‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 5)Chapitre 3 sur 147 · PARTIE HYPOTHÉTIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE HYPOTHÉTIQUE

encore de celle qu’il a dû recevoir de ses satellites et de son anneau.

De même, le diamètre de Jupiter étant onze fois plus grand que celui de la terre , il s’ensuit qu’il est encore bien plus chaud que Saturne , parce que , d’une part , il est plus gros, et que, d’autre part, il est moins éloigné du soleil ; mais , en ne considérant que sa chaleur propre , on voit qu’il n’auroit dû se consolider jusqu’au centre qu’en 31955 ans , ne se refroidir au point de pouvoir le toucher qu’en 373021 ans, et n’arriver à celui de la température de la terre qu’en 81 45x4 ans, s’il étoit composé d’une matière semblable à celle du globe terrestre; mais sa densité n’étant à celle de la terre que ;; 292 l 1000, il faut diminuer dans la même raison les temps de son refroidissement. Ainsi Jupiter se sera consolidé jusqu’au centre en g33i ans 1/2 environ, refroidi au point de pouvoir le toucher en 108922 ans, et enfin à la température actuelle en 237838 ans; eh sorte que ce ne sera que dans 163791 ans que Jupiter se sera refroidi au même point de température qu’est actuellement la terre , abstraction fàite de la compensation, tant par la chaleur du soleil que par la chaleur de ses satellites.

Ces deux planètes, Jupiter et Saturne , quoique les plus éloignées du soleil, doivent donc être beaucoup plus chaudes que la terre, qui néanmoins, à l’exception de Ténus, est de toutes les autres planètes celle itj qui est actuellement la moins froide. Mais }. les satellites de ces deux grosses planètes auront, comme la lune, perdu leur chaleur ji propre en beaucoup moins de temps, et dans lin la proportion de leur diamètre et de leur | densité; il y a seulement une double com- 4 pensation à faire sur cette perte de la chaleur intérieure des satellites , d’abord par celle du soleil , et ensuite par la chaleur de la planète principale, qui a dû, surtout dans le commencement et encore aujourd’hui, se porter sur ses satellites , et les réchauffer à l’extérieur beaucoup plus que celle du soleil.

Dans la supposition que toutes les planètes aient été formées de la matière du soleil , et projetées hors de cet astre dans le même temps , on peut prononcer sur l’époque de leur formation , par le temps qui s’est écoulé pour leur refroidissement. Ainsi la terre existe , comme les autres planètes , se jsous une forme solide et consistante à la surface, au moins depuis 74047 ans, puisque nous avons démontré qu’il faut ce même itemps pour refroidir au point de la tempé-

rature actuelle un globe en incandescence , qui seroit de la même grosseur que le globe terrestre , et composé des mêmes matières. Et comme la déperdition de la chaleur, de quelque degré qu’elle soit, se fait en même raison que l’écoulement du temps , on ne peut guère douter que cette chaleur de la terre ne fut double , il y a 37023 ans 1/2 , de ce qu’elle est„aujourd’hui , et qu’elle n’ait été triple , quadruple , centuple , etc. , dans des temps plus reculés , à mesure qu’on se rapproche de la date de l’état primitif de l’incandescence générale. Sur les 74047 ans, il s’est, comme nous l’avons dit, écoulé 2905 ans avant que la masse entière de notre globe fût consolidée jusqu’au centre. L’état d’incandescence, d’abord avec flamme , et ensuite avec lumière rouge à la surface , a duré tout ce temps , après lequel la chaleur, quoique obscure , ne laissoit pas d’être assez forte pour enflammer les matières combustibles , pour rejeter l’eau et la dissiper en vapeurs , pour sublimer les substances volatiles , etc. Cet état de grande chaleur sans incandescence a duré 33911 ans ; car nous avons démontré, par les expériences du premier mémoire, qu’il faudrait 42964 ans à un globe de fer gros comme la terre, et chauffé jusqu’au rouge, pour se refroidir au point de pouvoir le toucher sans se brûler; et, par les expériences du second mémoire, on peut conclure que le rapport du refroidissement à ce point des principales matières qui composent le globe terrestre est à celui du refroidissement du fer ;; 5o5i6 ; 70000. Or 70000 ; 5o5i6 ;; 42964 : 33911, à très-peu près. Ainsi le globe terrestre, très-opaque aujourd’hui, a d’abord été très-brillant de sa propre lumière pendant 2905 ans , et ensuite sa surface n’a cessé d’être assez chaude pour brûler qu’au bout de 33911 autres années. Déduisant donc ce temps sur 74047 ans qu’a duré le refroidissement de la terre au point de la température actuelle, il reste 40166 ans. C'est de quelques siècles après cette époque que l’on peut , dans cette hypothèse , dater la naissance de la nature organisée sur le globe de la terre ; car il est évident qu’aucun être vivant ou organisé n’a pu exister, et encore moins subsister, dans un monde où la chaleur étoit encore si grande qu’on ne pouvoit, sans se brûler, en toucher la surface , et que par conséquent ce n’a été qu’après la dissipation de cette chaleur trop forte que la terre a pu nourrir des animaux et des plantes.

La lune, qui n’a que 3/n du diamètre de

MINERAUX. INTRODUCTION

notre globe, et que nous supposons composée d’une matière dont la densité n’est à celle de la terre que ” 702 : 1000, a dû arvenir à ce premier moment de chaleur énigne et productive bien plus tôt que la terre, c’est-à-dire quelque temps après les 6492 ans qui se sont écoulés avant son refroidissement , au point de pouvoir , sans se brûler, en toucher la surface.

Le globe terrestre se seroit donc refroidi du point d’incandescence au point de la température actuelle en 74047 ans, supposé que rien n’eût compensé la perte de sa chaleur propre : mais, d’une part, le soleil envoyant constamment à la terre une certaine quantité de chaleur, l’accession ou le gain de cette chaleur extérieure a dû compenser en partie la perte de sa chaleur intérieure ; et, d’autre part, la lune, dont la surface, à cause de sa proximité, nous paroît aussi grande que celle du soleil , étant aussi chaude que cet astre dans le temps de l’incandescence générale , envoyoit en ce moment à la terre autant de chaleur que le soleil même; ce qui fait une seconde compensation qu’on doit ajouter à la première , sans compter la chaleur envoyée dans le même temps par les cinq autres planètes, qui semble devoir ajouter encore quelque chose à cette quantité de chaleur extérieure que reçoit et qu’a reçue la terre dans les temps précédens , abstraction faite de toute compensation par la chaleur extérieure à la perte de la chaleur propre de chaque planète; elles se seroientdonc refroidies dans l’ordre suivant :

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