‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 5)Chapitre 79 sur 147 · FIGURATION DES MINERAUX · texte numérisé non relu

FIGURATION DES MINERAUX

que dans deux dimensions au lieu de trois; quoique cette idée 11e soit qu’une exten- ) ou même une conséquence de mes vues la nutrition , le développement , et la roduclion des êtres, je ne m’attends pas voir universellement accueillie , ni même ptée de sitôt par le plus grand nombre; reconnu que les gens peu accoutumés idées abstraites ont peine à concevoir moules intérieurs et le travail de la na- ; sur la matière dans les trois dimensions 1 fois ; dès lors ils ne concevront pas ux qu’elle ne travaille que dans deux ensions pour figurer les minéraux : cedant rien ne me paroît plus clair, pourvu m 11e borne pas ses idées à celles que s présentent nos moules artificiels; tous sont qu’extérieurs, et ne peuvent que rer les surfaces, c’est-à-dire opérer sur x dimensions : mais l’existence du moule rieur et son extension , c’est-à-dire ce ail de la nature dans les trois dimensions fois , son! démontrées par le développent de tous les germes dans les végétaux, tous les embryons dans les animaux, que toutes leurs parties , soit extérieures, i intérieures , croissent proporlionnelleit ; ce qui ne peut se faire que par l’auglaliondu volume de leurs corps dans les ; dimensions à la fois. Ceci n’est donc jit un système idéal fondé sur des supti-ons hypothétiques , mais un fait cônjt démontré par un effet général , tous existant , et à chaque instant renoudans la nature entière : tout ce qu’il y : nouveau dans cette grande vue , c’est | oir aperçu qu’ayant à sa disposition la 5 je pénétrante de l’attraction, et celle de ,e lialeur , la nature peut travailler l'intéjj r des corps et brasser la matière dans | trois dimensions à la fois , pour faire ,nj tre les êtres organisés , sans que leur

I altère en prenant trop ou trop peu ion dans chaque dimension. Un , un animal, un arbre, une plante, mt tous les corps organisés , sont aumoules intérieurs dont toutes les croissent proportionnellement , et séqiient s’étendent dans les trois dits à la fois ; sans cela l’adulte ne resoit pas à l’enfant , et là forme de tous se corromproit dans leur accroisse- ;ar , en supposant que la nature mantalement d’agir dans l’une des trois ons, l’ètre organisé seroit bientôt non mt défiguré , mais détruit , puisque •ps cesseroit de croître à l’interieur ulrition , et dès lors le solide, réduit

Eüffon. II,

à la surface , ne pourroit augmenter que par l’application successive des surfaces les unes contre les autres , et par conséquent d’animal ou végétal il deviendroit minéral, dont effectivement la composition se fait par la superposition de petites lames presque infiniment minces qui n’ont été travaillées que sur les deux dimensions de leur surface en longueur et en largeur , au lieu que les germes des animaux et des végétaux ont été travaillés non seulement en longueur et en largeur, mais encore dans tous les points de l’épaisseur, qui fait la troisième dimension; en sorte qu’il n’augmente pas par agrégation comme le minéral , mais par la nutrition , c’est-à-dire par la pénétration de la nourriture dans toutes les parties de son intérieur, et c’est par cette intus-susception de la nourriture que l’animal et le végétal se développent et prennent leur accroissement sans changer de forme.

On a cherché à reconnoitre et distinguer les minéraux par le résultat de ^agrégation ou cristallisation de leurs particules : toutes les fois qu’on dissout une matière, soit par l’eau, soit par le feu, et qu’on la réduit à l’homogénéité , elle ne manque pas de se cristalliser, pourvu qu’on tienne cette matière dissoute assez long- temps en repos pour que les particules similaires et déjà figurées puissent exercer leur force d’affinité, s’attirer réciproquement, se joindre, et se réunir. Notre art peut imiter ici la nature dans tous les cas où il ne faut pas trop de temps , comme pour la cristallisation des sels, des métaux , et de quelques autres minéraux ; mais, quoique la substance du temps ne soit pas matérielle , néanmoins le temps entre comme élément général , comme ingrédient réel, et plus nécessaire qu’aucun autre , dans toutes les compositions de la matière : or la dose de ce grand élément ne nous est point connue; il faut peut-être des siècles pour opérer la cristallisation d’un diamant, tandis qu’il ne faut que quelques minutes pour cristalliser un sel. On peut même croire que , toutes choses égales d’ailleurs, la différence de la dureté des corps provient du plus ou moins de temps que leurs parties sont à se réunir; car comme la force d’affinité , qui est la même que celle de l’attraction, agit à tout instant et 11e cesse pas d’agir, elle doit avec plus de temps produire plus d’effet : or la plupart des productions de la nature dans le règne minéral exigent beaucoup plus de temps que nous ne pouvons en donner aux compositions artificielles par lesquelles nous cherchons à i3

MINERAUX

l’imiter. Ge n’est donc pas la faute de l’homme ; son art est borné par une limite qui est elle-même sans bornes ; et quand , par ses lumières , il pourroit reconnoître tous les élémens que la nature emploie, quand il les auroit à sa disposition , il lui manqueroit encore la puisrance de disposer du temps, et de faire entrer des siècles dans l’ordre de ses combinaisons.

Ainsi les matières qui paroissent être les plus parfaites sont celles qui, étant composées de parties homogènes, ont pris le pius de temps pour se consolider, se durcir, et augmenter de volume et de solidité autant qu’il est possible. Toutes ces matières minérales sont figurées; les élémens organiques tracent le plan figuré de leurs parties constituantes jusque dans les plus petits atomes, et laissent faire le reste au temps, qui, toujours aidé de la force attractive, a d’abord séparé les particules hétérogènes pour réunir ensuite celles qui sont similaires, par de simples agrégations, toutes dirigées par leurs affinités. Les autres minéraux qui ne sont

Î>as figurés ne présentent qu’une matière mite, qui ne porte aucun trait d’organisation ; et comme la nature va toujours par degrés et nuances, il se trouve des minéraux mi-partis d’organique et de brut , lesquels offrent des figures irrégulières , des formes extraordinaires, des mélanges plus ou moins assortis , et quelquefois si bizarres qu’on a grande peine à deviner leur origine , et même à démêler leurs diverses substances.

L’ordre que nous mettrons dans la contemplation de ces différons objets sera simple et déduit des principes que nous avons établis; nous commencerons par la matière la plus brute, parce qu’elle fait le fonds de toutes les autres matières, et même de toutes les substances plus ou moins organisées : or, dans ces matières brutes, le verre primitif est celle qui s’offre la première comme la plus ancienne, et comme produite par le feu dans le temps où la terre liquéfiée a pris sa consistance. Cette masse immense de

matière vitreuse, s’étant consolidée pai refroidissement, a formé des boursoufla et des aspérités à sa surface; elle a la en se resserrant une infinité de vides et fentes, surtout à l’extérieur, lesquels se s bientôt remplis par la sublimation ou fusion de toutes les matières métalliqi elle s’est durcie en roche solide à l’intérû comme une masse de verre bien recuit consolide et se durcit lorsqu’il n’est p< exposé à l’action de l’air. La surface de globe immense s’est divisée, fêlée, fendil réduite en poudre, par l’impression agens extérieurs : ces poudres de verre rent ensuite saisies, entraînées, et dépo, par les eaux , et formèrent dès lors les c ches de sable vitreux , qui , dans ces j miers temps, étoient bien plus épaisse plus étendues qu’elles ne le sont aujc d’hui; car une grande partie de ces dé de verre qui ont été transportés les premi par le mouvement des eaux ont ensuite réunis en blocs de grès , ou décomposé convertis en argile par l’action et l’in mède de l’eau. Ces argiles , durcies pa dessèchement, ont formé les ardoises et schistes; et ensuite les bancs calcaires. ]J duits par les coquillages , les madrépore j tous les détrimens des productions de la 1 1 ont été déposés au dessus des argiles et j schistes ; et ce n’est qu’après l'établissent local de toutes ces grandes masses cju<| sont formés la plupart des autres minértiJ Nous suivrons donc cet ordre, qmij tous est le plus naturel; et au lieu de c jj mencer par les métaux les plus riche!

par les pierres précieuses, nous prést Jj rons les matières les plus communes f qui, quoique moins nobles en appare !

sont néanmoins les plus anciennes , et cl qui tiennent, sans comparaison, la f grande place dans la nature, et mér par conséquent d’autant plus detre c< dérées que toutes les autres en tirent origine.

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