plus gros morceaux d’or arrachés par les torrens et détachés de veines métalliques de première formation : ils sont descendus en roulant du haut des montagnes dans les vallées. Le quartz et les autres gangues de l’or, entraînés en même temps par le mouvement des eaux, se sont brisés, et ont, par leur frottement, divisé, comminué ces morceaux de métal, qui dès lors se sont trouvés isolés, et se sont arrondis en grains ou atténués en paillettes par la continuité du flottement dans l’eau ; et enfin ces mêmes paillettes, en core pins divisées, ont formé les poudres plus ou moins fines de ce métal. On voit aussi des agrégats assez grossiers de parcelles d’or qui paroissent s’être réunies par la stillation et l’intermède de l’eau, et qui sont plus ou moins mélangées de sables ou de matières terreuses rassemblées et déposées dans quelque cavité, où ces parcelles métalliques n’ont que peu d’adhésion avec la terre et le sable dont elles sont mélangées; mais toutes ces petites masses d’or, ainsi que les grains , les paillettes et les poudres de ce métal, tirent également leur origine dès mines primordiales, et leur pureté dépend en partie de la grande division que ces grains métalliques ont subie en s’exfoliant et se comminuant par les frottemens qu’ils n’ont cessé d’essuyer depuis leur séparation de la mine jusqu’aux lieux où ils ont été entraînés : car cet or arraché de ses mines et roulé dans le sable des torrens a été choqué et divisé par tous les corps durs qui se sont rencontrés sur sa route; et plus ces particules d’or auront été atténuées, plus elles auront acquis de pureté en se séparant de tout alliage par cette division mécanique, q i, dans l’or, va pour ainsi dire à l’infini : il est d’autant plus pur qu’il est plus divisé; et cette différence se remarque en comparant ce métal en paillettes ou en poudre avec l’or des mines; car il n’est qu’à vingt-deux karats dans les meilleures mines en montagnes, souvent à dix-neuf ou vingt, et quelquefois à seize et même à quatorze, tandis que communément l’or en paillettes est à vingt-trois karats, et rarement au-dessous de vingt. Comme ce métal est toujours plus ou moins allié d’argent dans ses mines primordiales , et quelquefois d’argent mêlé d’autres matières mé-

MINERAUX

talliques, la très-grande division qu’il éprouve par les frol terriens , lorsqu’il est détaché de sa cime , le sépare de ces alliages naturels , et le rend d’autant plus pur qu’il est réduit en atomes plus petits; en sorte qu’au lieu du bas aloi que l’or avait dans sa mine il prend un plus haut titre à mesure qu’il s’en éloigne, et cela par la séparation , et, pour ainsi dire, par le départ mécanique de toute matière étrangère.

Il y a donc double avantage à ne recueillir l’or qu’au pied des montagnes et dans les eaux courantes qui ont entraîné les parties détachées des mines primitives : ces parties détachées peuvent former par leur accumulation des mines secondaires en quelques en-

droits. L’extraction du mêlai, qui, dans ces sortes de mines, ne sera mêlé que de sable ou de terre , sera bien plus facile que dans ; les mines primordiales, où l’or se trouve toujours engagé dans le quartz et le roc le J plus dur. D’autre côté, l’or de ces mines de seconde formation sera toujours plus pur que le premier ; et vu la quantité de ce métal dont nous sommes actuellement surchargés , on 1 devroit au moins se borner à ne ramasser j que cet or déjà purifié par la nature , et réduit en poudre, en paillettes , ou en grains, | et seulement dans les lieux où le produit de ce travail seroit évidemment au dessus de sa dépense.

DE L’ARGENT

Nous avons dit que , dans la nature primitive, l’argent et l’or n’ont fait généralement qu’une masse commune , toujours composée de l’un et l’autre de ces métaux , qui même ne sont jamais complètement séparés , mais seulement atténués , divisés par les agens extérieurs, et réduits en atomes si petits, que l’or s’est trouvé d’un côté, et a laissé de l’autre la plus grande partie de l’argent; mais, malgré cette séparation d’autant plus naturelle qu’elle est plus mécanique, nulle part on n’a trouvé de l’or exempt d’argent, ni d’argent qui ne contînt un peu d’or. Pour la nature, ces deux métaux sont du même ordre, et elle les a doués de plusieurs attributs communs ; car, quoique leur densité soit très-différente r, leurs autres propriétés es-

1. «Un pied cube d’argent pèse 720 livres; un pied cube d’or, i348 livres. Le premier ne perd dans l’eau qu’un onzième de son poids, et l’autre entre un dix-neuvième et un vingtième. » ( Dictionnaire de Chimie, articles de l’or et de Y argent.) J’observerai que ces proportions ne sont pas exactes ; car en supposant que l'or perde un dixneuvième et demi de son poids, et que l’argent ne perde qu’un onzième, si le pied cube d’or pèse i348 livres , le pied cube d’argent doit peser 760 livres seize trentièmes. M. de Bomare, dans son Dictionnaire d’histoire naturelle , dit que le pouce cube d’argent pèse six onces 5 gros 26 grains , ce qui ne feroit qu’un peu plus de 718 livres le pied cube, tandis que dans sa Minéralogie, tome II, page 210, il dit que le pied cube d’argent pèse 11 523 onces, ce qui fait 720 livres 3 onces pour le pied cube. Les estimations données par M. Brisson sont plus justes : le pied cube d’or à 24 karats , fondu et non battu, pèse, selon lui , i348 livres 1 once 41 grains, et le pied cube d’or à 24 karats, fondu et battu, pèse i355 livres 3 onces 60 grains; le pied cube d’argent à 12 deniers, fondu et non

sentielles sont les mêmes : ils sont également inaltérables , et presque indestructibles ; l’un j et l’autre peuvent subir l’action de tous les élémens sans en être altérés ; tous deux se fondent et se subliment à peu près au mêmej degré de feu 2 ; ils n’y perdent guère plus l’ur j que l’autre 3 ; ils résistent à toute sa violence sans se convertir en chaux 4 ; tous deux ontij aussi plus de ductilité que tous les autres mé | taux ; seulement l’argent, plus foible en den j sité et moins compacte que l’or, 11e peu I prendre autant d’extension 5 ; et de même j

battu , pèse 733 livres 3 onces 1 gros 5z grains et Je pied cube du même argent à 12 deniers ' c’est-à-dire aussi pur qu’il est possible, pèse, lors j qu’il est forgé ou battu, 735 livres 11 onces 7 gros 43 grains.

2. O11 est assuré de cetle sublimation de l’or e ] de l’argent non seulement par mes expériences avi miroir ardent , mais aussi par la quantité que l’oi j en recueille dans les suies des fourneaux d’affmag i des monnoies.

3. Kunckel ayant tenu de l’or et de l’argent pen j dant quelques semaines en fusion , assure que l’o j n’avoit rien perdu de son poids ; mais il avoue qu j l’argent a voit perdu quelques grains. Il a mal ; j propos oublié de dire sur quelle quantité.

4. L’argent tenu au foyer d’un miroir ardent s j couvre, comme l’or, d’une pellicule vitreuse; mai j M. Macquer, qui a fait cette expérience, avoue qu’01 j n’est pas encore assuré si cette vitrification provien 1 des métaux ou de la poussière de l’air. ( Diction naire de Chimie, article argent.)

5. « Un fil d’argent d’un dixième de pouce de dia I mètre ne soutient, avant de rompre, qu’un poid j de 270 livres, au lieu qu’un pareil fil d’or soutien ! 5oo livres. . . On peut réduire un grain d’argent e j une lame de trois aunes, c’est à -dire de 126 pouce j de longueur sur 2 pouces de largeur, ce qui fait un ) étendue de 262 pouces carrés; et dès lors avec un once d’argent, c’est-à-dire 576 grains, on pourroi |

meut

■ (iioiqu’il ne soit pas susceptible d’une véritable rouille par les impressions de l’air et 4 |e l’eau, il oppose moins de résistance à faction des acides, et n’exige pas, comme ,|or, la réunion de deux puissances actives 1 our entrer en dissolution; le foie de soufre noircit et le rend aigre et cassant : Tarent peut donc être attaqué dans le sein de terre plus fortement et bien plus fréuemment que l’or, et c’est par cette raison ue Ton trouve assez communément de Tarent minéralisé, tandis qu’il est extrêmement are de trouver l’or dans cet état d’altération u de minéralisation.

L’argent , quoiqu’un peu plus fusible que or, est cependant un peu plus dur et plus anore : le blanc éclatant de sa surface se îrnit , et même se noircit , dès qu’elle est xposée aux vapeurs des matières inflammables , telles que celles du soufre , du harbon , et à la fumée des substances anitiales; si même il subit longtemps Timpres- |ion de ces vapeurs sulfureuses , il se miné- «i alise, et devient semblable à la mine que on connoît sous le nom à' argent vitré. j Les trois propriétés communes à l’or et à argent , qu’on a toujours regardés comme ss seuls métaux parfaits, sont la ductilité, fixité au feu , ei l’inaltérabilité à l’air et (ans l’eau. Par toutes les autres qualités Tarant différé de l’or, et peut souffrir des :hangemens et des altérations auxquels ce peut premier métal n’est pas sujet. On trouve à a vérité de l’argent qui , comme l’or , n’est >oint minéralisé , mais c’est proportionnelement en bien moindre quantité; car , dans jes mines primordiales, l’argent, toujours llié d’un peu d’or, est très-souvent méângé d’autres matières métalliques , et par-

îouvrir un espace de 5o4 pieds carrés. » (Ex péri eues de MusckenbroeL )

Il y a certainement ici une faute d’impression qui [ombe sur les mots deux pouces de largeur : ce fil l’argent n’avoit en effet que 2 lignes, et non pas 2 pouces, et par conséquent 26 pouces carrés d’étene, au lieu de 126; d'après quoi l’on voit que 576 ai ns ou 1 once d’argent ne peuvent en effet s’éendre que sur 104 et non pas sur 5o4 pieds carrés , ît c’est encore beaucoup plus que la densité de ce nétal ne paroît l’indiquer, puisqu’une once d’or ne ’étend que sur 106 pieds carrés : dès lors, en preeB tant ces deux faits pour vrais , la ductilité de l'argent est presque aussi grande que celle de l’or, Juoique sa densité et sa ténacité soient beaucoup moindres. Il y a aussi toute apparence qu' Alphonse '“"Barba se trompe beaucoup en disant que l’or est ® finq fois plus ductile que l’argent : il assure qu’une once d’argent s’étend en un fil de 2400 aunes de longueur ; que cette longueur peut être couverte par 6 grains et demi d'or; et qu’on peut dilater l’or au point qu’une once de ce métal couvrira plus de dix arpens de terre.

DE L’ARGENT. '47 1

ticulièrement de plomb et de cuivre : on regarde même comme des mines d’argent toutes celles de plomb ou de cuivre qui contiennent une certaine quantité de ce métal ; et dans les mines secondaires produites par la stillation et le dépôt des eaux , l’argent se trouve souvent attaqué par les sels de la terre , et se présente dans l’état de minéralisation sous différentes formes ; on peut voir par les listes des nomenclateurs en minéralogie , et particulièrement par celle que donne Wallérius , combien ces formes sont variées , puisqu’il en compte dix sortes principales , et quarante-neuf variétés dans ccs dix sortes : je dois cependant observer qu’ici , comme dans tout autre travail des nomenclateurs, il y a toujours beaucoup plus de noms que de choses.

Dans la plupart des mines secondaires l’argent se présente en forme de minerai pyriteux , c’est-à-dire mêlé et pénétré des principes de soufre, ou bien altéré par le foie de soufre , et quelquefois par l’arsenic. 1 L’acide nitreux dissout l’argent plus puissamment qu’aucun autre ; l’acide vilriolique le précipite de cette dissolution, et forme avec lui de très-petits cristaux qu’on pourroit appeler du vitriol d'argent ; l’acide marin , qui le dissout aussi , en fait des cristaux plus gros , dont la masse réunie par la fusion se nomme argent corné, parce qu’il esta demi transparent comme de la corne.

La nature a produit , en quelques endroits , de l’argent sous celle forme ; on en trouve en Hongrie , en Roliême, et en Saxe, où il y a des mines qui offrent à la fois l’argent natif, l’argent rouge, l’argent vitré, et l’argent corné. Lorsque cette dernière mine n’est point altérée, elle est demi-transparente et d’un gris jaunâtre ; mais si elle a été attaquée par des vapeurs sulfureuses, ou par le foie de soufre , elle devient opaque et d’une couleur brune. L’argent minéralisé par l’acide marin se coupe presque aussi

1. « La mine d’argent rouge est minéralisée par l’arsenic et le soufre ; elle est d’un rouge plus ou moins vif, tantôt transparente comme un rubis, tantôt opaque et plus ou moins obscure : elle est cristallisée de plusieurs manières ; la plus ordinaire est en prismes hexaèdres , terminés par des pyramides obtuses. » ( Lettre de M. Dcmeste, tome II, page 4^7.)

J’observerai que c’est à cette mine qu’il faut rapporter la seconde .. variété que M. Demeste a rapportée à la mine d’argent vitreux, puisqu’il dit lui-même que ce n’est qu’une modification de la mine d’argent rouge, et que cette mine vitreuse contient encore un peu d’arsenic ; qu’elle s’égrène sous le couteau , loin de s’y couper. Voyez idem , page 436.

472 MINERAUX

facilement que la cire : dans cet état il est très-fusible, une partie se volatilise à un certain degré de feu, ainsi que l’argent corné fait artificiellement, et l’autre partie qui ne s’est point volatilisée se revivifie très-promptement.

Le soufre dissout l’argent par la fusion , et le réduit en une masse de couleur grise ; et cette masse ressemble beaucoup à la mine d’argent vitré , qui , comme celle de l’argent corné , est moins dure que ce métal , et peut se couper au couteau. L’or ne subit aucun de ces changemens : on ne doit donc pas être étonné qu’on le trouve si rarement sous une forme minéralisée, et qu’au contraire dans toutes les mines de seconde formation, où les eaux et les sels de la terre ont exercé leur action , l’argent se présente dans différens états de minéralisation ou sous des formes plus ou moins altérées ; il doit même être souvent mêlé de plusieurs matières étrangères métalliques ou terreuses , tandis que dans son état primordial il n’est allié qu’avec l’or, ou mêlé de cuivre et de plomb. Ces trois métaux sont ceux avec lesquels l’argent paroît avoir le plus d’affinité ; ce sont du moins ceux avec lesquels il se trouve plus souvent uni dans son état de minerai. Il est bien plus rare de trouver l’argent uni avec le mercure, quoiqu’il ait aussi avec ce fluide métallique une affinité très-marquée.

Suivant M. Gellert , qui a fait un grand travail sur l’alliage des minéraux et des demimétaux , celui de, l’or avec l’argent n’augmente que très-peu en pesanteur spécifique : il n’y a donc que peu ou point de pénétration entre ces deux métaux fondus ensemble: mais dans l’alliage de l’argent avec le cuivre, qu’on peut faire de même en toute proportion , le composé de ces deux métaux devient spécifiquement plus pesant, tandis que l’alliage du cuivre avec l’or l’est sensiblement moins. Ainsi , dans l’alliage de l’argent et du cuivre, le volume diminue et la masse se resserre , au lieu que le volume augmente par l’extension de la masse dans celui de l’or et du cuivre. Au reste , le mélange du cuivre rend également l’argent et l’or plus sonores et plus durs, sans diminuer de beaucoup leur ductilité; on prétend même qu’il peut la leur conserver , lorsqu’on ne le mêle qu’en petite quantité , et qu’il défend ces métaux contre les vapeurs du charbon, qui, selon nos chimistes, en attaquent et diminuent la qualité ductile : cependant, comme nous l’avons déjà remarqué à l’article de l’or , on ne s’aperçoit guère de cette diminution de ductilité causée parla vapeur du

charbon ; car il est d’usage, dans les me noies, lorsque les creusets de fer, qui cci tiennent jusqu’à deux mille cinq cents mai d’argent, sont presque pleins de la matii en fusion ; il est , dis-je , d’usage d’enlev les couvercles de ces creusets pour achev de les remplir de charbon , et d’enlreter la chaleur par de nouveau charbon dont , métal est toujours recouvert , sans que Pii remarque aucune diminution de ductil dans les lames qui résultent de cette fonte

L’argent allié avec le plomb ainsi qu’at l’étain devient spécifiquement plus pesau mais l’étain enlève à l’argent comme à 1 sa ductilité : le plomb entraîne l’argent de la fusion , et le sépare du cuivre; il a do plus d’affinité avec l’argent qu’avec le ci vre. M. Gellert, et la plupart des chimis après lui , ont dit que le fer s’allioit au très-bien à l’argent. Ce fait m’ayant pan douteux , j’ai prié M. de Morveau de le 1 rifier : il s’est assuré, par l’expérience, qij ne se fait aucune union intime, aucun liage entre le fer et l’argent ; et j’ai vu mi même , en voulant faire de l’acier damass que ces deux métaux ne peuvent contrac aucune union.

On sait que tous ces métaux imparfa !

peuvent se calciner et se convertir en ui sorte de chaux , en les tenant long-tem en fusion, et les agitant de manière cji toutes leurs parties fondues se présente! successivement à l’air; on sait de plus qi| tous augmentent de volume et de poids prenant cet état de chaux. Nous avons et, répété 1 que cette augmentation de que tité provenoit uniquement des partiel: 1 d’air fixées par le feu , et réunies à la si stance du métal qu’elles ne font que masque puisqu’on peut toujours lui rendre son p mier état en présentant à cet air fixé qi ques matières inflammables avec lesquel il ait plus d’affinité qu’avec le métal : d, la combustion, cette matière inflammable r gage l’air fixé, l’enlève, et laisse par con j quent le métal sous sa première forme. T< les métaux imparfaits et les demi-méttj peuvent ainsi se convertir en chaux : m j l’or et l’argent se sont toujours refusés à ce espèce de conversion , parce que appare^ » ment ils ont moins d’affinité que les aut ! ü avec l’air, et que, malgré la fusion qui ti j i leurs parties divisées, ces mêmes parties «j « néanmoins entre elles encore trop d’ad.

rence pour que l’air puisse les séparer e! I

r. Voyez le discours qui sert d’introductioi |

V Histoire des minéraux.

de l’argent.

les iisjjorporer ; et cette résistance de l’or et de (piifl gent à toute action de l’air donne le îts ma feu de purifier ces deux métaux par la mai jle force du feu ; car il ne faut , pour les i'eiile ouiller de toute autre matière , qu’en aclit er la fonte, afin de présenter à sa surface alrele tes les parties des autres matières qui y dont t contenues, et qui bientôt, par leur calque Il ition ou leur combustion, laisseront l’or diictii l’argent seuls en fusion et sous leur forme 1 font jlallique. Cette manière de purifier l’or et ([ii’aj genl étoit anciennement en usage : mais pesai | a trouvé une façon plus expéditive en ie à I ployant le plomb , qui , dans la fonte de >ntda deux métaux, détruit, ou plutôt sépare, a do réduit en scories toutes les autres matières le ci talliques 1 dont ils peuvent être mêlés; et îimisi plomb lui-même , se scorifiant avec les jil au' res métaux dont il s’est saisi, il les séil pa he de l’or et de l’argent , les entraîne , ou lelnitôt les emporte, et s’élève avec eux à la 1^11 -face de la fonte , où ils se calcinent et se mu jbri fient tous ensemble par le contact de ////oïl', à mesure qu’on remue la matière en * ;ion , et. qu’on en découvre successivement M jsurface qui ne se scorifieroit ni ne se calæroit si elle n’étoit incessamment exposée parla l’action de l’air libre : il faut donc enlever 11 faire écouler ces scories à mesure qu’elles -lem Ifornient ; ce qui se fait aisément, parce ! q .'elles surnagent et surmontent toujours l’or dite (l’argent en fusion. Cependant on a encore (j )uvé une manière plus facile de se débarnds sser de ces scories , en se servant de vaismsifiux plats et évasés qu’on appelle coupelles , » qui, étant faits d’une matière sèche, po- ;use et résistante au feu , absorbent dans 1rs pores les scories , tant du plomb que ijiiijs autres minéraux métalliques, à mesure d’elles se forment; en sorte que les eoupelne retiennent et ne conservent dans leur jpacité extérieure que le métal d’or ou d’ardi ait, qui, parla forte attraction de leurs rties constituantes, se forme et se présente ujours en une masse globuleuse appelée uiton de fin. Il faut une plus forte chaleur bur tenir ce métal fin en fusion que lorsji’il était encore mêlé de plomb ; car le boun de fin se consolide presque subitement alie|i moment que l’or et l’argent qu’il contient ,(i|nt entièrement purifiés : on le voit donc titfut à coup briller de l’éclat métallique ; et 5(5 coup de lumière s’appelle coruscatiun dans

U n’y a que le fer qui , comme nous l’avons 't à l’article de l’or, ne se sépare pas en entier par moyen du plomb; il faut, suivant M. rcerner, ajouter du bismuth pour achever de scorifier

l’art de l’affineur, dont nous abrégeons ici les procédés , comme ne tenant pas directement à notre objet.

On a regardé comme argent natif tout celui qu’on trouve dans le sein de la lerre sous sa forme de métal; mais dans ce sens il faut en distinguer de deux sortes, comme nous l’avons fait pour l’or : la première sorte d’argent natif est celle qui provient de la fusion par le feu primitif, et qui se trouve quelquefois en grands morceaux, mais bien plus souvent en filets ou en petites masses feuilletées et ramifiées dans le quartz et autres matières vitreuses; la seconde sorte d’argent natif est en grains, en paillettes ou en poudre, c’est-à-dire en débris qui proviennent de ces mines primordiales, et qui ont été détachés par les agens extérieurs, et entraînés au loin par le mouvement des eaux. Ce sont ces mêmes débris rassemblés qui, dans certains lieux, ont formé des mines secondaires d’argent, où souvent il a changé de forme en se minéralisant.

L’argent de première formation est ordinairement incrusté dans le quartz; souvent il est accompagné d’autres métaux et de matières étrangères en quantiié si considérable , que les premières fontes, même avec le secours du plomb , ne suffisent pas pour le purifier.

Après les mines d’argent natif, les plus riches sont celles d’argent corné et d’argent vitré : ces mines sont brunes , noirâtres ou grises; elles sont flexibles, et même celle d’argent corné est extensible sous le marteau , à peu près comme le plomb : les mines d’argent rouge, au contraire, 11e sont pas extensibles, mais cassantes ; ces dernières mines sont, comme les premières, fort riches en métal.

Nous allons suivre le même ordre que dans l’article de l’or, pour l’indication des lieux où se trouvent les principales mines d’où l’on tire l’argent. En France, on connoissoit assez anciennement celles des montagnes des Vosges , ouvertes dès le dixième siècle, et d’autres dans plusieurs provinces, comme en Languedoc, en Gévaudan et en Rouergue , dans le Maine et dans l’Angoumois ; et nouvellement on en a trouvé en Dauphiné qui ont présenté d’abord d’assez grandes richesses; M. de Gensanne en a reconnu quelques autres dans le Languedoc; mais le produit de la plupart de ces mines 11e paieroit pas la dépense de leur travail ; et dans un pays comme la France , où l’on peut employer les hommes à des travaux

47 4 MINERAUX

vraiment utiles, on feroit un bien réel en déiéndanjt ceux de la fouille des mines d’or et d’argent, qui ne peuvent produire qu’une richesse fictive et toujours décroissante.

En Espagne, la mine de Guadalcanul dans la Sierra-Morena , ou montagne noire, e t l’une des plus fameuses ; elle a été trasaiiiée dès le temps des Romains , ensuite abandonnée, puis reprise et abandonnée de nouveau, et enfin encore attaquée dans ces derniers temps. On assure qu’autrefois elle a fourni de très-grandes richesses, et qu’elle n est pas à beaucoup près épuisée : cependant les dernières tentatives n’ont .point eu de succès , et peut-être sera-t-on forcé de renoncer aux espérances que doni.oit son ancienne et grande célébrité. « Les - unmets des montagnes autour de Guadalcanal , dit M. Bowles, sont tous arrondis, et partout à peu près de la même hauteur; les pierres en sont fort dures et ressemblent au grès de Turquie (cos turcica ) — Il y a deux filons du levant au couchant, qui se rendent à la grande veine dont la direction est du nord au sud; on peut la suivre de l’œil dans un espace de plus de deux cents pas à la superficie. À une lieue et demie au couchant de Guadalcanal , il y a une autre mine dans un roc élevé : la veine est renversée, c’est-à-dire qu’elle est plus riche à là superficie qu’au fond ; elle peut avoir seize pieds d’épaisseur, et elle est , comme les précédentes, composée de quartz et de spath. A deux lieues au levant de la même ville , il y a une autre mine dont la veine est élevée de deux pieds hors de terre, et qui n’a que deux pieds d’épaisseur. Au reste, ces mines, qui se présentent avec de si belles apparences, sont ordinairement trompeuses ; elles donnent d’abord de l’argent; mais en descendant plus bas, on ne trouve plus que du plomb. » Ce naturaliste parle aussi d’une mine d’argent sans plomb, située au midi et à quelques lieues de distance de Zalamea. Il y a une mine d’argent dans la montagne qui est au nord de Logrono , et plusieurs autres dans les Pyrénées , qui ont été travaillées par les anciens et qui maintenant sont abandonnées1. Il y

i. L’avarice a été souvent trompée par le succès des ex [»loita lions faites par les Phéniciens , les Carthaginois, et les Romains. Les premiers, au rapport de Diodore de Sicile, trouvèrent tant d’or et d’argent dans Les Pyrénées , qu’ils en mirent aux ancres de leurs vaisseaux ; on tiroit en trois jours un talent euboique en argent, ce qui montoit à huit cents ducats. Enflammés par ce récit, des particuliers ont tenté des recherches dans la partie septentrionale des Pyrénées ; ils semblent avoir ignoré

en a aussi dgns les Alpes et en plusieurs droits de la Suisse. MM. Scbeuchzér, C peler, et Guettai d , en ont fait menti et ce sont sans doute ces hautes montag des Pyrénées et des Alpes qui renferiii les mines primordiales d’or et d’argènt, d on trouve les débris en paillettes dans eaux qui en découlent. Toutes les mines | seconde formation sont dans les lieux il j rieurs au pied de ces montagnes, et d î les collines formées originairement pai j mouvement et le dépôt des eaux du ^ I Océan.

Les mines d’argent qui nous sont mieux connues en Europe sont celles l’Allemagne ; il y en a plusieurs que l’on j ploite depuis très-long-temps , et l’on, découvre assez fréquemment de nouvel M. de Justi, savant minéralogiste , dit avoir trouvé six en i7Ôr , dont deux fort riches , et sont situées sur les frôhtfli de la Styrie. Selon lui , ces mines sont I !' lées de substances calcaires en grande qi| tilé, et cependant il assure qu’elleS ne ji | dent rien de leur poids lorsqu’elles t \ grillées par le feu, et qu’il ne s’en é!| pas la moindre fumée ou vapeur pend la calcination. Ces assertions sont diffic j à concilier; car il est certain que toute s j stance calcaire perd beaucoup de son p< ; lorsqu’elle est calcinée, et que par coi quent cette mine d’Annaberg, dont p :

M. cfe Justi , doit perdre en poids à proi j tion de ce qu’elle contient de substance Caire. Ce savant minéralogiste assuré e existe un très-grand, nombre de mines d j gent minéralisé par l’alcali : mais cette nion doit être interprétée; car l’alcali j ne pourroit opérer cet effet, tandis qui foie de spufré, c’est-à-dire les principes ; soufre réunis à l’alcali, peuvent le produ j et comme M. de Justi ne parle pas du j de soufre , mais de l’alcali simple, ses es riences ne me paroissent pas concluant car l’alcali minéral seul n’a aucune ac j sur l’argënt en masse ; et nous pouvons t i bien entendre la formation de la n blanche de Schëmnitz par l’intermède j foie de soufre. La nature ne paroît d pas avoir fait celte opération de la manj dont le prétend M. de Justi ; car quoit j

que le côté méridional a toujours été reg i comme le plus riche en métaux. Tite-Live pari j l’or et de l’argent que les mines de Huesca foui j soient aux Romains. Les monts qui s’allongent L le nord jusqu’à Pampelune sont fameux , sui j Alphonse Barba, par la quantité d’argent q | en a tirée ; ils s’étendent aussi vers KÈbr.e, doi .j richesse est vantée par Aristote et par Claudieq jj

DE L’ARGENT

point reconnu de soufre dans cette , le foie de soufre qui est , pour ainsi répandu partout , doit y exister, me il existe non seulement dans les ma terreuses, mais dans les substances aires, et autres matières qui accompaît les mines de seconde formation, n Bohême , les principales mines d’arsont celles de Saint-Joachim ; les filons ont assez minces, et la matière en est dure, mais elle est abondante en mêles mines de Kuttemberg sont mêlées gent et de cuivre; elles ne sont pas si es que celles de Saint-Joachim. On peut c dans les ouvrages des minéralogistes al- ! | inds la description des mines de plurs autres provinces, et notamment de s de Transylvanie , de la Hesse , et de grie. Celles de Sehemnitz contiennent is deux jusqu’à cinq gros d’argent et iis cinq jusqu’à sept d entres d’or par c, non compris une once et un gros de re qu’on peut en tirer aussi, lais il n’y a peut-être pas une mine en ope où l’on ait fait d’aussi grands travaux dans celle de Salberg en Suède , si la ription qu’en donne Regnard n’est point *érée ; il la décrit comme une ville souaine , dans laquelle il y a des maisons , écuries, et de vastes emplacemens.

En Pologne, dit M. Guettard, les fode Leibiiz sont riches en veines de mé- Pro i, indiquées par les travaux qu’on y a ûcj i anciennement. Il y a au pied de ces itagnes une mine d’argent découverte du ps de Charles XII. »

Æ Daneinarck, la Norwège, et presque tes les contrées du nord , ont aussi des les d’argent dont quelques unes sont fort Les ; et nous avons au Cabinet de Sa Maé de très-beaux morceaux de mine d’art , que le roi de Danemarck actuellement nant a eu la bonté de nous envoyer. Il trouve aussi aux îles de Féroé et en nde.

sllbans les parties septentrionales de l’Asie A mines d’argent ne sont peut-être pas plus ■les ni moins riches que dans celles du nord 1 1 l’Europe. On a nouvellement publié à Péiaf ibourg un tableau des mines de Sibérie, 011 [ lequel il paroît qu’en cinquante-huit re« lées on a tiré d’une seule mine d’argent ' jze cent seize mille livres de ce métal, qui te- ^ t environ une quatre-vingtième partie d’or.

a aussi une autre mine dont l’exploitation !(*[ commencé qu’en 1748, et qui, depuis <to|le époque jusqu’en 1771, a donné quatre nt mille livres d’argent, dont on a tiré

douze mille sept cent livres d’or. MM. Gmelin et Muller font mention , dans leurs Voyages, des mines d’argent qu’ils ont vues à Argun.sk, à quelque distance de la rivière Argum. Ils disent qu’elles sont dans une terre molle et à une petite profondeur; que la plupart se trouvent situées dans des plaines environnées de montagnes , et qu’on rencontre ordinairement au dessus du minerai d’argent une espèce de chaux de plomb composée de plus de plomb que d’argent.

Il y a aussi plusieurs mines d’argent à la Chine, surtout dans les provinces de Junnan et de Sechuen : on en trouve de même à la Gochinchine, et celles du Japon paioissent être les plus abondantes de toutes. On connoit aussi quelques mines d’argent dans l'in* térieur du continent de l’Asie. Chardin dit qu’il n’y a pas beaueoup de vraies mines d’argent en Perse, mais beaucoup de mines de plomb qui contiennent de l’argent : il ajoute que celle de Renan, à quatre lieues d’Ispahan , et celles de Kirman et de Mazanderan , n’ont été négligées qn’à cause de la disette de bois, qui, dans toute la Perse, rend trop dispendieux le travail des mines.

Nous ne connoissons guère les mines d’argent de l’Afrique : les voyageurs, qui se sont fort étendus sur les mines d’or de celte pai'tie du monde, paioissent avoir négligé de faire mention de celles d’argent; ils nous disent seulement qu’on en trouve au cap Vert , au Congo, au Bambouc, et jusque dans le pays des Hottentots.

Mais c’est en Amérique où nous trouverons un très-grand nombre de mines d’argent plus étendues, plus abondantes, et travaillées plus en grand qu’en aucune autre partie du monde. La plus fameuse de toutes est celle de Potosi au Pérou. « Le minerai, dit M. Bowles, en est noir, et formé dans la même sorte de pierre que celle de Freyberg en Saxe. » Ce naturaliste ajoute que « la mine appelée Rosicle, dans le Pérou , est de la même nature que celles de Rolhgulden-erz et d’Andreasberg dans le Hartz, et de Sainte-Marie-aux- Mines dans les Vosges. »

Les mines de Potosi furent découvertes en i545, et l’on n’a pas cessé d’y travailler depuis ce temps , quoiqu’il y ait quantité d’autres mines dans celte même contrée du Pérou. Frézier assure que de son temps les mines d’argent les plus riches étoienl celles d’Oriero, à quatre-vingts lieues d’Arica; et il dit qu’en 1712 on en découvrit une auprès de Cusco, qui d’abord a donné près de vingt pourcent de métal, mais qui a depuis beaucoup diminué, ainsi que celle de Potosi. Du

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temps d’Acosta, c’est-à-dire au commencement de l’autre siècle, cette mine de Potosi éioit, sans comparaison, la plus riche de toutes celles du Pérou : elle est située presque au sommet des montagnes dans la province de Charcas, et il y fait très-froid en toute saison. Le sol de la montagne est sec et stérile ; elle est en forme de cône , et surpasse en hauteur toutes les montagnes voisines; elle peut avoir une lieue de circonférence à la base , et son sommet est arrondi et convexe. Sa hauteur au dessus des autres montagnes qui lui servent de base est d’environ un quart de lieue. Au dessous de celte plus haute montagne, il y en a une plus petite où l’on trouvoit de l’argent en morceaux épars ; mais, dans la première, la mine est dans une pierre extrêmement dure: on a creusé de deux cents stades, ou hauteur d’homme, dans celle montagne , sans qu’on ait été incommodé des eaux; mais ces mines étoient bien plus riches dans les parties supérieures, £t elles se sont appauvries, au lieu de s’enhoblir, en descendant. Parmi les autres mines d’argent du Pérou, celle de Turco, dans le corrégiment de Cavanga, est très-remarquable, parce que le métal forme un tissu avec la pierre très-apparent à l’œil. D’autres mines d’argent dans celte même contrée ne sont ni lans la pierre ni dans les montagnes, mais dans le sable, où il suffit de faire une fouille pour trouver des morceaux de ce métal sans autre mélange qu’un peu de sable qui s’y est attaché.

Frézier, voyageur très-intelligent, a donné une assez bonne description de la manière dont on procède au Pérou pour exploiter ces mines et en extraire le métal. On commence par concasser le minerai, c’est-à-dire les pierres qui contiennent le métal; on les broie ensuite dans un moulin fait exprès ; en crible cette poudre, et l’on remet sous la meule les gros grains de minerai qui restent sur le crible; et lorsque le minerai se trouve mêlé de certains minéraux trop durs qui l'empêchent de se pulvériser, on le fait calciner pour le piler de nouveau; on le moud avec de l’eau , et on recueille dans un réservoir cette boue liquide qu’on laisse sécher; et pendant qu’elle est encore molle, on en fait des caxons, c’est-à-dire de grandes tables d’un pied d’épaisseur et de vingt-cinq quintaux de pesanteur; on jette sur chacune deux cens livres de sel marin, qu’on laisse s’incorporer pendant deux ou trois jours avec la terre ; ensuite on l’arrose de mercure, qu’on fait tomber par petites gouttes ; il en faut une quantité d’aujtantplus grande que le

minerai est plus riche; dix, quinze , et q L quefois vingt livres pour chaque table. )' mercure ramasse toutes les particules de gent. On pétrit chaque table huit fois 9 jour pour que le mercure les pénètre en | lier, et afin d’échauffer le mélange; cai peu de chaleur est nécessaire pour qu mercure se saisisse de l’argent , et c’es qui fait qu’on est quelquefois obligé d’a1 ter de la chaux pour augmenter la cha | de cette mixtion : mais il ne faut user d secours qu’avec grande précaution; car chaux produit trop de chaleur, le mer se volatilise, et emporte avec lui une p; de l’argent. Dans les montagnes froi ; comme à Lipez et à Potosi , on est queld fois obligé de pétrir le minerai pendant ( mois de suite, au lieu qu’il ne faut que ou dix jours dans les contrées plus teri rées : on est même forcé de se servir de fl neaux pour échauffer le mélange et pr« l’amalgame du mercure, dans ces contrée le froid est trop grand ou trop constant Pour reconnoitre si le mercure a fait son effet , on prend une petite portion] la grande table ou caxon , ou la délai ] lave dans un bassin de bois; la eouleuj mercure qui reste au fond indique son e>j s’il est noirâtre, on juge que le mélang trop chaud, et on ajoute du sel au a pour le refroidir; mais si le mercure!

Ldanehâtre ou blanc, on peut présumer j l’amalgame est fait en entier: alors on liij porte la matière du caxon dans des la où tombe une eau courante : on la lave; qu’à ce qu’il ne reste que le métal sur le ; des lavoirs, qui sont garnis de cuir. Cet al game d’argent et de mercure, que l’on no j pelia, doit être mis dans des chausse] laine pour laisser égoutter le mercure j serre ces chausses, et on les presse rri avec des pièces de bois, pour l’en faire si autant qu’il est possible; après quoi, co il reste encore beaucoup de mercure nu l’argent, on verse cet amalgame dan; moule de bois en forme de pyramide 1 quée à huit pans, et dont le fond est plaque de cuivre percée de plusieurs ] j trous. On foule et presse cette matière dans ces moules pour en faire des mj qu’on appelle pignes. On lève ensui moule, et l'on met la pigne avec sa ba I cuivre sur un grand vase de terre rc d’eau , et sous un chapiteau de même I sur lequel on fait un feu de charbot j fait sortir en vapeur le mercure contenu j la pigne; cette vapeur tombe dans l’eaij y reprend la forme de mercure coulj

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ulesd

s cela, la pigne n’est plus qu’une masse use, friable, et composée de grains d’ar- „ contigus qu’on porte à la Monnoie pour !'5 andre.

111 - 'rézier ajoute à cette description dont je •v;e is de donner l’extrait quelques autres 1 1 ; intéressans sur la différence des mines 1:1 1 1 ninerais d’argent : celui qui est blanc et , mêlé de taches rousses ou bleuâtres,

' ^ le plus commun dans les minières de LilMr ; on y distingue à l’œil simple des grains 'gent, quelquefois disposés dans la pierre ! nie forme de petites palmes. Mais il y a d’aul,lef ^ minerais où l’argent ne paroit point,

’ ire autres un minerai noir, dans lequel on (|l|e perçoit l’argent qu’en raclant ou entamant 1,11 surface : ce minerai , qui a si peu d’ap- ‘H enee, et qui souvent est mêlé de plomb, iSte! laisse pas d’être souvent plusricbe, et l üfl ïte moins à travailler que le minerai blanc; -t pi) , comme il contient du plomb qui enlève ulrée î fonte toutes les impuretés, l’on n’est pas sfcral ligé d’en faire l’amalgame avec le mercure. '/il etoit de ces minières d’argent noir que les m ciens Péruviens tiroient leur argent. Il y a litres minerais d’argent de couleurs diffé- M ites : un qui est noir, mais devient rouge >n < le mouillant ou le grattant avec du fer; lan{ ist riche , et l’argent qu’on en tire est d’un J c ut aloi : un autre brille comme du talc, me jis il donne peu de métal : un autre qui mer an contient guère plus est d’un rouge jaunâtre; on le tire aisément de sa mine en lai Itits morceaux friables et mous : il y a aussi m I minerai vert qui n’est guère plus dur, et le Ji paroit être mêlé de cuivre. Enfin on fafiuve de l’argent pur en plusieurs endroits ; Mus ce n’est que dans la seule mine de Co~ m œiito , assez voisine de celle de Polosi, où ne jn voit des fils d’argent pur, entortillés iii Imme ceux du galon brûlé, es II en est donc de l’argent comme de l’or co du fer : leurs mines primordiales sont Jutes dans le roc vitreux, et ces métaux y Ml Int incorporés en plus ou moins grande fliantitè, dès le temps de leur première fuit on ou sublimation par le feu primitif; et les | lines secondaires, qui se trouvent dans les cjiatières calcaires ou schisteuses, tirent évidemment leur origine des premières. Ces iil fines de seconde et de troisième formation, asu’on a quelquefois vues s’augmenter sensiblement par l’addition du minerai charrié |i ar les eaux, ont fait croire que les métaux «je produisoient de nouveau dans le sein de lia terre, tandis que ce n’est au contraire i|uede leur décomposition et de la réunion I Je leurs détrimens que toutes ces mines nou-

velles ont pu et peuvent encore être formées ; et sans nous éloigner de nos mines d’argent du Pérou , il s’en trouve de cette espèce au pied des montagnes et dans les excavations des mines même abandonnées depuis longtemps.

Les mines d’argent du Mexique ne sont guère moins fameuses que celles du Pérou. M. Bowles dit que dans celle appelée Falla dora, le minerai le plus riche donnoit cinquante livres d’argent par quintal, le moyen vingt-cinq livres, et le plus pauvre huit livres, et que souvent on trouvoit dans cette mine des morceaux d’argent vierge. On estime même que tout l’argent qui se tire du canton de Sainte-Pécaque est plus fin que celui du Pérou. Suivant Gemelli Carreri, la mine de Santa-Cruz avoit, en 1697, plus de sept cents pieds de profondeur, celle de Navaro plus de six cents; et l’on peut compter, dit-il, plus de mille ouvertures de mines dans un espace de six lieues autour de Santa-Cruz. Célles de la Trinité ont été fouillées jusqu’à huit cents pieds de profondeur : les gens du pays assurèrent à ce voyageur qu’en dix ou onze années, depuis 1687 jusqu’en 1697, on en avoit tiré quarante millions de marcs d’argent. Il cite aussi la mine de Saint-Matthieu , qui n’est qu’à peu de distance de la Trinité, et qui, n’ayant été ouverte qu’en 1689, étoit fouillée à quatre cents pieds en 1697 : il dit que les pierres métalliques en sont de la plus grande dureté; qu’il faut d’abord les pétarder et les briser à coups de marteau; que l’on distingue et sépare les morceaux qu’on peut faire fondre tout de suite, de ceux qu’on doit auparavant amalgamer avec le mercure. On broie ces pierres métalliques, propres à la fonte, dans un mortier de fer ; et après avoir séparé par des lavages la poudre de pierre autant qu’il est possible, on mêle le minerai avec une certaine quantité de plomb, et on les fait fondre ensemble ; on enlève les scories avec un croc de fer, tandis que par le bas on laisse couler l’argent en lingots, que l’on porte dans un autre fourneau pour les refondre et achever d’en séparer le plomb. Chaque lingot d’argent est d’environ quatre-vingts ou cent marcs; et s’ils ne se trouvent pas au titre prescrit, on les fait refondre une seconde fois avec le plomb pour les affiner. On fait aussi l’essai de la quantité d’or que chaque lingot d’argent peut contenir, et on l’indique par une marque particulière; s’il s’y trouve plus de quarante grains d’or par marc d’argent , on en fait le départ ; et pour les autres parties du minerai que l’on veut traiter par

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l'amalgame, après les avoir réduites en poudre très-fine, on y mêle le mercure, et l’on procède comme nous l’avons dit en parlant du traitement des mines de Polosi. Le mercure qu’on y emploie vient d’Espagne ou du Pérou : il en faut un quintal pour séparer mille marcs d’argent. Tout le produit des mines du Mexique et de la Nouvelle-Espagne doit être porté à Mexico; et l’on assure qu’à la fin du dernier siècle ce produit étoit de deux millions de marcs par an, sans compter ce qui p assoit par des voies indirectes.

Il y a aussi plusieurs mines d’argent au Chili, surtout dans le voisinage de Coquimbo, et au Brésil, à quelque distance dans les terres voisines de la haie de Tous-les-Saints ; l’on en trouve encore dans plusieurs autres endroits du continent de l’Amérique , et même dans les îles. Les anciens voyageurs citent en particulier celle de Saint-Domingue; mais la culture et le produit du sucre et des autres denrées de consommation que l’on tire de cette île sont des trésors bien plus réels que ceux de ses mines.

Après avoir ci-devant exposé les principales propriétés de l’argent, et avoir ensuite parcouru les différentes contrées où ce métal se trouve en plus grande quantité, il ne nous reste plus qu'à faire mention des principaux faits et des observations particulières que les physiciens et les chimistes ont recueillis en travaillant l’argent et en le soumettant à un nombre infini d’épreuves. Je commencerai par un fait que j’ai reconnu le premier. On étoit dans l’opinion que ni l’or ni l’argent mis au feu , et même tenus en fusion , ne perdoient rien de leur substance ; cependant il est certain que tous deux se réduisent en vapeurs et se subliment au feu du soleil à un degré de chaleur même assez foible. Je l’ai observé lorsqu’en 1747 j’ai fait usage du miroir que j’avois inventé pour brûler à de grandes distances; j’exposai à quarante, cinquante, et jusqu’à soixante pieds de distance, des plaques et des assiettes d’argent : je les ai vues fumer long temps avant de se fondre , et cette fumée étoit assez épaisse pour faire une ombre très-sensible qui se marquoit sur le terrain. On s’est depuis pleinement convaincu que cette fumée étoit vraiment une vapeur métallique ; elle s’attachoit aux corps qu’on lui présentoit , et en argentoit la surface; et puisque cette sublimation se fait à une chaleur médiocre par le feu du soleil , il y a toute raison de croire qu’elle se fait aussi et en bien plus grande quantité par la forte chaleur du feu de nos fourneaux ,

lorsque non seulement on y fond ce m< mais qu’on le tient en fusion pendant mois, comme l’a fait Kunekel. J’ai déjà que je doutois beaucoup de l’exafclitudi son expérience, et je suis persuadé que ! gent perd par le feu une quantité sens de sa substance, et qu’il en perd d’au plus que le feu est plus violent et appli plus long-temps.

L’argent offre dans ses dissolutions d rens phénomènes dont il est bon de 1 ici mention. Lorsqu’il est dissous par eide nitreux, on observe que si l’ari est à peu près pur , la couleur de cette solution, qui d’abord est un peu verdâ devient ensuite très-blanche, et quand i mêlé d’une petite quantité de cuivre , est constamment verte.

Les dissolutions des métaux sont en g/; ral plus corrosives que l’acide même c lequel ils ont été dissous : mais celle de gent par l’acide nitreux l’est au plus 1 degré; car elle produit des cristaux si O tiques , qu’on a donné à leur masse ré) par la fusion le nom de pierre infer r, Pour obtenir ces cristaux il faut que gent et l’acide nitreux aient été emplo purs. Ces cristaux se forment dans la did lution par le seul refroidissement; ils n que peu de consistance, et sont blanC ! aplatis en forme de paillettes : ils se : dent très-aisément au feu , et long-tei avant d’y rougir ; et c’est cette masse due et de couleur noirâtre qui est la pi infernale.

Il y a plusieurs moyens de retirer l’ara de sa dissolution dans l’acide nitreux seule action du feu, long-temps contim ; suffit pour enlever oet acide : on peut a s précipiter le métal par les autres acides triolique ou marin , par les alcalis, et les métaux qui, comme le cuivre, ont 1 d’affinité que l’argent avec l’acide nitrt

L’argent, tant qu’il est dans l’état de j lai, 11’a point d’affinité avec l’acide mai mais dès qu’il est dissous , il se combint ! sèment et même fortement avec cet ac j car la mine d’argent corné paroît être ; mée par l’action de l’acide marin. Cette n ; se fond très-aisément, et même se volât ; à un feu violent.

L’acide vitriolique attaque l’argent :

masse au moyen de la chaleur ; il le dis i même complètement; et en faisant dist 1 celte dissolution, l’acide passe dans le r ! pient, et forme un sel qu’on peut app î"

' vitriol d’argent .

Les acides animaux et végétaux , cod |

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ide des fourmis ou celui du vinaigre, n’atuent point l’argent dans son état de mémais ils dissolvent très-bien ses préd-

ît

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ons i dei

es alcalis n’ont aucune action sur l’aré |it ni même sur ses précipités; mais lorsils sont unis aux précipités du soufre, me dans le foie de soufre, ils agissent ssamment sur la substance de ce métal . ils noircissent et rendent aigre et cassant, je soufre, qui facilite la fusion de Parlait, doit pai conséquent en altérer la subis: nce ; cependant il ne l’attaque pas comme fede le du fèr et du cuivre , qu’il transforme J pyrite. L’argent fondu avec le soufre peut être séparé dans un instant par l’addition nitre,qui, apres la détonation, laisse gent sans perte sensible ni diminution de Ids; le nitre réduit au contraire le fer et cuivre en chaux, parce qu’il a une acn directe sur ces métaux , et qu’il n’en a nt sur l’argent.

n,( [La surface de l’argent ne së convertit int en rouille par l’impression des éléns humides; mais elle est sujette à se ter- , se noircir , et se colorer : on peut même donner l’apparence et la couleur de l’or l’exposant à certaines fumigations, dont a eu raison de proscrire l’usage pour évila fraude.

pn emploie utilement l’argent battu en ].,|E allés minces pour en couvrir les autres )sse îtaux, tels que le cuivre et le fer; il suffît |a pj ur cela de bien nettoyer la surface de i métaux et de les faire chauffer ; les Faj 'lit

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feuilles d’argent qu’on y applique s’y attachent et y adhèrent fortement. Mais comme les métaux ne s’unissent qu’aux métaux , et qu’ils n’adhérenl à aucune autre substance, il faut, 'lorsqu’on veut argenter le bois ou toute autre matière qui n’est pas métallique, se servir d’une colle faite de gomme ou d’huile, dont on enduit le bois par plusieurs couches qu’on laisse sécher avant d’appliquer la feuille d’argent sur la dernière : l’argent n’est en effet que collé sur l’enduit du bois, et ne lui est uni que par cet intermède, dont on peut toujours le séparer sans le secours de la fusion, et en faisant seulement brûler la colle à laquelle il étoit attaché.

Quoique le mercure s’attache promptement et assez fortement à la surface de l’argent , il n’en pénètre pas la masse à l’intérieur ; il faut le triturer avec ce métal pour en faire l’amalgame.

Il nous reste encore à dire un mot du fameux arbre de Diane , dont les charlatans ont si fort abusé en faisant croire qu’ils avoient le secret de donner à l’or et à l’argent la faculté de croître et de végéter comme les plantes : néanmoins cet arbre métallique n’est qu’un assemblage ou accumulation des cristaux produits par le travail de l’acide nitreux sur l’amalgame du mercure et de l’argent. Ces cristaux se groupent successivement les uns sur les autres ; et s’accumulant par superposition, ils représentent grossièrement la figure extérieure d’une végétation.

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