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Voyez les Additions de Buffon, page

DES EPOQUES DE LA NATURE

dessous de cette profondeur seraient glacées sans la chaleur intérieure de la terre, qui seule peut entretenir leur liquidité. Et de même il est encore prouvé, par l’expérience, que la chaleur des rayons solaires ne pénètre pas à quinze ou vingt pieds dans la terre , puisque la glace se conserve à cette profondeur pendant les étés les plus chauds. Donc il est démontré qu’il y a au dessous du bassin de la mer, comme dans les premières couches de la terre, une émanation continuelle de chaleur qui entretient la liquidité des eaux, et produit la température de la terre; donc il existe dans son intérieur une chaleur qui lui appartient en propre , et qui est tout-à-fait indépendante de celle que le soleil peut lui communiquer.

Nous pouvons encore confirmer ce fait général par un grand nombre de faits particuliers. Tout le monde a remarqué , dans le temps des frimas, que la neige se fond dans tous les endroits où les vapeurs de l’intérieur de la terre ont une libre issue, comme sur les puits, les aqueducs recouverts, les voûtes , les citernes , etc. , tandis que sur tout le reste de l’espace où la terre resserrée par la gelée intercepte ces vapeurs , la neige subsiste et se gèle au lieu de fondre. Cela seul suffirait pour démontrer que ces émanations de l’intérieur de la terre ont un degré de chaleur très-réel et sensible. Mais il est inutile de vouloir accumuler ici de nouvelles preuves d’un fait constaté par l’expérience et par les observations ; il nous suffit qu’on ne puisse désormais le révoquer en doute , et qu’on reconnoisse cette chaleur intérieure de la terre comme un fait réel et général, duquel, comme des autres faits généraux delà nature, on doit déduire les effets particuliers.

U en est de même du quatrième fait : on ne peut pas douter, d’après les preuves démonstratives que nous en avons données dans plusieurs articles de notre Théorie de la terre, que les matières dont le globe est composé ne soient de la nature du verre 1 :

i. Cette vérité générale, que nous pouvons démontrer par l’expérience , a été soupçonnée par Leibnitz , philosophe dont le nom fera toujours grand honneur à l’Allemagne. « Sane plerisque « creditum et à sacris etiam scriptoribus insinuatum « est conditos in abdito telluris ignis thesauros.... « Adjuvant vultus , nam omnis ex fusione scoriæ «vitri est getjus.... Talem vero esse globi nostri « superficiem (neque enim ultra penetrare nobis « datum) reipsâ experimur ; omnes eriim terræ et «lapides igné vitrum reddunt.... nobis satis est « admoto igné omnia terrestria in vitro finiri. » Ipsa magna telluris ossa undæque illæ rupes atque

* immortales silices cùm tota fere in vitrum abeant,

le fond des minéraux , des végétaux , et des animaux , n’est qu’une matière vitrescible ; car tous leurs résidus, tous leurs détrimens ultérieurs , peuvent se réduire en verre. Les matières que les chimistes ont appelées réfractaires, celles qu’ils regardent comme infusibles , parce qu’elles résistent au feu de leurs fourneaux sans se réduire en verre, peuvent néanmoins s’y réduire par l’action d’un feu plus violent. Ainsi toutes les matières qui composent le globe de la terre , du moius toutes celles qui nous sont connues , ont le verre pour base de leur sub- ; stance ; et nous pouvons , en leur faisant ! subir la grande action du feu , les réduire j toutes ultérieurement à leur premier état 2.

La liquéfaction primitive de la masse entière de la terre par le feu est donc prouvée dans toute la rigueur qu’exige la plus stricte logique: d’abord à priori, par le premier fait de son élévation sur l’équateur et de son abaissement sous les pôles ; 20 ab actu , par le second et le troisième fait de la chaleur intérieure de la terre encore subsistante ; ;

3° à posteriori , par le quatrième fait, qui > nous démontre le produit de cette action du I feu , c’est-à-dire le verre , dans toutes les j substances terrestres.

Mais quoique les matières qui composent j le globe de la terre aient été primitivement , de la nature du verre, et qu’on puisse aussi ; les y réduire ultérieurement , on doit cependant les distinguer et les séparer relativement aux différens états où elles se trouvent avant j ce retour à leur première nature, c’est-à- |i dire avant leur réduction en verre par le moyen du feu. Cette considération est d’au- j

«quiet nisi concreta sunt ex fusis olim corporibus || « et prima ilia magnaque vi quam in facitem adhuc i « materiam exercuit ignis naturæ.... cùm igitur Si «omnia quæ non avolent in auras, tandem fuu- 'i « dantur, et, speculorum imprimis urentium ope,

« vitri naturam sumant , bine facile inlelliges vitrum 9 «esse velut terræ basin, et naturam ejus cætero- | « ruin plerumque corporum larvis latere. « (G. G. 1 Leibnitii Protogœa ; Goettingæ, 1749) pages 4 et 5.) I (Add. Buff.)

2. J’avoue qu’il y a quelques matières que le feu 1 de nos fourneaux ne peut réduire en verre; mais 1 au moyen d’un bon miroir ardent ces mêmes ma- : tières s’y réduiront : ce n’est point ici le lieu de ; rapporter les expériences faites avec les miroirs de J mon invention , dont la chaleur est assez grande pour volatiliser ou vitrifier toutes les matières ex- . posées à leur foyer. Mais il est vrai que jusqu’à ce jour l’on n’a pas encore eu des miroirs assez I puissans pour réduire en verre certaines matières j du genre vitrescible, telles que le cristal de roche, ‘ le silex ou la pierre à fusil; ce n’est donc pas que ces matières ne soient par leur nature réductibles ) en verre comme les autres , mais seulement qu’elles j exigent un feu plus violent, (Add. Buff.)

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tant plus nécessaire ici , que seule elle peut nous indiquer en quoi diffère la formation de ces matières : on doit donc les diviser d’abord en matières vilrescibles et en matières calcinables ; les premières n’éprouvant aucune action de la part du feu , à moins qu’il ne soit porté à un degré de force capable de le convertir en verre; les autres, au contraire, éprouvant à un degré bien inférieur une action qui les réduit en chaux. La quantité des substances calcaires , quoique fort considérable sur la terre , est néanmoins très-petite en comparaison de la quantité des matières vitrescibles. Le cinquième fait , que nous avons mis en avant , prouve que leur formation est aussi d’un autre temps et d’un autre élément; et l’on voit évidemment que toutes les matières qui n’ont pas été produites immédiatement par l’action du feu primitif ont été formées par l’intermède de l’eau, parce que toutes sont composées de coquilles et d’autres débris des productions de la mer. Nous mettons dans la classe des matières vitrescibles le roc vif, les quartz, les sables, les grès et granités , les ardoises, les schistes , les argiles , les métaux et minéraux métalliques ; ces matières , prises ensemble, forment le vrai fonds du globe, et en composent la principale et très-grande partie ; toutes ont originairement été produites par le feu primitif. Le sable n’est que du verre en poudre; les argiles , des sables pourris dans l’eau ; les ardoises et les schistes , des argiles desséchées et durcies ; le roc vif, les grès , le granité , ne sont que des masses vitreuses ou des sables vitrescibles sous une forme concrète ; les cailloux , les cristaux , les métaux et la plupart des autres minéraux, ne sont que les stillations, les exsudations , ou les sublimations de ces premières matières, qui toutes nous décèlent leur origine primitive et leur nature commune par leur aptitude à se réduire immédiatement en verre.

Mais les sables et graviers calcaires, les craies , la pierre de taille , le moellon , les marbres , les albâtres , les spaths calcaires, opaques, et transparens, toutes les matières , en un mot , qui se convertissent en chaux, ne présentent pas d’abord leur première nature : quoique originairement de verre comme toutes les autres , ces matières calcaires ont passé par des fdièresqui les ont dénaturées ; elles ont été formées dans l’eau ; toutes sont entièrement composées de madrépores , de coquilles , et de détrimens des dépouilles de ces animaux vraiment aquatiques , qui seuls savent convertir le liquide

en solide , et transformer l’eau de la mer en pierre r. Les marbres communs et les autres pierres calcaires sont composés de coquilles entières et de morceaux de coquilles, de madrépores, d’astroïtes, etc., dont toutes les parties sont encore évidentes ou très-reconnoissables ; les graviers ne sont que les débris des marbres et des pierres calcaires que l’action de l’air et des gelées détache des rochers , et l’on peut faire de la chaux avec ces graviers , comme l’on en fait avec le marbre ou la pierre ; on peut en faire aussi avec les coquilles mêmes et avec la craie et les tufs, lesquels ne sont encore que des débris, ou plutôt des détrimens de ces mêmes matières. Les albâtres , et les marbres qu’011 doit leur comparer lorsqu’ils contiennent de l’albâtre, peuvent être regardés comme de grandes stalactites qui se forment aux dépens des autres marbres et des pierres communes : les spaths calcaires se forment de même par l’exsudation ou la stillation dans les matières calcaires , comme le cristal de roche se forme dans les matières vitrescibles. Tout cela peut se prouver par l’examen attentif des monumens de la nature.

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