DE LA FIGURATION DES MINÉRAUX
Comme l’ordre de nos idées doit être îei le même que celui de la succession des temps, et que le temps ne peut nous être représenté que par le mouvement et par ses effets , c’est-à-dire par la succession des opérations de la nature, nous la considérerons d’abord dans les grandes masses qui sont les résultats de ses premiers et grands travaux sur le globe terrestre; après quoi nous essaierons de la suivre dans ses procédés particuliers , et tâcherons de saisir la combinaison des moyens qu’elle emploie pour former les petits volumes de ces matières précieuses dont elle paroît d’autant plus avare qu’elles sont en apparence plus pures et plus simples ; et quoique , en général , les substances et leurs formes soient si différentes qu’elles paroissent être variées à l’infini, nous espérons qu’en suivant de près la marche de la nature en mouvement, dont nous avons déjà tracé les plus grands pas dans ses époques, nous ne pourrons nous égarer que quand la lumière nous manquera, faute de connoissances acquises par l’expérience encore trop courte des siècles qui nous ont précédés.
Divisons, comme l’a fait la nature, en trois grandes classes toutes les matières brutes et minérales qui composent le globe de la terre; et d’abord considérons-les une à une, en les combinant ensuite deux à deux , et enfin en les réunissant ensemble toutes trois.
La première classe embrassé les matières qui, ayant été produites par le fou primitif, n’ont point changé de nature , et dont les grandes masses sont celles de la roche intérieure du globe et des éminences qui forment les appendices extérieures de cette roche, et qui , comme elle , sont solides et vitreuses : on doit donc y comprendre le roc vif , les quartz , les jaspes , le feld-spatb , les schorls , les micas , les grès , les porphyres , les granités, et toutes les pierres de première et même de seconde formation qui ne sont par calcinables , et encore les sables vitreux, les argiles , les schistes , les ardoises , et toutes les autres matières provenant de la décomposition et des débris des matières primitives que l’eau aura délayées , dissoutes , ou dénaturéès.
La seconde classe comprend les matières qui ont subi une seconde action du feu , et
qui ont été frappées par les foudres de l’électricité souterraine , ou fondues par le feu des volcans , dont les grosses masses sont leS laves, les basaltes, les pierres ponces, les pouzzolanes , et les autres matières volcaniques , qui nous présentent en petit des. produits assez semblables à ceux de l’action du feu primitif ; et ces deux classes sont celles de la nature brute; car toutes les matières qu’elles contiennent ne portent que peu ou point de traces d’organisation.
La troisième classe contient les substances calcinables , les terres végétales , et toutes les matières formées dû détriment et des dépouilles des animaux et des végétaux par l’action ou l’intermède de l’eau, dont les grandes masses sont les rochers et les bancs des marbres, des pierres calcaires, des craies, des plâtres , et la couche universelle de terre végétale qui couvre la surface du globe, ainsi que les couches particulières de tourbes, de | bois fossiles , et de charbons de terre, qui se | trouvent dans son intérieur.
C’est surtout dans cette troisième classe que se voient tous les degrés et toutes les j nuances qui remplissent l’intervalle entre la j matière brute et les substances organisées; j et cette matière intermédiaire , pour ainsi 1 dire mi-partie de brut et d’organique , sert ; également aux productions de la nature ac- ! tive dans les deux empires de la vie et de • la mort : car comme la terre végétale et tou- ; tes les substances calcinables contiennent beaucoup plus de parties organiques que les ! autres matières produites ou dénaturées par . le feu, ces parties organiques, toujours ac- j tives , ont fait de fortes impressions sur la ! matière brute et passive; elles en ont tra- j vaillé toutes les surfaces et quelquefois pé- j nétré l’épaisseur; l’eau développe, délaie, j entraîne, et dépose ces élémens organiques 1 sur les matières brutes : aussi la plupart des j minéraux figurés ne doivent leurs différentes t formes qu’au mélange et aux combinaisons de cette matière active avec l’eau qui lui sert , de véhicule. Les productions de la nature ! organisée , qui , dans l’état de vie et de vé- j gétation , représentent sa force et font l’or- } nement de la terre, sont encore, après la j mort , ce, qu’il y a de plus noble dans la nature brute : les détrimens des animaux et
IL ,llfl jir
Ils végétaux conservent des molécules orniqués activés , qui communiquent à cette itière passive les premiers traits de I’ornisatioQ en lui donnant la forme extéïure. Tout minéral figuré a été travaillé r ces molécules organiques provenant du triment des êtres organisés , ou par les émières molécules organiques existantes ant leur formation : ainsi les minéraux Jurés tiennent tous de près ou de loin à la iture organisée ; et il n’y a de matières en- ;rement brutes que celles qui ne portent icun trait de figuration ; car l’organisation comme toute autre qualité de la matière, s degrés et ses nuances , dont les caractès lès plùS généraux, les plus distincts , et s résultats les plus évidens, sont la vie ins les animaux , la végétation dans lçs antes, et la figuration dans les minéraux.
I Le grand et le premier instrument avec Iquel la nature opère toutes ses merveilles ït cette force universelle , constante , et pépiante , dont elle anime chaque atome de latière en leur imprimant une tendance iutuelle à se rapprocher et s’unir. Son autre rand moyen est la chaleur , et cette seconde irce tend à séparer tout ce que la première réuni : néanmoins elle lui est subordonnée; jir l’élément du feu , comme toute autre latière, est soumis à la puissance générale e la force attractive. Celle-ci est d’ailleurs paiement répartie dans les substances ôrga- 'jisées , comme dans les matières brutes; |lle est toujours proportionnelle à la masse: oujours présente , sans cesse active , elle jeut travailler la matière dans les trois dimensions à la fois , dès qu’elle est aidée de |i chaleur, parce qu’il n’y a pas un point liu’elle ne pénètre à tout instant , et que par Ijonséquent £Ia chaleur ne puisse étendre et développer, dès qu’elle se trouve dans la proportion qu’exige l’état des matières sur lesquelles elle opère. Ainsi , par la combijiaison de ces deux forces actives , la matière luctile, pénétrée et travaillée dans tous ses jïoints , et par conséquent dans les trois dimensions à la fois , prend la forme d’un j;erme organisé, qui bientôt déviendra vivant pu végétant par la continuité de son développement et de son extension proportionnelle en longueur, largeur, ét profondeur. [Mais si ces deux forces pénétrantes ét productrices , l’attraction et la chaleur, au lieu d’agir sur des substances molles et ductiles, viennent à s’exercer sur des matières sèches et dures qui leur opposent trop de résistance, talors elles ne peuvent agir que sur la surface, sans pénétrer Fintérieur de cette matière
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trop dure ; elles ne pourront donc , malgré toute leur activité, la travailler que dans deux dimensions au lieu de trois , en traçant à sa superficie quelques linéamens ; et cette matière n’étant travaillée qu’à la surface né pourra prendre d’autre forme que celle d’un minéral figuré. La nature opère ici comme Fart de l’homme , il ne peut que tracer des figures et former des surfaces ; mais dans ce genre même de travail , le seul où nous puissions l’imiter, elle nous est encore si supérieure , qu’aucun de nos ouvrages ne peut approcher des siens.
Le germe de l’animal ou du végétal étant formé par la réunion des molécules organiques avec une petite portion de matière ductile, ce moule intérieur une fois donné et bientôt développé par la nutrition suffit pour communiquer son empreinte , et rendre sa même forme à perpétuité , par toutes les voies de la reproduction et de la génération; au lieu que, dans le minéral, il n’y a point de germe , point de moule intérieur capable de se développer par la nutrition , ni de transmettre sa forme par la reproduction.
Les animaux et les végétaux , se reproduisant également par eux -mêmes, doivent être considérés ici comme des êtres semblables pour le fond et les moyens d’organisation; les minéraux, qui ne peuvent se reproduire par eux-mêmes, et qui néanmoins se produisent toujours sous la même forme, en diffèrent par l’origine et par leur structure , dans laquelle il n’y a que des traces superficielles d’organisation. Mais , pour bien saisir cette différence originelle , on doit se rappeler 1 que, pour former un moule d’animal ou de végétal capable de se repro-, duire , il faut que la nature travaille la ma tière dans les trois dimensions à la fois , et que la chaleur y distribue les molécules organiques dans les mêmes proportions, afin que la nutrition et l’accroissement suivent cette pénétration intime, et qu’ enfin la reproduction puisse s’opérer par le superflu dé ces molécules organiques , renvoyées de toutes les parties du corps organisé lorsque son accroissement est complet: or, dans le minéral , cette dernière opération , qui est le suprême effort de la nature , ne se fait ni ne tend à se faire; il n’y a point de molécules organiques superflues qui puissent être renvoyées pour la reproduction. L’opération qui la précède, c’est-à-dire celle de la nutrition, s’exerce dans certains corps organisés qui ne
i. Voyez les articles où il est traité de la nu tri» tion et de la reproduction.
Figuration des minéraux.
MINERAUX
se reproduisent pas , et qui ne sont produits eux-mêmes que par une génération spontanée : mais cette seconde opération est encore supprimée dans le minéral; il ne se nourrit ni s’accroît par cette intus-susception qui, dans tous les êtres organisés, étend et développe leurs trois dimensions à la fois en égale portion : sa seule manière de croître est une augmentation de volume par la juxtaposition successive de ses parties constituantes , qui toutes n’étant travaillées que ; sur deux dimensions, c’est-à-dire en longueur et en largeur, ne peuvent prendre d’autre forme que celle de petites lames infiniment minces et de figures semblables ou différentes; et ces lames figurées, superposées, et réunies , composent , par leur agrégation, un volume plus ou moins grand et figuré de même. Ainsi , dans chaque sorte de minéral figuré, les parties constituantes, quoique excessivement minces , ont une figure déterminée qui borne le plan de leur surface, et leur est propre et particulière ; et comme les figures peuvent varier à l’infini , la diversité des minéraux est aussi grande que le nombre de ces variétés défiguré.
Cette figuration dans chaque lame mince est un trait , un vrai linéament d’organisation, qui, dans les parties. constituantes de chaque minéral, ne peut être tracé que par l’impression des élémens organiques ; et en effet , la nature, qui travaille si souvent la matière dans les trois dimensions à la fois, ne doit-elle pas opérer encore plus souvent en n’agissant que dans deux dimensions, et en n’employant à ce dernier travail qu’un petit nombre de molécules organiques , qui , se trouvant alors sut chargées de la matière brute, ne peuvent en arranger que les parties superficielles, sans en pénétrer l’intérieur pour en disposer le fond, et par conséquent sans pouvoir animer cette masse minérale d’une vie animale ou végétative? et quoique ce travail soit beaucoup plus simple que le premier , et que , dans le réel , il soit plus aisé d’effleurer la matière dans deux dimensions que de la brasser dans toutes trois à la fois, la nature emploie néanmoins les mêmes ; moyens et les mêmes agens ; la force pénétrante de l’attraction , jointe à celle de la chaleur , produisent les molécules organiques , et donnent le mouvement à la matière brute en la déterminant à telle ou telle forme , tant à l’extérieur qu’à l’intérieur lorsqu’elle est travaillée dans les trois dimensions, et c’est de cette matière que se sont formés les germes des végétaux et des animaux : mais, dans les minéraux , chaque pe-
tite lame infiniment mince n’étant travaillée que dans deux dimensions par un pldt ou 11 moins grand nombre d’élémens organiques, 1 elle ne peut recevoir qu’autour de sa sur- !l face une figuration plus ou moins régulière; ?r et si l’on ne peut nier que cette figuration 'P ne soit un premier trait d’organisation , c’esl 1 aussi le seul qui se trouve dans les miné 1 raux : or, celte figure une fois donnée i Sl chaque laine mince , à chaque atome du mi- 5 néral , tous ceux qui l’ont reçue se réunissent par la force de leur affinité respective, 1 laquelle , comme je l’ai dit 1 , dépend ici . plus de la figure que de la masse; et bientôt ces atomes en petites lames minces , tous figurés de même, composent un volume sensible et de même figure; les prismes du cristal , les rhombes des spaths calcaires , les cubes du sel marin, les aiguilles du nitre , etc. , et toutes les figures anguleuses , régulières ou irrégulières des minéraux , sont tracées par les molécules organiques , et particulièrement par les molécules qui proviennent du résidu des animaux et végétaux dansi les matières calcaires, et dans celles de la couche universelle de terre végétale qui cou vre la superficie du globe : c’est donc à ces matières mêlées d’organique et de brut que l’on doit rapporter l’origine primitive des minéraux figurés.
Ainsi toute décomposition, tout détriment de matière animale ou végétale, sert non seulement à la nutrition , au développement, et à la reproduction des êtres , mais cettei même matière active opère encore comme cause efficiente la figuration des minéraux: elle seule, par son activité différemment dirigée , suivant les résistances de la matière; inerte, peut donner la figure aux parties constituantes de chaque minéral , et il ne; faut qu’un très-petit nombre de molécules organiques pour imprimer cette trace super- i ficielle d’organisation dans le minéral dont elles ne peuvent travailler l’intérieur ; et 1 c’est par cétte raison que ces corps étant ! toujours bruts dans leur substance , ils ne* peuvent croître par la nutrition comme les1 êtres organisés, dont l’intérieur est actif dans tous les points de la masse , et qu’ils n’ont que la faculté d’augmenter de volume par une simple agrégation superficielle de leurs parties.
Quoique celte théorie sur la figuration des minéraux soit plus simple d’un degré que celle de l’organisation des animaux, et des végétaux , puisque la nature ne travaille
i. Voyez de la Nature, seconde Vue.