‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 5)Chapitre 75 sur 147 · DE LA CARTE · texte numérisé non relu

DE LA CARTE

ces régions australes se trouvent sur les mers les plus éloignées des terres , comme dans les mers des Grandes-Indes et vis-à-vis le cap de Bonne-Espérance , et qu’au cou traire les glaces les moins avancées se trouvent dans le voisinage des terres, comme à la pointe de rAmérique , et des deux côtés de cette pointe, tant dans la mer Atlantique que dans la mer Pacifique. Ainsi la partie la moins froide de cette grande zone antarctique est vis-à-vis l’extrémité de rAmérique, qui s’étend jusqu’au 56e degré de latitude, tandis que la partie la plus froide de cette même zone est vis-à-vis de la pointe de l’Afrique, qui ne s’avance qu’au 34e degré, et vers la mer de l’Inde , où il n’y a point de terre : or, s’il en est de même du côté du pôle arctique , la région la moins froide seroit celle du Spitzberg et du Groenland, dont les terres s’étendent à peu près jusqu’au 80e degré, et la région la plus froide seroit celle de la partie de mer entre l’Asie et l’Amérique, en supposant que cette région soit en effet une mer.

De toutes les reconnoissances faites par M. Cook, on doit inférer que la portion du globe envahie par les glaces depuis le pôle antarctique jusqu’à la circonférence de ces régions glacées est, en superficie, au moins cinq ou six fois plus étendue que l’espace envahi par les glaces autour du pôle arctique ; ce qui provient de deux causes assez évidentes : la première est le séjour du soleil, plus court de sept jours trois quarts par an dans l’hémisphère austral que dans le boréal ; la seconde et plus puissante cause est la quantité de terres infiniment plus grande dans cette portion de l’hémisphère boréal que dans la portion égale et correspondante de l’hémisphère austral; car les continens de l’Europe , de l’Asie , et de l’Amérique , s’étendent jusqu’au 70e degré et au delà vers le pôle arctique , tandis que dans les régions australes il n’existe aucune terre depuis le 5oe ou même le 45e degré que celle de la pointe de l’Amérique , qui ne

I s’étend qu’au 56e avec les îles Falkland , la petite île Géorgie, et celle de Sandwich, qui est moitié terre et moitié glace ; en sorte que cette grande zone australe étant entièrement maritime et aqueuse , et la boréale presque entièrement terrestre, il n’est pas étonnant que le froid soit beaucoup plus grand et que les glaces occupent une bien plus vaste étendue dans ces régions australes que dans les boréales.

Et comme ces glaces ne feront qu’augmenter par le refroidissement successif de la

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