Voye? les Additions do Buffon, page
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aient détruit non seulement les germes, mais même la mémoire de toute science; en sorte que trente siècles d’ignorance ont peut-être suivi les trente siècles de lumières qui les a voient précédés. De tous ces beaux et premiers fruits de l’esprit humain il n’est resté que le marc ; la métaphysique religieuse, ne pouvant être comprise , n’avoit pas besoin d étude, et ne devoit ni s’altérer ni se perdre que faute de mémoire, laquelle ne manque jamais quand elle est frappée du merveilleux. Aussi cet le métaphysique s’est-elle répandue de ce premier centre des sciences à toutes les parties du monde; les idoles de Calicut se sont ‘rouvées les mêmes que celles de Séléginsl>' oi. Les pèlerinages vers le grand Lama, établis à plus de deux mille lieues de distan ;e ; l’idée de la métempsycose portée encor plus loin , adoptée comme article de foi ptr les Indiens, les Éthiopiens, les Atlante' ; ces mêmes idées défigurées , reçues par 1 :s Chinois, les Perses, les Grecs, et parv nues jusqu’à nous , tout semble nous déni mirer que la première souche et la tige commune des connoissances humaines appartient à cette terre de la haute Asie1, et que les rameaux stériles ou dégénérés des nobles branches de cette ancienne souche se sont étendus dans toutes les parties de la terre chez les peuples civilisés.
Et que pouvons-nous dire de ces siècles de barbarie qui se sont écoulés en pure perte pour nous? ils sont ensevelis pour jamais dans une nuit profonde; l’homme d’alors, replongé dans les ténèbres de l’ignorance , a pour ainsi dire cessé d’être homme : car la grossièreté, suivie de l’oubli des devoirs, commence par relâcher les liens de la société, la barbarie achève de les rompre; les lois méprisées ou proscrites , les mœurs dégénérées en habitudes farouches; l’amour de l’humanité, quoique gravé en caractères sacrés, effacé dans les cœurs; l’homme enfin sans éducation, sans morale, réduit à mener une vie solitaire et sauvage, n’offre, au lieu de sa haute nature, que celle d’un être dégradé au dessous de l’animal.
Néanmoins, après la perte des sciences, les arts utiles auxquels elles avoient donné naissance se sont conservés : la culture de la terre devenue plus nécessaire à mesure que
î. Les cultures, les arts, les bourgs épars dans cette région (dit le savant naturaliste M. Pallas) , sont les restes encore vivans d’un empire ou d’une société florissante, dont l’histoire même est ensevelie avec ses cités , ses temples, ses armes , et ses monumens , dont on déterre à chaque pas d’énormes débris ; ces peuplades sont les membres d’une énorme nation , à laquelle il manque une tète.
les hommes se trouvoient plus nombreu plus serrés ; toutes les pratiques qu’ex cette même culture, tous les arts que supj sent la construction des édifices, la fabrii tion des idoles et des armes , la texture < étoffes, etc., ont survécu à la science; se sont répandus de proche en proche, p fectionnés de loin en loin; ils ont suivi cours des grandes populations ; l’ancien e ( pire de la Chine s’est élevé le premier,1 piresque en même temps celui des Atlan en Afrique; ceux du continent de l’As celui de l’Égypte, d’Éthiopie, se sont si cessivement établis, et enfin celui de Ron auquel notre Europe doit son existence j vile. Ce n’est donc que depuis environ Ire j siècles que la puissance de l’homme s'J réunie à celle d*e la nature et s’est étem sur la plus grande partie de la terre : trésors de sa fécondité jusqu’alors étoi enfouis , l’homme les a mis au grand jota ses autres richesses, encore plus profonm ment enterrées , n’ont pu se dérober à recherches , et sont devenues le prix de t| travaux. Partout, lorsqu’il s’est conduit a j sagesse, il a suivi les lois de la nature, p j fité de ses exemples, employé ses moyeu et choisi dans son immensité tous les ob j qui pouvoient lui servir ou lui plaire. j| son intelligence les animaux ont été ap]> voisés, subjugués, domptés, réduits à; obéir à jamais; par ses travaux les maij ont été desséchés, les fleuves contenus, léi cataractes effacées, les forêts éclaircies, landes cultivées; par sa réflexion les tei , ont été comptés, les espaces mesurés, j mouvemens célestes reconnus, combirj représentés , le ciel et la terre compai l’univers agrandi, et le Créateur dignem adoré; par son art émané de la science ; mers ont été traversées, les montagnes fr chies, les peuples rapprochés, un nouv monde découvert, mille autres terres iso ; sont devenues son domaine ; enfin la face tière de la terre porte aujourd’hui 1’. preinte de la puissance de l’homme, laque) quoique subordonnée à celle de la natti souvent a fait plus qu’elle, ou du moins si merveilleusement secondée, que c’e:
l’aide de nos mains qu’elle s’est dévelopi dans toute son étendue , et qu’elle est rivée par degrés au point de perfection de maguificence où nous la voyons aujt ; d’hui.
Comparez en effet la nature brute i nature cultivée a; comparez les petites
2. Voyez le discours qui a pour titre de la ' ture , première Vue
SEPTIÈME ÉPOQUE
ons sauvages de l’Amérique avec nos grands euples civilisés ; comparez. même celles de lricfue , qui ne le sont qu’à demi; voyez même temps l’état des terres que ces nans habitent, vous jugerez aisément du Jeu de valeur de ces hommes par le peu impression que leurs mains ont faite sur ur sol. Soit stupidité, soit paresse, ces mines à demi bruts, ces nations non posées, grandes ou petites, ne font que peser r le globe sans soulager la terre, l’affamer ns la féconder, détruire sans édifier, tout er sans rien renouveler. Néanmoins la ndiiion la plus méprisable de l’espèce huaine n’est pas celle du sauvage, mais celle ces nations au quart policées qui de tout nps ont été les vrais fléaux de la nature maine , et que les peuples civilisés ont core peine à contenir aujourd’hui : ils ont, unie nous l’avons dit, ravagé la première Ire heureuse, ils en ont arraché les germes bonheur et détruit les fruits de la science, de combien d’autres invasions cette preère irruption des barbares n’a-t-elle pas suivie ! C’est de ces mêmes contrées du d , où se trouvoient autrefois tous les ns de l’espèce humaine , qu’eusuite sont us tous ses maux. Combien n’a-t-011 pas de ces débordemens d’animaux à face hu- [ine , toujours venant du nord, ravager a lierres du midi ! Jetez les yeux sur les anal bs de tous les peuples, vous y compterez li gt siècles de désolation pour quelques s. J^es de paix et de repos, ei 1 a fallu six cents siècles à la nature pour s, jstruire ses grands ouvrages, pour attiédir ii brre, pour en façonner la surface, et arii\ |r à un état tranquille : combien n’en ffl jlra-t-il pas pour que les hommes arrivent te nême point et cessent de s’inquiéter, de il ter,, et de s’entre-détruire? Qifand rein poitront-ils que la jouissance paisible des isoles de leur partie suffit à leur bonheur? itelnd seront-ils assez sages pour rabattre lleurs prétentions, pour renoncer à des ijiitliinations imaginaires, à des possessions «nées , souvent ruineuses , ou du moins fini à charge qu’utiles? L’empire de l’Esce jie , aussi étendu que celui de la France ;lo| lurope , et dix fois plus grand en Amée$t e , est-il dix fois plus puissant ? l’est-il liol ke autant que si cette fière et grande naauji | se fût bornée à tirer de son heureuse |î tous les biens qu’elle pouvoit fournir? ltei Auglois, ce peuple si sensé, si profonds çnt pensant, n’ont-ils pas fait une grande , £ en étendant trop loin les limites de ( 1 s colonies ? Les anciens me paroissent Buffon. II.
avoir eu des idées plus saines de ces étabiissemens ; ils ne projetoient des émigrations que quand leur population les surchargeoit, et que leurs terres et leur commerce ne suffisoient plus à leurs besoins. Les invasions des barbares , qu’on regarde avec horreur, n’onl-elles pas eu des causes encore plus pressantes lorsqu’ils se sont trouvés trop serrés dans des terres ingrates, froides, et dénuées, et en même temps voisines d’autres terres cultivées, fécondes, et couvertes de tous les biens qui leur manquoient? Mais aussi que de sang ont coûté ces funestes conquêtes ! que de malheurs , que de pertes les ont accompagnées et suivies !
Ne nous arrêtons pas plus long-temps sur le triste spectacle de ces révolutions de mort et de dévastation, toutes produites par l’ignorance; espérons que l’équilibre, quoique imparfait, qui se trouve actuellement entre les puissances des peuples civilisés se maintiendra, et pourra même devenir plus stable à mesure que les hommes sentiront mieux leurs véritables intérêts , qu’ils reconnoîtrontleprix de la paix et du bonheur tranquille , qu’ils en feront le seul objet de leur ambition, que les princes dédaigneront la fausse gloire des conquérans, et mépriseront la petite vanité de ceux qui , pour jouer un rôle, les excitent à de grands mouvemens.
Supposons donc le monde en paix , et voyons de plus près combien la puissance de l’homme pourroit influer sur celle de la nature. Rien ne paroît plus difficile, pour ne pas dire impossible, que de s’opposer au refroidissement successif de la terre, et de réchauffer la température d’un climat; cependant l’homme le peut faire et l’a fait. Paris et Québec sont à peu près sous la même latitude et à la même élévation sur le globe : Paris seroit donc aussi froid que Québec si la France et toutes les contrées qui l’avoisinent étoient aussi dépourvues d’hommes, aussi couvertes de bois, aussi baignées par les eaux, que le sont les terres voisines du Canada. Assainir, défricher, et peupler un pays, c’est lui rendre delà chaleur pour plusieurs milliers d’années ; et ceci prévient la seule objection raisonnable que l’on puisse faire contre mon opinion, ou, pour mieux dire , contre le fait réel du refroidissement de la terre.
Selon votre système , me dira-t-on, toute la terre doit être plus froide aujourd’hui qu’elle ne l’étoit il y a deux mille ans; or la tradition semble nous prouver le contraire. Les Gaules et la Germanie nourrissoient des élans, des loups-cerviers, des ours, et d’au-
jj§ DES ÉPOQUES DË LÀ NATURE.
très animaux qui sé sont retirés depuis dans les pays septentrionaux : cette progression est bien différente de celle que vous leur supposez du nord au midi. D’ailleurs l’histoire nous apprend que tous les ans la rivière dé Seine étoit ordinairement glacée pendant une partie de l’hiver : ces faits ne paroissçnt-ils pas être directement opposés au prétendu refroidissement successif du globé? Ils le seroient, je l’avoue, si la France et l’Allemagne d’aujourd’hui étoient semblables à la Gaule et là Germanie; si l’on n’éüt pas abattu les forêts, desséché les marais, contenu les torrerts, dirigé les fleuves, et défriché toutes les terres trop couvertes et surchargées des débris mêmes de leurs productions. Mais ne doit-on pas considérer que là déperdition de la chaleur du globe sé fait d’une manière insensible; qu’il a fallu soixante-seize mille ans pour l’attiédir aü point de la température actuelle , et que , dans soixante-seize autres mille ans , il ne sera pas encore assez refroidi pour que la chaleur particulière de la nature vivante y soit anéantie? Ne faut-il pas comparer ensuite à ce refroidissement si lent le froid prompt et subit qui nous arrivé des régions dé l’air, se rappeler qu’il n’y a néanmoins qu’un trente-dëuxième de différence entre le plus grand chaud de nos étés et le plus grand froid de nos hivers , et l’on sentira déjà que les causes extérieures influent beaucoup plus que la cause intérieure sur la température dé chaque climat, et que, dans tous cèux où le froid de la région supérieure dé l’air est attiré par l’humidité ou poussé par les Vents qui le rabattent vers la surface de là terrë , les effets de ces causes particulières l’emportent de beaucoup sur le produit de la cause générale? Nous pouvons en doprter un exemple qui ne laissera aucun doute sur ce sujet, et qui prévient en même temps toute objection de cette espèce.
Dans l’immense étendue des terres de la Gniàne , qui ne sont que des forêts épaisses ou le soleil peut à peine pénétrer, où les eaux répandues occupent de grands espaces, où les fleuves, très-voisins les uns des autres, rte sont ni continus ni dirigés, où il pleut continuellement pendant huit mois de l’aUnèe, l’on a commencé seulemeut depuis un siècle à défricher autour de Cayenne un très-petit canton de ces vastes forêts; ei déjà la différence de température , dans cette petite étendue de terrain défriché, est si sensible, qu’on y éprouve trop de chaleur, même pendant la nuit, tandis que, dans toutes lés autres terres couvertes de bois, il
fait assez froid la nuit pour qu’on soit fora d’allumer du feu. U en est de même de h quantité êt de la continuité des pluies : elle! cessent plus tôt et commencent plus tard i Cayenne que dans l’intérieur des terres elles sont aussi moins abondantes et moin continues. Il y a quatre mois de sécheressi absolue à Cayenne , au lieu que , dans l’intérieur du pays , la saison sèche ne dure qu< trois mois , et encore y pleut-il tous les jour par un orage assez violent qu’on appelle l grain de midi, parce que c’est vers le mi lièu du jour que cét orage se forme : de plus il ne tonne presque jamais à Cayenne, tan dis que les tonnerres sont violens et très-fré quens dans l’intérieur du pays, où les nuage sont noirs, épais, et très-bas. Ces faits, qu sont certains , ne démontrent-ils pas quoi feroit cesser ces pluies continuelles de hui mois , et qu’on augmenteroit prodigieuse ment la chaleur dans toute cette contrée , i l’on détruisoit les forêts qui la couvrent , « l’on y resserroit les eaux en dirigeant le fleuves, et si la culture de la terre, qui su{ pose le mouvement et le grand nombre d< animaux et des hommes, chassoit l’humidi froide et superflue que le nombre iufraimei trop grand des végétaux attire, entretien j et répand ?
Comme tout mouvement , toute actioi i produit de la chaleur , et que tous les êtr doués du mouvement progressif sont em mêmes autant de petits foyers de chaleu c est de la proportion du nombre des h pi mçs et des animaux à celui des végéta i que dépend ( toutes choses égales d’ailleim là température locale de chaque terre particulier; les premiers répandent de chaleur, les seconds ne produisent que ■ l’humidité. L’Usage habituel que l’hom fait du feu ajoute beaucoup à cette temj i rature artificielle dans tous les lieux ov habite en nombre. A Paris , dans les grain froids, les thermomètres au faubourg Sai Honoré marquent 2 ou 3 degrés de fr de plus qu’au faubourg Saint -Mareé parce que le vent du nord se tempère passant sur les cheminées de cette gra ville. Une seule forêt de plus ou de m< w dans un pays suffit pour eri changer la t r, pêrature : tant que les arbres sont sur p |{f ils attirent le froid , ils diminuent par 1 jf) ombrage la chalertr du soleil ; ils produi j des vapeurs humides qui forment des nu j ët retombent en pluie d’autant plus fr [];j qu’elle descend de plus haut : et si cè j!r rets sont abandonnées à la seule nature j, mêmes arbres, tombés de vétusté, pou e,
SEPTIÈME
nt froidement sur la terre , tandis qu’entre 3 mains dé l’homme ils servent d’aliment Félément du feu, et deviennent les causes condaires de toute chaleur particulière, ans les pays de prairie , avant la récolte s herbes , on a toujours des rosées abonntes , et très-souvent de petites pluies qui ssent dès que ces herbes sont levées. Ces tites pluies deviendroient donc plus abonntés , et ne cesseroient pas , si nos prai-
!s, comme les savanes de l’Amérique, ient toujours couvertes d’une même quanî d’herbes , qui , loin de diminuer , ne ut qu’augmenter par l’engrais de toutes les qui se dessèchent et pourrissent sur terre.
le donnerois aisément plusieurs autres 'mples qui tous concourent à démontrer 3 l’homme peut modifier les influences climat qu’il habite , et en fixer , pour si dire , la température au point qui lui nient. Et ce qinl y a de singulier, c’èst il lui seroit plus difficile de refroidir la :e que de la réchauffer : maître de l’élént du feu , qu’il peut augmenter et prôner à son gré , il ne l’est pas de l’élément froid, qu’il ne peut saisir ni cOmmuni- :r. Le principe du froid n’est pas même ; substance réelle , mais une simple priion , ou plutôt une diminution de char , diminution qui doit être très-grandé s les hautes régions de l’air, et qui l’est :z a une lieue de distance de la terre r y convertir en grêle et en neige les eurs aqueuses ; car les émanations de la leur propre du globe suivent la même que toutes les autres quantités ou qualiphysiques qui partent d’un centré eom- 1 ; et leur intensité décroissant en raison ;rse du carré de la distance, il pàroît cerqu’il fait quatre fois plus froid à deux es qu’à une lieue de hauteur dans notre »i1 josphèfe, en prenant chaque point de Sj urfaçe de la terre pour centre. D’autre ;Hr la chaleur intérieure du globe est lit ôtante , dans toutes les saisons , à xo de- )frt 1 au dessus de la congélation; ainsi tout jri [1 plus grand , ou plutôt toute chaleur ei» idre de io degrés, ne peut arriver sur U ;rre que par la chute des matières rejlin lies dans la région supérieure de l’air, pr les effets de cette chaleur propre du odü e diminuent d’autant plus qu’on s’élève >sni | haut. Or la puissance de l’homme ne gi nd pas si loin; il ne peut faire dèssi d re le froid comme il fait monter le jtiiff d; il n’a d’autre moyen pour se garanpi (e la trop grande ardeur du soleil que
de créer de l’ombre : mais il est bien plus aisé d’abattre des forêts à la Guiane pour en réchauffer la terre humide que d’en planter en Arabie pour en rafraîchir les sables arides; cependant une seule forêt dans le milieu de ces déserts brulans suffiroit pour les tempérer , pour y ramener les eaux du ciel , pour rendre à la terre tous les principes de sa fécondité , et par conséquent pour y faire jouir l’homme de toutes les douceurs d’un climat tempéré.
C’est de la différence de température que dépend la plus ou moins grande énergie de la nature ; l’accroissement, le développement, et la production même de tous les êtres organisés , ne sont que des effets particuliers de cette cause générale : ainsi l’homme éri la modifiant peut en même temps détruire ce qui lui nuit, et faire éclore tout ce qui lui convient. Heureuses les contrées où tôtis Tes élémens de la température se trouvent Balancés , et assez avantageusement combinés pour n’opérer que de bons effets ! Mais en est-il aucune qui , dès son origine , ait èu ce privilège ? aucune où la puissance de l’homme n’ait pas secondé celle de la nature, soit en attirant ou détournant les eaux, soit en détruisant les herbes inutiles et lés végétaux nuisibles ou superflus , soit en se Conciliant les animaux utiles et les multipliant? Sur trois cents espèces d’animaux quadrupèdes et quinze cents espèces d’oiseaux qui peuplent la surface dé la terre , l’homme en a choisi dix-neuf oü vingt1 ; et. ces vingt espèces figurent seules plus grandement dans la nature , et font plus dé bien sur la terre , que toutes les autres espèces réunies. Elles figurent plus grandement , parce qu’elles sont dirigées par l’homme, et qu’il les a prodigieusement multipliées h elles opèrent de concert avec lui tout le bien qu’on peut attendre d’une sage administration de forces et de puissance pour là culture de la terre, pour le transport et le commerce de ses productions , pour l'augmentation des subsistances ; en an mot , pour tous les besoins, et même pour les plaisirs d’un seul maître qui puisse payer leurs services par ses soins.
Et dans ce petit nombre d’espèces d’animaux dont l’homme a fait choix, celles dé la poule et du cochon , qui sont les pins fécondes , sont aussi les plus généralement
j. L'éléphant , le chameau , le cheval, l’âne , te bœuf , la brebis , la chèvre , le cochon , le chien , Te chat , le lama , la vigogne, le buffle. Les poules , les oies , les dindons , les canards , les paons , tes ^faisans , les pigeons.
180 DES ÉPOQUES DE LA NATURE
répandues, comme si l’aptitude à la plus grande multiplication éloit accompagnée de cette vigueur de tempérament qui brave tous les inconvéniens. On a trouvé la poule et le cochon dans les parties les moins fréquentées de la terre, à Otahiii, et dans les autres îles de tout temps inconnues et les plus éloignées des continens : il semble que ces espèces aient suivi celle de l’homme dans toutes ses migrations. Dans le continent isolé de l’Amérique méridionale, où nul de nos animaux n’a pu pénétrer , on a trouvé le pécari et la poule sauvage, qui, quoique plus petits et un peu différens du cochon et de la poule de noire continent . doivent néanmoins être regardés comme espèces trèsvoi'ines, qu’on pourroil de même réduire eu domesticité : mais l’homme sauvage n’ayant point d’idée de la société n’a pas même cherché celle des animaux. Dans toutes les terres de l’Amérique méridionale, les sauvages n’ont point d’animaux domestiques; ils détruisent indifféremment les bonnes espèces comme les mauvaises; ils ne font choix d’aucune pour les élever et les multiplier, tandis qu’une seule espèce féconde, comme celle du hocco *, qu’ils ont sous la main , leur fournirait sans peine, et. seulement avec un peu de soin , plus de subsistances qu’ils ne peuvent s’en procurer par leurs chasses pénibles.
Aussi le premier trait de l’homme qui commence à se civiliser est l’empire qu’il sait prendre sur les animaux; et. ce premier trait de son intelligence devient ensuite le plus grand caractère de sa puissance sur la nature : car ce n’est qu’après se les être soumis qu’il a, par leur secours, changé la face de la terre, converti les déserts en guérets et les bruyères en épis. En multipliant les espèces utiles d’animaux , l’homme augmente sur la terre la quantité de mouvement et de vie; il ennoblit en même temps la suite entière des êtres, et s’ennoblit luimême, en transformant le végétal en animal, et tous deux en sa propre substance, qui se répand ensuite par une nombreuse multiplication ; partout il produit l’abondance , toujours suivie de la grande population ; des millions d’hommes existent dans le même espace qu’occupoient autrefois deux ou trois cents sauvages , des milliers d’animaux où il y avoil à peine quelques individus; par lui et pour lui les germes précieux sont les seuls développés, les productions de la classe la plus noble les seules cultivées; sur l’arbre
t. Gros oiseau très- fécond , et dont la chair est aussi bonne que celle du faisan.
immense de la fécondité les branches à fri seules subsistantes et toutes perfectionné
Le grain dont l’homme fait son pain n’< point un don de la nature, mais le gran l’utile fruit de ses recherches et de sou i telligence dans le premier des arts ; nu part sur la terre ou n’a trouvé de blé sa vage, et c’est évidemment une herbe pi fcclionnée par ses soins ; il a doue fallu i connoître et choisir entre mille et mi autres cette herbe précieuse ; il a fallu semer , la recueillir nombre de fois po s’apercevoir de sa multiplication, toujoi proportionnée à la culture et à l’engrais c terres. Et cette propriété , pour ainsi d; unique, qu’a le froment de résister, da son premier âge , au froid de nos hivei quoique soumis, comme toutes les plant annuelles* à périr après avoir donné graine; et la qualité merveilleuse de ce; graine , qui convient à tous les hommes tous les animaux, à presque tous les clima qui d’ailleurs se conserve long-temps si altération , sans perdre la puissance de reproduire ; tout nous démontre que c’t la plus heureuse découverte que î’homj ail jamais faite, et que, quelque ariciei | qu’on veuille la supposer, elle a néanmoi été précédée de l’art de l’agriculture, for] sur la science et perfectionné par l’obJ yation.
Si l’on veut des exemples plus moder i et même réeens de la puissance de l’hom sur la nature des végétaux , il n’y a t ) comparer nos légumes , nos fleurs , et fruits, avec les mêmes espèces telles qu’t étoient il y a cent cinquante ans : c comparaison peut se faire immédiatem et très-précisément en parcourant des y la grande collection de dessins coloij commencée dès le temps de Gaston d t léans, et qui se continue encore aujourd j au Jardin du Roi : on y verra peut avec surprise que les plus belles fleur i ce temps, renoncules, oeillets, tulipes, o ; s les-d’ours , etc. , seroient rejetées auji n d’hui, je ne dis pas par nos fleuristes, 1 litj par les jardiniers de village. Ces fle quoique déjà cultivées alors, n’étoient e® encore bien loin de leur état de nature [&e simple rang de pétales , de longs pistil iifl) des couleurs dures ou fausses, sans vel :|eQ sans variété , sans nuances, tous carac jîe, agrestes de la nature sauvage. Dans les s , tes potagères, une seule espèce de cliit np et deux sortes de laitues , toutes deux mauvaises; tandis qu’aujourd’hui nous feou vons compter plus de cinquante laiti ■ ^
I ’i 'llé
SEPTIÈME ÉPOQUE. 181
ehieorées /toutes très-bonnes au goût. Nous du ire les mêmes fruits que l’individu dont pouvons de même donner la date très-mo- on lés a séparés pour les unir au sauva-
derne de nos meilleurs fruits à pépin et à geon, lequel ne leur communique aucune
noyau , tous différens de ceux des anciens, de ces mauvaises qualités, parce qu’il n’a
auxquels ils ne ressemblent que de nom. pas contribué à leur formation, qu’il n’est
D’ordinaire les choses restent, et les noms pas une mère, mais une simple nourrice
changent avec le temps; ici c’est le con- qni ne sert qu’à leur développement par la
ïraire , les noms sont demeurés et les choses nutrition.
>nt changé : nos pèches, nos abricots, nos Dans les animaux, la plupart des qualités aoires, sont des productions nouvelles aux- qui paroissent individuelles ne laissent pas
quelles on a conservé les vieux noms des de se transmettre et de se propager par la
iroductions antérieures. Pour n’en pas dou- même voie que les propriétés spécifiques :
er, il ne faut que comparer nos fleurs et il étoit donc plus facile à l’homme d’influer
10s fruits avec les desCrip lions ou plutôt sur la nature des animaux que sur celle des
es notices que les auteurs grecs et latins végétaux. Les races , dans chaque espèce
ious en ont laissées; toutes leurs fleurs d’animal, ne sont que des variétés consian-
toient simples, et tous leurs arbres fruitiers tes, qui se perpétuent par la génération,
l’étoient que des sauvageons assez mal clioi- au lieu que, dans les espèces végétales, il
is dans chaque genre, dont les petits fruits, n’y a point de races, point de variétés assez
près ou secs , n’avoient ni la saveur ni la constantes pour être perpétuées par la re-
eauté des nôtres. production. Dans les seules espèces de la
Ge n’est pas qu’il y ait aucune de ces poule et du pigeon, l’on a fait naître trèsionnes et nouvelles espèces qui ne soit ori- récemment de nouvelles races en grand nom linairement issue d’un sauvageon; mais com- bre, qui toutes peuvent se propager d’ellesien de fois n’a-t-il pas fallu que l’homme mêmes : tous les jours, dans les autres esit tenté la naiure pour en obtenir ces es- pèces , on relève , on ennoblit les races en èces excellentes ! combien de milliers de les croisant ; de temps en temps on acclierrnes n’a-t-il pas été obligé de confier à mate, on civilise quelques espèces étrangères i terre pour qu’elle les ait enfin produits! ou sauvages. Tous ces exemples modernes 3 n’est qu’en semant , élevant . cultivant , et récens prouvent que l’homme n’a connu jt mettant à fruit un nombre presque infini que tard l’étendue de sa puissance; et que e végétaux de la même espèce, qu’il a pu même il ne la connoît pas encore assez; îconnqître quelques individus portant des elle dépend en entier de l’exercice de son uits plus doux et meilleurs que les autres : intelligence : ainsi plus il observera , plus il
; celte première découverte, qui suppose cultivera la nature, plus il aura de moyens ?jà tant de soins, seroit encore demeurée pour se la soumettre, et de facilités pour jérile à jamais s’il n’en eut fait une seconde, tirer de son sein des richesses nouvelles , îi suppose autant de génie que la première sans diminuer les trésors de son inépuisable i Jugeoit de patience; c’est d'avoir trouvé le fécondité.
I oyen de multiplier par la greffe ces indi- Et que ne pourroit-il pas sur lui-même, id dus précieux qui malheureusement ne peu- je veux dire sur sa propre espèce, si la vo- • tnt faire une lignée aussi noble qu’eux , lonté étoit toujours dirigée par l’intelliat propager par eux-mêmes leurs excellen- gencC! Qui sait jusqu’à quel point l’homme
0 s qualités : et cela seul prouvé que ce ne pourvoit perfectionner sa nature, soit au
iii nt en effet que des qualités purement in- moral , soit au physique? Y a-t-il une seule ; viduelles , et non des propriétés spécifi- nation qui puisse se vanter d’être arrivée l] ies; car les pépins ou noyaux de ces excei- au meilleur gouvernement possible, qui sent ns fruits ne produisent, comme les autres, rou de rendre tous les hommes non pas
re ie de simples sauvageons , et par consé- également heureux , mais moins inégale-
til lent ils ne forment pas des espèces qui en ment malheureux , en veillant à leur corn i\ ient essentiellement différentes: mais, au serval ion-,' à l’épargne de leurs sueurs et d& at oyen de la greffe, l’homme a, pour ainsi leur sang par la paix, par l’abondance des >s||re,créé des espèces secondaires qu’il peut subsistances, par les aisances de la vie, et lii jropager et multiplier à son gré. Le bouton les facilités pour leur propagation ? Voilà ls 1 la petite branche qu’il joint au sauva- le but moral de toute société qui cherche à
« on renferme cette qualité individuelle qui s’améliorer. Et , pour le physique, la mé-
ilf ! peut se transmettre par la graine, et qui decine et les autres arts dont l’objet est de
a besoin que de se développer pour pro- nous conserver sont-ils aussi avancés , aussi
i82 des époques de la nature.
connus, que les arts destructeurs enfantés par la guerre? Il semble que de tout temps l’homme ait fait moins de réflexions sur le bien que de recherches pour le mal : toute société est mêlée de l’un et de l’autre; et comme de tous les sentimens qui affectent la multitude , la crainte est le plus puissant , les grands talèns dans l’art de faire du mal ont été les premiers qui aient frappé l’esprit de l’homme; ensuite ceux qui font amusé Ont occupé son cœur; et ce n’est qn’après un trop long usage de ces deux moyens de faux honneur et de plaisir stérile qu’enfin il a reconnu que sa vraie gloire est la science, cl la paix son vrai bonheur.
ADDITIONS DE BUFFON
(Sur la page 3?,3.)
La période de six cents ans dont Josèphe dit que se servoient les anciens patriarches avant le déluge est une des plus belles et des plus exactes que l’on ait jamais inventées. Il est de fait que, prenant le mois lunaire de 29 jours 12 heures 44 minutes 3 secondes , on trouve que 219 mille 146 jours 1/2 font 7 mille 421 mois lunaires ; et ce même nombre de 219 mille 146 jours 1/2 donne 600 années solaires, chacune de 365 jours 5 heures 5 1 minutes 36 secondes , d’où résulte le mois lunaire à une seconde près, tel que les astronomes modernes l’ont déterminé, et l’année solaire plus juste qu’Hipparque et Ptolémée ne l’ont donnée plus de deux mille ans après le déluge. Josèphe a cité, comme ses garans , Manéthon , Bérose , et plusieurs autres anciens auteurs dont les écrits sont perdus il y a long-temps. . . Quel que soit le fondement sur lequel Josèphe a parlé de cette période , il faut qu’il y ait eu réellement et de temps immémorial une telle période ou grande année, qu’on avoit oubliée depuis plusieurs siècles , puisque les astronomes qui sont venus après cet historien s’en seroient servis préférablement à d’autres hypothèses moins exactes pour la détermination de l’année solaire et du mois lunaire, s’ils l’avoient connue , ou s’en seroient fait honneur , s’ils l’avoient imaginée.
« Il est constant, dit le savant astronome Dominique Cassini , que dès le premier âge du monde , les hommes a voient déjà fait de grands progrès dans la science du mouvement des astres : on pourroit même avancer qu’ils en avoient beaucoup plus de connoissancesque l’on n’en a eu long-temps depuis
le déluge , s’il est bien vrai que l’année donl les anciens patriarches se servoient fût d< la grandeur de celles qui composent la grand* période de six cents ans dont il est fait men tion dans les antiquités des Juifs , écrite: par Josèphe. Nous ne trouvons dans le:
monumens qui nous restent de toutes le autres nations aucun vestige de cette périod de six cents ans , qui est une des plus belle que l’on ait encore inventées. »
M. Cassini s’en rapporte , comme on voit à Josèphe, et Josèphe avoit pour garans le historiographes égyptiens, babyloniens, phe niciens , et grecs ; Manéthon , Bérose , M( chus, Hcstiéus, Jérôme l’Égyptien , Hé siode, Hécatée, etc., dont les écrits poi voient subsister et subsistoient vraisembl: blement de son temps.
Or , cela posé , et quoi qu’on puisse oppi ser au témoignage de ces auteurs, M. ( Mairan dit , avec raison, que l’incompétenï des juges ou des témoins ne sauroit avo lieu ici. Le fait dépose par lui-même s* authenticité : il suffit qu’une semblable p riode ait été nommée, il suffit qu’elle ; existé , pour qu’on soit en droit d’en co dure qu’il aura donc aussi existé des sièd d’observations et en grand nombre , q l’ont précédée; que l’oubli dont elle fut si; vie est aussi bien ancien , car ou doit i garder comme temps d’oubli tout celui l’on a ignoré la justesse de cette période, où l’on a dédaigné d’en approfondir les é mens et de s’en servir pour rectifier la the « rie des mouvemens célestes , et où l’on s’ avisé d’y en substituer de moins exact Donc, si Hipparque , Méton, Pythagob Thaïes , et tous les anciens astronomes la Grèce , ont ignoré la période de six ce ans , on est fondé à dire qu’elle étoit ouh ! non seulement chez les Grecs , mais aussi ; A Égypte , dans la Phénicie , et dans la Cl : dée, où les Grecs avoient tous été pu leur grand savoir en astronomie.
(Sur ta page 326.) ! J
Les astronomes et les philosophes gh ® avoient puisé en Égypte et aux Indes la ] grande partie de leurs connoissances. ! ^ Grecs étoient donc des gens très-nouve «1 en astronomie en comparaison des Indie j » des Chinois , et des Atlantes liabitans 4 l’ Afrique occidentale; Uranus et Atlas C 0 ces derniers peuples , Fo-hi à la Chi » Mercure en Égypte , Zoroastre en Perse, 1 ®
Les Atlantes , chez qui régnoit Atlas, j 1 roissent êtr e les plus anciens peuples de 1 *
SEPTIÈME
Trique , et beaucoup plus anciens .qne. les égyptiens. La théogonie des Allantes , rapportée par Diodore de Sicile , s’est probablement introduite en Égypte , en Ethiopie, ît en Phénicie , dans le temps de cette grande rr option dont il est parlé dans le Timèe de Platon, d’un peuple innombrable qui sortit le file Atlantide et se jeta sur une grande jartie de l’Europe, de l’Asie , et de ÏAfripie.
Dans l’occident de l’Asie, dans l’Europe, lans l’Afrique , tput est fondé sur les conloissances des Atlantes , tandis que les peuples orientaux , chaldéens , indiens , et chiliaois , n’ont été instruits que plus tard , et >nt toujours formé des peuples qui n’ont pas :u de relation avec les Atlautes , dont riruption est plus ancienne que la première late d’aucun de ces derniers peuples.
Atlas, fils d’Uranus et frère de Saturné, jfivoit , selon Manéthon et Dicéarque , 3 aille 900 ans environ avant l’ère chrétienne.
Quoique Diogène-Laërce , Hérodote, Dioore de Sicile , Pomponius Mêla , etc. , donnent à l’âge d’Uranus, les uns 48 mille 860 ns, les autres 23 mille ans , etc. , cela ’empêche pas qu’en réduisant ces années à 1 vraie mesure du temps dont on se seroit dans différens siècles chez ces peuples , es mesures ne reviennent au même, c’est- -dire à 3 mille 890 ans avant l’ère chréenne.
Le temps du déluge, selon les Septante, été 2 mille 256 ans après la création.
L’astronomie a été cultivée en Égypte plus e trois mille ans avant l’ère chrétienne ; on eut le démontrer par ce que rapporte Ptoléîée sur le lever héliaque de Sirius : ce lever e Sirius étoit très-important chez les Égypens , parce qu’il annonçoit le débordement u Nil.
Les Chaldéens paroissent plus nouveaux ans la carrière astronomique que les Égypens.
Les Égyptiens connoissoientle mouvement
I ju soleil plus de 3 mille ans avant Jésushrist, et les Chaldéens plus de 2 mille 473
s! ÎS*
II II y avoit chez les Phrygiens un temple J édié à Hercule qui paroi t avoir été fondé f; mille 800 ans avant l’ère chrétienne, et
m sait qu’ Hercule a été dans l’antiquité 'emblème du soleil.
On peut aussi dater les connoissances asonomiques chez les anciens Perses plus de mille 200 ans avant Jésus-Christ.
L’astronomie chez les Indiens est tout ; issi ancienne ; ils admettent quatre âges,
qjt p^t au commencement du quatrième qu’est liée leur première époque astronomique : çet âge duroit en 1762 depuis 4 mille 863 ans, ce gui remonté à l’année 3io2 avaqt Jéàus-Ghrist. Ce dernier âge des iidàièhs est réellement composé d’ànnées solaires ; mais les trois autres , dont le premier est de 1 million 728 mille années*, le second de 1 million 296 mille, elle troisième de 864 mille années , sont évidemment composés d’années ou plutôt dé révolutions de temps beaucoup plus courtes que les années solaires.
Il est aussi démontre par les époques astronomiques que les Chinois avoient cultivé l’astronomie plus de 3 mille ans avant Jésus- Christ , et des le temps de Fo-hi.
Il y a donc une espèce de niveau entre ces peuples égyptiens , chaldéens ou perses , indiens, chinois , et tartares. Ils ne s’élèvent pas plus les uns que les autres dans l’antiquité, et cette époque remarquable de trois mille ans d’ancienneté pour l’astronomie est à peu près la même partout.
« Ceux qui résident depuis long-temps dans la Pensylvanie et dans les colonies voisines ont observé, dit M. Hugues Williamson , que leur climat a considérablement changé depuis quarante ou cinquante ans , et que les hivers ne sont point aussi froids
« La température de l’air dans la Pensylvanie est différente de celle des contrées de l’Europe situées sous le même parallèle. Pour juger de la chaleur d’un pays , il faut non seulement avoir égard à sa latitude, mais encore à sa situation et aux vents qui ont coutume d’y régner , puisque ceux-ci ne sauroient changer sans que le climat change aussi. La face d’un pays peut être entièrement métamorphosée par la culture ; et l’on se convaincra , en examinant la cause des vents , que leur cours peut pareillement prendre de nouvelles directions
« Depuis l’établissement de nos colonies , continue M. Williamson, nous sommes parvenus non seulement à donner plus de chaleur au terrain des cantons habités, mais encore à changer en partie la direction des vents. Les marins , qui sont les plus intéressés à cette affaire , nous ont dit qu’il leur falloit autrefois quatre ou cinq semaines pour aborder sur nos côtes, tandis qu’aujourd’hui ils y abordent avec la moitié moins de temps. On convient encore que le froid est moins rude , la neige moins abondante et moins continue qu’elle ne l’a jamais été , depuis que nous sommes établis dans cette province
DES ÉPOQUES DE LA NATURE
« Il y a plusieurs autres causes qui peuvent augmenter et diminuer la chaleur de l’air ; mais on ne sauroit m’alléguer cependant un seul exemple du changement de climat , qu’on ne puisse attribuer au défrichement du pays où il a lieu. On m’objectera celui qui est arrivé depuis dix-sept cents ans dans l’Italie et dans quelques contrées de l’Orient , comme une exception à cette règle générale. On nous dit que lTtaiie étoit mieux cultivée du temps d’Auguste qu’elle ne l’est aujourd’hui , et que cependant le climat y est beaucoup plus tempéré. ... Il est vrai que l’hiver étoit plus rude en Italie il y a dix-sept cents ans qu’il ne l’est aujourd’hui .... mais on peut en attribuer la cause aux vastes forêts dont l’Allemagne, qui est au nord de Rome , étoit couverte dans ces
temps là Il s’élevoit de ces déserts i
cultes des vents du nord perçans, qui ; répandoient comme un torrent dans l’Itali et y causoient un froid excessif. . . et l’a étoit autrefois si froid dans ces régions i cultes, qu’il devoit détruire la balance dai l’atmosphère de l’Italie , ce qui n’est plus c nos jours ....
« On peut donc raisonnablement conclu] que dans quelques années d’ici, et lorsqi nos descendans auront défriché la paî t intérieure de ce pays , ils 11e seront presqi plus sujets à la gelée ni à la neige, et qi leurs hivers seront extrêmement tempérés.
Ces vues de M. Williamson sont très-ju. les , et je ne doute pas que notre postéri ne les voie confirmées par l’expérience.
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